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Mon expert-comptable doit-il recevoir mes factures électroniques ? Mandat, accès et responsabilité au 1er septembre 2026

À partir du 1er septembre 2026, la réforme de la facturation électronique ne pose pas seulement une question de logiciel. Elle oblige les entreprises concernées à organiser concrètement la réception de leurs factures, leur conservation, leur rapprochement avec la comptabilité et la transmission des informations nécessaires. Beaucoup de dirigeants se demandent alors si leur expert-comptable doit recevoir toutes les factures à leur place, si un simple accès à la plateforme suffit et qui répondra d’une erreur de routage ou d’une facture restée invisible.

La réponse est nuancée. L’entreprise demeure l’assujetti destinataire et reste responsable de l’organisation de ses obligations fiscales et commerciales. Elle peut toutefois confier à son expert-comptable une mission de paramétrage, de réception, de contrôle, d’archivage ou de traitement comptable. Cette délégation ne se présume pas. Son périmètre doit apparaître dans la lettre de mission, un mandat distinct ou les conditions contractuelles de la plateforme. La société doit aussi conserver la maîtrise de ses accès, de ses données et des décisions de paiement.

La situation devient urgente lorsqu’une facture est adressée à la mauvaise plateforme, lorsqu’un cabinet ne voit pas les pièces reçues ou lorsqu’un fournisseur soutient que la facture a été délivrée alors que le client n’a aucun accès à l’original. Les règles relatives à l’annuaire central, au changement de plateforme et à la responsabilité contractuelle permettent de reconstruire une procédure précise. Il faut agir sans attendre la première pénalité ou le premier impayé : vérifier les habilitations, faire corriger le routage, documenter chaque incident et préserver les éléments qui permettront, si nécessaire, de réclamer une indemnisation.

I. Mon expert-comptable doit-il recevoir mes factures électroniques au 1er septembre 2026 ?

A. Qui doit recevoir la facture électronique : l’entreprise ou son expert-comptable ?

Le point de départ se trouve dans l’article 289 bis du Code général des impôts. Pour les opérations entre assujettis établis en France qui entrent dans son champ, l’émission, la transmission et la réception des factures doivent prendre une forme électronique selon les normes prévues par le texte. La même disposition impose le recours à une plateforme agréée. La réforme déplace donc le sujet : une facture électronique n’est pas simplement un document PDF envoyé par courriel, mais une facture structurée ou mixte qui circule par l’intermédiaire de l’écosystème prévu par la loi.

L’obligation de réception pèse sur l’entreprise destinataire. Une société par actions simplifiée, une société à responsabilité limitée ou une entreprise individuelle assujettie à la TVA doit disposer d’une organisation permettant de recevoir les factures qui lui sont adressées. Le cabinet comptable peut intervenir dans cette organisation, mais il ne devient pas, par le seul fait de tenir la comptabilité, le destinataire juridique de toutes les factures. Le fournisseur facture son client, identifié par son numéro d’entreprise, son établissement et les informations de routage déclarées dans l’annuaire. Une redirection vers le cabinet ne doit jamais effacer l’identité de la société qui achète.

La page de la Direction générale des finances publiques consacrée aux plateformes agréées distingue d’ailleurs la plateforme choisie par l’entreprise, les échanges avec les autres plateformes et les données d’annuaire. Une plateforme agréée doit notamment pouvoir « recevoir et mettre à disposition de leurs destinataires les factures électroniques adressées par les autres plateformes agréées ». Cette exigence protège le circuit d’acheminement, mais elle ne tranche pas seule la question interne de savoir qui, dans l’entreprise, ouvre la facture, la contrôle ou la transmet au cabinet.

Il faut distinguer quatre fonctions qui sont souvent confondues :

  • Le routage : l’annuaire indique la plateforme et les informations nécessaires pour que le document parvienne au bon destinataire.
  • La réception : la plateforme rend la facture accessible à l’entreprise et enregistre les informations de transmission et de statut.
  • Le traitement comptable : le cabinet ou le service financier lit la facture, la rapproche d’un bon de commande, la comptabilise et prépare éventuellement le paiement.
  • La décision : le dirigeant ou la personne habilitée valide la dette, conteste la prestation, autorise le règlement ou demande un avoir.

Un expert-comptable peut recevoir une délégation pour les deuxième et troisième fonctions sans devenir titulaire de la quatrième. Il peut avoir un compte utilisateur sur la plateforme de la société, une boîte de réception partagée, une habilitation de consultation ou un droit de dépôt. La société peut aussi choisir que les factures arrivent d’abord chez elle et que le cabinet ne reçoive qu’un flux comptable ou une notification. Les deux organisations sont possibles si le routage, les droits d’accès et la responsabilité sont clairement définis.

La date du 1er septembre 2026 doit aussi être maniée avec précision. La réception par les assujettis commence à cette date selon le calendrier officiel de la réforme. Les obligations d’émission ne suivent pas toutes le même calendrier : les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire sont concernées par l’émission à compter du 1er septembre 2026, tandis que les petites et moyennes entreprises et les micro-entreprises disposent, pour l’émission, du calendrier prévu au 1er septembre 2027. La présentation de la réforme par Service-Public rappelle le début du dispositif et ses étapes. Le contrat avec le cabinet doit donc préciser s’il porte sur la réception immédiate, sur l’émission à venir ou sur les deux volets.

Une entreprise qui n’a pas encore arrêté son circuit de réception ne doit pas conclure que son expert-comptable « s’en chargera automatiquement ». Il faut demander une réponse écrite à trois questions : quelle plateforme est désignée pour le SIREN ou le SIRET concerné, quel utilisateur reçoit matériellement les factures et quelle personne vérifie chaque jour les statuts ou les anomalies ? Une réponse générale du type « le logiciel est compatible » ne suffit pas. Une solution compatible peut être utile pour préparer les données, alors que la facture doit passer par une plateforme agréée selon le cadre fiscal.

Le risque pratique est double. Si la facture n’est pas vue, l’entreprise peut manquer une échéance de paiement, perdre la possibilité de discuter une livraison ou laisser courir un litige. Si elle est vue par le cabinet mais pas par le dirigeant, une validation comptable peut être confondue avec un accord commercial. La circulation numérique ne modifie pas les pouvoirs internes : la réception technique d’une facture ne vaut ni reconnaissance de la dette, ni acceptation de la conformité de la prestation, ni mandat général de payer.

La sanction prévue par l’article 1737 du Code général des impôts doit également être replacée dans son champ. Le III vise le non-respect de l’obligation d’émission sous forme électronique et prévoit une amende de 50 euros par facture, plafonnée à 15 000 euros par année civile. Ce texte ne permet pas de dire que toute facture simplement mal aiguillée entraîne automatiquement cette amende contre le destinataire. En revanche, il montre pourquoi l’entreprise doit séparer le contrôle de la réception, les responsabilités d’émission et les preuves de l’incident.

Enfin, le circuit électronique ne supprime pas les règles commerciales de base. L’article L. 441-9 du Code de commerce prévoit que tout achat professionnel fait l’objet d’une facturation et que le vendeur doit délivrer la facture dès la réalisation de la livraison ou de la prestation. Il ajoute que « le vendeur et l’acheteur conservent chacun un exemplaire de toute facture émise ». La société doit donc pouvoir retrouver son exemplaire, même si la saisie comptable est sous-traitée. Un accès donné au cabinet ne dispense pas le dirigeant de prévoir une sauvegarde, une politique d’archivage et un moyen de récupérer les pièces en cas de changement de prestataire.

B. Quel mandat donner à l’expert-comptable pour l’accès, l’annuaire et la responsabilité ?

Le mandat est le document qui transforme une intention pratique en consignes opposables. Il peut figurer dans la lettre de mission de l’expert-comptable, dans un avenant consacré à la réforme ou dans une autorisation distincte adressée à la plateforme. Il doit être assez précis pour répondre à une question simple : que peut faire le cabinet, pour quelle société, sur quelle plateforme, avec quels utilisateurs et jusqu’à quel niveau de décision ? Une clause indiquant seulement « gestion de la facturation électronique » laisse trop de zones d’ombre.

Le I de l’article 242 nonies E bis de l’annexe II au Code général des impôts impose un accord formel de l’assujetti destinataire pour l’actualisation des informations d’adressage dans l’annuaire central. Le texte précise : « L’accord formel est daté et signé par l’assujetti destinataire des factures électroniques ou son mandataire. » Cette phrase est essentielle. Elle reconnaît le rôle possible du mandataire, mais elle suppose une désignation identifiable et une autorisation qui couvre l’opération accomplie. Le cabinet ne doit pas modifier l’adresse de réception d’une société sans savoir qui l’a habilité et dans quelles limites.

L’article 41 septies A bis de l’annexe IV au Code général des impôts détaille les éléments de l’accord formel. Le mandat doit permettre d’identifier l’assujetti, la plateforme concernée, le représentant qui signe et le périmètre des informations modifiées. Lorsque plusieurs établissements, marques ou activités utilisent des adresses différentes, cette précision évite qu’un changement demandé pour un SIRET soit appliqué par erreur à toute la société. Le document signé doit être conservé avec les échanges de la plateforme et les preuves de l’habilitation.

Le mandat devrait au minimum comporter les rubriques suivantes :

Rubrique Question à faire trancher Preuve à conserver
Identité Quelle société, quel SIREN, quels SIRET et quels établissements sont concernés ? Extrait d’immatriculation, fiche annuaire et liste des établissements.
Plateforme Quelle plateforme agréée reçoit les factures et quelle solution ne sert qu’à préparer ou comptabiliser les données ? Contrat, confirmation d’immatriculation et capture de la configuration.
Accès Le cabinet peut-il consulter, télécharger, déposer, transmettre, valider ou supprimer une pièce ? Journal des utilisateurs, rôles et date d’activation.
Comptabilité Le cabinet contrôle-t-il la facture, le bon de commande, la TVA, le compte comptable ou le statut de paiement ? Procédure interne, rapprochement et validation du dirigeant.
Annuaire Qui peut demander ou approuver une modification de l’adresse de routage ? Mandat signé, demande horodatée et réponse de la plateforme.
Incident Qui alerte le fournisseur, la plateforme et le dirigeant en cas de rejet ou d’absence de réception ? Ticket, courriel, numéro d’incident et compte rendu.
Fin de mission Quand les accès sont-ils retirés et comment les factures et statuts sont-ils restitués ? Procès-verbal de sortie, export et confirmation de révocation.

Le mandat doit aussi préciser si le cabinet est autorisé à répondre aux demandes des fournisseurs. Répondre à une question technique sur l’adresse de réception n’est pas la même chose que contester une facture, accepter une livraison, négocier un avoir ou reconnaître un retard. La personne qui dispose d’un accès « administrateur » ne doit pas être présumée titulaire d’un pouvoir de représentation commerciale. Une séparation des profils réduit le risque qu’un clic technique soit présenté ensuite comme une validation contractuelle.

La conservation des données mérite une clause autonome. La société doit récupérer l’original exploitable, les pièces jointes, les statuts de traitement et l’historique des modifications. Un export PDF seul peut être utile pour la lecture, mais il ne remplace pas nécessairement la conservation du format et des métadonnées qui permettent de vérifier l’authenticité, l’intégrité et la chronologie. Le contrat doit indiquer la durée de conservation, le format de restitution, le délai d’export en cas de demande et les personnes qui peuvent y accéder.

Le droit commun du mandat fournit un repère. Selon l’article 1993 du Code civil, « tout mandataire est tenu de rendre compte de sa gestion ». Cette obligation ne transforme pas toute erreur de traitement en faute automatique. Elle impose en revanche au mandataire de pouvoir expliquer les opérations accomplies dans le cadre de son pouvoir, les alertes reçues, les choix effectués et les documents conservés. Une demande de compte peut porter sur la date d’accès à une facture, la modification d’un routage ou la transmission d’un export.

La lettre de mission doit ensuite être lue avec l’article 1103 du Code civil, selon lequel « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits ». Le dirigeant doit vérifier les exclusions : absence de surveillance quotidienne, responsabilité limitée à l’intégration comptable, dépendance à la transmission des informations par le client, intervention d’un sous-traitant technique ou facturation séparée des opérations exceptionnelles. Ces limites ne sont pas nécessairement illicites, mais elles doivent être connues avant l’incident.

La jurisprudence de la chambre commerciale rappelle que le devoir du professionnel se mesure à la mission reçue et aux informations qu’il devait obtenir. Dans un arrêt du 17 mars 2009, la Cour de cassation a retenu, pour une mission comprenant l’établissement des bulletins et déclarations sociales, « une obligation de conseil afférente à la conformité de ce contrat ». La décision est accessible sous la référence Cour de cassation, chambre commerciale, 17 mars 2009, pourvoi n° 07-20.667. Le raisonnement ne permet pas de donner au cabinet une obligation illimitée sur toute l’informatique de l’entreprise. Il conduit à rechercher si la mission de facturation électronique incluait un conseil sur le choix de la plateforme, le paramétrage de l’annuaire, l’accès aux factures ou l’alerte en cas de dysfonctionnement.

Pour éviter une discussion tardive, le mandat peut prévoir une réunion de mise en service, un test avec un fournisseur, un relevé des utilisateurs habilités et un compte rendu signé. Il peut fixer un délai d’alerte, par exemple le jour ouvré suivant la détection d’un rejet, sans créer artificiellement une garantie de résultat sur le réseau de la plateforme. Il peut enfin organiser la fin du mandat : retrait des droits, transmission des journaux, export des factures, changement de plateforme et information des fournisseurs réguliers.

II. Que faire si l’accès, le mandat ou le routage des factures électroniques échoue ?

A. Comment vérifier la plateforme, corriger l’annuaire et conserver la preuve ?

Une entreprise qui découvre une facture absente doit commencer par établir une chronologie, sans attribuer immédiatement la faute au cabinet. La première ligne identifie la facture : fournisseur, numéro, date d’émission, montant hors taxes et toutes taxes comprises, objet, établissement concerné, adresse de livraison et échéance. La deuxième ligne identifie le circuit : plateforme choisie par le client, plateforme utilisée par le fournisseur, identifiant de routage, statut affiché, notification reçue et utilisateur qui a ouvert la pièce. La troisième ligne décrit le dommage possible : paiement retardé, pénalité, perte de remise, suspension d’une livraison ou déclaration inexacte.

Il faut ensuite contrôler la plateforme affichée dans l’annuaire central. Une société peut avoir plusieurs établissements ou plusieurs activités. Un fournisseur peut également utiliser une autre plateforme agréée. L’article 242 nonies E de l’annexe II au Code général des impôts impose aux plateformes des services de transmission, d’identification et de mise à disposition. La page officielle de la DGFiP sur la facturation électronique et les plateformes agréées explique la différence entre une plateforme agréée et une solution compatible. Le contrôle doit porter sur l’immatriculation de la plateforme et sur le couple SIREN-SIRET, pas sur le seul nom commercial du logiciel.

Le deuxième contrôle porte sur les habilitations. Le dirigeant doit demander à voir la liste des administrateurs, des utilisateurs de consultation et des utilisateurs capables de modifier les données d’adressage. Il faut vérifier que l’ancien cabinet ou l’ancien prestataire n’a pas conservé un accès, que l’adresse de récupération est maîtrisée et que l’authentification à deux facteurs est active lorsque la plateforme la propose. Un compte partagé est difficile à attribuer en cas d’erreur. Une habilitation nominative permet de relier une action à une personne et à une mission.

Le troisième contrôle consiste à réaliser un test réel avec un fournisseur de confiance. Le test doit utiliser une facture identifiée, sans montant artificiel qui pourrait créer une difficulté comptable. La société doit confirmer que l’original est visible, que les pièces jointes sont présentes, que le statut de réception est horodaté et que le cabinet peut traiter la facture au niveau prévu par son mandat. Le test doit aussi vérifier que le dirigeant reçoit une alerte ou peut consulter le même document. Une capture d’écran ne remplace pas l’original, mais elle documente l’état du paramétrage à une date déterminée.

Lorsque l’adresse d’adressage est erronée, la modification doit être demandée dans le respect de la procédure réglementaire. L’article 242 nonies E ter de l’annexe II au Code général des impôts prévoit que l’assujetti destinataire peut demander la modification des informations d’adressage figurant dans l’annuaire central. Le mécanisme prévoit notamment un délai de deux jours ouvrables pour la communication du numéro de l’accord par la plateforme d’arrivée, un délai de cinq jours ouvrables pour l’opposition de la plateforme de départ et un délai de quinze jours ouvrables pour la mise à jour par la plateforme d’arrivée après réception des éléments nécessaires. Le texte organise également l’intervention de l’administration fiscale et le traitement d’une opposition.

Le dirigeant doit demander un numéro de dossier et conserver chaque date. Une relance sans référence ne permet pas de prouver que la demande a été déposée dans le délai. La demande doit indiquer l’établissement visé, l’ancienne et la nouvelle plateforme, la date d’effet souhaitée, le mandat du cabinet et les factures déjà mal orientées. Les fournisseurs principaux doivent recevoir une information cohérente : une modification de l’annuaire ne corrige pas automatiquement un carnet d’adresses interne, une règle de logiciel ou une facture déjà émise.

Le changement de plateforme impose une précaution supplémentaire. L’article 242 nonies E quater de l’annexe II au Code général des impôts prévoit que, lors d’un changement, les services de gestion des statuts sont maintenus pendant un an. L’ancienne plateforme doit aussi fournir, sur demande de l’assujetti et dans les conditions prévues, les informations nécessaires à la continuité. Cette règle n’autorise pas l’entreprise à laisser l’ancien compte sans surveillance. Elle donne un filet de continuité qui doit être activé par une demande écrite, un export et une vérification des factures en attente.

La conservation de la preuve doit couvrir au moins six éléments : l’original de la facture, l’horodatage de réception ou de rejet, le statut technique, la notification envoyée au cabinet, la notification envoyée au dirigeant et la réponse du fournisseur. Il faut joindre les conditions contractuelles applicables à la plateforme et la lettre de mission en vigueur à la date de l’incident. Si la facture a été reçue sous forme PDF en parallèle, le PDF doit être conservé comme élément de contexte, sans être présenté automatiquement comme l’original électronique exigé par le dispositif.

La question du paiement doit être isolée du problème de routage. L’article L. 441-10 du Code de commerce encadre les délais de règlement et prévoit notamment le délai convenu entre les parties, le délai de trente jours en l’absence de stipulation contraire ainsi que les règles relatives aux factures périodiques. Une facture invisible ne fait pas disparaître nécessairement la dette ni le délai contractuel. Lorsque la réception est contestée, l’entreprise doit avertir rapidement le fournisseur, proposer un canal de secours documenté et préserver sa position sur la date de réception effective.

Une erreur de paramétrage n’est pas toujours une faute du cabinet. Le fournisseur peut avoir utilisé un ancien SIRET, la plateforme peut avoir rencontré une panne, la société peut avoir changé de prestataire sans révoquer une habilitation, ou le cabinet peut ne pas avoir reçu une information essentielle. La chronologie permet de distinguer ces hypothèses. Elle évite aussi qu’une demande urgente soit traitée comme une simple question informatique alors qu’elle concerne un paiement, une livraison, une déclaration de TVA ou une relation commerciale déjà dégradée.

B. Comment engager la responsabilité et sécuriser le dossier à Paris et en Île-de-France ?

Après la correction technique, il faut qualifier la personne qui doit répondre. Trois acteurs peuvent être concernés : la plateforme, l’expert-comptable et l’entreprise elle-même. La plateforme peut être en cause si elle n’a pas assuré un service promis, si elle a mal routé une facture malgré des données correctes ou si elle n’a pas respecté une demande d’adressage. Le cabinet peut être concerné si sa mission couvrait le paramétrage, la surveillance, la transmission ou l’alerte et si une négligence a causé le dommage. L’entreprise conserve une part de risque lorsqu’elle n’a pas fourni les informations, validé le mandat ou contrôlé ses utilisateurs.

La première démarche est une mise en demeure factuelle. Elle doit rappeler la mission ou le contrat, identifier les factures, exposer la chronologie, demander une réponse sur la cause, réclamer les journaux utiles et fixer un délai de correction. Elle doit éviter les accusations générales. Une lettre adressée au cabinet doit distinguer les actes attendus au titre de la mission et les décisions qui restaient à la charge du dirigeant. Une lettre à la plateforme doit demander la conservation des logs, la confirmation de l’état du routage et la procédure de reprise. Une copie au fournisseur peut rétablir le dialogue sur le paiement sans renoncer à une demande d’indemnisation.

Le contrat est le premier texte à examiner. L’article 1103 du Code civil donne force obligatoire au périmètre accepté. Il faut donc comparer la publicité du service, la proposition commerciale, la lettre de mission, l’avenant facturation électronique, les conditions de la plateforme et les échanges de mise en service. Une prestation annoncée comme une prise en charge complète ne se lit pas comme une simple licence logicielle. À l’inverse, une clause qui limite explicitement la mission au transfert des écritures peut rendre difficile une demande portant sur l’alerte quotidienne.

Les sanctions de l’inexécution sont regroupées par l’article 1217 du Code civil. La partie lésée peut notamment « demander réparation des conséquences de l’inexécution », demander l’exécution forcée lorsque les conditions sont réunies, obtenir une réduction du prix ou provoquer la résolution du contrat. Le texte précise que des sanctions compatibles peuvent être cumulées et que des dommages et intérêts peuvent s’y ajouter. Dans un dossier de facturation électronique, la demande doit rester proportionnée : correction du routage, restitution des pièces, remboursement d’une prestation mal exécutée et indemnisation d’une perte prouvée ne répondent pas au même objectif.

La réparation dépend ensuite du lien entre l’erreur et le préjudice. L’article 1231-1 du Code civil dispose que « le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts » en cas d’inexécution ou de retard, sauf force majeure. Le dirigeant doit documenter le montant réellement perdu : pénalités facturées, frais bancaires, coût d’une reconstitution comptable, remise commerciale abandonnée, livraison suspendue, honoraires de reprise ou temps de personnel. Une inquiétude générale sur la conformité future ne suffit pas à établir une perte certaine.

La preuve d’une chance perdue doit être traitée avec la même prudence. Si une facture non reçue a provoqué la suspension d’un approvisionnement, il faut produire la commande, les conditions de paiement, la relance, l’arrêt de livraison, les commandes de remplacement et le chiffre d’affaires effectivement affecté. Si la difficulté concerne une déclaration fiscale, il faut rapprocher le journal des ventes, les pièces et la correction déposée. Si un fournisseur a envoyé une mise en demeure, la date de réception et les échanges techniques peuvent montrer que l’entreprise a réagi dès qu’elle a découvert l’anomalie.

Le cabinet peut opposer plusieurs arguments : le mandat ne couvrait pas la supervision de la plateforme, l’entreprise n’a pas transmis le bon SIRET, un accès a été révoqué par un salarié, la plateforme était indisponible ou le dirigeant n’a pas validé une modification proposée. Ces arguments doivent être vérifiés dans les documents, pas seulement affirmés dans une réponse. Le rôle d’un conseil consiste à reconstituer la séquence, à comparer les obligations de chaque partie et à mesurer les chances d’une demande amiable ou judiciaire.

Le contentieux peut se présenter à Paris ou en Île-de-France de plusieurs façons. Une société établie à Paris peut saisir le tribunal compétent selon la nature du contrat, la qualité des parties, le lieu d’exécution et les clauses attributives de juridiction. Un litige entre commerçants relève souvent du tribunal de commerce, mais cette qualification doit être contrôlée lorsque le cabinet, la plateforme ou la société n’ont pas le même statut. Le lieu du siège social ne suffit pas à lui seul à déterminer la compétence. Le contrat et les règles de procédure doivent être examinés avant toute assignation.

Une mesure d’urgence peut être utile lorsque les factures restent bloquées et que l’activité est menacée. Le dirigeant peut demander la conservation ou la communication de données, la remise d’un export, la restauration d’un accès ou une mesure d’instruction lorsque l’urgence et la preuve d’un motif légitime sont réunies. L’objectif n’est pas de remplacer la procédure de correction prévue par l’annuaire, mais d’éviter la disparition des traces ou l’aggravation du dommage. Le choix de la procédure dépend du contrat, de la plateforme, du degré d’urgence et de la position du fournisseur.

Dans une PME de Paris, Boulogne-Billancourt, Saint-Denis, Créteil ou Versailles, une procédure interne courte est souvent plus efficace qu’une relance dispersée. Le dirigeant désigne un responsable de crise, le cabinet identifie les factures concernées, le fournisseur confirme les échéances, et la plateforme produit le statut technique. Un tableau partagé, daté et exporté permet de distinguer les factures reçues, rejetées, en attente de transmission et réémises. Chaque ligne doit indiquer l’action suivante et la personne qui en est responsable. La proximité géographique ne modifie pas la règle, mais elle peut faciliter une réunion rapide avec le dirigeant, le cabinet et l’avocat.

Le même raisonnement s’applique en Seine-et-Marne, dans les Yvelines, l’Essonne, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne ou le Val-d’Oise. Une entreprise qui travaille avec plusieurs établissements doit éviter de généraliser un incident local. Une facture orientée vers le mauvais SIRET ne prouve pas que tous les établissements sont mal paramétrés. À l’inverse, plusieurs incidents sur des plateformes différentes peuvent révéler un défaut dans les données de l’entreprise ou dans la procédure du cabinet. La cartographie des établissements et des mandats est donc une pièce déterminante.

Le recours à un avocat en droit des affaires peut être pertinent lorsque le cabinet refuse de communiquer les journaux, lorsque la plateforme conteste la réception, lorsque les factures affectent plusieurs fournisseurs ou lorsque le montant du dommage dépasse une simple reprise comptable. Le dossier doit contenir la lettre de mission, le mandat d’annuaire, le contrat de plateforme, les factures originales, les captures et exports, les tickets, les courriels, les relances fournisseurs, les preuves de paiement et le calcul du préjudice. L’avocat en droit des affaires à Paris peut ensuite aider à choisir entre négociation, mise en demeure, mesure d’instruction et action au fond.

Il est préférable de ne pas supprimer une facture rejetée ni de recréer une facture sous un autre numéro avant d’avoir compris l’incident. Une réémission peut être nécessaire, mais elle doit être reliée à la facture initiale, à son motif de rejet et à la date d’information du fournisseur. Sinon, l’entreprise risque de perdre la chronologie et de provoquer un double traitement comptable. Tout avoir ou toute nouvelle facture doit être conservé avec la demande de correction et l’accord commercial correspondant.

La communication avec les salariés et les prestataires doit enfin respecter les droits d’accès. Un cabinet comptable peut avoir besoin de consulter les factures, mais toutes les personnes du cabinet n’ont pas à accéder aux contrats sensibles, aux coordonnées bancaires ou aux données relatives aux dirigeants. Des profils distincts, une procédure de révocation et un historique d’accès limitent les risques. Si une fuite de données est soupçonnée, l’entreprise doit traiter séparément l’incident de sécurité, l’obligation d’information et la demande de réparation. Le litige de facturation ne doit pas faire oublier la confidentialité des documents.

Conclusion

Au 1er septembre 2026, l’entreprise assujettie doit être en mesure de recevoir ses factures électroniques par le circuit prévu, mais son expert-comptable n’est pas automatiquement le destinataire de toutes les pièces. Le cabinet peut recevoir une délégation d’accès, de réception ou de traitement si un mandat précis l’y autorise. Ce mandat doit identifier les sociétés et établissements concernés, la plateforme, les droits d’utilisateur, les opérations sur l’annuaire, les alertes, la conservation et la fin de mission.

En cas d’échec, la priorité est de reconstruire la chronologie, vérifier le SIREN ou le SIRET, faire corriger l’adressage selon les délais réglementaires, récupérer les factures et statuts, puis adresser une demande écrite à l’acteur responsable. La responsabilité du cabinet ou de la plateforme dépendra de la mission, des informations disponibles, des engagements contractuels et du dommage démontré. Une entreprise de Paris ou d’Île-de-France confrontée à des factures bloquées, à un changement de plateforme ou à un conflit avec son expert-comptable doit préserver les preuves avant toute réémission ou action contentieuse.

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