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Après le mégafeu de Saumos, qui indemnise l’entreprise quand la fibre ou le réseau mobile est interrompu ?

Le mégafeu parti de Saumos a transformé une panne télécom en question de continuité économique. Entre le 22 juillet et le début du mois d’août 2026, l’incendie a ravagé une partie de la Gironde. Les informations rendues publiques à la fin du mois d’août font état d’environ 80 kilomètres de câbles de fibre optique et de 1 200 poteaux endommagés, de treize antennes mobiles hors service au plus fort du sinistre et de milliers de foyers privés d’internet fixe. Pour les entreprises, la difficulté ne se limite pas à attendre le retour d’une connexion : elle peut interrompre les paiements, les commandes, la télésurveillance, les échanges avec les assurances, la réservation ou l’accès aux logiciels hébergés à distance.

La question « qui indemnise ? » appelle une réponse à plusieurs étages. L’abonné professionnel a d’abord un contrat avec un opérateur commercial ou un fournisseur d’accès. Le câble, le poteau ou le point de mutualisation peut toutefois relever d’un opérateur d’infrastructure, d’une collectivité ou d’un délégataire distinct. Une assurance peut enfin couvrir les dégâts matériels, les frais supplémentaires ou la perte d’exploitation, sous réserve des garanties souscrites. L’incendie peut être invoqué comme force majeure, mais ce moyen ne règle ni la répartition des interlocuteurs ni la qualité du rétablissement.

Le droit applicable impose une méthode concrète : identifier la prestation promise, localiser la défaillance, conserver les preuves avant la remise en état, demander une réponse écrite et distinguer l’indemnisation prévue par le contrat des dommages et intérêts réclamés au titre d’une inexécution. Le présent décryptage concerne en priorité les entreprises et les professionnels confrontés à une interruption de fibre ou de réseau mobile après un sinistre de grande ampleur. Il ne transforme pas chaque panne causée par un feu en faute automatique de l’opérateur ; il montre comment construire un dossier exploitable.

I. Pourquoi une entreprise ne doit-elle pas confondre opérateur commercial, opérateur d’infrastructure et force majeure ?

A. Quel acteur doit répondre lorsque le câble, le poteau ou l’antenne est endommagé ?

Cette question rejoint les fondamentaux du droit des affaires : sécuriser une prestation essentielle, conserver la preuve d’une inexécution et organiser la continuité d’une activité lorsque plusieurs contrats s’emboîtent.

Le réseau télécom repose sur une chaîne technique et contractuelle. L’opérateur commercial vend une offre à l’entreprise, facture l’abonnement et reçoit les appels de support. L’opérateur d’infrastructure exploite tout ou partie de la fibre déployée dans une zone, entretient les armoires, les points de branchement, les poteaux et les câbles qui lui appartiennent ou dont il a la charge. Le gestionnaire d’un réseau mobile peut dépendre d’un autre ensemble d’équipements. Le fournisseur d’énergie, le gestionnaire de voirie, une collectivité ou un prestataire de maintenance peut également intervenir dans la remise en service. Cette pluralité ne doit pas conduire l’abonné à être renvoyé d’un interlocuteur à l’autre.

Dans un contrat d’accès à internet, l’entreprise a en principe intérêt à notifier la panne à l’opérateur avec lequel elle a contracté. Celui-ci doit qualifier l’incident, ouvrir un ticket et solliciter l’opérateur d’infrastructure lorsque la cause est située en amont. La fiche pratique de l’ARCEP consacrée aux dégradations de la fibre rappelle ce parcours : le fournisseur d’accès reste le point d’entrée pour la panne de connexion, même si la réparation relève ensuite de l’opérateur qui a déployé la fibre. Une société qui contacte directement le gestionnaire du réseau peut accélérer le diagnostic, mais elle ne doit pas abandonner la réclamation contre son cocontractant.

Le cas de Saumos illustre la difficulté. Les infrastructures concernées peuvent desservir à la fois des particuliers, des entreprises et des antennes mobiles. Un même câble coupé peut donc produire une panne de box, une dégradation de téléphonie mobile et une rupture de transmission vers un site professionnel. Le fournisseur commercial peut proposer une clé 4G ou 5G, une liaison provisoire, un partage de connexion ou une solution de secours. Cette proposition est utile pour limiter la perte, mais elle ne suffit pas à effacer la question de l’indemnisation de la période passée ni celle du coût de la solution de remplacement.

Le document contractuel doit être lu pour savoir qui a promis quoi. Certaines offres professionnelles comportent un niveau de service, une durée maximale de rétablissement, des plages de maintenance, un numéro d’urgence et une compensation forfaitaire. D’autres ne prévoient qu’un accès général au réseau, avec des exclusions liées aux travaux, aux événements extérieurs ou à la dépendance envers un autre opérateur. La facture peut être émise par une société différente de celle qui intervient techniquement. Le nom du groupe ne remplace pas l’identification de la personne morale signataire, de la partie facturante et de l’éventuel opérateur d’infrastructure mentionné dans les conditions particulières.

Le code des postes et des communications électroniques fournit un cadre de régulation qui ne remplace pas le contrat. L’article L. 33-1 du code des postes et des communications électroniques encadre l’établissement et l’exploitation des réseaux et services et rattache l’activité à des exigences d’information, de disponibilité et de qualité dans les conditions prévues par les textes. L’article L. 36-6 permet à l’ARCEP de préciser les règles applicables et prévoit la publication au Journal officiel des décisions homologuées. Ces textes servent à comprendre la répartition des obligations, mais l’entreprise doit toujours produire son contrat et ses conditions de service.

Le texte le plus directement utile en situation de panne est l’article D. 98-4 du code des postes et des communications électroniques. Il prévoit que l’opérateur « doit prendre les dispositions nécessaires pour assurer de manière permanente et continue l’exploitation du réseau et des services de communications électroniques et pour qu’il soit remédié aux effets de la défaillance du système dégradant la qualité du service pour l’ensemble ou une partie des clients, dans les délais les plus brefs ». Il ajoute que l’opérateur met en œuvre les protections et redondances nécessaires pour garantir une qualité et une disponibilité satisfaisantes. Ce texte est un point d’appui pour examiner la réaction au sinistre : diagnostic, information, mesures de secours, priorisation et délai de rétablissement.

L’article D. 98-4 ne signifie pas que l’opérateur doit empêcher matériellement tout incendie ni qu’il garantit une absence absolue de coupure. Il impose d’apprécier les dispositions nécessaires et le délai de remédiation. Après un feu hors norme, le débat porte donc sur la gravité de l’événement, les mesures de résilience disponibles, les équipements redondants, les moyens provisoires mobilisés et l’information transmise aux clients. Une entreprise peut demander ces éléments sans exiger la divulgation de données de sécurité sensibles. Elle peut aussi vérifier si le fournisseur a appliqué son propre plan de continuité et les engagements de son offre.

L’article D. 98-6-2 du code des postes et des communications électroniques complète l’analyse pour les cartes et les données de couverture. Il renvoie à un référentiel commun de mesure ou de calcul et aux modalités de vérification de la validité des cartes. Après un sinistre, la carte de couverture ne prouve pas la durée exacte d’une panne, mais elle peut aider à situer la zone, la technologie et l’étendue du service normalement annoncé. Les mesures réelles, les tickets et les données du fournisseur restent nécessaires pour démontrer ce qui s’est produit dans l’entreprise.

La décision ARCEP n° 2026-1108, homologuée par l’arrêté du 21 juillet 2026 publié au Journal officiel, porte sur les contenus et les modalités de mise à disposition des informations relatives à la couverture des services mobiles et sur les méthodes de vérification de leur fiabilité. Elle intervient dans un contexte où la couverture, la qualité de service et la résilience sont observées par les pouvoirs publics. Son existence ne désigne toutefois pas le débiteur de la facture de l’entreprise : le cocontractant reste le premier interlocuteur, tandis que l’opérateur d’infrastructure et l’assureur sont appelés selon les faits et les contrats.

La séparation des rôles devient encore plus importante lorsque la coupure est liée à l’électricité. Une antenne peut être intacte mais privée d’alimentation ; une fibre peut être physiquement rompue alors que le réseau mobile fonctionne grâce à une liaison de secours ; un équipement peut être accessible mais la route vers le cœur de réseau indisponible. Le ticket doit décrire la chaîne de panne sans figer trop tôt la responsabilité. L’entreprise peut demander une qualification technique écrite : équipement touché, début de l’incident, service affecté, cause identifiée, solution provisoire et date prévisionnelle de rétablissement.

Le même raisonnement s’applique aux immeubles. Un commerce ou un cabinet peut subir une coupure parce qu’une armoire de rue, un point de branchement ou un équipement intérieur est détérioré. Le syndic, le propriétaire, l’opérateur d’immeuble et le fournisseur commercial peuvent avoir chacun une action à accomplir. La fiche ARCEP sur les dégradations fibre mentionne notamment qu’un opérateur d’infrastructure peut devoir intervenir sur des équipements dont il assure l’entretien et la réparation en vertu d’une convention. Dans le dossier d’une entreprise locataire, il faut donc conserver la convention connue du propriétaire, les échanges du syndic et le contrat d’accès souscrit par l’entreprise.

Enfin, l’entreprise doit éviter de confondre le responsable de la réparation avec le débiteur de l’indemnité. Le premier peut être le gestionnaire technique du réseau ; le second est souvent le fournisseur qui a promis la prestation et facturé l’abonnement. Une action dirigée contre le mauvais acteur peut retarder le rétablissement et exposer à une contestation de qualité à agir. La mise en demeure peut être adressée au cocontractant, avec copie aux intervenants identifiés, en réservant la possibilité d’appeler en cause un autre responsable lorsque les pièces le justifieront.

B. Un incendie constitue-t-il automatiquement un cas de force majeure qui exonère l’opérateur ?

La force majeure est le principal argument attendu après un sinistre de grande ampleur. L’article 1218 du code civil la définit ainsi : « Il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu’un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l’exécution de son obligation par le débiteur. » Le texte ajoute que l’empêchement temporaire suspend l’exécution, sauf si le retard justifie la résolution, et que l’empêchement définitif produit d’autres effets.

Les trois éléments doivent être examinés au moment du contrat et non uniquement au moment de l’incendie. L’événement doit échapper au contrôle du fournisseur. Il doit aussi ne pas avoir pu être raisonnablement prévu lors de la conclusion. Enfin, ses effets doivent ne pas pouvoir être évités par des mesures appropriées. Un feu exceptionnel peut satisfaire certains de ces critères. La connaissance croissante du risque d’incendies, la localisation d’un câble aérien dans une zone exposée, l’absence de redondance ou le refus d’une solution provisoire peuvent, selon les circonstances, nourrir une discussion différente. Aucun élément ne permet de conclure de manière générale qu’un feu est ou n’est pas une force majeure.

La force majeure ne se confond pas avec une panne causée par un tiers. Si l’opérateur invoque une défaillance d’un gestionnaire d’infrastructure, il doit encore démontrer la portée de cet événement et son caractère extérieur, imprévisible et irrésistible dans le cadre du contrat. La clause d’exclusion doit également être lue. Une stipulation qui écarte toute responsabilité pour toute difficulté technique ne répond pas automatiquement aux exigences du droit applicable. Le fournisseur doit distinguer l’impossibilité temporaire de fournir le service, les obligations de diagnostic et d’information, les mesures de secours et la réparation du préjudice déjà subi.

La Cour de cassation a posé, dans un arrêt de la première chambre civile du 19 novembre 2009, pourvoi n° 08-21.645, une règle souvent citée dans les litiges de communications électroniques. Le texte officiel de l’arrêt rappelle que le fournisseur d’accès, tenu de fournir les services offerts, ne peut s’exonérer en raison d’une défaillance technique, hors force majeure, que si les conditions de cette force majeure sont caractérisées. Dans cette affaire, la défaillance technique imputée à un tiers ne suffisait pas à établir l’imprévisibilité. Le contexte d’un incendie massif est différent, mais la méthode demeure : le juge recherche l’événement précis, les mesures possibles et les conséquences prouvées.

La jurisprudence récente montre que la qualification doit rester concrète. Dans l’arrêt de la cour d’appel de Lyon du 9 mars 2023, RG n° 19/05053, rendu dans un litige entre professionnels et accessible sur le site officiel de la Cour de cassation, la cour examine la fourniture d’accès internet, les coupures d’une solution 3G/4G, la résolution du contrat et la responsabilité des intervenants. Elle retient notamment la résolution aux torts du fournisseur dans le dossier qui lui était soumis et alloue des sommes au titre de conséquences contractuelles précises. Cette décision ne transpose pas automatiquement sa solution au feu de Saumos ; elle montre l’importance d’un contrat professionnel détaillé et d’une preuve du fonctionnement réellement attendu.

Une décision de la cour d’appel de Paris, RG n° 23/09543, rendue le 30 janvier 2026, concerne également une panne de télécommunications et la discussion d’une cause exonératoire invoquée par Orange dans un contexte de vols de câbles. Le texte officiel de cette décision fait apparaître les questions de perte de chiffre d’affaires, de surcoûts exposés pour limiter les effets de la panne, de lien causal et de force majeure. Cette référence est utile pour préparer les demandes, sans permettre de prédire la qualification d’un incendie déterminé. La comparaison porte sur les clauses, la prévention du risque, la durée de la coupure, les interventions et le comportement du client après l’incident.

Le professionnel doit donc demander au fournisseur de préciser si la force majeure est invoquée contre toutes les obligations ou seulement contre l’obligation de résultat temporairement empêchée. L’opérateur peut soutenir qu’il ne pouvait pas empêcher la destruction des câbles, tout en restant tenu d’ouvrir le ticket, de proposer une solution de secours, de rétablir le service dès que possible et d’appliquer un avoir prévu par le contrat. Une clause peut plafonner l’indemnisation tout en laissant subsister une obligation d’information. Une assurance peut encore intervenir alors même que la responsabilité contractuelle de l’opérateur est discutée.

La prévisibilité se mesure avec prudence. Une entreprise ne peut pas soutenir que l’opérateur devait prévoir la date et l’ampleur exactes du mégafeu. Elle peut toutefois interroger la vulnérabilité connue du tracé, les plans de résilience, les solutions de raccordement alternatives, l’existence d’un groupe électrogène, la capacité de bascule et les délais annoncés dans l’offre. Les informations publiques sur le sinistre indiquent que des réparations et des antennes provisoires ont été mises en œuvre, avec un rétablissement mobile plus rapide que la remise en état de certaines infrastructures fixes. Cette différence peut conduire à analyser séparément les services et les périodes, plutôt qu’à présenter une panne globale et indifférenciée.

L’irrésistibilité n’est pas une dispense de réduire le dommage. Le client doit éviter d’aggraver sa perte, mais il ne doit pas financer indéfiniment un service de remplacement sans réserver ses droits. Une clé 4G ou 5G, un routeur de secours, une ligne temporaire, une solution satellitaire ou une relocalisation peuvent limiter l’arrêt de l’activité. La dépense doit être autorisée autant que possible, documentée et comparée à la durée annoncée de la panne. L’opérateur peut contester un coût excessif ou sans lien avec l’incident ; l’entreprise peut répondre en produisant les propositions reçues, les délais annoncés et l’urgence propre à son activité.

La force majeure agit d’abord sur la responsabilité du débiteur. Elle ne fait pas disparaître le service non fourni, ne rend pas fausse une facture déjà émise par magie et ne clôt pas la discussion sur les prestations de secours. L’article 1103 du code civil rappelle que les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. L’article 1217 énumère les remèdes à l’inexécution, notamment la réduction du prix, la résolution et la réparation des conséquences, sous réserve de leur compatibilité avec les faits. L’article 1231-1 fonde la réparation lorsque l’inexécution ou le retard est établi et qu’aucune force majeure ne justifie l’exonération.

Pour les entreprises, la discussion peut aussi porter sur la clause limitative de responsabilité. Sa validité et son champ dépendent du contrat, de la qualité des parties, de l’obligation essentielle concernée et du droit applicable. Une clause qui plafonne une indemnité forfaitaire pour panne ne répond pas nécessairement à une demande distincte de remboursement d’un abonnement non utilisable ou de prise en charge d’un équipement de secours. Elle ne dispense pas non plus de vérifier les obligations de sécurité et d’information. Le dossier doit reproduire la clause intégrale, sa définition de l’incident, ses exclusions, son plafond, son délai de réclamation et son articulation avec les garanties de niveau de service.

II. Comment obtenir une indemnisation après l’interruption de fibre ou de réseau mobile ?

A. Quelles démarches engager auprès de l’opérateur et de l’assureur ?

La première démarche est une déclaration immédiate et précise au fournisseur commercial. Elle doit mentionner la raison connue ou supposée, le site touché, le numéro de ligne ou de service, les équipements, le début de l’interruption, les fonctions paralysées et le numéro d’urgence prévu au contrat. Il faut demander un numéro de ticket, le nom du service saisi, la qualification technique et une date de prochaine mise à jour. Un appel téléphonique peut être nécessaire pour déclencher une intervention, mais il doit être confirmé par un courriel ou une lettre conservant l’heure et le contenu de la demande.

La deuxième démarche est la conservation des traces avant la remise en état. L’entreprise doit photographier, si elle peut le faire sans danger ni accès interdit, le poteau tombé, le câble brûlé, l’armoire endommagée ou le terminal hors ligne. Elle doit relever la date et le lieu, conserver les alertes de l’opérateur, les captures de l’espace client, les messages d’erreur, les journaux de connexion, les relevés de paiement et les comptes rendus des salariés. Une photographie prise après l’intervention ne doit pas être présentée comme l’état initial. Si l’enjeu est élevé, un constat de commissaire de justice ou une mesure technique contradictoire peut fixer l’état du site et le contenu de la carte de réseau.

La troisième démarche est l’identification du réseau défaillant. Le client peut demander au fournisseur si la panne concerne son propre réseau, l’opérateur d’infrastructure, une liaison de collecte, l’alimentation électrique ou un équipement de l’entreprise. Pour les dommages visibles sur le domaine public, la fiche pratique de l’ARCEP conseille de signaler le dommage à l’opérateur d’infrastructure identifié dans les outils de cartographie et les fichiers de contact du réseau. Cette alerte accélère parfois la réparation. Elle ne remplace pas la notification contractuelle au fournisseur, qui doit rester responsable du traitement de la panne vis-à-vis de son client.

La quatrième démarche est la mise en demeure si le rétablissement tarde ou si l’opérateur refuse toute compensation. La lettre doit rappeler les conditions particulières, le niveau de service, les engagements de délai et les offres de secours. Elle doit présenter une chronologie jour par jour, distinguer le service totalement interrompu du service dégradé et chiffrer séparément les postes de perte. Elle peut demander le rétablissement, la communication d’un calendrier, l’activation d’une solution provisoire, l’application d’un avoir, le remboursement de la période sans service et l’indemnisation des frais directement exposés. Elle doit réserver les demandes complémentaires après obtention des données techniques.

Une entreprise ne doit pas cesser de payer l’intégralité des factures sans analyse. Une suspension unilatérale peut créer un défaut contractuel supplémentaire ou entraîner la coupure d’une autre ligne encore fonctionnelle. L’article 1217 du code civil permet d’envisager plusieurs sanctions, mais leur mise en œuvre doit rester proportionnée à la gravité de l’inexécution et aux obligations réciproques. L’entreprise peut réclamer un avoir, contester une facture, demander une réduction du prix ou négocier un échéancier en indiquant expressément que cette solution ne vaut pas renonciation à ses autres demandes.

Le contrat doit être comparé aux performances réellement promises. Pour un accès internet professionnel, l’offre peut garantir une disponibilité annuelle, un délai de rétablissement ou une intervention en heures ouvrées. Pour une carte SIM utilisée dans un terminal, elle peut seulement prévoir l’accès au réseau dans les zones couvertes, avec des restrictions liées à l’intérieur des bâtiments et à la congestion. Pour une liaison de secours, la couverture mobile annoncée peut faire partie du choix économique sans devenir un niveau contractuel précis. Le client doit éviter de demander l’application d’une pénalité attachée à un service qui n’est pas celui dont la panne est démontrée.

Les garanties du code de la consommation apportent des outils supplémentaires lorsque le client est un consommateur ou se trouve dans le champ d’une disposition protectrice. L’article L. 224-27-1 du code de la consommation, en vigueur depuis le 11 août 2026, impose des informations préalables relatives notamment à la qualité du service, aux principales caractéristiques, aux conditions de résiliation et aux conditions d’indemnisation. L’article D. 224-58 prévoit la communication des niveaux minimaux de qualité lorsqu’il en existe et précise que, lorsqu’aucun niveau minimal n’est proposé, mention doit en être faite. L’entreprise qui contracte pour ses besoins professionnels doit néanmoins vérifier l’application exacte de ces textes.

Pour la téléphonie mobile destinée à un consommateur, l’article L. 224-34 du code de la consommation prévoit la résiliation sans frais en cas d’écart significatif, permanent ou fréquent entre les performances réelles d’un service de communications électroniques, autre qu’un service d’accès à internet, et les performances mentionnées au contrat. Cette règle vise un écart qualifié et des performances contractuelles identifiables. Elle ne donne pas un droit automatique de résiliation à toute personne qui observe une coupure pendant un incendie, ni à une entreprise qui ne bénéficie pas du régime consommateur. L’offre, la durée et le service concerné doivent être vérifiés.

La déclaration à l’assureur doit être faite en parallèle lorsque le contrat couvre les dommages aux biens, les frais supplémentaires ou la perte d’exploitation. L’article L. 113-2 du code des assurances impose à l’assuré de donner avis à l’assureur, dès qu’il en a connaissance et au plus tard dans le délai fixé au contrat, de tout sinistre susceptible d’entraîner la garantie ; le délai contractuel ne peut pas être inférieur à cinq jours ouvrés dans le cas général prévu par le texte. La police doit être relue pour les exclusions, franchises, plafonds, délais et obligations de limiter le dommage.

La garantie pertes d’exploitation n’est pas présumée parce qu’un incendie a interrompu une connexion. Elle peut couvrir une baisse de marge, des frais de relogement, une location de matériel ou des dépenses supplémentaires, mais seulement dans les limites de la police et après application du délai de carence. L’article L. 121-1 du code des assurances rappelle le principe indemnitaire de l’assurance relative aux biens. Il faut donc démontrer la garantie, le dommage garanti et son montant sans présenter à l’assureur un préjudice hypothétique ou déjà compensé par un avoir de l’opérateur.

L’article L. 113-5 du code des assurances prévoit que, lors de la réalisation du risque ou à l’échéance du contrat, l’assureur exécute dans le délai convenu la prestation déterminée par le contrat et ne peut être tenu au-delà. Cette règle rend la police et les délais de gestion essentiels. L’entreprise doit déclarer séparément les dégâts aux équipements, le remplacement d’une liaison, la location d’un dispositif de secours, les frais de personnel et l’arrêt d’activité. Elle doit garder les factures et les décisions de l’opérateur afin d’éviter les doubles demandes ou les incohérences entre les dossiers.

Le sinistre peut donner lieu à plusieurs déclarations sans que l’entreprise puisse être indemnisée deux fois pour le même dommage. L’assureur peut exercer un recours contre un tiers responsable après avoir indemnisé son assuré. De son côté, l’entreprise doit signaler les avoirs, remboursements ou pénalités obtenus de l’opérateur. La coordination entre le courtier, l’assureur, le fournisseur et le conseil juridique évite qu’une acceptation globale d’indemnité soit interprétée comme un solde de tout compte alors que les pertes d’exploitation n’étaient pas encore connues.

Enfin, l’entreprise peut utiliser la plateforme « J’alerte l’Arcep » pour signaler la panne, la qualité dégradée ou la difficulté persistante. Le signalement est utile pour documenter un phénomène collectif et attirer l’attention sur la résilience d’un réseau. Il ne constitue pas une décision d’indemnisation et ne suspend pas les délais contractuels. La procédure auprès de l’opérateur et de l’assureur doit continuer. Une copie du signalement, de son accusé de réception et des réponses reçues peut être jointe au dossier judiciaire ou amiable.

B. Comment chiffrer le préjudice et préparer un recours judiciaire réellement utile ?

Le chiffrage doit partir de la prestation indisponible et non d’une estimation globale de la baisse d’activité. Il faut isoler, par période, le prix de l’abonnement, les frais de rétablissement, l’achat ou la location d’un équipement de secours, le coût d’un accès temporaire, les frais de déplacement, les heures de travail dédiées et les commandes annulées. Pour une activité de paiement, les transactions refusées doivent être comparées à l’historique des jours équivalents. Pour un cabinet ou une société de services, les dossiers ou rendez-vous reportés doivent être documentés. Pour un commerce, les tickets de caisse et les réservations peuvent étayer l’analyse.

La causalité doit être testée. Une entreprise qui a perdu son accès internet mais qui a poursuivi toute son activité sur une seconde connexion ne peut pas réclamer indistinctement la totalité de son chiffre d’affaires. Elle peut demander le coût raisonnable de la solution de continuité et la perte résiduelle démontrée. À l’inverse, une interruption simultanée de la fibre, de la téléphonie et du terminal de paiement peut expliquer une perte plus importante si aucune solution de secours n’était possible dans un délai raisonnable. Les journaux de caisse, les commandes, les appels des clients, les écritures comptables et les attestations doivent être rapprochés des heures exactes de l’incident.

La mise en demeure doit demander les documents techniques nécessaires à cette analyse. L’entreprise peut solliciter la chronologie des incidents, les dates de coupure et de rétablissement, la distinction entre panne de réseau et panne d’équipement, les interventions sous-traitées, les propositions de secours et la clause contractuelle appliquée. Elle peut aussi demander la conservation des journaux techniques et des appels de support. Une demande ciblée est plus efficace qu’une réclamation qui exige l’intégralité de l’architecture du réseau, dont certaines données peuvent relever de la sécurité ou du secret des affaires.

La question du délai doit être traitée dès la première lettre. Les conditions générales peuvent prévoir un délai court pour réclamer un avoir ou une pénalité. Une clause de prescription doit être comparée aux règles impératives applicables. Un client qui attend la fin des travaux pour chiffrer sa perte risque de laisser passer un délai de déclaration. Il peut envoyer une réclamation provisoire, réserver le chiffrage définitif et actualiser sa demande à mesure que les factures et comptes sont disponibles. La preuve de l’envoi et du contenu doit être conservée.

En cas d’échec de la négociation, la compétence juridictionnelle dépend de la qualité du client, du contrat et de la demande. Un consommateur bénéficie de règles protectrices et peut saisir le tribunal compétent selon son domicile ou les règles spéciales. Une société peut relever du tribunal des activités économiques ou d’une juridiction désignée, sous réserve de la validité de la clause. Le contrat peut prévoir une médiation, une conciliation, un tribunal déterminé ou une loi applicable. Une clause de compétence ne permet pas de saisir automatiquement le juge dont le siège paraît le plus proche du lieu de la panne.

Pour une demande civile inférieure ou égale à 5 000 euros dans le champ prévu par la loi, l’article 750-1 du code de procédure civile impose en principe une tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative, sous peine d’irrecevabilité, avec des exceptions. Même au-delà du seuil, une démarche amiable est utile pour fixer le désaccord et chiffrer les positions. Le dossier doit contenir la réclamation initiale, les réponses, le ticket, les conditions contractuelles, la mise en demeure, l’assurance déclarée, les mesures de terrain et le tableau de préjudice.

Une mesure d’instruction peut être envisagée lorsque l’origine de la panne ou la durée du service dégradé demeure contestée. Elle n’a pas pour objet de remplacer la preuve élémentaire que l’entreprise pouvait conserver. Avant de demander une expertise, le client doit donc réunir les factures, les relevés, les messages et les données de production. Le juge appréciera ensuite si une mesure technique est nécessaire pour départager la panne de l’infrastructure, le défaut d’équipement interne, une erreur de configuration ou un événement extérieur. L’expertise doit avoir une mission précise : identifier l’incident, les services touchés, la période, les solutions raisonnables et le lien avec les pertes alléguées.

Les arrêts sur les fournisseurs d’accès rappellent que la responsabilité ne se résume pas à la présence d’un événement extérieur. Dans l’arrêt de la Cour de cassation du 19 novembre 2009, pourvoi n° 08-21.645, la défaillance technique d’un tiers n’a pas été jugée suffisante pour caractériser une force majeure en l’absence d’imprévisibilité établie. Dans l’arrêt de la cour d’appel de Lyon du 9 mars 2023, RG n° 19/05053, le litige entre professionnels a été examiné au regard des services effectivement promis et de la résolution du contrat. Dans la décision de la cour d’appel de Paris, RG n° 23/09543, le débat fait apparaître les pertes de chiffre d’affaires et les surcoûts liés à une panne. Ces références ne dispensent pas d’étudier les clauses applicables à Saumos ; elles indiquent les axes de preuve que le juge peut examiner.

La demande contre l’opérateur peut viser plusieurs postes, à condition de les distinguer. Le remboursement ou l’avoir correspond à la période de service non fourni. La pénalité contractuelle obéit au mécanisme prévu par l’offre. Les frais de substitution correspondent à une dépense raisonnable pour limiter l’arrêt. Les dommages et intérêts réparent un préjudice établi qui n’est pas déjà couvert. La résiliation répond à une inexécution suffisamment grave ou à un régime spécial. Mélanger ces postes dans une somme unique donne à l’opérateur une contestation facile et rend plus difficile la coordination avec l’assureur.

Le professionnel doit aussi intégrer la question de la faute de la victime et de la limitation du dommage. Si le fournisseur a proposé une solution de secours mais que le client l’a refusée sans raison technique, le débat sur le montant de la perte sera plus difficile. Si la solution proposée était incompatible avec les volumes, la sécurité, la confidentialité ou les délais de l’activité, le refus peut être justifié. Il faut conserver la proposition, le coût, les caractéristiques et les raisons de son acceptation ou de son refus. La meilleure preuve n’est pas une affirmation rétrospective, mais un échange réalisé au moment de la panne.

Un cas particulier concerne le contrat conclu par un intégrateur ou un revendeur. L’entreprise peut ne pas être en relation directe avec l’opérateur d’infrastructure et ne pas connaître la chaîne technique. Elle doit alors assigner ou mettre en demeure son cocontractant, qui pourra exercer un recours contre son propre fournisseur. Les factures émises par un groupe différent, les conditions de sous-traitance et les clauses de garantie doivent être vérifiées. Une action directe contre l’opérateur d’infrastructure peut exister dans certaines configurations, mais elle ne se déduit pas de la seule existence matérielle du câble endommagé.

La cartographie de crise et les informations publiques sur le sinistre peuvent compléter le dossier. Les collectivités et gestionnaires de réseaux ont pu publier une cartographie de l’impact, des dates de travaux ou des informations sur les zones encore privées de service. Ces éléments doivent être conservés avec leur date et leur source. Ils ne prouvent pas à eux seuls le préjudice d’une entreprise, mais ils peuvent confirmer la réalité géographique de l’événement et expliquer pourquoi plusieurs services ont été interrompus. Une réponse publique indiquant un délai de plusieurs mois peut aussi éclairer la demande d’une solution de continuité.

Le recours judiciaire doit enfin viser une décision utile. Une demande de rétablissement immédiat n’a pas le même objet qu’une demande d’indemnisation après retour du service. Une mesure provisoire peut se justifier lorsque l’entreprise risque une perte actuelle ou une atteinte à la sécurité, mais elle suppose d’identifier une obligation et une urgence. Une demande au fond permettra d’examiner les clauses, la force majeure, la causalité et les comptes. Dans les deux cas, le juge doit disposer d’un tableau clair : service promis, service fourni, événement extérieur, délai, intervention, solution de secours, préjudice et demande.

Le code civil offre les fondements de cette construction. L’article 1217 permet de choisir entre réduction du prix, résolution et réparation selon l’inexécution. L’article 1218 impose de distinguer l’empêchement temporaire et les effets qui pouvaient être évités. L’article 1231-1 organise la réparation de l’inexécution ou du retard en l’absence de force majeure. Lorsque l’entreprise invoque un dommage causé par un tiers hors du contrat, l’article 1240 du code civil peut entrer dans le débat, mais il faut alors établir un fait fautif, un dommage et un lien causal à l’égard de la personne poursuivie. La responsabilité contractuelle du fournisseur reste généralement le premier chemin à examiner.

Le recours contre l’assureur suit une logique différente. Le refus de garantie doit être motivé par la police, l’exclusion, la franchise, le délai de carence ou l’absence de dommage couvert. La compagnie ne peut pas transformer la force majeure invoquée par l’opérateur en exclusion automatique de son propre contrat : les deux relations juridiques doivent être analysées séparément. L’entreprise doit répondre à l’expert, produire les comptes antérieurs et postérieurs, expliquer la méthode de calcul et déclarer toute indemnité reçue ailleurs. Une contestation d’assurance peut être engagée après une réclamation complète et la réception d’une position écrite.

Le mégafeu de Saumos révèle ainsi un risque reproductible pour les réseaux ruraux, les sites isolés et les entreprises qui n’ont pas de double accès. La préparation du prochain contrat doit prévoir un test de secours, un niveau de rétablissement, une définition de l’indisponibilité, un contact d’urgence, une méthode de mesure, une obligation d’information et une compensation lisible. Une clause qui impose seulement de « faire ses meilleurs efforts » sans définir la preuve ni le délai laisse une grande partie du risque à la négociation après le sinistre. La résilience technique et la résilience juridique doivent être conçues ensemble.

Conclusion

Après un incendie, l’entreprise ne doit pas se contenter de demander si le feu est une force majeure. Elle doit identifier le service, le contrat, l’équipement, l’opérateur commercial, l’opérateur d’infrastructure et l’assureur concernés. Le fournisseur commercial demeure le point d’entrée de la panne, même lorsque la réparation matérielle relève d’un autre gestionnaire. L’article D. 98-4 du code des postes et des communications électroniques impose d’examiner les mesures de continuité et de remédiation ; l’article 1218 du code civil impose une analyse précise de l’événement extérieur et des mesures appropriées.

La demande d’indemnisation doit ensuite séparer l’avoir contractuel, le coût de la solution de secours, la perte d’exploitation couverte par l’assurance et les dommages et intérêts éventuellement dus. Les tickets, captures, photographies, journaux, conditions de service, échanges et pièces comptables doivent être conservés au fil de l’incident. La décision du juge dépendra moins de l’émotion suscitée par le sinistre que de la capacité à relier la prestation promise, la durée exacte de la défaillance et un préjudice chiffré. Un signalement à l’ARCEP peut éclairer la dimension collective ; il ne remplace pas la réclamation contre le cocontractant.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».