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Recours administratif rédigé par IA : amende pour requête abusive et précisions minimales

Le 19 août 2026, le tribunal administratif de Rennes a rendu une ordonnance qui devrait retenir l’attention de toute personne envisageant de déposer seule un recours administratif avec l’aide d’une intelligence artificielle. Dans l’ordonnance n° 2508168, le tribunal ne sanctionne pas l’existence d’un outil numérique en tant que tel. Il relève une combinaison beaucoup plus concrète : une contestation fiscale déposée sans réclamation préalable, des moyens qui ne permettent pas d’en apprécier le bien-fondé, la mention d’une rédaction manifestement assistée par une IA et la répétition d’une demande ayant déjà été rejetée. La requérante a été condamnée à 500 euros d’amende pour recours abusif.

La question utile n’est donc pas de savoir si l’IA peut produire trois pages au vocabulaire juridique. Elle est de déterminer si la procédure est ouverte, si le bon acte est contesté, si le délai court encore, si la juridiction saisie est compétente et si chaque moyen repose sur un fait prouvé. Une rédaction fluide ne remplace aucune de ces vérifications. Cette décision fournit un cas d’école transversal pour les contribuables, les dirigeants, les salariés, les étrangers, les associations et les professionnels du droit : comment utiliser une IA comme aide matérielle sans transformer un brouillon non vérifié en acte de procédure coûteux ?

I. Pourquoi une requête administrative rédigée par IA peut-elle être rejetée et sanctionnée ?

A. Que reproche exactement l’ordonnance du tribunal administratif de Rennes n° 2508168 ?

Le texte de référence est l’ordonnance du tribunal administratif de Rennes du 19 août 2026, n° 2508168, disponible dans l’Open Data officiel. La requête avait été enregistrée le 4 décembre 2025. Elle tendait à obtenir la décharge de rappels de taxe sur la valeur ajoutée dus au titre de l’année 2023 ainsi que des pénalités correspondantes. La requérante expliquait être de bonne foi, avoir « suivi les indications écrites du SIE » et n’avoir « jamais été informée d’une dette en 2023 jusqu’à la notification ».

Ces explications ne suffisaient pas à ouvrir le débat sur le montant de l’impôt. Le tribunal a d’abord recherché si la formalité préalable propre au contentieux fiscal avait été accomplie. L’article R*190-1 du livre des procédures fiscales impose au contribuable qui souhaite contester tout ou partie d’un impôt d’adresser d’abord une réclamation au service compétent de la direction générale des finances publiques ou, selon les cas, de la direction générale des douanes et droits indirects. La requête ne démontrait pas l’envoi d’une telle réclamation. Le tribunal en a déduit une irrecevabilité manifeste.

Cette étape explique pourquoi une demande apparemment précise sur une dette de TVA peut échouer avant toute discussion comptable. Le juge n’a pas eu à trancher la bonne foi invoquée, la réalité du conseil reçu du service des impôts ou le calcul des rappels. Il a constaté que la voie contentieuse avait été empruntée avant l’accomplissement de la démarche administrative obligatoire. Une IA à qui l’on demande « rédige un recours contre mon redressement de TVA » peut parfaitement produire des moyens sur la prescription, la motivation, la disproportion des pénalités ou l’erreur de calcul. Aucun de ces développements ne répare l’absence de réclamation préalable.

Le tribunal a ensuite appliqué l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Ce texte autorise notamment le président de formation de jugement à rejeter par ordonnance les requêtes manifestement irrecevables. Il permet aussi de rejeter, après l’expiration du délai de recours ou après la production du mémoire complémentaire annoncé, les requêtes dont les moyens ne sont pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.

La motivation de Rennes est particulièrement instructive parce qu’elle distingue le défaut de formalité et le défaut de contenu. D’un côté, la requête n’était pas précédée de la réclamation prévue par l’article R*190-1 du livre des procédures fiscales. De l’autre, le tribunal écrit que les moyens « ne sont pas assortis des précisions les plus élémentaires, permettant au juge d’en apprécier la portée et le bien-fondé ». La longueur d’un texte ne permet donc pas de satisfaire l’exigence de précision. Un moyen utile doit identifier la décision contestée, la règle applicable, le fait qui aurait été mal apprécié et la pièce qui permet de le démontrer.

Le tribunal relève alors que la requête « a, au demeurant, été manifestement écrite à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle ». Cette phrase ne crée pas une nouvelle cause d’irrecevabilité intitulée « recours rédigé par IA ». Elle décrit la forme et la qualité du document après que les irrégularités procédurales ont été identifiées. La décision ne dit pas qu’un contribuable n’a pas le droit d’utiliser un logiciel pour organiser son récit, corriger son orthographe ou préparer une liste de questions. Elle montre que l’outil ne dispense pas de contrôler chaque prémisse juridique avant le dépôt.

Enfin, l’ordonnance mentionne une précédente requête ayant, en substance, le même objet et rejetée le 3 octobre 2025. La répétition n’est pas présentée comme un simple détail chronologique. Elle s’ajoute à l’absence de réclamation préalable et à l’insuffisance des moyens pour conduire le tribunal à retenir que la nouvelle requête « présente un caractère abusif ». L’article 2 du dispositif condamne la requérante au paiement d’une « amende pour recours abusif de 500 euros ».

Le raisonnement doit être lu dans son ordre exact. Premièrement, le contentieux fiscal n’était pas recevable en l’état. Deuxièmement, l’argumentation ne permettait pas au juge d’identifier un débat juridique suffisamment construit. Troisièmement, une requête de même nature avait déjà été rejetée. La référence à l’intelligence artificielle explique l’apparence du document et alerte sur son mode de préparation ; elle ne transforme pas une utilisation technique en faute autonome. Pour vérifier le texte et sa date, le portail humain de l’Open Data du tribunal administratif de Rennes permet également de rechercher le numéro 2508168.

B. Quelle différence entre requête irrecevable, moyens imprécis et recours abusif ?

Ces trois notions sont proches dans le dossier de Rennes, mais elles n’ont pas le même objet. L’irrecevabilité concerne l’accès au juge : la personne n’a pas accompli la formalité exigée, a saisi la mauvaise juridiction, a agi hors délai ou ne justifie pas d’une décision attaquable. Le défaut de précision concerne la possibilité pour le juge de comprendre et de trancher le moyen. Le recours abusif concerne le comportement procédural dans son ensemble et peut conduire à une sanction financière.

L’article R. 411-1 du code de justice administrative fournit le socle formel. La requête indique les nom et domicile des parties, expose les faits et les moyens et énonce les conclusions soumises au juge. Le même article précise qu’une requête ne contenant l’exposé d’aucun moyen ne peut être régularisée par un mémoire complémentaire qu’avant l’expiration du délai de recours. Une page remplie de généralités sur « l’injustice » d’une décision ne répond pas à cette exigence si elle ne fait pas le lien avec l’acte administratif et les faits du dossier.

Le défaut de précision peut également concerner un moyen qui existe en apparence mais ne permet pas d’en apprécier la portée. Écrire que l’administration a « violé la loi », que la décision est « disproportionnée » ou que l’impôt est « injuste » ne suffit pas. Il faut préciser quelle disposition est invoquée, quelle partie de la décision est visée, quel fait est contesté et quelles pièces rendent l’argument vérifiable. Une IA produit facilement des formules générales parce qu’elle complète un texte à partir de modèles linguistiques. Le juge, lui, doit statuer sur une décision et un dossier déterminés.

Le recours abusif se situe à un autre niveau. L’article R. 741-12 du code de justice administrative dispose que le juge peut infliger à l’auteur d’une requête qu’il estime abusive une amende ne pouvant excéder 10 000 euros. Le texte ne prévoit pas une tarification automatique : 500 euros dans l’ordonnance de Rennes ne signifie pas que toute requête assistée par une IA sera sanctionnée du même montant. Le juge apprécie la situation concrète, le contenu de la demande, sa répétition éventuelle et les circonstances de l’instance.

La jurisprudence du Conseil d’État aide à éviter deux contresens. Dans sa décision du 23 janvier 2008, n° 308591, le Conseil d’État a jugé qu’une amende pouvait être prononcée alors même que le juge des référés n’avait pas utilisé la procédure de rejet prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative. Il souligne que « le caractère abusif de la demande pouvant notamment apparaître au cours de l’instruction ou de l’audience publique ». Une amende n’est donc pas limitée à une hypothèse où l’abus serait visible à la première lecture.

La même décision rappelle que le juge peut motiver le prononcé de l’amende, même si la loi ne lui impose pas une motivation spéciale. La solution est à rapprocher de l’ordonnance du Conseil d’État du 12 décembre 2017, n° 416139. Le Conseil d’État y a rejeté une requête et fixé une amende de 1 000 euros après avoir retenu son caractère abusif. Il a repris la règle selon laquelle le juge peut infliger l’amende jusqu’au plafond légal et a confirmé qu’un recours manifestement mal orienté pouvait être rejeté sur le fondement de l’article L. 522-3.

La qualification n’est toutefois pas automatique dès qu’une personne reprend un argument. Dans la décision du 24 septembre 2018, n° 419757, le Conseil d’État a annulé une amende de 5 000 euros parce que la nouvelle demande visait un arrêté distinct. Il précise que la qualification juridique de l’abus « peut être utilement discutée devant le juge de cassation », tandis que le montant relève en principe de l’appréciation souveraine des juges du fond. La distinction est essentielle : des moyens proches ne rendent pas à eux seuls deux demandes identiques.

Une solution récente confirme cette limite. Dans sa décision du 30 avril 2026, n° 493169, le Conseil d’État a annulé une amende de 750 euros prononcée contre une requérante qui avait repris certains moyens déjà écartés. Le Conseil d’État a relevé qu’elle avait adopté une « attitude dilatoire » en produisant tardivement des moyens déjà examinés, mais il a aussi constaté que les autres moyens de la demande invoquaient de manière argumentée la prescription de la créance. Dans ces conditions, le tribunal avait « inexactement qualifié les faits de l’espèce » en retenant le caractère abusif de l’ensemble de la demande.

Cette jurisprudence permet de situer exactement l’ordonnance n° 2508168. Le risque ne vient pas d’une simple mention de l’IA, ni du fait qu’un particulier sollicite une aide rédactionnelle. Il vient d’un document qui ne franchit pas les contrôles élémentaires de recevabilité et de précision, puis qui répète une démarche sans traiter la difficulté qui avait déjà conduit au premier rejet. La répétition d’un recours peut rester légitime lorsque la décision attaquée est nouvelle, qu’un élément nouveau est apparu ou qu’un moyen est réellement différent. Elle devient dangereuse lorsque la procédure est relancée à l’identique, sans formalité préalable et sans réponse au motif du premier rejet.

Il faut également distinguer l’amende administrative pour recours abusif de l’amende civile applicable devant les juridictions judiciaires. L’article 32-1 du code de procédure civile prévoit qu’une personne qui agit en justice de manière dilatoire ou abusive peut être condamnée à une amende civile d’un maximum de 10 000 euros, sans préjudice des dommages-intérêts. Cette règle ne remplace pas l’article R. 741-12 lorsque le litige relève du tribunal administratif. Une réponse générée par IA qui mélange le code de procédure civile, le code de justice administrative et le livre des procédures fiscales peut donc donner une impression de rigueur tout en orientant le recours vers le mauvais régime.

Enfin, les frais de procédure suivent une logique différente. L’article L. 761-1 du code de justice administrative concerne les frais exposés et non compris dans les dépens. Il ne constitue pas le fondement de l’amende de l’article R. 741-12. Le requérant doit donc vérifier séparément les risques : rejet de la requête, éventuelle amende pour abus, frais pouvant être mis à sa charge et conséquences d’un délai contentieux perdu.

II. Que vérifier avant de déposer un recours administratif avec une IA ?

A. Quelle checklist de délai, réclamation préalable, décision et pièces faut-il suivre ?

Une IA peut être utile dans une phase préparatoire : elle peut transformer des courriels en chronologie, repérer les dates à vérifier, classer des pièces ou reformuler une question. Elle ne doit pas être autorisée à décider seule que la procédure est recevable. Avant de reprendre une phrase générée dans une requête, il faut effectuer un contrôle humain et documentaire. L’article R. 421-1 du code de justice administrative rappelle que la juridiction ne peut en principe être saisie que par un recours contre une décision, dans les deux mois de sa notification ou de sa publication. Il faut donc conserver la décision et la preuve de sa date de réception.

La vérification peut suivre la séquence suivante, adaptée au litige concerné :

  1. Identifier l’acte contesté. Il faut recopier son intitulé exact, son auteur, sa date, son numéro lorsqu’il existe et la mesure qu’il contient. Une réponse à un courriel, une mise en demeure, une décision implicite et un avis de sommes à payer n’ont pas nécessairement le même régime. Une IA qui reçoit uniquement le récit d’un désaccord peut appeler « décision » un document qui ne l’est pas encore.
  2. Calculer le délai. Il faut comparer la date de notification, les mentions de voies et délais de recours et la date envisagée pour le dépôt. Le calendrier doit inclure les demandes préalables qui interrompent ou conditionnent le contentieux, sans supposer qu’un simple échange téléphonique prolonge le délai.
  3. Vérifier la formalité préalable. Pour un impôt, l’article R*190-1 du livre des procédures fiscales impose une réclamation au service compétent. Pour une demande tendant au paiement d’une somme, l’article R. 421-1 impose en principe une décision administrative préalable. D’autres matières imposent un recours administratif préalable obligatoire. Il faut rechercher le texte propre au litige au lieu de demander à l’outil de l’inférer.
  4. Constituer la preuve de la démarche. La réclamation, son envoi, son accusé de réception, la réponse de l’administration et les pièces jointes doivent être conservés dans le même dossier. Une phrase comme « j’ai déjà contesté » ne remplace pas la copie du courrier et de sa preuve de transmission. Dans le dossier de Rennes, l’absence de preuve de la réclamation fiscale a été déterminante.
  5. Relire chaque conclusion. La demande doit dire exactement ce que le juge peut faire : annuler une décision, prononcer une décharge, enjoindre un réexamen ou statuer sur une indemnité dans les conditions prévues. Une formulation qui réclame seulement que le juge « reconnaisse l’injustice » ne constitue pas forcément une conclusion opérante.
  6. Relier chaque moyen à un fait et à une pièce. Pour chaque argument, il faut écrire la règle invoquée, le passage de la décision critiqué, le fait précis qui la contredit et le numéro de la pièce. Cette méthode évite les paragraphes généraux que le tribunal peut considérer comme insuffisamment précis.
  7. Rechercher les procédures antérieures. Il faut établir si une requête, un référé, une réclamation ou un recours gracieux a déjà été présenté sur le même acte ou sur un acte différent. La comparaison doit porter sur l’objet, la décision, les conclusions, les moyens et les éléments nouveaux. Il ne faut pas déposer un second recours avant d’avoir compris le motif du premier rejet.
  8. Contrôler la juridiction et le canal de dépôt. L’article R. 414-1 du code de justice administrative prévoit, dans les hypothèses qu’il vise, une transmission électronique par une application dédiée pour les requêtes présentées par un avocat et certaines personnes morales. Une requête peut être juridiquement correcte mais déposée par un canal inadapté ou sans les pièces requises.

Cette liste n’est pas un modèle de recours. Elle sert à tester l’ouverture de la procédure avant la rédaction. Le document généré doit ensuite être comparé aux textes officiels. Pour la présentation, l’article R. 411-1 du code de justice administrative impose l’exposé des faits, des moyens et des conclusions. Pour une requête fiscale, il faut ajouter la réclamation prévue par l’article R*190-1. Pour une demande indemnitaire, il faut identifier la demande préalable et la décision qui en est issue. Le même mot « recours » recouvre ainsi des opérations juridiquement différentes.

La vérification des références est un contrôle séparé. Il faut ouvrir la page officielle de chaque article cité, vérifier sa version applicable à la date des faits et contrôler que la décision invoquée correspond bien à la juridiction, à la procédure et au problème traité. Les références chiffrées produites par une IA peuvent être inexistantes, attribuées à une autre juridiction ou exactes mais hors sujet. Une décision du Conseil d’État en référé ne répond pas nécessairement à une question de recevabilité fiscale devant un tribunal administratif. Une citation réelle peut donc rester inutilisable si elle n’est pas transposable.

Le contrôle doit aussi porter sur les faits que l’outil ne peut pas connaître. La date de notification peut être différente de la date inscrite sur la décision. Une précédente requête peut avoir été déposée par un conseil, puis retirée ou rejetée. La réclamation préalable peut avoir été envoyée à un service incompétent. Une pièce peut comporter une version rectifiée ou une annexe manquante. Ces éléments ne sont pas visibles dans une réponse générique. Ils doivent être vérifiés dans les documents originaux.

Si l’urgence impose de déposer rapidement, la priorité n’est pas de faire produire un texte plus long. Il faut isoler le délai, l’acte contesté, la juridiction, la formalité préalable et les conclusions minimales. Une consultation peut ensuite servir à décider s’il faut compléter l’argumentation, demander une mesure provisoire ou choisir une autre voie. Une requête courte mais recevable et documentée est plus utile qu’un mémoire volumineux qui ignore la condition préalable.

B. L’avocat est-il responsable des références produites par une IA et comment sécuriser le dossier ?

Le cas de Rennes concernait une requérante dont le nom est anonymisé dans l’ordonnance. Il ne permet pas de conclure que toute utilisation d’une IA par un avocat serait fautive, ni que le tribunal dispose d’un détecteur infaillible. Il permet en revanche d’énoncer une règle pratique : la personne qui signe ou dépose l’acte reste responsable de ce qu’il contient. L’origine technique d’une phrase n’explique pas au juge pourquoi une formalité n’a pas été accomplie, pourquoi une décision n’a pas été identifiée ou pourquoi une référence erronée a été maintenue.

Pour un cabinet, la sécurité commence par une séparation nette entre l’assistance documentaire et la validation juridique. L’IA peut proposer un tableau de dates, une structure de pièces ou une reformulation. La personne chargée du dossier doit ensuite :

  • retrouver le texte officiel cité et conserver son lien ou sa copie dans le dossier de travail ;
  • lire la décision dans son intégralité utile, et pas seulement le résumé fourni par l’outil ;
  • contrôler le numéro de pourvoi ou de requête, la juridiction, la date, la formation et le dispositif ;
  • vérifier que la solution répond au moyen réellement soulevé et aux faits du client ;
  • supprimer toute référence dont l’existence, la portée ou la version applicable n’est pas certaine ;
  • anonymiser les données confidentielles avant de les soumettre à un outil dont les conditions de traitement ne sont pas maîtrisées ;
  • conserver une trace de la validation humaine des faits, des textes, des pièces et des conclusions.

Cette méthode protège aussi le justiciable contre une confusion fréquente : croire qu’une expression technique constitue un conseil. Dans l’ordonnance de Rennes, la formule sur l’outil d’intelligence artificielle est entourée de constats vérifiables. Le tribunal identifie l’absence de réclamation fiscale, la faiblesse des moyens et l’existence d’un recours antérieur. Un professionnel doit donc expliquer au client ce qui sera réellement contrôlé : non pas le style du mémoire, mais la recevabilité, la cohérence des faits, la pertinence des moyens et la stratégie procédurale.

Le dossier doit comporter une fiche de contrôle avant envoi. Elle peut être très simple : décision attaquée, date de notification, délai, formalité préalable, juridiction, canal de dépôt, conclusions, moyens, pièces et procédures antérieures. Chaque case doit renvoyer à un document. Si une case reste vide, l’acte ne doit pas être considéré comme finalisé parce qu’un modèle de langage lui a donné une forme convaincante.

La question de la répétition mérite une attention particulière. La décision du Conseil d’État du 24 septembre 2018, n° 419757, montre qu’un nouvel acte administratif peut justifier une nouvelle demande même lorsque les arguments se ressemblent. À l’inverse, l’ordonnance de Rennes associe la répétition à une absence de correction des obstacles déjà rencontrés. Une nouvelle procédure doit donc expliquer ce qui a changé : nouvelle décision, nouvelle notification, formalité enfin accomplie, pièce nouvellement obtenue, moyen distinct ou évolution du droit. Une formule automatique qui reconduit le premier recours sans cette explication augmente le risque de qualification abusive.

La décision du Conseil d’État du 30 avril 2026, n° 493169, fournit un autre garde-fou. Elle rappelle qu’une demande ne doit pas être globalement qualifiée d’abusive lorsque des moyens sérieux et argumentés subsistent, même si certains arguments sont repris tardivement. Le contrôle humain ne sert donc pas uniquement à éviter une sanction ; il permet aussi de distinguer un véritable recours, qui doit être examiné, d’une répétition dépourvue d’utilité. L’objectif est de présenter clairement les éléments nouveaux et de retirer les développements déjà jugés ou sans rapport.

Le dépôt par un avocat ne supprime pas les contraintes techniques. Lorsque l’article R. 414-1 s’applique, la transmission doit passer par l’application dédiée. Les pièces doivent être lisibles, nommées et rattachées aux moyens. La requête et les mémoires sont déposés ou adressés au greffe selon les règles de l’article R. 611-1 du code de justice administrative. Un outil peut préparer une liste de fichiers, mais il ne peut pas vérifier seul qu’une pièce est complète, qu’elle correspond à la bonne date ou qu’elle n’a pas été remplacée par une version obsolète.

La confidentialité impose la même prudence. Il ne faut pas transmettre à un service d’IA des noms, coordonnées, données fiscales, informations de santé, secrets d’affaires ou pièces de procédure sans avoir vérifié le cadre juridique et contractuel applicable. Lorsque l’anonymisation est possible, elle doit être faite avant l’importation. Le texte final doit également être relu après anonymisation : remplacer un nom par une initiale peut créer une incohérence avec une pièce, une date ou une conclusion. La protection du dossier et la qualité juridique se rejoignent ici.

Si une requête a déjà été déposée avec une référence douteuse ou sans formalité préalable, il ne faut pas envoyer immédiatement une seconde requête générée pour « corriger » la première. Il faut d’abord identifier la voie de régularisation éventuellement ouverte, vérifier si le délai court encore, répondre à une demande du greffe et déterminer si un recours préalable doit être engagé. Selon la matière, une régularisation peut être impossible après l’expiration du délai. L’article L. 522-3 du code de justice administrative montre par ailleurs que, dans le référé, le juge peut rejeter par ordonnance une demande manifestement irrecevable ou mal fondée. La réaction utile dépend donc de l’acte déjà déposé et du calendrier réel.

Le dossier peut enfin être examiné sous l’angle financier. L’amende de l’article R. 741-12 peut atteindre 10 000 euros, mais elle n’est pas le seul risque. Un délai perdu peut empêcher une contestation ultérieure. Une procédure répétée peut accroître les frais. Une demande fiscale mal orientée peut retarder la discussion avec l’administration. Une entreprise peut aussi devoir expliquer à ses associés, à son assureur ou à son conseil pourquoi une action a été déposée sans décision préalable. L’utilisation d’une IA est alors une question de gouvernance du contentieux, et non seulement de rédaction.

Conclusion

L’ordonnance du tribunal administratif de Rennes n° 2508168 ne pose pas une interdiction générale de l’intelligence artificielle dans les recours. Elle rappelle une hiérarchie simple : vérifier d’abord la décision et le délai, accomplir la formalité préalable, construire des moyens rattachés aux faits et aux pièces, puis seulement utiliser un outil pour améliorer la présentation. La sanction de 500 euros s’explique par l’accumulation constatée dans cette affaire : une contestation fiscale sans réclamation préalable, des moyens trop vagues, une rédaction manifestement assistée par IA et une nouvelle requête ayant en substance le même objet qu’une demande déjà rejetée.

Avant tout dépôt, il faut donc pouvoir répondre à cinq questions : quelle décision est contestée ? Quelle date fait courir le délai ? Quelle démarche administrative devait précéder le recours ? Quel fait et quelle pièce soutiennent chaque moyen ? Qu’est-ce qui distingue cette demande d’une procédure antérieure ? Si une seule réponse repose sur une supposition produite par l’outil, le document n’est pas prêt. La bonne utilisation de l’IA consiste à accélérer la préparation contrôlée du dossier ; elle ne consiste pas à déléguer au logiciel le choix d’agir, la vérification des sources ou la responsabilité de la procédure.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».