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Dossier de surendettement et facture d’artisan impayée : malfaçons, déclaration de la dette et recours

Une facture d’artisan impayée ne disparaît pas parce qu’un dossier de surendettement a été déposé. Elle doit être identifiée, déclarée et, lorsqu’elle est discutée, contestée avec méthode. La difficulté est fréquente après un chantier interrompu, des malfaçons, des travaux supplémentaires non commandés ou une facture qui ne tient pas compte des acomptes déjà versés. Le débiteur peut alors être pris entre les relances de l’entreprise, une demande de recouvrement et la procédure engagée auprès de la Banque de France.

La bonne démarche consiste à distinguer trois questions. La dette existe-t-elle dans son principe ? Si oui, quel montant reste réellement dû après les paiements, les travaux non réalisés et les reprises nécessaires ? Enfin, quelles conséquences cette dette peut-elle avoir sur le plan conventionnel, les mesures imposées ou un rétablissement personnel ? Le dossier doit répondre séparément à chacune de ces questions. Une contestation vague des malfaçons ne suffit pas, pas plus qu’une facture d’artisan non vérifiée ne doit être acceptée sans pièces.

Le présent article vise la facture liée à des travaux réalisés pour les besoins personnels du débiteur. Il explique comment la déclarer, comment réunir les preuves et comment demander la vérification du passif. Pour comprendre le recours contre une décision de recevabilité, vous pouvez aussi consulter la page consacrée au dossier de surendettement et à la contestation de la recevabilité.

I. Dossier de surendettement et facture d’artisan impayée : faut-il déclarer la dette et peut-on la contester ?

A. Une facture de travaux personnels doit être intégrée au passif, sauf difficulté liée à la nature professionnelle de la dette

Une personne qui a fait rénover son logement, remplacer une chaudière, refaire une toiture ou aménager une pièce peut inscrire la facture d’artisan dans son dossier de surendettement. Le fait que la facture soit contestée ne permet pas de la supprimer de sa propre initiative. Il faut la mentionner en précisant le montant réclamé, la somme déjà payée, la part correspondant à des travaux non réalisés et la raison exacte de la contestation. Cette transparence protège la bonne foi du déposant et permet à la commission de travailler sur un passif complet.

Le texte de référence est l’article L. 711-1 du code de la consommation. Il prévoit notamment que « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. » Il ajoute que la situation est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face aux dettes exigibles et à échoir. Une facture d’artisan peut donc faire partie de l’équation financière, même lorsqu’elle n’est pas encore fixée définitivement par une décision de justice.

La déclaration doit toutefois rester cohérente avec la situation réelle. Si le débiteur reconnaît avoir reçu des travaux entièrement exécutés et conteste seulement le délai de paiement, le dossier doit le dire. Si le chantier est abandonné, si des travaux essentiels manquent ou si l’entreprise réclame des travaux supplémentaires jamais acceptés, il faut détailler ces faits. Une ligne « facture contestée » sans chronologie ni pièce laisse la commission et, plus tard, le juge sans moyen de distinguer une dette certaine d’un montant seulement allégué.

La nature du chantier doit également être précisée. Les travaux réalisés dans la résidence principale ou dans un logement personnel correspondent en principe à une dépense privée. Une facture liée à un local professionnel, à une activité commerciale ou à un chantier commandé pour une entreprise peut soulever une question différente. Le régime du surendettement ne s’applique pas lorsque le débiteur relève des procédures du livre VI du code de commerce : c’est la règle de l’article L. 711-3 du code de la consommation, qui dispose que « Les dispositions du présent livre ne s’appliquent pas lorsque le débiteur relève des procédures instituées par le livre VI du code de commerce. »

Cette frontière ne signifie pas que toute personne ayant une activité indépendante est automatiquement exclue. Elle impose de qualifier la dette et la procédure applicable. Un artisan qui doit une facture à un autre professionnel, une société en cessation des paiements ou un entrepreneur soumis à une procédure collective ne se trouve pas dans la même situation qu’un particulier qui doit le solde de travaux dans son habitation. Le présent article ne traite pas de la procédure collective de l’entreprise ni du passif professionnel qui doit être orienté vers le rédacteur compétent en droit des affaires.

Dans le formulaire et les pièces jointes, il est utile de faire apparaître au minimum :

  • le nom exact de l’artisan ou de la société, son adresse et la référence de la facture ;
  • la date du devis, du bon de commande, du début du chantier et de la facture ;
  • le montant total prévu, les acomptes et paiements déjà effectués, avec les justificatifs bancaires ;
  • la somme réclamée à la date du dépôt, en distinguant principal, pénalités, frais et éventuels intérêts ;
  • les travaux terminés, ceux qui restent à faire et les désordres constatés ;
  • les courriers de relance, mises en demeure, propositions de reprise et réponses de l’entreprise ;
  • l’existence d’une procédure de recouvrement, d’une assignation, d’une injonction de payer ou d’une mesure d’exécution.

Cette présentation n’est pas une formalité secondaire. Le montant de la facture peut modifier la capacité de remboursement, le budget laissé au débiteur et l’orientation de la procédure. Une dette déclarée trop élevée peut conduire à un plan plus lourd. Une dette omise peut réapparaître plus tard, avec des difficultés pour établir qu’elle avait été portée à la connaissance de la commission. Une dette présentée comme inexistante alors qu’elle correspond à des travaux reçus peut aussi fragiliser l’appréciation de la bonne foi.

La déclaration ne vaut pas reconnaissance définitive de la facture. Elle signifie que le débiteur signale une créance susceptible de participer au traitement de son endettement. Le montant pourra être vérifié, corrigé ou écarté selon la nature du désaccord et les éléments produits. Il faut donc éviter les deux erreurs opposées : ne rien déclarer parce que l’artisan est contesté, ou recopier mécaniquement la somme figurant sur la facture sans contrôler les paiements et l’exécution du chantier.

B. Malfaçons, chantier inachevé ou travaux supplémentaires : construire une contestation utilisable par la commission et le juge

Une contestation efficace ne repose pas sur une formule générale comme « le travail est mauvais ». Elle met en relation un engagement précis, un manquement identifiable et une conséquence financière. Pour chaque poste, il faut pouvoir répondre à quatre questions : qu’avait promis l’entreprise ? Qu’a-t-elle effectivement réalisé ? Quelle preuve montre l’écart ? Quelle somme doit être retirée, suspendue ou discutée ? Cette méthode est plus lisible qu’un dossier composé uniquement de photographies non datées ou de courriels sans classement.

Le contrat, le devis accepté et les échanges sont le premier niveau de preuve. Un devis qui décrit les matériaux, les surfaces, les équipements et les étapes du chantier permet de comparer la prestation annoncée à la prestation livrée. Une facture qui comporte des travaux supplémentaires doit être rapprochée d’un avenant, d’un ordre écrit, d’un courriel d’acceptation ou d’un élément démontrant que le client les a demandés. En l’absence de cette correspondance, le montant réclamé peut être discuté, mais la contestation doit exposer précisément ce qui est refusé.

Les réserves formulées à la réception, les procès-verbaux, les photographies datées, les rapports d’expert, les attestations et les devis de reprise sont ensuite classés par désordre. Une fuite, une installation inutilisable, une surface non achevée, une non-conformité ou une finition défectueuse ne produisent pas nécessairement la même conséquence sur le prix. Le coût de la reprise doit être relié au défaut observé. Une seconde entreprise qui chiffre la réparation doit expliquer les travaux nécessaires, et non seulement fournir un montant global difficile à vérifier.

Le droit des contrats donne plusieurs outils lorsque la prestation est imparfaitement exécutée. L’article 1217 du code civil permet notamment d’« obtenir une réduction du prix ; – provoquer la résolution du contrat ; – demander réparation des conséquences de l’inexécution ». Ces remèdes ne s’appliquent pas de façon automatique et leur mise en œuvre dépend des faits, du contrat, de la gravité du manquement et des démarches déjà accomplies. Dans le dossier de surendettement, ils servent surtout à expliquer pourquoi la somme exigée ne correspond pas nécessairement au solde réellement dû.

Lorsque l’entreprise n’achève pas le chantier ou exécute mal son obligation, l’article 1231-1 du code civil prévoit que « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » Une demande de dommages-intérêts ne se confond pas avec la facture. Elle peut devenir une créance du client contre l’artisan, mais elle doit être suffisamment étayée et ne réduit pas mécaniquement la facture avant accord ou décision.

La question de la preuve est bilatérale. L’article 1353 du code civil énonce : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. » L’artisan doit donc pouvoir rattacher le montant demandé à l’obligation contractuelle et à son exécution. Le débiteur doit, de son côté, produire les preuves des acomptes, des virements, des remises de clés, des accords de solde ou des paiements en espèces lorsqu’il les invoque.

Pour les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, une garantie légale peut être discutée. L’article 1792 du code civil prévoit que « Tout constructeur d’un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l’acquéreur de l’ouvrage, des dommages, même résultant d’un vice du sol, qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui, l’affectant dans l’un de ses éléments constitutifs ou de ses éléments d’équipement, le rendent impropre à sa destination. » Une difficulté de finition ou un retard ne relève pas nécessairement de cette garantie. Le dossier doit identifier le régime invoqué au lieu d’utiliser l’expression « malfaçon » comme une catégorie unique.

La contestation peut être présentée dans un tableau de travail, même si le document envoyé à la commission reste rédigé en phrases :

  • poste facturé : « fourniture et pose de la douche » ;
  • position du débiteur : installation non terminée, photographies du 12 juin et devis de reprise ;
  • montant payé : acompte de 1 800 euros le 4 mai, relevé bancaire en pièce 6 ;
  • montant contesté : solde de 2 400 euros, faute de réception et après déduction des travaux non exécutés ;
  • demande : vérification de la créance et production par l’entreprise du détail des fournitures, de la main-d’œuvre et des travaux supplémentaires.

Il faut également préserver la preuve des échanges postérieurs au dépôt. Une proposition de reprise, une remise commerciale ou un accord de paiement peut modifier la situation. À l’inverse, une lettre de reconnaissance de dette signée dans l’urgence peut être utilisée par l’artisan pour soutenir le montant initial. Avant de signer un échéancier, le débiteur doit vérifier s’il reconnaît le principe et le montant de la créance, et si cet acte est compatible avec la suspension des paiements liée à la procédure.

Enfin, le désaccord sur la facture ne doit pas être confondu avec une demande d’indemnisation contre l’artisan. Le premier porte sur la dette que l’entreprise réclame au débiteur. Le second porte sur la somme que l’entreprise pourrait devoir au débiteur en raison des malfaçons ou de l’abandon du chantier. Les deux volets peuvent être liés, mais ils n’ont pas les mêmes règles de preuve ni le même calendrier. Une créance de réparation seulement hypothétique ne doit pas être présentée comme une somme déjà certaine qui réduirait automatiquement le passif.

II. Après la recevabilité : quel délai pour contester la facture, faire vérifier le passif et traiter la dette dans le plan ?

A. La notification de l’état détaillé des dettes ouvre un délai de vingt jours pour demander la vérification de la facture

Après la décision de recevabilité, la commission établit l’état détaillé des dettes à partir du dossier et des déclarations reçues. Le débiteur doit lire ce document dès sa réception. Il ne suffit pas de vérifier le total général : chaque facture doit être contrôlée sur le créancier, la référence, la date, le montant, la nature des frais, les paiements et la personne réellement tenue. Une facture d’artisan peut être inscrite avec un montant différent de celui annoncé dans la relance, ou être regroupée avec des pénalités et des frais de recouvrement qui doivent être identifiés.

L’article L. 723-3 du code de la consommation prévoit que « Le débiteur peut, dans un délai fixé par décret, contester l’état du passif dressé par la commission et demander à celle-ci de saisir le juge des contentieux de la protection, aux fins de vérification de la validité des créances, des titres qui les constatent et du montant des sommes réclamées. » La commission est tenue de faire droit à cette demande. Il faut donc lui adresser la contestation avec une demande explicite de saisine du juge, et non seulement écrire à l’artisan pour lui demander une nouvelle facture.

Le décret fixe le délai à vingt jours. L’article R. 723-8 du code de la consommation dispose : « Le débiteur peut contester l’état du passif dressé par la commission dans un délai de vingt jours. A l’expiration de ce délai, il ne peut plus formuler une telle demande. La commission informe le débiteur de ce délai. » Le délai doit être calculé à partir de la notification de l’état du passif. Il faut conserver l’enveloppe, l’avis de réception ou le message électronique permettant d’établir la date de réception et envoyer la contestation de manière à prouver sa date.

La Cour de cassation a rappelé cette rigueur dans son arrêt du 12 juin 2025, deuxième chambre civile, pourvoi n° 23-15.025, publié au Bulletin. La Cour énonce : « Selon ce texte, le débiteur peut contester l’état du passif dressé par la commission dans un délai de vingt jours, et ne peut plus à l’expiration de ce délai, formuler une telle demande. » L’arrêt précise aussi que le débiteur ne peut pas profiter d’une instance déjà ouverte pour ajouter une autre créance qu’il n’avait pas contestée dans le délai. Le lien officiel vers la décision est disponible sur le site de la Cour de cassation, arrêt n° 23-15.025.

La contestation doit donc être individualisée. Elle peut porter sur le principe de la dette, son montant, le caractère liquide et certain de la créance, les travaux réellement réalisés, les paiements déjà effectués, les frais accessoires ou la personne à qui la facture est imputée. Elle doit joindre le devis, la facture, les relevés de paiement, les photographies, les réserves, les courriers et les devis de reprise utiles. Une liste de pièces numérotée aide le juge à retrouver chaque affirmation.

La vérification n’est pas un nouveau procès général sur toutes les difficultés du chantier. L’article R. 723-7 du code de la consommation prévoit que « La vérification de la validité des créances, des titres qui les constatent et de leur montant est opérée pour les besoins de la procédure et afin de permettre à la commission de poursuivre sa mission. » Le même texte précise qu’elle porte sur le caractère liquide et certain, ainsi que sur le principal, les intérêts et les accessoires. Les pièces doivent donc être centrées sur le montant à retenir pour la procédure, sans perdre de vue que le juge peut renvoyer une question plus large au contentieux approprié.

Le débiteur doit indiquer si la facture est contestée dans son principe ou seulement dans son montant. Cette distinction est essentielle. Celui qui dit « je ne dois rien, les travaux n’ont pas été commandés ou n’ont pas été réalisés » ne présente pas la même contestation que celui qui dit « je dois le solde des travaux reçus, mais pas les 3 000 euros de travaux supplémentaires ni les frais sans justificatif ». La demande de pièces et la réponse du créancier ne seront pas appréciées de la même façon.

Dans l’arrêt du 7 mars 2024, deuxième chambre civile, pourvoi n° 22-13.584, la Cour de cassation a contrôlé une différence entre le montant annoncé et celui figurant à l’état des dettes. Elle rappelle : « Il résulte de ces textes que lorsque la créance n’est pas contestée en son principe, le juge ne peut pas l’écarter au motif que le créancier ne produit pas les pièces justificatives sans l’inviter préalablement à les produire. » La décision est consultable sur le site de la Cour de cassation, pourvoi n° 22-13.584.

Cette solution ne signifie pas qu’une facture imprécise sera toujours maintenue pour son montant intégral. Elle signifie que le juge doit respecter le contradictoire et permettre au créancier de produire les documents lorsque le principe de la dette n’est pas remis en cause. Dans le dossier de travaux, il peut s’agir du devis accepté, des situations de chantier, des commandes de matériaux, des avoirs, des paiements et du décompte actualisé. Le débiteur doit alors répondre de façon ciblée aux nouvelles pièces, en distinguant ce qui est justifié de ce qui reste inexpliqué.

La deuxième chambre civile a adopté une approche proche dans son arrêt du 22 mars 2018, pourvoi n° 17-12.765. Dans cette affaire, la créance n’était pas contestée dans son principe, mais le montant des frais et accessoires était discuté. La Cour a retenu que « la créance n’était pas contestée en son principe par les débiteurs qui en avaient sollicité l’effacement, sans avoir demandé à la banque de produire ces pièces ». L’arrêt est disponible sur le site de la Cour de cassation, pourvoi n° 17-12.765. Pour une facture d’artisan, cette distinction invite à demander le détail des postes plutôt qu’à confondre l’existence d’un chantier avec l’acceptation de toutes les lignes de la facture.

La charge de la preuve des paiements doit être traitée avec sérieux. Dans son arrêt du 20 janvier 2005, pourvoi n° 03-04.195, la deuxième chambre civile a rappelé qu’« il appartient au débiteur de justifier du paiement des dettes figurant aux décomptes produits par ses créanciers ». La décision figure sur le site de la Cour de cassation, pourvoi n° 03-04.195. Les relevés bancaires, reçus, attestations de paiement et preuves de remise d’espèces prennent donc une place particulière dans le dossier. Une photographie de travaux ne prouve pas, à elle seule, le versement d’un acompte.

La demande doit enfin être formulée de manière opérationnelle. Elle peut demander que la créance soit fixée à zéro si le débiteur conteste son principe et dispose d’éléments solides, ou qu’elle soit retenue pour un montant déterminé après déduction des paiements et des travaux non réalisés. Elle peut aussi demander que le créancier produise le détail d’une somme avant que la commission ne poursuive le calcul du plan. Une demande graduée, qui indique le montant reconnu et le montant contesté, aide à éviter un débat abstrait.

B. Quel effet de la recevabilité sur les relances, les saisies, le plan et l’effacement de la facture d’artisan ?

La recevabilité protège le débiteur contre certaines mesures d’exécution, mais elle n’efface pas instantanément la facture. L’article L. 722-2 du code de la consommation prévoit que « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » La portée concrète dépend de la nature de la mesure engagée et de la date à laquelle elle a été pratiquée.

La suspension ne doit pas être présentée comme une autorisation de ne plus payer toutes les dépenses. Les charges courantes postérieures, le logement, l’énergie, l’assurance et les dépenses nécessaires à la vie quotidienne doivent continuer à être examinés et réglés selon les possibilités du foyer. La facture de travaux déjà née avant la recevabilité fait partie du passif à vérifier ; une nouvelle prestation commandée après le dépôt crée une question différente. Il est prudent de ne pas signer un nouvel échéancier ou de reconnaître un montant modifié sans mesurer les conséquences sur la contestation en cours.

La Cour de cassation a également rappelé l’effet de la recevabilité sur les voies d’exécution dans son arrêt du 8 février 2024, deuxième chambre civile, pourvois n° 22-14.528 et 23-17.744. Elle indique : « Il résulte de ce texte que la décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur. » La décision, publiée au Bulletin, est accessible sur le site de la Cour de cassation, pourvois n° 22-14.528 et 23-17.744. Dans l’affaire jugée, la Cour a examiné l’effet de la procédure sur la prescription d’une créance et non une facture de travaux ; la règle doit donc être appliquée à la mesure concrète, sans extrapolation excessive.

Si l’artisan a confié le recouvrement à un commissaire de justice, le débiteur doit lui transmettre la décision de recevabilité et conserver la preuve de cet envoi. Un courrier de relance simple, une mise en demeure ou une demande de paiement ne se confond pas avec une saisie. Si une saisie est engagée ou poursuivie malgré la suspension, le dossier doit réunir l’acte, sa date, le compte ou le bien concerné et la décision de recevabilité afin d’identifier rapidement la voie de recours utile.

Une fois le passif vérifié, la dette de travaux peut être traitée dans un plan ou dans des mesures imposées. L’article L. 733-1 du code de la consommation autorise notamment la commission à « Rééchelonner le paiement des dettes de toute nature » et à suspendre l’exigibilité des créances autres qu’alimentaires dans les conditions prévues par le texte. Le montant retenu pour la facture, la capacité de remboursement et les autres dettes détermineront la mensualité. Une facture de 6 000 euros fixée après vérification n’a pas le même effet qu’une facture annoncée à 10 000 euros avec 4 000 euros d’acomptes déjà établis.

La durée totale des mesures est encadrée. L’article L. 733-3 du code de la consommation prévoit que « La durée totale des mesures mentionnées à l’article L. 733-1 ne peut excéder sept années », sous les exceptions prévues pour certains prêts immobiliers liés à la résidence principale. Le plan ne doit pas être calculé sur une facture dont le montant est encore indéterminé. Si une erreur est constatée dans la mesure proposée, le débiteur doit utiliser le recours et le délai mentionnés avec la notification, en exposant le montant qui devrait être retenu.

Le rétablissement personnel répond à une situation différente. Lorsque la situation est irrémédiablement compromise et que le débiteur ne possède que les biens mentionnés par la loi, l’article L. 741-1 du code de la consommation prévoit que la commission impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire. Si le débiteur possède d’autres biens, l’article L. 742-1 du même code organise la saisine du juge en vue d’un rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. La facture d’artisan peut alors être comprise dans le passif traité, mais les dettes exclues par la loi et les créances dont le principe ou le montant n’est pas établi ne doivent pas être présentées de façon indistincte.

Un effacement n’est donc pas une conséquence automatique du dépôt, de la recevabilité ou de la contestation d’une facture. Il peut résulter des mesures du plan ou d’un rétablissement personnel, selon la situation et le type de dette. Une facture régulièrement vérifiée peut être rééchelonnée, partiellement traitée ou effacée dans le cadre légal applicable. En revanche, une somme simplement omise du dossier n’est pas transformée en dette inexistante. Si l’artisan obtient ultérieurement un titre ou produit de nouvelles pièces, le débat peut resurgir avec des conséquences sur le plan et sur les recours.

Le dossier doit aussi montrer ce qui se passe concrètement sur le logement. Des travaux inachevés peuvent rendre une pièce inutilisable, créer un risque pour la sécurité ou entraîner des frais urgents de reprise. Les photographies, attestations, devis et courriers doivent expliquer l’incidence de ces travaux sur le budget. Si le débiteur doit financer une mise en sécurité, il faut distinguer cette dépense nouvelle du solde de la facture initiale. Cette chronologie peut aider à demander une adaptation de la capacité de remboursement, sans inventer une charge qui n’est pas justifiée.

Lorsque le litige se poursuit devant le juge des contentieux de la protection, la demande doit rester centrée sur l’état du passif. Il est possible d’exposer les malfaçons, mais il faut préciser la conséquence sollicitée : écart de la créance, fixation à un montant inférieur, production d’un décompte, prise en compte d’un paiement ou renvoi vers une action distincte pour les dommages. Une demande qui réclame simultanément l’annulation du contrat, une expertise de construction, des dommages-intérêts et l’effacement de toutes les dettes risque de brouiller l’objet de la vérification.

La préparation peut suivre cette séquence :

  1. relire la notification de l’état détaillé des dettes et relever la date de réception ;
  2. isoler la facture d’artisan et calculer le montant payé, exécuté, contesté et éventuellement reconnu ;
  3. rassembler devis, contrat, factures, relevés bancaires, photographies, réserves, mises en demeure et devis de reprise ;
  4. adresser dans les vingt jours une contestation écrite à la commission avec demande de saisine du juge ;
  5. transmettre les mêmes éléments au créancier en demandant un décompte poste par poste, sans signer une reconnaissance précipitée ;
  6. à réception des observations de l’artisan, répondre sur chaque poste et vérifier les délais du recours contre les mesures proposées.

Cette démarche permet de protéger le foyer sans présenter la procédure de surendettement comme une manière de se soustraire à une dette réelle. Elle donne au contraire à la commission et au juge les éléments nécessaires pour traiter seulement la somme effectivement due, dans le respect des droits du débiteur comme de ceux de l’artisan.

Conclusion

Une facture d’artisan impayée doit être déclarée dans le dossier de surendettement lorsqu’elle concerne la situation financière personnelle du débiteur, même si le chantier est incomplet ou affecté de malfaçons. La déclaration doit distinguer le principe de la dette, le montant réellement dû, les paiements déjà effectués et les travaux restant à exécuter. Les justificatifs du chantier et du budget sont aussi importants que la facture elle-même.

Après la notification de l’état détaillé des dettes, le délai de contestation est de vingt jours. La commission doit être saisie d’une demande claire de vérification par le juge des contentieux de la protection. La recevabilité suspend certaines voies d’exécution, mais elle n’efface pas à elle seule la facture. Selon les pièces, la créance peut être écartée, réduite, vérifiée puis intégrée à un plan, ou traitée dans le cadre d’un rétablissement personnel.

La priorité pratique est de dater les démarches, conserver toutes les preuves et obtenir un décompte cohérent. Une facture contestée ne doit être ni ignorée ni acceptée sans examen.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».