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Fuite de données DGFiP : une entreprise concernée doit-elle craindre un faux contrôle fiscal ou un faux RIB ?

La cyberattaque révélée les 12 et 13 août 2026 contre le système d’information de la Direction générale des Finances publiques change la nature du risque auquel les entreprises doivent se préparer. Les premières informations publiques font état d’un accès illégitime intervenu plusieurs semaines auparavant, puis d’une consultation et d’une extraction de données concernant des particuliers et des professionnels. Le périmètre exact des personnes et des données concernées doit encore être précisé. Les investigations annoncées par l’administration confirment toutefois que la question n’est plus théorique.

Une entreprise qui reçoit un message évoquant un contrôle fiscal, un remboursement, une dette urgente ou une demande de coordonnées bancaires doit donc raisonner en deux temps. Elle doit d’abord vérifier l’authenticité de la démarche en utilisant un canal déjà connu, sans répondre au message reçu. Elle doit ensuite préserver la preuve et sécuriser ses comptes si une donnée a été communiquée ou si un virement a été exécuté. La DGFiP rappelle elle-même que ses services ne demandent jamais les identifiants ou le numéro de carte bancaire par message et que les entreprises sont particulièrement visées par les courriels usurpant son identité.

Le risque ne se limite pas au phishing. Des informations fiscales ou administratives peuvent rendre crédible un faux ordre de virement, une fausse relance d’un fournisseur, une modification de RIB ou une demande de documents présentée comme une étape de contrôle. L’entreprise doit aussi distinguer la fuite de données, l’usurpation d’identité, l’accès frauduleux au système et le dommage financier qui en résulte : ces faits n’appellent pas exactement les mêmes démarches ni les mêmes responsables.

La présente analyse expose les risques concrets, les vérifications immédiates, les pièces à réunir et les recours envisageables pour une société, un dirigeant ou un service comptable, y compris à Paris et en Île-de-France.

I. Fuite de données DGFiP : quels risques concrets pour une entreprise ?

A. Une donnée consultée ne suffit pas à prouver une usurpation, mais elle augmente le risque de fraude

Une fuite de données ne signifie pas automatiquement qu’un compte bancaire a été vidé ou qu’une société a été juridiquement usurpée. Elle signifie qu’un tiers a pu accéder à des informations qui n’étaient pas destinées à être consultées ou extraites dans ces conditions. La portée juridique dépend ensuite de la nature des données, de la durée de l’accès, des opérations réalisées, du lien entre l’auteur et la victime et du préjudice démontré.

Pour une entreprise, le danger principal est la personnalisation de l’attaque. Un courriel générique peut être ignoré. Un message qui reprend la raison sociale, le nom du dirigeant, le SIREN, le service fiscal compétent, une période déclarative ou une facture réelle paraît beaucoup plus crédible. Un fraudeur peut utiliser ces éléments pour demander une copie de pièce d’identité, un RIB, un état de rapprochement bancaire, une liste de clients ou un règlement présenté comme une régularisation urgente.

Le faux contrôle fiscal est un scénario fréquent. Le message annonce une prétendue anomalie, exige une réponse dans les heures qui suivent et renvoie vers un formulaire ou une pièce jointe. Le faux agent peut ensuite réclamer les coordonnées bancaires du dirigeant, un mot de passe, un code de validation ou une avance destinée à éviter une sanction. L’existence d’une fuite récente rend le récit plus convaincant, mais elle ne transforme pas le message en démarche administrative authentique.

Le faux remboursement constitue le scénario inverse. L’entreprise est informée d’un crédit de TVA, d’un trop-perçu ou d’une restitution d’impôt. Elle doit cliquer sur un lien afin de « confirmer » son compte bancaire. La page copiée reproduit les couleurs et les logos de l’administration. Les informations collectées servent ensuite à accéder à une messagerie, à détourner un paiement ou à préparer une fraude au président.

Le faux RIB peut être introduit dans une relation commerciale qui existe réellement. Un fournisseur reçoit un message apparemment envoyé par son client, avec une nouvelle domiciliation bancaire. Un client reçoit une demande de règlement sur un compte différent. Une société de gestion, un expert-comptable ou un prestataire informatique est présenté comme l’intermédiaire qui impose la modification. La présence d’informations exactes sur l’entreprise ne dispense jamais de la procédure de contre-appel.

La qualification pénale de l’accès initial doit être distinguée du préjudice subi par l’entreprise. L’article 323-1 du Code pénal prévoit que « le fait d’accéder ou de se maintenir, frauduleusement, dans tout ou partie d’un système de traitement automatisé de données est puni de trois ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende ». Lorsque l’accès vise un système de données à caractère personnel mis en œuvre par l’État, le texte prévoit une aggravation des peines. Il appartiendra à l’enquête de déterminer le mode d’accès, les identifiants utilisés, les droits réellement exploités et les données consultées.

L’extraction et la conservation des données peuvent relever d’une autre qualification. L’article 323-3 du Code pénal réprime notamment le fait « d’extraire, de détenir, de reproduire, de transmettre, de supprimer ou de modifier frauduleusement les données » contenues dans un système. La victime n’a pas à déterminer elle-même la qualification définitive. Elle doit décrire les faits avec précision, remettre les pièces disponibles et éviter de modifier les éléments techniques qui pourraient être utiles à l’enquête.

Le responsable d’un traitement peut aussi voir sa responsabilité discutée lorsqu’une mesure de sécurité adaptée n’a pas été mise en œuvre. L’article 226-17 du Code pénal vise le fait de procéder à un traitement de données personnelles « sans mettre en oeuvre les mesures prescrites aux articles 24,25,30 et 32 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 ». Cette disposition ne permet pas de conclure automatiquement à une faute de l’administration dès qu’un incident survient. Il faut examiner les mesures adoptées, les contrôles d’accès, la journalisation, la détection, la réaction et l’information des personnes.

Pour la société exposée, les conséquences peuvent être multiples : pertes liées à un virement, paralysie d’un compte professionnel, compromission d’une messagerie, contestation d’une facture, rupture de confiance avec un client, déclaration auprès de l’assureur, coût d’une réponse informatique et atteinte à la réputation. Le dirigeant doit tenir séparés le dommage subi par la société et son éventuel dommage personnel. Le compte bancaire de l’entreprise, les données du personnel et les informations fiscales de l’associé ne relèvent pas nécessairement du même traitement.

La question de la vie privée peut également apparaître lorsque les données divulguées concernent un dirigeant personne physique, son domicile, son téléphone personnel ou des informations patrimoniales. L’article 9 du Code civil énonce que « chacun a droit au respect de sa vie privée » et permet au juge de prescrire des mesures pour empêcher ou faire cesser une atteinte. Dans un dossier d’entreprise, cette protection doit être articulée avec la protection des données professionnelles, le secret des affaires, le droit des contrats et les règles applicables au traitement de données.

Il faut enfin éviter une conclusion trop rapide : un message reçu après la révélation de l’incident n’établit pas à lui seul que l’auteur possède les données de la DGFiP. Les fraudeurs réutilisent souvent des bases anciennes, des informations accessibles sur les registres publics ou des signatures récupérées dans d’autres attaques. La bonne méthode consiste à comparer les informations détenues par l’expéditeur avec les données réellement accessibles à l’administration, à identifier la première apparition de chaque élément et à conserver cette chronologie.

B. Comment reconnaître un faux contrôle fiscal, un faux courriel ou un faux RIB ?

La première vérification porte sur le canal. Un message prétendument fiscal doit être contrôlé depuis l’espace professionnel ou la messagerie sécurisée de l’entreprise, en saisissant soi-même l’adresse du site officiel. Il ne faut pas utiliser le lien, le numéro de téléphone ou l’adresse de réponse indiqués dans le message. La fiche de sécurité de la DGFiP rappelle que ses services ne demandent pas par courriel ou téléphone les coordonnées bancaires, les données d’identification des fournisseurs et clients, les informations sur les factures ou les références des contacts financiers.

Le nom affiché dans la boîte de réception n’a aucune valeur suffisante. Il faut examiner l’adresse réelle de l’expéditeur, le domaine, le champ « répondre à », les liens, les pièces jointes et les éventuelles redirections. Une adresse qui ajoute un tiret, remplace une lettre, utilise une extension inhabituelle ou renvoie vers un domaine commercial doit être considérée comme suspecte. Un certificat HTTPS ne prouve pas que le site appartient à l’administration : il chiffre la connexion, mais ne garantit pas l’identité économique de l’exploitant.

Le contenu constitue le deuxième filtre. Les fautes, les menaces, la demande de confidentialité, la pression temporelle, la promesse d’un remboursement ou l’exigence d’une réponse immédiate sont des indices. Un faux message peut cependant être parfaitement rédigé. L’absence de faute ne rend donc pas la demande crédible. Une demande inhabituelle doit être vérifiée par un contact indépendant, même si elle reprend une opération fiscale effectivement en cours.

Un contrôle fiscal ne se résume pas à un courriel contenant un formulaire. La société doit comparer le message avec les courriers et avis déjà reçus, appeler son service des impôts des entreprises au moyen des coordonnées figurant sur un document officiel et vérifier la démarche depuis son espace sécurisé. En cas de doute, il est préférable de ne transmettre aucune pièce avant d’avoir identifié le service, l’agent, le numéro de dossier et le fondement de la demande.

La modification d’un RIB doit obéir à une règle interne stricte. Le bénéficiaire doit être rappelé avec une adresse ou un numéro déjà enregistré dans le référentiel fournisseur. La confirmation doit être obtenue par une personne différente de celle qui a reçu la demande. Pour un montant significatif, le paiement doit être suspendu jusqu’à la vérification. Le contre-appel n’est pas une formalité excessive : il rompt la chaîne de l’échange contrôlée par le fraudeur.

Une signature électronique, un logo, un tampon ou la mention d’un cabinet d’avocats ne valent pas authentification. Lorsque le document doit produire un effet juridique, l’entreprise doit conserver le fichier d’origine et ses métadonnées, sans se contenter d’une capture d’écran. L’article 1366 du Code civil dispose que « l’écrit électronique a la même force probante que l’écrit sur support papier », sous réserve de l’identification de son auteur et de conditions garantissant son intégrité. La règle protège la preuve numérique ; elle ne valide pas le contenu d’un faux document.

Lorsque l’entreprise a déjà répondu, elle doit éviter deux erreurs. La première consiste à effacer immédiatement le message et les pièces jointes, ce qui détruit des éléments utiles. La seconde consiste à poursuivre la conversation pour « gagner du temps », au risque de confirmer que l’adresse est active et de fournir d’autres informations. Il faut couper le contact, conserver les éléments, avertir le responsable de la sécurité ou le dirigeant et passer au protocole d’incident.

Si un identifiant a été communiqué, le mot de passe doit être changé depuis un appareil de confiance, les sessions ouvertes doivent être révoquées et l’authentification multifacteur doit être activée ou réinitialisée. Il faut contrôler les règles de transfert de la messagerie, les délégations, les comptes administrateurs, les applications autorisées et les connexions récentes. Une entreprise ne doit pas réinstaller ou nettoyer les postes avant d’avoir décidé avec son prestataire comment préserver les journaux et les traces utiles.

Enfin, l’entreprise doit diffuser une alerte interne courte et opérationnelle. Elle doit indiquer l’adresse ou le numéro à utiliser pour vérifier une demande, la personne habilitée à valider un changement de RIB et l’interdiction de transmettre un code à usage unique. Une consigne générale de prudence est moins utile qu’une procédure connue, testée et appliquée par la comptabilité, la direction, les achats et les personnes qui administrent les outils numériques.

II. Fuite de données DGFiP : quelles démarches et quels recours pour l’entreprise ?

A. Que faire dans les 24 heures après un faux message ou un virement suspect ?

La première journée doit être organisée autour de quatre priorités : stopper l’aggravation, préserver la preuve, sécuriser les accès et prévenir les interlocuteurs exposés. L’ordre exact peut varier selon les faits. Si un virement vient d’être exécuté, l’appel à la banque est immédiat. Si une messagerie d’administrateur est compromise, la priorité est la reprise du compte et la révocation des accès. Si seule une pièce jointe a été ouverte, l’ordinateur doit être isolé selon le protocole informatique de l’entreprise.

La preuve doit être collectée avant toute discussion sur la responsabilité. Il faut conserver le courriel original dans son format natif, les en-têtes complets, les adresses IP disponibles, les URL, les captures d’écran, les pièces jointes, les journaux de connexion, les alertes antivirus, les relevés bancaires et les échanges avec la banque. Chaque élément doit être daté. Une chronologie simple doit préciser l’heure de réception, l’heure d’ouverture, l’heure de l’appel, l’heure du virement, l’heure du blocage et l’heure de la plainte.

Il est utile de créer une copie de travail pour l’analyse et de conserver un original en lecture seule. Les captures ne doivent pas remplacer les fichiers sources. L’entreprise peut aussi demander à son prestataire de préserver les journaux de messagerie, les journaux du pare-feu, les traces de connexion VPN, les règles de transfert et les historiques de modification du RIB. Une attestation interne signée par les personnes présentes peut compléter la collecte, sans remplacer les données techniques.

Si un paiement est parti vers un compte frauduleux, la banque doit être appelée sans attendre la fin de l’enquête. La société doit demander le blocage des opérations à venir, le rappel ou la tentative de récupération des fonds, la conservation des éléments de paiement et l’identification du canal de validation utilisé. Elle doit préciser si l’ordre a été authentifié, si le bénéficiaire a été modifié, si le compte était déjà enregistré et si la demande a été confirmée par contre-appel. La banque décidera de ses propres mesures ; l’entreprise ne doit pas promettre à son client ou à son assureur un remboursement qui n’est pas acquis.

Les responsabilités se déterminent en fonction des faits. Un salarié peut avoir exécuté une instruction trompeuse sans avoir commis de faute. La société peut avoir respecté une procédure mais l’avoir appliquée de façon incomplète. Le fournisseur de messagerie ou le prestataire informatique peut être concerné si une obligation contractuelle de sécurité ou de conservation des journaux n’a pas été respectée. La banque peut être interrogée sur l’exécution de l’ordre, les contrôles effectués et les alertes disponibles. Le fraudeur reste l’auteur principal, mais son insolvabilité ne clôt pas nécessairement les autres analyses.

L’article 1240 du Code civil énonce que « tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». L’article 1241 du Code civil ajoute que « chacun est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence ». Ces textes ne désignent pas automatiquement le responsable d’un faux virement. Ils imposent de relier une faute, un dommage certain et un lien de causalité.

Dans le même temps, l’entreprise doit notifier l’incident aux personnes qui peuvent limiter le dommage. Il peut s’agir du responsable de traitement, du délégué à la protection des données, de l’assureur cyber, du prestataire informatique, des clients concernés, des fournisseurs dont les coordonnées ont été utilisées et des établissements bancaires. Une information trop large et non vérifiée peut créer une nouvelle confusion ; une information trop tardive peut laisser circuler le faux message. Le contenu doit distinguer les faits établis, les hypothèses et les consignes immédiates.

Si la société traite des données personnelles et qu’un incident présente un risque pour les personnes, le responsable du traitement doit examiner les obligations de notification prévues par les articles 33 et 34 du RGPD. Le texte officiel du règlement (UE) 2016/679 prévoit une notification à l’autorité de contrôle lorsque les conditions sont réunies, en principe dans les 72 heures après la prise de connaissance de la violation. Le délai concerne la connaissance de la violation par le responsable du traitement, pas la date médiatique de la révélation. Le DPO doit documenter l’analyse même lorsque la notification n’est finalement pas retenue.

Une plainte doit décrire le mode opératoire plutôt que se limiter à la formule « piratage ». Elle doit indiquer l’identité usurpée, les adresses utilisées, les liens, les numéros de téléphone, les données reprises dans le message, les sommes demandées ou payées, les comptes bénéficiaires, les dates, les interlocuteurs et les mesures déjà prises. L’entreprise peut se présenter au commissariat ou à la brigade de gendarmerie, demander un récépissé et transmettre ensuite les pièces complémentaires. Les signalements spécialisés peuvent compléter la plainte, mais ils ne doivent pas la remplacer lorsqu’un dommage financier ou une intrusion est constaté.

Le dirigeant doit également déclarer l’incident à l’assureur dans le délai prévu par la police. Certaines garanties imposent une validation préalable avant l’intervention d’un prestataire, d’autres exigent un dépôt de plainte ou une conservation particulière des journaux. Une déclaration tardive, une intervention non coordonnée ou la destruction d’un poste peuvent compliquer la prise en charge. La police doit être relue sur les frais d’expertise, la fraude au paiement, l’interruption d’activité, la responsabilité civile, la notification des personnes et les exclusions liées à la négligence.

Si un contrat avec un prestataire ou un fournisseur organise la sécurité, la disponibilité, la sauvegarde, la notification d’incident ou la coopération avec l’enquête, il faut le joindre au dossier. L’article 1217 du Code civil permet à la partie victime d’une inexécution de « poursuivre l’exécution forcée en nature de l’obligation », de demander une réduction du prix, la résolution du contrat ou la réparation des conséquences de l’inexécution, sous réserve des conditions propres au dossier. L’article 1231-1 du Code civil prévoit que le débiteur peut être condamné à des dommages et intérêts en cas d’inexécution ou de retard, sauf force majeure. La force majeure ne se présume pas à partir du seul mot « cyberattaque ».

Le dossier doit enfin expliquer les mesures prises après l’incident. Les juges, les assureurs, la banque et les partenaires examineront souvent le comportement de l’entreprise après la découverte : blocage rapide, contre-appel, changement des accès, signalement, coopération, information des personnes, restauration contrôlée et suivi des paiements. Cette partie ne sert pas à réécrire les faits. Elle montre que l’entreprise a cherché à réduire le dommage et à empêcher sa répétition.

B. Quelle indemnisation, quelle plainte et quelle stratégie à Paris et en Île-de-France ?

Le recours dépend du dommage qui doit être réparé. La société peut demander le remboursement d’un virement, la restitution de frais, l’indemnisation d’une interruption d’activité, la prise en charge d’une expertise, la réparation d’un préjudice commercial démontré ou la compensation d’une atteinte à des données personnelles. Le dirigeant peut avoir un dommage propre, notamment si des données privées sont diffusées. Les salariés ou clients concernés peuvent disposer de droits distincts. Une demande globale et non chiffrée affaiblit la présentation du dossier.

Une décision du Tribunal judiciaire de Nice illustre l’importance de la chronologie et de la preuve dans un scénario de faux RIB. Dans son jugement du 18 novembre 2025, RG n° 22/03193, le tribunal a examiné le piratage de la messagerie d’un gestionnaire immobilier, les messages reprenant des éléments du bail, la modification des coordonnées bancaires et un versement de 8 899,95 euros vers un compte tiers. Le jugement est consultable sur la base officielle de la Cour de cassation.

Le tribunal a retenu, dans cette affaire factuelle, que « le responsable du traitement en cause supporte la charge de prouver le caractère approprié des mesures de sécurité qu’il a mises en œuvre au titre de l’article 32 dudit règlement ». La citation a été vérifiée pendant cette analyse dans Judilibre. Le jugement n’est pas une règle automatique applicable à toute fuite de la DGFiP : il s’agit d’une décision de première instance portant sur une agence et un contexte précis. Elle montre toutefois pourquoi les mesures de sécurité, la date de connaissance de l’incident et les échanges avec la victime sont des éléments décisifs.

Lorsque le litige concerne un prestataire privé, le contrat doit être lu avant de choisir le tribunal. L’article 1103 du Code civil dispose que « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits ». Les clauses de sécurité, de notification, de coopération, de limitation de responsabilité, d’assurance, d’audit et de conservation des données peuvent modifier l’analyse. Une clause ne fait pas disparaître une obligation légale, mais elle peut déterminer le contenu de l’engagement accepté et les pièces nécessaires pour démontrer son inexécution.

Lorsque le dommage provient d’un service public administratif ou d’un traitement réalisé par l’État, la compétence ne se déduit pas d’une simple facture ou d’un RIB. Une demande indemnitaire contre l’État, une plainte pénale, une réclamation auprès de la CNIL et une action contre un prestataire privé peuvent relever de procédures différentes. Le demandeur doit identifier l’auteur du traitement, le service en cause, la décision ou l’omission contestée, le dommage et le lien causal avant de choisir la voie contentieuse. Le tribunal de commerce n’est pas le juge universel de toute difficulté rencontrée par une entreprise.

À Paris et en Île-de-France, la préparation pratique doit tenir compte du siège de la société, du lieu du compte bancaire, du service fiscal compétent, du lieu où l’accès ou le virement a été constaté et de l’identité du prestataire. Une plainte peut être déposée auprès d’un service de police ou de gendarmerie, même si l’enquête est ensuite orientée vers un service spécialisé. Le récépissé, la référence de plainte et le premier échange avec l’établissement bancaire doivent être classés dans un dossier unique. Pour un contentieux administratif, civil ou commercial, la compétence territoriale doit être vérifiée avant l’envoi d’une mise en demeure ou d’une assignation. La page du cabinet consacrée au droit des affaires à Paris présente le cadre général d’intervention pour les sociétés, dirigeants et prestataires.

La mise en demeure adressée à un prestataire doit rester factuelle. Elle peut demander la conservation immédiate des journaux, la confirmation de la date de détection, l’identification des comptes compromis, les mesures de confinement, la liste des données concernées, la notification de l’assureur et la coopération avec l’expert. Elle ne doit pas accuser sans preuve un salarié ou un fournisseur. Elle doit réserver les droits de la société et fixer un délai raisonnable, compatible avec l’urgence technique.

La société doit aussi évaluer la possibilité d’une action en référé si une mesure urgente est nécessaire : conservation de données, cessation d’une diffusion, blocage d’un contenu manifestement frauduleux ou communication d’un élément indispensable. L’article 9 du Code civil permet au juge de prescrire, en cas d’atteinte à la vie privée, des mesures telles que le séquestre ou la saisie. D’autres fondements peuvent s’appliquer selon la nature des données, de l’atteinte et de la juridiction saisie.

La preuve du dommage financier doit être précise : relevé montrant le débit, ordre de virement, bénéficiaire, échange ayant déclenché l’ordre, preuve du contre-appel, demande de rappel, réponse de la banque, facture concernée, écritures comptables et déclaration d’assurance. La preuve du dommage commercial demande un travail complémentaire : client perdu, livraison interrompue, pénalité contractuelle, temps d’arrêt, frais d’information, frais de remplacement et perte de marge démontrée. Une simple inquiétude, même légitime, ne se confond pas toujours avec un préjudice indemnisable.

La société doit distinguer l’action contre l’auteur de la fraude de l’action contre un professionnel qui aurait contribué au dommage. Dans le premier cas, l’enquête recherchera l’accès, l’extraction, l’usurpation et le circuit des fonds. Dans le second, le débat portera sur l’obligation souscrite, les contrôles attendus, la connaissance de l’incident, la causalité et la part éventuelle de la victime. Une erreur de validation interne ne suffit pas à exonérer automatiquement un prestataire, mais elle peut peser dans l’évaluation du lien causal et du montant.

Les procédures doivent être coordonnées. Une réclamation bancaire ne doit pas contenir une version différente de la plainte. La notification à la CNIL doit être cohérente avec l’analyse RGPD. La déclaration d’assurance doit reprendre les mêmes heures et les mêmes montants. La mise en demeure doit préserver les droits sans compromettre l’enquête. Dans un dossier francilien, cette coordination est particulièrement utile lorsque la société, la banque, le prestataire et le service public se trouvent dans des ressorts différents.

Enfin, la société doit transformer l’incident en procédure durable. Le référentiel fournisseur doit imposer le contre-appel, les paiements importants doivent faire l’objet d’une double validation, les comptes administrateurs doivent être séparés, les journaux doivent être conservés et les collaborateurs doivent savoir comment transmettre un message suspect sans cliquer dessus. Une analyse juridique utile ne s’arrête pas à la plainte : elle doit aussi réduire la probabilité d’un second virement ou d’une seconde divulgation.

Conclusion

La fuite révélée en août 2026 ne permet pas, à elle seule, d’affirmer qu’une entreprise recevra un faux contrôle fiscal ou subira un faux RIB. Elle rend cependant les demandes personnalisées plus crédibles et impose un niveau de vigilance immédiat. Toute société concernée doit vérifier les messages depuis un canal officiel, ne jamais transmettre d’identifiants ou de coordonnées bancaires en réponse, appeler sa banque sans délai en cas de paiement, préserver les preuves et examiner les obligations RGPD, pénales, contractuelles et assurantielles.

Le dossier doit présenter une chronologie, les données reprises par le fraudeur, la procédure interne applicable, les mesures prises et le dommage chiffré. Selon l’origine de l’incident, les démarches peuvent viser l’enquête pénale, la banque, un prestataire, la CNIL, l’assureur ou la juridiction compétente. Une entreprise qui organise ces voies séparément mais de façon cohérente augmente ses chances de récupérer les fonds, d’obtenir les éléments techniques et de faire reconnaître les responsabilités pertinentes.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».