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Fissures après la sécheresse : expertise et recours contre l’assurance

La sécheresse de l’été 2026 ne se résume plus à des restrictions d’eau. Le ministère de la Transition écologique décrit un épisode « particulièrement précoce et intense », avec une sécheresse des sols généralisée en métropole et en Corse. Depuis le 1er juillet 2026, la nouvelle carte du retrait-gonflement des argiles classe aussi davantage de territoires en exposition moyenne ou forte. Pour un propriétaire qui découvre une fissure en escalier, une porte qui ne ferme plus ou un décollement entre le garage et la maison, l’urgence n’est pourtant pas de reboucher le mur : elle est de conserver la preuve de l’évolution, d’identifier la cause et de ne pas laisser un rapport d’assurance incomplet fermer le dossier.

Une expertise utile doit répondre à plusieurs questions distinctes. Les fissures sont-elles structurelles ? Quand sont-elles apparues ? La sécheresse reconnue par arrêté a-t-elle été leur cause déterminante ou seulement un facteur parmi d’autres ? Les mesures habituelles de prévention avaient-elles été prises ? Quels travaux répareront durablement la cause, et non le seul enduit ? Ce guide explique comment préparer l’expertise amiable, discuter contradictoirement les conclusions de l’expert de l’assureur, demander une contre-expertise et, si le désaccord persiste, obtenir une expertise judiciaire avant d’agir en indemnisation.

I. Fissures après la sécheresse : quelles preuves réunir avant l’expertise de l’assurance ?

A. Comment prouver que les fissures viennent du retrait-gonflement des argiles ?

Une fissure n’établit pas, à elle seule, un sinistre garanti. Une lézarde peut résulter du retrait-gonflement des argiles, d’une fuite enterrée, d’un défaut de drainage, d’une fondation insuffisante, d’un tassement ancien, de travaux voisins, d’une rupture de canalisation ou de plusieurs causes qui se combinent. L’expertise doit donc partir des faits observables et d’une chronologie, sans annoncer une conclusion technique avant les investigations.

Le contexte de 2026 renforce la nécessité de cette démarche. Le communiqué officiel du 13 juillet 2026 sur la sécheresse indique mot pour mot : « La sécheresse des sols est désormais généralisée en métropole et en Corse. » La mise à jour officielle publiée le 8 juillet 2026 précise en outre que les zones d’exposition moyenne et forte représentent désormais 55 % du territoire et concernent 12,1 millions de maisons individuelles. Ces données démontrent un phénomène national ; elles ne remplacent pas la preuve du lien causal pour votre bâtiment.

Le point de départ juridique figure à l’article L. 125-1 du Code des assurances, vérifié dans sa version en vigueur le 11 août 2026. Pour le retrait-gonflement des argiles, le texte vise mot pour mot « la succession anormale d’événements de sécheresse d’ampleur significative » et exige que « les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n’ont pu empêcher leur survenance ou n’ont pu être prises ». Deux axes de preuve se dégagent : l’intensité ou la succession anormale des sécheresses, puis l’état et les mesures de prévention propres à la maison.

La reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle reste nécessaire pour mobiliser la garantie légale. L’arrêté interministériel détermine la commune, la période et la nature du phénomène reconnu. Il faut télécharger l’arrêté intégral et son annexe, vérifier l’adresse de la maison, conserver la date de publication au Journal officiel et comparer la période reconnue avec la chronologie des dommages. Une commune reconnue pour inondation n’est pas reconnue, par cette seule décision, pour les mouvements de terrain différentiels dus à la sécheresse.

Photographiez chaque fissure avec une vue générale, une vue rapprochée, une règle graduée et un repère stable. Reprenez les mêmes angles à intervalles réguliers. Donnez aux fichiers un nom daté et sauvegardez les originaux avec leurs métadonnées. Mesurez l’ouverture sans prétendre remplacer l’ingénieur. Une fissure oblique en escalier dans la maçonnerie, un décollement entre deux volumes, un dallage qui s’affaisse ou des menuiseries qui se déforment appellent une inspection technique rapide. Si la sécurité paraît compromise, éloignez les occupants de la zone et sollicitez la mairie ou les secours.

Reconstituez ensuite l’état antérieur. Les photographies prises lors de l’achat, les diagnostics, le dossier de travaux, les factures, les plans, l’étude de sol, les déclarations précédentes et les clichés de vacances peuvent dater l’apparition ou l’aggravation. Demandez aux voisins s’ils constatent des désordres contemporains, sans transformer leurs observations en diagnostic. Un constat de commissaire de justice fixe l’état visible à une date ; il ne détermine pas la cause géotechnique.

Le dossier relatif au sol doit réunir la carte Géorisques, l’exposition RGA, la nature des fondations connue, les éventuelles études géotechniques, les arbres proches, les drains, les descentes d’eaux pluviales, les canalisations et les variations de pente. Faites rechercher les fuites avant de conclure. Une compagnie peut invoquer une cause alternative ; l’assuré doit pouvoir montrer que cette hypothèse a été examinée par une investigation adaptée, et non retenue par simple affirmation.

La Cour de cassation vient de rappeler l’importance de la prévention. Dans un arrêt du 12 février 2026, deuxième chambre civile, pourvoi n° 24-15.504, elle reproche aux juges du fond d’avoir statué « sans rechercher si les mesures habituelles pour prévenir ces dommages avaient effectivement été prises, ou si, l’ayant été, n’avaient pu empêcher leur survenance ». Le propriétaire doit donc documenter l’entretien des réseaux, la gestion des eaux, les travaux de prévention connus et les recommandations appliquées. L’assureur ne peut, de son côté, se contenter d’évoquer abstraitement un défaut de prévention.

Ne rebouchez pas précipitamment les fissures avant les constatations. Une réparation cosmétique peut masquer leur tracé et leur évolution. Les mesures conservatoires nécessaires à la sécurité restent possibles, mais elles doivent être photographiées, expliquées et facturées. Prévenez l’assureur avant une intervention lourde et invitez-le à constater. Si un étaiement ou une mise hors d’eau ne peut attendre, demandez au professionnel de décrire l’urgence et l’état rencontré avant travaux.

La déclaration doit être circonstanciée : date de découverte, évolution, pièces touchées, événement naturel invoqué, arrêté applicable, mesures immédiates et réserves sur les dommages encore invisibles. N’écrivez pas que le dommage est stabilisé si vous ne le savez pas. Demandez par écrit la désignation de l’expert, la date de visite, son domaine de compétence, la communication du rapport et les investigations envisagées.

Le délai d’action mérite une vigilance particulière. L’article L. 114-1 du Code des assurances prévoit désormais, pour les dommages résultant de mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse-réhydratation reconnus CatNat, que les actions « sont prescrites par cinq ans à compter de l’événement qui y donne naissance ». Le même texte ajoute, en cas de sinistre, que le délai ne court que du jour où les intéressés en ont eu connaissance s’ils prouvent l’avoir ignoré jusque-là. Ce délai ne justifie aucune attente : les preuves techniques se dégradent et chaque dossier exige le calcul exact de son point de départ.

La Cour de cassation, deuxième chambre civile, 11 juillet 2024, pourvoi n° 22-21.366, a retenu que « le délai de prescription n’avait pu commencer à courir avant que M. et Mme [S] aient eu connaissance des dommages affectant leur bien ». L’arrêt doit être appliqué aux faits précis de chaque affaire : date de l’arrêté, date d’apparition, date de connaissance effective et actes susceptibles d’interrompre la prescription. Une négociation informelle prolongée ne constitue pas une stratégie sûre.

B. Expertise d’assurance, expert d’assuré et contre-expertise : que demander et que refuser de signer ?

L’expert mandaté par la compagnie recherche les causes, vérifie la garantie, décrit les dommages et chiffre les réparations. Il intervient pour éclairer l’assureur ; il n’est ni le juge du litige ni le conseil personnel de l’assuré. Préparez sa visite comme une réunion de preuve : chronologie d’une page, plan des fissures, album photographique, arrêté CatNat, contrat, factures, études, antécédents et liste des questions laissées ouvertes.

Le droit encadre spécifiquement cette expertise. L’article L. 125-2-1 du Code des assurances vise les dommages dus à la sécheresse-réhydratation et prévoit qu’un décret précise « les obligations incombant aux experts désignés par les assureurs dans la conduite de l’expertise », ainsi que « le contenu du rapport d’expertise » et ses délais. Demandez donc un rapport complet : constatations, documents examinés, investigations réalisées, hypothèses écartées, causalité, mesures de prévention, travaux réparatoires et chiffrage.

Lors de la visite, montrez toutes les zones, y compris vide sanitaire, sous-sol, dallage, extension, réseaux et terrain. Faites inscrire les documents remis. Posez des questions courtes : quelle cause est retenue ? Sur quelles mesures ? Une étude de sol est-elle nécessaire ? Les fissures compromettent-elles la solidité ou l’habitabilité ? Les reprises proposées traitent-elles la cause ? Un simple rebouchage avant stabilisation risque-t-il d’échouer ? Adressez ensuite vos observations par courriel et lettre recommandée.

Ne signez pas une mention « bon pour accord », une quittance définitive ou une renonciation globale si la cause et le coût restent discutés. Une feuille de présence peut être signée si elle atteste seulement votre participation. Lisez chaque ligne et ajoutez une réserve manuscrite précise si nécessaire. L’acceptation d’une provision doit être qualifiée d’acompte à valoir, sans solde du sinistre ni renonciation aux dommages évolutifs.

Demandez la communication du rapport, pas seulement une lettre de refus de deux paragraphes. Si la compagnie invoque un défaut de fondation, une fuite ou la végétation, réclamez les constatations et analyses qui soutiennent cette conclusion. Une hypothèse technique doit pouvoir être discutée. Faites préciser si l’expert nie le rôle de la sécheresse, admet un rôle secondaire, conteste la période ou estime que les mesures habituelles de prévention auraient évité le dommage.

Un expert d’assuré indépendant peut examiner la maison, assister aux opérations, formuler des observations et proposer un autre chiffrage. Vérifiez sa compétence réelle en structure et géotechnique, son assurance professionnelle, sa méthode, le prix et l’étendue de la mission. Demandez si les honoraires sont forfaitaires ou proportionnels à l’indemnité, et si votre contrat prend en charge tout ou partie de la contre-expertise. Un rapport privé utile décrit les investigations et répond point par point au rapport adverse ; une lettre d’opinion générale apporte peu.

La force probante du rapport dépend aussi de la manière dont il a été établi. Dans son arrêt publié du 8 janvier 2026, troisième chambre civile, pourvoi n° 23-22.803, la Cour de cassation énonce exactement : « Si le juge ne peut fonder exclusivement sa décision sur un rapport d’expertise non judiciaire, même contradictoire, établi à la demande d’une partie, il en va différemment lorsque l’expertise a été diligentée en application du contrat conclu par les parties par un expert choisi d’un commun accord. » Avant d’accepter un tiers expert, vérifiez donc la clause, le mode de désignation et les conséquences prévues.

La contre-expertise ne consiste pas à chercher mécaniquement un avis favorable. Elle doit tester la causalité. Selon le dossier, cela peut exiger des sondages de fondations, une étude géotechnique, une inspection des réseaux, une recherche de fuite, un suivi par jauges ou fissuromètres et une analyse des données météorologiques. Le protocole doit être proportionné : des travaux intrusifs nécessitent l’accord des parties et une traçabilité parfaite.

Comparez aussi les solutions de réparation. Le rebouchage, l’agrafage local, la reprise en sous-œuvre, les micropieux, l’injection, la gestion périphérique des eaux ou une solution hydrique n’ont ni le même objet ni le même coût. Le rapport doit expliquer pourquoi la solution proposée est adaptée à la cause et à la stabilité attendue. Trois devis fondés sur un diagnostic incomplet ne remplacent pas une définition technique des travaux.

Si les deux experts divergent, proposez une réunion contradictoire ou le tiers expert prévu au contrat. Envoyez un ordre du jour et demandez un procès-verbal des points d’accord et de désaccord. Ne laissez pas la compagnie classer le dossier au seul motif que son expert maintient son avis. Une contradiction technique sérieuse, documentée, peut justifier une mesure judiciaire avant le procès au fond.

II. Comment contester le rapport de l’expert et obtenir une expertise judiciaire ?

A. Refus d’indemnisation : quelle procédure suivre avant le référé-expertise ?

Le refus doit être obtenu par écrit et décomposé. La compagnie conteste-t-elle l’existence de l’arrêté, le respect du délai de déclaration, l’apparition pendant la période, la cause déterminante, l’efficacité des mesures de prévention, la nature structurelle du dommage ou le montant des travaux ? Un motif administratif et un motif technique ne se combattent pas avec les mêmes pièces.

Adressez une réclamation au service désigné dans le contrat. Rappelez la chronologie, citez la garantie, reproduisez le motif du refus, puis répondez avec un bordereau numéroté. Demandez la réouverture, une expertise contradictoire et la conservation de toutes les pièces. Chiffrez séparément les investigations, les mesures conservatoires, les réparations, les embellissements, le relogement et les frais connexes. Une somme globale non expliquée facilite le rejet.

Le dossier technique minimal comprend le rapport de l’assureur, le rapport indépendant, les photographies datées, le constat éventuel, l’étude de sol, la recherche de fuite, les plans et factures, les données de prévention, l’arrêté et les devis. Ajoutez une matrice simple : pour chaque conclusion de l’expert d’assurance, indiquez le passage contesté, la pièce contraire et l’investigation demandée. Cette méthode transforme un désaccord abstrait en questions que l’expert judiciaire pourra trancher.

Si le bâtiment est vendu, transformé ou réparé avant expertise, la preuve peut disparaître. Écrivez à l’assureur pour proposer une date de constat contradictoire avant travaux. En cas d’urgence, faites dresser un constat, sollicitez un rapport de sécurité et conservez des prélèvements ou éléments déposés lorsque le technicien le recommande. La sécurité prime toujours ; la preuve doit accompagner la mesure conservatoire, jamais la retarder dangereusement.

Le référé-expertise repose sur l’article 145 du Code de procédure civile. Sa formule vérifiée est la suivante : « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées ». Depuis le 1er septembre 2025, lorsque la mesure porte sur un immeuble, la juridiction du lieu de l’immeuble est seule compétente. Il faut assigner les personnes dont la présence rendra l’expertise opposable : assureur, propriétaires concernés, constructeurs ou entreprises selon les causes possibles.

Une ordonnance très récente illustre l’utilité de cette voie. Le tribunal judiciaire de Privas, juge des référés, 26 février 2026, RG n° 25/00307, a constaté la « contradiction des conclusions rendues par l’expert privé mandaté par les demandeurs et les experts mandatés par leur compagnie d’assurance quant aux causes et à l’imputabilité des désordres ». Il en a déduit un motif légitime d’organiser une expertise judiciaire. La mission portait notamment sur la date, l’évolution, la cause, l’imputabilité aux épisodes de sécheresse, la solidité, l’habitabilité et le coût des réparations.

L’assignation doit proposer une mission complète. L’expert devra convoquer les parties, se faire remettre les pièces, visiter le bien, décrire les désordres, dater leur apparition, rechercher toutes les causes, dire le rôle des sécheresses reconnues, examiner les mesures de prévention, préciser les urgences, définir les travaux durables, chiffrer chaque poste, évaluer les préjudices et répondre aux observations. Une mission trop étroite peut laisser hors débat la cause alternative que l’assureur invoquera ensuite.

L’article 232 du Code de procédure civile précise mot pour mot : « Le juge peut commettre toute personne de son choix pour l’éclairer par des constatations, par une consultation ou par une expertise sur une question de fait qui requiert les lumières d’un technicien. » Demandez un domaine de compétence adapté : bâtiment, structure, géotechnique et, si nécessaire, hydrologie ou économie de la construction. Une désignation générique peut imposer ensuite un sapiteur et allonger le calendrier.

Le juge fixe habituellement une provision à consigner pour les honoraires. Le demandeur l’avance souvent, sous réserve de la répartition finale des dépens et responsabilités. Anticipez ce coût, le délai de consignation et une éventuelle protection juridique. Ne présentez jamais l’expertise judiciaire comme une indemnisation automatique : elle construit une preuve indépendante, puis ouvre une négociation ou un procès au fond.

À Paris et en Île-de-France, le tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble est déterminé par l’adresse exacte. Une maison située en Seine-et-Marne, dans les Yvelines ou dans le Val-d’Oise ne relève pas du tribunal judiciaire de Paris. Le dossier local doit aussi réunir l’arrêté CatNat de la commune, le plan de prévention, les données Géorisques et les pièces d’urbanisme disponibles. La localisation ne doit pas masquer la question principale : obtenir une preuve technique opposable.

B. Expertise judiciaire en cours : comment formuler les dires, contester le rapport et obtenir l’indemnisation ?

Après la consignation, l’expert convoque les parties. Transmettez un bordereau ordonné avant la première réunion et respectez les délais. Chaque pièce doit avoir une fonction : dater, localiser, démontrer une intervention, établir une cause, chiffrer ou contredire. Un envoi massif non indexé affaiblit la lecture. Préparez une note technique concise et réservez les développements juridiques au conseil.

L’expertise judiciaire est contradictoire. L’article 16 du Code de procédure civile impose : « Le juge doit, en toutes circonstances, faire observer et observer lui-même le principe de la contradiction. » Chaque partie doit pouvoir connaître et discuter les documents, mesures et hypothèses. Si l’expert reçoit une étude adverse hors votre présence, demandez sa communication et un délai pour répondre.

Le dire est l’observation écrite adressée à l’expert et simultanément aux parties. Il doit identifier la question, rappeler la constatation, joindre la pièce et formuler une demande de réponse. Évitez l’invective et la répétition. L’article 276 du Code de procédure civile dispose exactement : « L’expert doit prendre en considération les observations ou réclamations des parties ». Le texte lui impose aussi de faire mention, dans son avis, de la suite donnée aux observations.

Demandez que les investigations soient réellement contradictoires : ouverture de sondage, examen des fondations, tests de réseaux, mesures d’humidité, pose de jauges et prélèvements. Photographiez les opérations sans les perturber. Relevez les instruments, la méthode et les limites. Si une partie refuse un accès ou une investigation, demandez que le refus soit consigné.

Un prérapport permet souvent de répondre avant le dépôt final. Vérifiez la chronologie, les références aux pièces, la période CatNat, le raisonnement causal, l’analyse des mesures de prévention et la cohérence entre diagnostic et travaux. Faites chiffrer les solutions par des entreprises capables de suivre les préconisations. Un dire final doit hiérarchiser les erreurs déterminantes ; vingt remarques secondaires peuvent cacher les trois points décisifs.

Une décision du tribunal judiciaire de Valence du 12 mai 2026, RG n° 24/03062, montre l’enjeu financier et procédural. Le tribunal a retenu que deux événements « constituent conjointement la cause déterminante des fissures ou de leur aggravation » et a condamné l’assureur à une indemnisation de 481 912,20 euros TTC. Sur la contestation du travail expertal, le jugement relève : « Ainsi, il a bien été apporté une réponse même si elle ne convient pas à la société PACIFICA. » Critiquer un rapport exige donc de démontrer une irrégularité, une omission ou une erreur technique, pas seulement un désaccord avec sa conclusion.

Le rapport judiciaire ne lie toutefois pas le tribunal. L’article 246 du Code de procédure civile énonce mot pour mot : « Le juge n’est pas lié par les constatations ou les conclusions du technicien. » Une partie peut discuter le rapport au fond avec des éléments sérieux. Elle ne doit pas attendre le jugement pour soulever une difficulté qui pouvait être soumise à l’expert pendant les opérations.

Une demande de nullité du rapport obéit à des règles strictes. L’article 175 du Code de procédure civile précise : « La nullité des décisions et actes d’exécution relatifs aux mesures d’instruction est soumise aux dispositions qui régissent la nullité des actes de procédure. » Il faut identifier l’irrégularité, le moment où elle a été connue et le grief causé. Une demande de complément, une nouvelle expertise ou une discussion au fond peut être plus adaptée selon le défaut constaté.

Après le dépôt, utilisez le rapport pour formuler une demande chiffrée. Distinguez reprise en sous-œuvre, remise en état, maîtrise d’œuvre, études, mesures conservatoires, déménagement, relogement, perte de jouissance et dommages mobiliers. Déduisez les provisions reçues. Demandez à l’assureur une position dans un délai précis, puis engagez l’action au fond si aucun accord protecteur n’est possible.

Un protocole transactionnel doit décrire les travaux, le calendrier, l’actualisation des prix, les honoraires, les frais annexes, les provisions et la portée exacte de la renonciation. Ne soldez pas des désordres évolutifs sur la base d’un devis ancien sans marge pour les découvertes de chantier. Vérifiez aussi la destination de l’indemnité et les justificatifs exigés par le régime CatNat.

La checklist finale tient en douze éléments : arrêté et période reconnus, déclaration, contrat, chronologie, photographies originales, constat, plans et fondations, gestion des eaux et végétation, recherche de fuite, rapports contradictoires, devis fondés sur la cause et tableau des délais. Ajoutez une note sur les mesures de prévention, car l’arrêt du 12 février 2026 oblige à traiter ce point. Ce dossier permet au technicien, à l’assureur et au juge de suivre le même fil factuel.

Conclusion

Face à des fissures apparues après la sécheresse, la bonne réaction n’est ni de repeindre immédiatement ni d’attendre passivement le rapport de la compagnie. Il faut dater les désordres, rechercher les causes possibles, vérifier l’arrêté CatNat, documenter les mesures de prévention et exiger une expertise motivée. Si le rapport d’assurance attribue les fissures à une cause alternative sans investigations suffisantes, une expertise indépendante et une réclamation structurée peuvent rouvrir le débat.

Lorsque les conclusions techniques restent incompatibles, le référé de l’article 145 du Code de procédure civile permet de faire désigner un expert judiciaire avant le procès au fond. La qualité de la mission, des pièces et des dires déterminera alors la valeur du rapport. L’objectif n’est pas seulement d’obtenir une somme : il est de faire financer une réparation durable qui traite la cause des mouvements et sécurise la maison.

Pour situer votre dossier dans le régime applicable, consultez également notre analyse sur le refus d’indemnisation après une catastrophe naturelle et notre guide relatif aux premières démarches après l’apparition de fissures. La page avocat en droit immobilier à Paris présente l’accompagnement du cabinet dans les expertises et contentieux d’assurance immobilière.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».