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Rachat de SFR : que deviennent votre contrat, votre prix et votre numéro ?

Rachat de SFR : que deviennent votre contrat, votre prix et votre numéro ?

Le projet de rachat de SFR vient de franchir une nouvelle étape. Le 15 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence a annoncé qu’elle examinerait elle-même certaines opérations nationales liées à la reprise d’actifs de SFR par Iliad. Cette actualité relance une question très concrète pour des millions d’abonnés particuliers, d’indépendants et d’entreprises : faut-il résilier, le prix peut-il augmenter et le numéro sera-t-il conservé ? À ce stade, l’annonce ne modifie aucun contrat. Une opération de concentration reste soumise à un examen, et les modalités finales de répartition des activités peuvent encore évoluer.

Le droit applicable dépend surtout de la technique juridique retenue. Une vente des titres de la société qui porte le contrat laisse, en principe, le même opérateur juridiquement engagé. Une cession d’actifs accompagnée d’un transfert de contrats pose d’autres questions : consentement, notification, opposabilité et garanties. Une modification du prix ou du service obéit encore à un régime distinct, particulièrement protecteur pour les consommateurs. Avant toute décision, l’abonné doit donc identifier son cocontractant, relire ses conditions contractuelles, conserver les communications reçues et distinguer une information sur le rachat d’une véritable modification de son offre.

I. Rachat de SFR : votre contrat, votre prix et votre numéro changent-ils immédiatement ?

A. Le rachat de SFR permet-il de modifier votre forfait sans votre accord ?

Non. L’annonce d’une acquisition, même très médiatisée, n’autorise pas à réécrire immédiatement un abonnement. L’Autorité de la concurrence a seulement annoncé, le 15 juillet 2026, la prise en charge de l’examen de certaines opérations concernant des actifs de SFR. L’autorisation éventuelle, les engagements demandés aux acquéreurs, le périmètre effectivement transféré et la date de réalisation restent des étapes distinctes. Tant que le contrat n’est ni transféré ni modifié selon les formes requises, ses stipulations continuent à gouverner la relation.

Le point de départ est l’article 1103 du code civil : « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi ». L’article 1104 du même code ajoute que les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Enfin, l’article 1193 du code civil prévoit qu’ils ne peuvent être modifiés ou révoqués que d’un commun accord ou dans les cas autorisés par la loi. La reprise capitalistique d’un groupe ne constitue donc pas, à elle seule, une faculté générale de modifier le prix, la durée d’engagement, les services inclus ou les conditions de résiliation.

Il faut ensuite savoir ce qui est vendu. Si les acquéreurs rachètent les actions d’une société du groupe SFR, cette société demeure la même personne morale. Son actionnariat change, mais elle reste normalement partie aux contrats conclus avec ses clients. C’est la différence essentielle entre une cession de titres et une cession de contrat. Dans la première hypothèse, votre opérateur juridique ne change pas nécessairement. Dans la seconde, une autre société peut devenir votre cocontractant, sous réserve des règles propres au transfert.

Une cession de contrat relève de l’article 1216 du code civil. Le texte prévoit que la cession suppose l’accord du cocontractant, lequel peut être donné par avance. Même lorsqu’une clause contractuelle contient un accord anticipé, le transfert ne produit effet à l’égard du client que si le contrat de cession lui est notifié ou s’il en prend acte. L’écrit est requis à peine de nullité. Ces règles empêchent qu’un client découvre, uniquement à l’occasion d’un prélèvement ou d’un litige, qu’une société inconnue prétend être devenue titulaire du contrat.

La chambre commerciale de la Cour de cassation a précisé ce mécanisme. Dans un arrêt du 2 juillet 2025, n° 24-14.315, elle énonce que « la cession ne produit effet à l’égard du cédé que si le contrat […] lui est notifié ». La même solution figurait déjà dans un arrêt du 9 juin 2022, n° 20-18.490. Pour un abonnement SFR, la notification devra permettre d’identifier la société qui reprend la relation, la date d’effet et le périmètre concerné. Un simple article de presse ou une publicité ne remplace pas cette information contractuelle.

L’absence d’accord n’entraîne pas toujours la disparition du transfert entre les entreprises concernées. Elle peut surtout le rendre inopposable au client. La Cour de cassation juge, dans son arrêt du 24 avril 2024, n° 22-15.958, que « le défaut d’accord du cédé n’emporte pas la nullité […] mais son inopposabilité au cédé ». Cette distinction est décisive : un accord peut produire des effets entre le vendeur et l’acquéreur sans que le nouveau titulaire puisse immédiatement l’opposer à l’abonné qui n’a pas valablement consenti ou qui n’a pas reçu la notification requise.

L’article 1216-1 du code civil organise aussi le sort du cédant. Celui-ci n’est libéré pour l’avenir que si le cocontractant y a expressément consenti. À défaut, et sauf clause contraire, le cédant demeure solidairement tenu à l’exécution du contrat. Une entreprise cliente qui subit une interruption de ligne, une facturation anormale ou la perte d’un service critique ne doit donc pas conclure trop vite que son ancien opérateur a disparu de toute relation juridique. La convention, la notification et l’éventuel consentement exprès doivent être examinés ensemble.

Pour les consommateurs, une autre protection s’ajoute. L’article L. 224-33 du code de la consommation permet à l’opérateur de proposer une modification contractuelle, mais il lui impose d’en informer l’abonné sur un support durable au moins un mois avant son entrée en vigueur. Cette information doit avertir le consommateur qu’il peut résilier sans frais et sans droit à dédommagement jusqu’à quatre mois après l’entrée en vigueur de la modification, sauf si celle-ci lui profite exclusivement, présente un caractère purement administratif sans effet négatif ou résulte directement du droit applicable.

Le mot « rachat » ne suffit donc pas à faire naître un droit immédiat de résiliation gratuite. Le droit apparaît lorsque l’opérateur notifie une modification entrant dans le champ de l’article L. 224-33, ou lorsqu’un autre fondement légal ou contractuel peut être invoqué. À l’inverse, une hausse du prix, la suppression d’un service, une réduction substantielle de l’enveloppe de données, une dégradation annoncée des conditions ou l’ajout d’une option payante peuvent ouvrir la fenêtre de résiliation prévue par ce texte. Le contenu réel de la notification prime sur son intitulé commercial.

Une modification régulière ne doit pas être confondue avec une inexécution. Si l’opérateur prélève un montant différent sans information préalable, ou retire un service sans respecter le contrat, le client peut invoquer les sanctions prévues par l’article 1217 du code civil : refus d’exécuter sa propre obligation dans les conditions légales, exécution forcée, réduction du prix, résolution et réparation du préjudice. Le choix dépend de la gravité du manquement, de sa persistance et des preuves disponibles. Il ne faut pas interrompre un prélèvement sans mesurer les conséquences, notamment lorsqu’une ligne professionnelle conditionne l’activité de l’entreprise.

La pratique judiciaire confirme que le contrat reste le point d’appui. La cour d’appel de Lyon rappelle, dans un arrêt du 27 mars 2025, n° 22/07803, que les contrats ne peuvent être modifiés ou révoqués « que du consentement mutuel des parties ». Dans cette affaire de télécommunications professionnelles, la cour a aussi contrôlé la portée des indemnités réclamées. Cette décision ne rend pas toutes les clauses de résiliation inefficaces : elle montre que leur rédaction, leur économie et les circonstances d’exécution doivent être examinées précisément.

La première démarche n’est donc ni de résilier par peur, ni d’accepter passivement toute annonce. Il faut télécharger les conditions particulières, les conditions générales en vigueur lors de la souscription, les avenants, les factures et les courriels. Pour un contrat professionnel, ajoutez le bon de commande, la durée ferme, la liste des lignes, les remises et les éventuelles clauses de cession ou de changement de contrôle. Ces documents permettront de savoir si l’opération touche seulement l’actionnariat ou si elle modifie réellement la partie au contrat, le prix ou le service.

B. Après le rachat de SFR, votre numéro et vos services sont-ils protégés ?

Le numéro n’est pas la propriété économique de l’abonné, mais celui-ci bénéficie d’un droit à la conservation lorsqu’il change d’opérateur. L’article L. 44-4 du code des postes et des communications électroniques reconnaît ce droit, sans frais directs pour l’utilisateur final. La portabilité doit en principe intervenir dans un délai qui ne peut excéder un jour ouvrable, sous réserve de la disponibilité de l’accès et des modalités techniques. L’article D. 406-18 du même code précise le régime de conservation des numéros et les obligations liées à la demande de portage.

Si le rachat prend la forme d’une continuité du même contrat, aucune portabilité n’est normalement nécessaire : la ligne et le numéro continuent sous le contrat existant. Si le client choisit ensuite un autre opérateur, il doit obtenir son relevé d’identité opérateur, ou RIO, et confier la demande de portabilité au nouvel opérateur. Résilier soi-même avant le portage peut compliquer la conservation du numéro. La bonne séquence consiste généralement à conserver la ligne active, demander le RIO, souscrire auprès du nouvel opérateur puis laisser celui-ci organiser la portabilité et la résiliation associée.

Pour une entreprise, la prudence est renforcée. Un numéro publié depuis des années, utilisé pour l’authentification à double facteur, lié aux comptes bancaires ou connu des clients constitue un actif opérationnel. Avant toute migration, il faut établir un inventaire des lignes mobiles et fixes, des numéros directs, des standards, des cartes SIM, des équipements loués, des adresses électroniques associées et des services annexes. Les contrats multi-sites peuvent contenir plusieurs dates d’engagement ou dépendre d’un réseau privé, d’une solution de téléphonie hébergée et d’un dispositif de sécurité.

La continuité du service n’est pas seulement une question de numéro. Un changement d’infrastructure peut affecter la couverture, le débit, l’itinérance, la messagerie vocale, les appels Wi-Fi, les options internationales ou les outils d’administration. Rien ne permet cependant de présumer aujourd’hui une dégradation. Les éventuels acquéreurs devront obtenir les autorisations requises et organiser les migrations. L’abonné devra agir sur la base d’une information contractuelle ou d’un incident constaté, pas sur une rumeur.

En cas d’interruption, la preuve doit être constituée immédiatement. Notez la date, l’heure, la durée, le lieu, les lignes concernées et les messages d’erreur. Réalisez des captures, conservez les tickets d’assistance et adressez une réclamation écrite. Pour une entreprise, documentez les commandes perdues, les appels manqués, l’impossibilité d’accéder à un service et les mesures de continuité prises. Un préjudice commercial ne se déduit pas automatiquement de la panne : il doit être relié à des pertes identifiables et justifiées.

Le délai de résiliation des consommateurs est également encadré. Selon l’article L. 224-39 du code de la consommation, le fournisseur exécute la demande de résiliation dans un délai maximal de dix jours à compter de sa réception, sauf demande d’une date plus tardive. Cette règle concerne l’exécution de la résiliation ; elle ne supprime pas, par elle-même, les sommes éventuellement dues au titre d’un engagement encore valable. Il faut donc distinguer le délai technique de fermeture et le coût juridique de la sortie.

Pour les contrats professionnels, le code de la consommation n’est pas toujours applicable. Le contrat et le droit commun prennent alors une place plus importante. Le tribunal judiciaire de Paris, dans un jugement du 17 juillet 2025, n° 24/01157, rappelle que les conventions doivent être « exécutées de bonne foi » et a appliqué une indemnité de résiliation anticipée à un client professionnel. Cette décision invite à ne pas rompre un abonnement d’entreprise uniquement parce que le rachat est annoncé. Une résiliation préventive peut déclencher une facture importante si aucune modification, inexécution ou clause de sortie ne la justifie.

Une clause d’engagement n’est pas pour autant intouchable. Elle peut être discutée si elle est ambiguë, contredite par les conditions particulières, mise en œuvre de mauvaise foi, disproportionnée dans un cadre où le contrôle est juridiquement admis, ou si l’opérateur a lui-même gravement manqué à ses obligations. Mais cette discussion repose sur les pièces. Une entreprise qui veut sécuriser sa sortie doit chiffrer le coût restant, demander un décompte détaillé et comparer ce montant avec le préjudice résultant d’une éventuelle défaillance du service.

Le transfert peut aussi concerner du matériel : téléphone subventionné, routeur, boîtier, standard, équipement de sécurité ou terminal loué. La cession de la relation de service ne transfère pas nécessairement de la même manière chaque contrat accessoire. Il faut vérifier le propriétaire du matériel, les conditions de restitution, les frais de non-retour et les garanties. Conservez une photographie des appareils, leurs numéros de série, la preuve de restitution et le reçu du transporteur. De nombreux litiges naissent après la fin de la ligne, lorsque l’opérateur facture un équipement prétendument non rendu.

La conservation des données mérite enfin une vigilance particulière. Les factures, historiques de consommation, coordonnées bancaires, tickets d’assistance et données de compte restent soumis aux règles de protection des données personnelles et aux durées de conservation applicables. Un rachat n’efface ni le droit à l’information ni les droits d’accès, de rectification ou d’opposition lorsqu’ils peuvent être exercés. Si la société responsable du traitement change, l’abonné doit recevoir une information claire sur cette identité et sur l’exercice de ses droits.

II. Que faire si SFR annonce une hausse de prix, un transfert de contrat ou une résiliation ?

A. Comment contester une modification de votre contrat SFR ou résilier sans frais ?

La première question est la date. Une notification reçue aujourd’hui peut annoncer une modification pour le mois suivant. Pour un consommateur, l’article L. 224-33 ouvre alors une période de résiliation sans frais qui se poursuit jusqu’à quatre mois après l’entrée en vigueur. Inscrivez immédiatement la date de réception, la date annoncée de modification et la date limite calculée. Conservez le courriel complet, son en-tête, le SMS, la lettre et une copie PDF de l’espace client. Une capture isolée peut ne pas montrer la date ou l’expéditeur.

La deuxième question est l’objet exact de la modification. Une hausse tarifaire nette, la suppression d’une remise, la réduction d’un service ou l’ajout d’une option payante ne s’analyse pas comme une simple actualisation de coordonnées. Comparez l’ancienne facture, la nouvelle facture et la notification ligne par ligne. Vérifiez le prix hors options, la durée d’engagement, le volume de données, les destinations comprises, le débit, les services de télévision et les conditions d’usage à l’étranger. Une différence de quelques euros peut provenir d’une fin de promotion déjà prévue, et non du rachat.

La troisième question concerne votre qualité. Un particulier agissant pour ses besoins personnels bénéficie du régime consommateur. Un entrepreneur qui a souscrit une offre professionnelle pour son activité relève souvent du droit commun et de ses conditions contractuelles. Certaines protections du code de la consommation peuvent s’étendre à des non-professionnels ou, dans des hypothèses particulières, à de petites entreprises, mais cette extension ne doit jamais être présumée. Le nom du titulaire, l’usage de la ligne, la présentation de l’offre et l’objet du contrat doivent être vérifiés.

Si la modification relève de l’article L. 224-33, la résiliation doit viser expressément la notification et demander l’exonération des frais liés à l’engagement. Mentionnez le numéro de client, les lignes concernées, la date d’effet de la modification et la date souhaitée de résiliation. Demandez une confirmation écrite ainsi qu’une facture de clôture détaillée. Si vous souhaitez conserver le numéro, ne demandez pas une fermeture immédiate : organisez d’abord la portabilité avec le nouvel opérateur.

Si l’opérateur refuse, utilisez une démarche progressive. Adressez d’abord une réclamation au service client, puis au service consommateurs selon la procédure contractuelle. Pour un litige de consommation persistant, le Médiateur des communications électroniques peut être saisi après les démarches préalables requises. Joignez le contrat, la notification, les factures, la réclamation, la réponse et le justificatif de portabilité. Un dossier chronologique et court est plus efficace qu’une succession de messages dispersés.

Une mise en demeure devient utile lorsqu’une somme est prélevée malgré une résiliation régulière, lorsque des frais interdits sont maintenus ou lorsqu’une ligne indispensable demeure coupée. Elle doit identifier le manquement, rappeler les pièces, fixer une demande précise et un délai raisonnable. L’article 1219 du code civil permet à une partie de refuser d’exécuter son obligation si l’autre n’exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave. Ce mécanisme exige de la mesure : suspendre tous les paiements pour une anomalie mineure peut exposer à une résiliation et à un recouvrement.

La contestation des frais doit être chiffrée. Séparez le prix normal du service, les mensualités d’équipement, les frais de résiliation, l’indemnité d’engagement, les options et les pénalités. Payez, lorsque cela est possible et juridiquement cohérent, la part non contestée en indiquant clairement l’imputation. Cette méthode évite que le litige soit présenté comme un refus global de paiement et permet de concentrer le débat sur les sommes réellement discutées.

Si la difficulté résulte d’une cession de contrat, demandez l’identité complète du cessionnaire, la date du transfert, la clause d’accord anticipé éventuellement invoquée et la preuve de notification. L’accord peut être sans forme lorsqu’il est non équivoque, comme le rappelle l’arrêt du 24 avril 2024 précité, mais il ne se déduit pas automatiquement du silence ou de la poursuite momentanée des paiements. La conduite du client sera appréciée à partir de l’ensemble des circonstances : informations reçues, factures, échanges et comportement après la notification.

Si la société titulaire du contrat reste identique malgré le changement d’actionnaires, une contestation fondée uniquement sur l’absence de consentement au rachat aura peu de chances d’aboutir. Le client n’est pas partie à la vente des actions. Il peut en revanche agir si ses propres stipulations sont modifiées, si le service n’est plus exécuté ou si une clause spécifique lui ouvre un droit. Pour certains grands comptes, une clause de changement de contrôle peut imposer une information, une renégociation ou une faculté de sortie ; elle doit être lue avec les définitions et conditions qui l’encadrent.

Une entreprise qui dépend fortement de ses télécommunications peut agir avant tout incident sans résilier. Elle peut demander un interlocuteur de continuité, une cartographie des services concernés, les engagements de niveau de service, le calendrier prévisionnel des migrations et le plan de réversibilité. Elle peut aussi préparer une solution de secours : seconde connexion, cartes SIM d’un autre réseau, sauvegarde de la configuration et export des contacts. Cette prévention réduit le préjudice et renforce la crédibilité d’une réclamation si un incident survient malgré les mesures prises.

B. Quelles preuves préparer à Paris et en Île-de-France en cas de litige après le rachat de SFR ?

À Paris et en Île-de-France, la densité d’entreprises, de commerces et de professions indépendantes rend les interruptions de télécommunications particulièrement sensibles. Le droit applicable reste national, mais la preuve du préjudice dépend du fonctionnement concret de chaque activité. Un cabinet qui ne reçoit plus les appels, un restaurant privé de terminal connecté ou une société incapable d’accéder à ses outils hébergés ne subissent pas la même perte. Il faut relier chaque conséquence à la ligne et à la période affectées.

Préparez d’abord un dossier contractuel. Il doit réunir le bon de commande, les conditions générales et particulières, les avenants, la preuve de la durée d’engagement, les factures des douze derniers mois, les remises annoncées, les contrats de location de matériel et les garanties de niveau de service. Ajoutez les communications relatives au rachat, au transfert, à une migration ou à une hausse de prix. Si plusieurs sociétés du groupe figurent sur les documents, établissez une liste indiquant le rôle de chacune : cocontractant, facturier, loueur, installateur ou prestataire technique.

Préparez ensuite une chronologie. Pour chaque événement, indiquez la date, l’auteur, le canal, le contenu et la réponse obtenue. Une chronologie peut commencer par l’annonce reçue, poursuivre avec la modification de facture, les appels au support, les interruptions, la mise en demeure et la réponse du service consommateurs. Joignez une pièce à chaque ligne. Cette présentation facilite l’analyse de la notification, du respect du délai d’un mois et de la période de quatre mois prévue par le code de la consommation.

Pour une panne, utilisez des éléments techniques simples et reproductibles. Des tests de débit horodatés, les journaux du routeur, les numéros de tickets, les captures de l’espace d’administration et les attestations des utilisateurs peuvent établir la réalité de l’incident. Évitez de modifier le matériel ou d’effacer les journaux avant leur sauvegarde. Si l’enjeu financier est important, un constat de commissaire de justice ou une expertise amiable peut sécuriser la preuve, notamment lorsqu’un incident intermittent est difficile à reproduire.

Le préjudice économique doit être démontré sans approximation. Rassemblez les commandes annulées, les remboursements, les heures de travail perdues, les coûts d’une connexion de secours et les pénalités supportées envers vos propres clients. Comparez la période perturbée à une période pertinente, sans attribuer automatiquement toute baisse de chiffre d’affaires au réseau. Les économies réalisées ou les mesures qui auraient raisonnablement pu limiter la perte seront également examinées.

La juridiction compétente dépend de la qualité des parties et de la demande. Un consommateur peut bénéficier des règles protectrices de compétence territoriale. Un litige entre professionnels relève souvent du tribunal de commerce lorsque les parties ont la qualité de commerçant, sous réserve de la nature de l’acte et d’une clause attributive valable. D’autres différends relèvent du tribunal judiciaire. Une clause de compétence figurant dans des conditions générales n’est pas automatiquement opposable à un consommateur. Avant d’assigner, vérifiez la société exacte, son siège, la clause et les démarches amiables éventuellement requises.

Le délai d’action varie selon le fondement. Une demande relative à l’exécution du contrat ne doit pas être confondue avec la fenêtre de quatre mois pour résilier sans frais après une modification relevant de l’article L. 224-33. Cette fenêtre est courte et opérationnelle : la laisser passer peut priver le consommateur de la sortie gratuite attachée à la modification, même si d’autres actions restent envisageables. Une réclamation au service client ne suspend pas nécessairement tous les délais. La date limite doit être traitée séparément.

Avant tout contentieux, vérifiez également l’identité du débiteur de l’obligation. Après une cession, l’ancien opérateur peut rester tenu dans les conditions de l’article 1216-1, tandis que le nouveau prétend exécuter le service. Après une simple vente de titres, la société contractante reste la même. Une mise en demeure adressée à une marque commerciale sans identifier la personne morale concernée risque de ralentir le dossier. Les mentions légales, factures, notifications et extraits d’immatriculation permettent de sécuriser cette étape.

Les entreprises doivent enfin surveiller les clauses en cascade. Le service télécom peut être associé à une location financière, une maintenance ou un engagement avec un intégrateur. Résilier la connectivité ne met pas toujours fin au contrat de location du standard ou du matériel. La Cour de cassation analyse parfois l’interdépendance de contrats participant à une même opération, mais cette qualification dépend des textes applicables, de la date et de l’économie contractuelle. Ne signez pas une nouvelle offre présentée comme une simple migration sans comparer sa durée, ses frais et ses effets sur les anciens contrats.

Un audit rapide permet généralement de classer la situation dans l’une de quatre catégories. Premièrement, le rachat n’a encore aucun effet sur votre contrat : il faut surveiller et archiver. Deuxièmement, une modification est notifiée à un consommateur : il faut calculer la fenêtre de résiliation et organiser la portabilité. Troisièmement, un contrat professionnel est transféré : il faut contrôler l’accord, la notification et les garanties. Quatrièmement, un incident ou une facturation irrégulière est déjà survenu : il faut mettre en demeure, chiffrer et choisir le recours adapté.

Conclusion

Le rachat de SFR ne change ni votre forfait ni votre numéro du seul fait de son annonce. La conséquence juridique dépendra du montage finalement autorisé et réalisé. Une vente de titres laisse en principe la même société au contrat ; une cession de contrats impose d’examiner l’accord, la notification et l’opposabilité. Une hausse de prix ou une modification de service peut, pour un consommateur, ouvrir un droit de résiliation sans frais selon l’article L. 224-33 du code de la consommation. Les clients professionnels doivent être plus prudents : une rupture anticipée sans fondement peut déclencher des indemnités importantes.

La bonne réaction consiste à conserver les documents, identifier la société contractante, attendre une notification précise et préparer la portabilité avant toute fermeture de ligne. Si une modification ou un incident survient, la date, les pièces et le chiffrage décideront souvent de l’issue du dossier. Le cabinet peut analyser la notification, le contrat et les frais réclamés, puis préparer une contestation adaptée à la situation du particulier ou de l’entreprise.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».