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Maître Reda KOHEN
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Aide entreprise en difficulté 2026 : dossier refusé, trésorerie et recours avant le 31 juillet

La hausse des coûts liée à la crise au Moyen-Orient a replacé beaucoup d’entreprises devant une question très concrète : comment tenir la trésorerie quand le carburant, les livraisons, les prix fournisseurs ou les délais clients absorbent la marge en quelques semaines ? Le ministère de l’Économie a publié le 1er juillet 2026 une synthèse des mesures de soutien économique, avec des guichets sectoriels, des médiations client-fournisseur et des aides directes selon les activités. Plusieurs dispositifs ont des échéances rapprochées, notamment des demandes à déposer avant le 31 juillet 2026 pour certaines entreprises concernées par le gazole non routier ou les effets de la crise.

Le sujet n’est pas seulement comptable. Un dossier d’aide mal préparé, un refus non motivé, un silence administratif mal interprété, une dette fiscale signalée trop tard ou un client qui refuse d’absorber une hausse peuvent déclencher un enchaînement rapide : tension de trésorerie, impayés fournisseurs, blocage bancaire, déclaration de cessation des paiements. L’entreprise doit donc traiter l’aide comme un dossier probatoire, puis choisir entre trois actions : compléter le dossier, contester la décision ou organiser une procédure amiable avant que la crise ne devienne judiciaire. L’enjeu est d’agir avant que l’urgence économique ne supprime les options de négociation.

Cette analyse s’inscrit dans une approche de droit des affaires centrée sur la trésorerie, les contrats et la prévention des difficultés.

I. Aide entreprise en difficulté 2026 : comment sécuriser le dossier avant un refus

A. Quelles aides demander quand la trésorerie est touchée par la crise au Moyen-Orient ?

La première erreur consiste à chercher une aide générale sans rattacher le dossier à un dispositif précis. La page officielle du ministère de l’Économie sur les mesures de soutien économique face à la crise au Moyen-Orient distingue les secteurs, les conditions et les canaux de dépôt. Pour le dirigeant, cela impose une lecture par activité réelle : transport routier, BTP, agriculture, pêche, aide à domicile, chimie ou relation client-fournisseur. Le bon dossier ne décrit pas seulement une hausse des charges ; il démontre que l’entreprise entre dans une catégorie prévue par le texte, que les pièces sont datées, et que la demande arrive dans le délai.

Dans le transport public routier, le décret n° 2026-289 du 17 avril 2026 instaure une aide directe « plafonnée à 60 000 euros par entreprise ». Cette référence compte, car elle évite de présenter la demande comme une simple réclamation de trésorerie. Le dossier doit relier chaque véhicule, chaque licence, chaque code d’activité et chaque dette fiscale ou sociale à la condition réglementaire correspondante. Si l’administration ou l’Agence de services et de paiement demande une pièce complémentaire, il faut répondre avec une numérotation claire : extrait Kbis ou RNE, licence, liste de véhicules, attestations fiscales et sociales, factures, éléments comptables, preuve du nombre de salariés.

Dans le BTP, l’aide au gazole non routier obéit à une logique différente. Le décret n° 2026-334 du 30 avril 2026 indique qu’« il est institué une aide financière » pour certaines livraisons de gazole non routier. Le dirigeant doit donc prouver les livraisons éligibles, le mois concerné, le secteur d’activité, l’effectif, la résidence fiscale et l’usage professionnel. Le ministère précise dans sa FAQ que certaines demandes se déposent par voie dématérialisée sur Chorus Pro « entre le 5 mai 2026 et le 31 juillet 2026 ». Un dépôt hors délai, une facture au mauvais nom ou un bon de livraison substitué à une facture peut suffire à fragiliser le droit à paiement.

La médiation client-fournisseur est une autre voie. Elle ne remplace pas une subvention, mais elle peut produire un effet rapide quand le problème vient d’un donneur d’ordre qui refuse une hausse, d’un fournisseur qui impose des conditions nouvelles ou d’un client professionnel qui retarde le paiement. La page officielle explique que le différend doit concerner une relation client professionnel ou fournisseur après une première discussion infructueuse, avec un montant minimum de 1 500 euros. Cette condition doit être anticipée : avant la saisine, l’entreprise doit conserver les courriels, devis, bons de commande, factures, relances, tableaux de hausse, notes de marge et preuve de la tentative de discussion. Sans cette chronologie, le dossier devient une plainte économique générale, moins facile à traiter.

La règle pratique est simple : un dossier d’aide doit être rédigé comme un dossier contentieux possible. La demande initiale doit identifier le texte applicable, la période concernée, le montant demandé, les pièces numérotées, le contact de l’entreprise, le compte bancaire, les dettes contestées ou réglées et les explications sur l’impact de trésorerie. Le dirigeant doit éviter les formulations vagues, car elles l’empêchent ensuite de contester proprement. Une entreprise qui écrit seulement qu’elle subit la crise laisse à l’administration une large marge d’appréciation. Une entreprise qui joint un tableau par facture, par véhicule, par chantier ou par client oblige l’instructeur à répondre sur des points vérifiables.

Le formalisme administratif protège aussi l’entreprise. L’article L. 112-3 du code des relations entre le public et l’administration prévoit que « Toute demande adressée à l’administration fait l’objet d’un accusé de réception ». Cet accusé n’est pas un détail : il fixe la date de dépôt, les délais, parfois le régime d’une décision implicite, et la preuve que le dossier a bien été reçu. L’article R. 112-5 du même code ajoute que l’accusé comporte « La date de réception de la demande ». Si le portail ne produit pas d’accusé clair, il faut conserver les captures, les courriels, les références de ticket et tout accusé technique.

Cette discipline documentaire est encore plus importante quand l’entreprise a une dette fiscale ou sociale. Plusieurs aides excluent les dettes non régularisées, sauf plan de paiement, dette inférieure à un seuil ou contestation en cours. Il ne faut donc pas attendre le refus pour réunir le plan d’apurement, la preuve de contestation, l’échéancier URSSAF ou l’attestation fiscale. Dans un dossier de crise, une dette n’est pas seulement une difficulté financière : elle devient une condition d’éligibilité. Si elle est contestée, la contestation doit être datée, motivée et jointe au dossier. Si elle est réglée, la preuve de paiement doit être lisible.

Enfin, le dossier doit articuler aide publique et contrats privés. Une subvention peut donner de l’air, mais elle ne règle pas nécessairement le litige avec le client ou le fournisseur. L’article 1104 du code civil rappelle que les contrats sont exécutés « de bonne foi ». Ce texte permet d’exiger une discussion loyale lorsque l’autre partie bloque abusivement une renégociation prévue, refuse de répondre ou exploite une dépendance économique. La bonne foi ne crée pas automatiquement un droit à augmentation de prix, mais elle encadre la manière de négocier et de documenter le désaccord.

B. Que faire si l’aide est refusée, incomplète ou silencieuse ?

Un refus d’aide ne doit pas être traité comme une fin de parcours. Il faut d’abord identifier sa nature : irrecevabilité pour dépôt tardif, inéligibilité sectorielle, pièce manquante, dette fiscale ou sociale, incohérence entre factures et activité, plafond d’aide atteint, contrôle anti-fraude, ou silence de l’administration. Chaque hypothèse appelle une réponse différente. Si une pièce manque, le bon réflexe est souvent de demander la réouverture ou le complément. Si l’administration applique mal une condition, il faut construire un recours. Si le délai a expiré, la discussion porte sur la preuve du dépôt, l’accusé de réception, l’information donnée au demandeur et, parfois, une erreur du portail.

Le refus doit aussi être motivé lorsqu’il entre dans les cas prévus par le droit administratif. L’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration donne aux personnes physiques ou morales « le droit d’être informées sans délai des motifs » des décisions individuelles défavorables qui les concernent. Une motivation exploitable doit permettre de comprendre pourquoi le dossier est rejeté : condition non remplie, pièce insuffisante, montant non retenu, dette non régularisée, véhicule non éligible, activité exclue. Une formule trop générale du type dossier non conforme peut justifier une demande de communication des motifs ou un recours mieux ciblé.

Le silence administratif mérite une analyse prudente. Le principe général de l’article L. 231-1 du code des relations entre le public et l’administration est que « Le silence gardé pendant deux mois » vaut acceptation. Mais ce principe connaît de nombreuses exceptions. L’article L. 231-4 du même code prévoit notamment des cas dans lesquels le silence vaut rejet, en particulier pour certaines réclamations ou lorsque le régime spécial l’impose. Pour une aide sectorielle, il faut donc vérifier le décret, la FAQ officielle, l’accusé de réception et la page de dépôt. Il serait dangereux de considérer qu’une absence de réponse vaut paiement automatique sans vérifier le régime applicable.

Quand une décision défavorable est notifiée, le délai contentieux doit être surveillé. L’article R. 421-1 du code de justice administrative fixe le recours « dans les deux mois » à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Ce délai peut être affecté par les mentions des voies de recours. L’article R. 421-5 du même code prévoit que les délais ne sont opposables qu’à condition d’avoir été mentionnés dans la notification. Le dirigeant doit donc conserver l’enveloppe, le courriel, la notification du portail et la décision elle-même.

Le recours gracieux ou hiérarchique peut être utile si le dossier est techniquement corrigeable. Il doit être bref, sourcé et accompagné d’un bordereau de pièces. Il ne faut pas réécrire toute l’histoire de l’entreprise : il faut viser le motif du refus, répondre point par point et joindre la preuve manquante. Exemple : si le refus retient une dette sociale, produire l’échéancier URSSAF ou la preuve de contestation ; si le refus retient un code NAF non éligible, expliquer l’activité principale réelle, les factures et le registre ; si le refus retient une facture non conforme, joindre la facture rectifiée ou l’attestation du fournisseur.

Le recours contentieux devant le juge administratif devient pertinent lorsque le refus repose sur une erreur de droit, une erreur matérielle, une mauvaise appréciation des pièces ou une motivation insuffisante qui prive l’entreprise d’une chance sérieuse d’obtenir l’aide. Pour autant, le juge ne corrige pas un dossier imprécis par bienveillance. L’entreprise doit démontrer son éligibilité au jour de la demande, produire les pièces dans leur version datée, expliquer le calcul et établir le lien entre le dispositif et l’activité. L’article 1353 du code civil pose une règle probatoire utile au raisonnement : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver ». En pratique, celui qui réclame le versement doit pouvoir prouver le droit au versement.

Il faut aussi gérer le risque de remboursement. Certaines aides peuvent être accordées sous réserve d’un contrôle ultérieur, notamment lorsque le montant dépend d’un excédent brut d’exploitation, d’un plafond européen, d’un effectif ou d’une déclaration de dette. La stratégie ne doit donc pas être d’obtenir coûte que coûte une aide fragile, mais d’obtenir une aide défendable. Un dossier exagéré peut créer un risque de reprise, de pénalités, de signalement ou de contentieux administratif. Une entreprise en tension doit résister à la tentation de lisser les chiffres ou de rattacher artificiellement une dépense au dispositif.

Dans les relations privées, l’aide refusée peut aussi servir de déclencheur à une renégociation contractuelle. L’article 1195 du code civil vise le « changement de circonstances imprévisible » qui rend l’exécution excessivement onéreuse pour une partie. Ce mécanisme ne s’applique pas automatiquement à tous les contrats, et certaines clauses l’écartent. Mais il donne une base de discussion lorsque le contrat long, le marché privé ou la relation fournisseur devient économiquement intenable. L’entreprise doit alors montrer l’évolution objective des coûts, l’impact sur la marge, les tentatives de négociation et les solutions proposées : révision temporaire, indexation, échéancier, volume réduit, suspension partielle ou sortie négociée.

II. Entreprise en difficulté financière : quels recours si l’aide ne suffit pas ?

A. Comment agir avec les clients, fournisseurs et banques avant la cessation des paiements ?

Une aide publique n’est pas un plan de sauvetage complet. Si l’entreprise a déjà des fournisseurs impayés, des clients en retard, une banque inquiète et des charges sociales à venir, il faut ouvrir plusieurs fronts en même temps. Le premier front est commercial : relancer les clients, proposer des échéanciers écrits, refuser les promesses orales et isoler les factures stratégiques. Le deuxième front est fournisseur : demander des délais, sécuriser les livraisons critiques, éviter les ruptures brutales d’approvisionnement. Le troisième front est bancaire : prévenir avant l’incident, expliquer les demandes d’aide déposées, remettre un tableau de trésorerie à treize semaines et montrer les actions engagées.

La médiation des entreprises peut être utile lorsque le blocage vient d’un partenaire professionnel. L’intérêt de ce canal tient à sa rapidité et à sa confidentialité. Le ministère indique qu’après une saisine, un médiateur prend contact dans les sept jours sous condition d’éligibilité. Pour que cette saisine soit efficace, l’entreprise doit exposer un différend précis : refus d’un client professionnel d’accepter une hausse indispensable, retard de paiement, hausse brutale imposée sans discussion, rupture de relation, condition commerciale impossible. Elle doit aussi prouver une première discussion infructueuse. Une simple inquiétude de trésorerie ne suffit pas ; il faut un litige professionnel identifié.

Le dossier de médiation doit être aligné avec le dossier d’aide. Si l’entreprise explique à l’administration une hausse de carburant de 18 % et au médiateur une hausse de 35 %, elle se fragilise. Les tableaux doivent être cohérents : période, coût, contrat, prix initial, prix demandé, marge restante, échéance de paiement, impact sur l’emploi ou la continuité d’activité. Le dirigeant doit aussi éviter les accusations générales. Une médiation réussit mieux avec une demande formulée : paiement sous dix jours, partage temporaire de la hausse, avenant de prix, calendrier de livraison, suspension de pénalités, réexamen mensuel.

La force majeure est souvent invoquée à tort. L’article 1218 du code civil exige un événement « échappant au contrôle du débiteur » et empêchant l’exécution. Une hausse de coût, même brutale, ne suffit pas toujours. Elle peut rendre l’exécution difficile ou déficitaire sans l’empêcher juridiquement. L’entreprise doit donc distinguer trois situations : impossibilité réelle d’exécuter, exécution encore possible mais excessivement onéreuse, ou simple baisse de marge. Cette distinction oriente le courrier au client ou au fournisseur. La force majeure suspend ou libère dans des cas stricts ; l’imprévision ouvre plutôt une renégociation.

La rédaction des courriers compte. Un courrier utile ne menace pas immédiatement d’un procès. Il rappelle le contrat, expose les circonstances nouvelles, joint les chiffres, propose une solution, fixe une date de réponse et réserve les droits. Il peut mentionner la bonne foi contractuelle, l’imprévision, la médiation et les aides demandées. Il doit rester compatible avec une future audience : pas d’aveu de cessation des paiements si ce n’est pas établi, pas de reconnaissance globale de dette non vérifiée, pas de promesse irréaliste. Dans une crise de trésorerie, un mauvais courrier peut aggraver le risque personnel du dirigeant.

Le dirigeant doit ensuite vérifier le seuil de cessation des paiements. La difficulté financière n’est pas automatiquement une cessation des paiements. Le critère est l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible. L’article L. 631-1 du code de commerce présente le redressement judiciaire comme destiné à permettre « la poursuite de l’activité de l’entreprise ». Le texte organise une réponse judiciaire lorsque l’entreprise ne peut plus payer ses dettes exigibles. Avant ce seuil, les procédures amiables peuvent encore préserver la confidentialité et la négociation.

Le tableau de trésorerie doit donc être mis à jour chaque semaine. Il doit distinguer les dettes exigibles immédiatement, les dettes discutées, les dettes faisant l’objet d’un échéancier, les aides demandées, les encaissements certains, les encaissements probables et les factures douteuses. Une aide espérée ne doit pas être traitée comme une trésorerie disponible. Une subvention accordée mais non versée doit être classée à part. Cette rigueur évite deux fautes opposées : déclarer trop tard une cessation des paiements réelle, ou saisir le tribunal trop tôt alors qu’une conciliation pouvait suffire.

Si les tensions s’accumulent, le dirigeant peut demander un mandat ad hoc. L’article L. 611-3 du code de commerce permet au président du tribunal de « désigner un mandataire ad hoc ». Cette procédure est souple et confidentielle. Elle peut aider à négocier avec une banque, un bailleur, un fournisseur stratégique, un client important ou un organisme public. Le débiteur propose parfois le nom d’un mandataire ; le président fixe la mission. L’intérêt est d’intervenir avant que les créanciers ne se raidissent et avant que l’entreprise ne perde la maîtrise du calendrier.

La demande doit être préparée. L’article R. 611-18 du code de commerce prévoit que la demande de mandataire ad hoc « est présentée par écrit ». Elle doit donc contenir l’identité de l’entreprise, la nature des difficultés, les comptes récents, le plan de trésorerie, la liste des créanciers à traiter, les aides demandées, les refus éventuels, les procédures de médiation en cours et l’objectif de la mission. Une demande sérieuse rassure le tribunal et donne au mandataire un cadre clair.

B. Quand saisir le tribunal de commerce à Paris ou en Île-de-France ?

Pour une entreprise située à Paris ou en Île-de-France, le réflexe doit être territorial autant que juridique. Une société commerciale parisienne relève en principe du tribunal de commerce de Paris pour les procédures de prévention et de traitement des difficultés. Une entreprise immatriculée dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Essonne, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne devra vérifier le tribunal compétent selon son siège. Cette vérification évite de perdre du temps dans une période où chaque semaine compte. Le bon interlocuteur n’est pas toujours l’administration qui instruit l’aide ; c’est parfois le président du tribunal, le greffe, le mandataire ad hoc, le conciliateur ou le médiateur.

La conciliation est souvent la procédure centrale quand l’aide ne suffit pas mais que l’entreprise peut encore négocier. L’article L. 611-4 du code de commerce vise les entreprises qui éprouvent une « difficulté juridique, économique ou financière ». Le texte ajoute une limite essentielle : ne pas être en cessation des paiements depuis plus de quarante-cinq jours. La conciliation permet de traiter une dette bancaire, un bail commercial, un fournisseur, un organisme social, un impayé fiscal ou un blocage contractuel avec l’aide d’un conciliateur désigné par le président du tribunal.

Le rôle du conciliateur est défini par l’article L. 611-7 du code de commerce, qui vise un accord amiable « destiné à mettre fin aux difficultés de l’entreprise ». Cet accord peut prévoir des délais, remises, moratoires, garanties, nouvelles livraisons, maintien de concours bancaires ou réaménagement contractuel. L’existence d’une aide publique demandée ou attendue peut devenir un élément de négociation : elle montre une source future de trésorerie, mais seulement si son statut est clair. Le conciliateur n’est pas là pour transformer une aide incertaine en argent disponible ; il aide les parties à construire un accord réaliste.

La conciliation présente un intérêt particulier lorsque l’entreprise doit prouver sa bonne foi devant plusieurs interlocuteurs. Elle montre que le dirigeant n’attend pas l’effondrement. Elle centralise les discussions, réduit les pressions individuelles et peut déboucher sur un accord constaté ou homologué. Elle est utile si le refus d’aide a créé une tension ponctuelle mais que l’activité reste viable, si un client important paie tard, si un fournisseur menace de couper une chaîne critique, ou si une banque exige une visibilité avant de maintenir une ligne de trésorerie.

Le délai de quarante-cinq jours ne doit pas être traité comme une marge de confort. L’article L. 631-4 du code de commerce prévoit que l’ouverture du redressement judiciaire doit être demandée « au plus tard dans les quarante-cinq jours » suivant la cessation des paiements, sauf demande de conciliation dans ce délai. Si l’entreprise ne peut plus payer ses dettes exigibles avec son actif disponible, le dirigeant doit consulter rapidement. Attendre un hypothétique versement d’aide alors que les dettes exigibles s’accumulent peut créer un risque de déclaration tardive.

Le choix entre recours administratif, médiation, mandat ad hoc, conciliation et redressement judiciaire dépend de trois questions. Première question : l’entreprise est-elle encore en mesure de payer le passif exigible immédiat ? Deuxième question : le problème vient-il d’une décision administrative contestable ou d’un blocage privé ? Troisième question : l’activité reste-t-elle viable si les dettes sont étalées ou si une aide arrive ? Si la réponse est oui, l’option amiable doit être examinée vite. Si la réponse est non, le redressement peut devenir protecteur en gelant le passif et en organisant une période d’observation.

À Paris et en Île-de-France, le dossier pratique doit être prêt avant le rendez-vous : extrait Kbis ou justificatif RNE, statuts, derniers comptes, situation comptable récente, liste des salariés, dettes fiscales et sociales, dettes fournisseurs, dettes bancaires, contrats importants, demandes d’aide déposées, refus reçus, accusés de réception, tableau de trésorerie, perspectives d’activité et propositions aux créanciers. Il faut aussi isoler les pièces liées à la crise : factures carburant, factures GNR, transport, hausses fournisseurs, marchés publics ou privés, refus de revalorisation, courriels clients, justificatifs de dépôt sur portail public.

Le dirigeant doit enfin protéger sa responsabilité personnelle. Une crise de trésorerie ne crée pas automatiquement une faute de gestion, mais l’inaction, la confusion des patrimoines, les paiements préférentiels hasardeux, les déclarations inexactes ou la poursuite déficitaire sans stratégie peuvent être reprochés plus tard. L’objectif n’est pas de judiciariser trop tôt ; il est de garder une trace rationnelle des décisions. Pourquoi telle facture a été payée, pourquoi tel fournisseur a été priorisé, pourquoi telle aide a été demandée, pourquoi tel recours a été formé, pourquoi la conciliation a été ouverte : ces réponses doivent exister dans les courriels, procès-verbaux ou notes de direction.

Si l’aide est refusée, l’entreprise ne doit donc pas choisir entre attendre et déposer le bilan. Elle peut demander les motifs, compléter, former un recours, saisir le médiateur, négocier sous mandat ad hoc, ouvrir une conciliation ou préparer une procédure collective si le seuil est franchi. La bonne décision dépend du calendrier. Le 31 juillet 2026 est une date de dépôt pour certains dispositifs, pas une garantie de paiement immédiat. Le dirigeant doit bâtir son plan de trésorerie comme si l’aide était incertaine, tout en défendant son droit à l’obtenir.

Conclusion

Une aide aux entreprises en difficulté n’est efficace que si elle est demandée, prouvée et contestée dans les délais utiles. La crise au Moyen-Orient a ouvert ou prolongé plusieurs dispositifs de soutien, mais chaque guichet a ses conditions : secteur, effectif, factures, dates, dettes fiscales ou sociales, dépôt dématérialisé, plafond, contrôle ultérieur. Le dirigeant doit donc traiter le dossier comme une preuve, pas comme une formalité. En cas de refus, il faut lire le motif, demander les explications manquantes, vérifier les délais de recours et agir sans attendre.

Lorsque l’aide ne suffit pas, le droit des affaires offre d’autres outils : médiation client-fournisseur, renégociation contractuelle, mandat ad hoc, conciliation ou redressement judiciaire si la cessation des paiements est établie. Le bon choix dépend de la trésorerie disponible, de la viabilité de l’activité et de l’urgence des créanciers. À Paris et en Île-de-France, une entreprise qui prépare ses pièces avant de saisir le bon interlocuteur conserve davantage de leviers qu’une entreprise qui attend le blocage bancaire ou l’assignation d’un fournisseur.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».