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Maître Reda KOHEN
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Chèque impayé : que faire quand un client professionnel ne paie pas ?

Un chèque impayé peut bloquer une trésorerie en quelques jours, surtout lorsqu’il règle une facture importante, un acompte, une livraison ou une prestation déjà exécutée. Pour l’entreprise qui le reçoit, la question n’est pas seulement de représenter le chèque à la banque. Il faut savoir à quel moment demander le certificat de non-paiement, quand saisir un commissaire de justice, comment éviter de perdre du temps avec une procédure inutile et quelles preuves préparer si le débiteur conteste.

La procédure du chèque impayé est particulière : elle peut conduire à un titre exécutoire sans passer d’abord par une assignation classique, mais uniquement si les étapes sont respectées. Un mauvais réflexe peut retarder le recouvrement, fragiliser une saisie ou laisser le débiteur organiser son insolvabilité.

Chèque impayé : les premières vérifications à faire

Le premier point consiste à identifier la cause du rejet. La banque peut refuser le paiement pour défaut ou insuffisance de provision, mais d’autres situations existent : opposition du tireur, compte clôturé, anomalie de signature, chèque irrégulier, date ou montant contesté. La stratégie n’est pas la même selon la cause.

Si le rejet vient d’une provision insuffisante, l’article L. 131-73 du code monétaire et financier prévoit un mécanisme spécifique. Le banquier tiré peut refuser le paiement après avoir informé le titulaire du compte des conséquences du défaut de provision. Le titulaire peut régulariser en payant le montant du chèque ou en constituant une provision suffisante et disponible.

Le porteur du chèque doit donc conserver immédiatement :

  • le chèque ou sa copie lisible ;
  • l’avis de rejet ou l’attestation bancaire ;
  • la facture, le bon de commande, le devis signé ou le contrat correspondant ;
  • les échanges avec le client ;
  • la preuve de livraison ou d’exécution de la prestation ;
  • le relevé indiquant l’absence d’encaissement effectif.

Ces pièces seront utiles si le débiteur prétend que le chèque ne correspondait pas à une dette réelle, qu’il s’agissait d’une garantie, d’un acompte conditionnel ou d’un paiement remis sous réserve.

Faut-il représenter le chèque ?

Dans beaucoup de dossiers, une seconde présentation peut suffire si le client annonce une régularisation rapide. Elle doit rester encadrée. Il est préférable d’obtenir une confirmation écrite du débiteur, avec une date de provisionnement, plutôt que d’attendre verbalement.

Le risque est de perdre plusieurs semaines pendant que la situation du débiteur se dégrade. Si le client professionnel est déjà en difficulté, si d’autres fournisseurs se plaignent, si l’entreprise ferme, si le dirigeant ne répond plus ou si une procédure collective se profile, il faut accélérer la constitution du dossier.

La seconde présentation n’empêche pas de préparer la suite. Le porteur doit demander à sa banque les modalités de délivrance du certificat de non-paiement et vérifier le délai exact à partir de la première présentation impayée.

Le certificat de non-paiement : l’étape décisive

L’article L. 131-73 du code monétaire et financier prévoit qu’un certificat de non-paiement peut être délivré à la demande du porteur à l’issue d’un délai de trente jours à compter de la première présentation du chèque impayé, si le chèque n’a pas été payé lors d’une seconde présentation ou si aucune provision suffisante n’a été constituée.

Ce certificat est essentiel. Il matérialise l’échec du paiement et permet d’engager la phase de recouvrement forcé propre au chèque impayé. Sans lui, le créancier peut encore agir, mais il risque de devoir utiliser une procédure plus classique : mise en demeure, injonction de payer, référé-provision ou assignation au fond selon les contestations.

Il faut vérifier que le certificat mentionne correctement le chèque concerné, le compte, le montant, le tireur, la date de première présentation et la banque tirée. Une erreur matérielle peut devenir un argument de contestation devant le juge de l’exécution.

Le commissaire de justice peut-il délivrer un titre exécutoire ?

Oui, mais pas immédiatement et pas sans respecter la séquence prévue par le code monétaire et financier.

Une fois le certificat de non-paiement obtenu, il doit être notifié ou signifié au tireur par commissaire de justice. Cette notification vaut commandement de payer. Si le débiteur ne justifie pas du paiement du montant du chèque et des frais dans un délai de quinze jours, le commissaire de justice peut délivrer un titre exécutoire.

Ce titre permet ensuite de pratiquer des mesures d’exécution : saisie-attribution sur compte bancaire, saisie-vente, saisie des rémunérations dans certains cas, ou autres mesures adaptées à la situation du débiteur.

Ce point est très important pour une entreprise créancière : le certificat de non-paiement seul ne doit pas être confondu avec le titre exécutoire. Il ouvre la voie à une procédure rapide, mais il faut aller jusqu’au titre délivré après notification et expiration du délai de quinze jours.

Que faire si le débiteur conteste le chèque ?

Le débiteur peut contester la mesure d’exécution devant le juge de l’exécution. Les décisions récentes rappellent que le juge peut examiner la régularité du titre et les difficultés liées à l’exécution forcée. Une contestation peut porter sur la régularité du certificat, la notification, le paiement déjà intervenu, la cause de la dette ou le caractère abusif d’une mesure de saisie.

Le créancier doit donc éviter une approche purement automatique. Avant de lancer une saisie, il faut vérifier que la dette est certaine, que le chèque n’était pas seulement remis en garantie, que le montant correspond à une obligation réelle et que les pièces commerciales sont cohérentes.

Lorsque le chèque a été remis par une société, il faut aussi identifier précisément le tireur. Un chèque personnel du dirigeant, un chèque de société, un chèque d’une société liée ou un chèque remis par un tiers n’engagent pas toujours les mêmes personnes. Cette vérification conditionne la personne à viser dans les actes et les mesures d’exécution.

Opposition au chèque : quand est-elle valable ?

L’opposition au paiement d’un chèque n’est pas libre. L’article L. 131-35 du code monétaire et financier limite les motifs admis : perte, vol, utilisation frauduleuse du chèque, procédure de sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire du porteur. Le tireur doit confirmer son opposition par écrit.

Si le débiteur fait opposition pour une autre raison, par exemple parce qu’il est mécontent de la marchandise ou parce qu’il veut bloquer le paiement pendant une négociation commerciale, le porteur peut demander la mainlevée de l’opposition devant le juge des référés. Cette voie peut être utile lorsque le chèque n’est pas impayé pour défaut de provision mais bloqué par une opposition contestable.

En pratique, il faut distinguer deux situations :

  • le chèque revient impayé faute de provision : la procédure du certificat de non-paiement est centrale ;
  • le chèque est bloqué par opposition : il faut vérifier le motif de l’opposition et envisager une mainlevée rapide.

Chèque impayé et procédure collective du client

Si le client est en sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire, le recouvrement devient plus complexe. Le créancier doit vérifier la date d’ouverture de la procédure collective, la date d’émission du chèque, la date de présentation, la nature de la créance et les délais de déclaration.

Dans certains cas, la priorité n’est plus la saisie individuelle mais la déclaration de créance auprès du mandataire judiciaire ou du liquidateur. Une mesure individuelle engagée malgré l’ouverture d’une procédure collective peut être contestée. Il faut donc contrôler rapidement le BODACC, les annonces légales et les informations disponibles sur le débiteur.

Pour une entreprise, l’erreur classique consiste à attendre la régularisation promise alors qu’une procédure collective a déjà été ouverte. Le délai de déclaration de créance peut alors courir pendant que le créancier échange inutilement avec le client.

Quelle stratégie de recouvrement choisir ?

La procédure du chèque impayé est souvent efficace lorsque trois conditions sont réunies : le chèque correspond à une dette commerciale réelle, le débiteur est identifié et solvable, et les pièces bancaires sont régulières. Dans ce cas, le certificat de non-paiement puis le titre exécutoire peuvent permettre une saisie plus rapide qu’une action judiciaire classique.

En revanche, une autre stratégie peut être préférable si le chèque est contesté, si le montant s’inscrit dans un litige commercial plus large, si le débiteur invoque une inexécution du contrat, si plusieurs factures sont en jeu ou si le chèque n’est qu’un élément d’un dossier plus complexe. Une injonction de payer, un référé-provision ou une assignation peuvent alors mieux cadrer le litige.

L’objectif n’est pas seulement d’obtenir un titre. Il faut obtenir un titre exploitable, contre la bonne personne, avec une mesure de saisie adaptée.

Les points à traiter à Paris et en Île-de-France

À Paris et en Île-de-France, beaucoup de dossiers de chèque impayé concernent des commerces, restaurants, sociétés de services, sous-traitants, fournisseurs, agences, prestataires événementiels ou entreprises du bâtiment. Les enjeux sont souvent urgents parce que le montant correspond à une livraison déjà faite ou à une trésorerie attendue en fin de mois.

Le premier réflexe consiste à localiser le débiteur, ses comptes connus, son siège social, ses établissements, ses éventuels actifs et les juridictions utiles. Si le débiteur est une société commerciale, le tribunal de commerce peut être concerné pour le litige de fond, mais les mesures d’exécution relèvent du juge de l’exécution lorsqu’une saisie est contestée.

Il est utile de préparer une chronologie courte : émission du chèque, remise à l’encaissement, rejet, éventuelle seconde présentation, échanges avec le client, demande de certificat, notification, délai de quinze jours, puis mesure d’exécution. Cette chronologie permet d’éviter les actes prématurés et de répondre plus vite aux contestations.

Pièces à réunir avant d’agir

Avant de mandater un commissaire de justice ou d’engager une procédure, préparez un dossier simple :

  • copie du chèque ;
  • avis de rejet ou certificat bancaire ;
  • certificat de non-paiement si déjà obtenu ;
  • facture et justificatif de la créance ;
  • contrat, devis, bon de commande ou conditions générales ;
  • preuve de livraison, d’intervention ou de réception ;
  • échanges avec le client ;
  • extrait Kbis du débiteur si c’est une société ;
  • vérification BODACC ou procédure collective ;
  • coordonnées bancaires, adresse et informations utiles pour une éventuelle saisie.

Plus le dossier est clair, moins le débiteur peut gagner du temps avec une contestation opportuniste.

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Pour replacer ce recours dans une stratégie plus large, consultez aussi notre page dédiée au droit des affaires.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».