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Maître Reda KOHEN
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BODACC et redressement judiciaire : que faire si un client ou fournisseur apparaît dans les annonces ?

Début juillet 2026, les annonces de procédures collectives restent un signal d’alerte concret pour les entreprises. Un client, un fournisseur, un locataire commercial, un sous-traitant ou un partenaire peut apparaître au BODACC avant même d’avoir prévenu ses cocontractants. Pour le créancier, l’enjeu est immédiat : identifier la procédure, calculer le délai, déclarer la créance et éviter de continuer la relation commerciale comme si rien n’avait changé.

Le réflexe utile n’est pas d’attendre un courrier du mandataire judiciaire. La publication au BODACC peut faire courir des délais très courts, notamment pour la déclaration de créance. Si vous découvrez qu’une société avec laquelle vous travaillez est en redressement judiciaire, il faut traiter l’information comme une échéance de procédure, pas comme une simple information économique.

La réponse pratique tient en quatre étapes : vérifier que l’annonce vise bien votre cocontractant, récupérer le jugement d’ouverture et les organes de la procédure, distinguer les créances antérieures des créances postérieures, puis agir dans le délai applicable.

Pourquoi le BODACC doit être surveillé

Le BODACC est le bulletin qui publie notamment les annonces relatives aux procédures collectives. Pour une entreprise, c’est souvent l’endroit où l’on découvre qu’un client est en sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire. Le nom commercial ne suffit pas toujours : il faut vérifier la dénomination sociale, le SIREN, l’adresse du siège, le tribunal, la date du jugement et la nature de la procédure.

Cette vérification est indispensable parce qu’une erreur d’identification peut coûter cher. Deux sociétés d’un même groupe peuvent avoir des noms proches. Un établissement secondaire peut être confondu avec la société principale. Une enseigne connue peut masquer une personne morale différente. Avant de déclarer une créance ou de suspendre une prestation, il faut donc rattacher l’annonce à votre contrat, à vos factures et au bon débiteur.

La surveillance est particulièrement utile pour les entreprises qui ont des encours récurrents : bailleurs commerciaux, fournisseurs de marchandises, prestataires informatiques, agences, transporteurs, sociétés de services, franchiseurs, banques, assureurs, plateformes et créanciers professionnels. Plus les factures sont nombreuses, plus il faut réagir vite pour éviter de mélanger les périodes.

Le délai de déclaration de créance commence avec la publication

L’article L. 622-24 du Code de commerce prévoit que les créanciers dont la créance est née avant le jugement d’ouverture adressent leur déclaration au mandataire judiciaire. L’article R. 622-24 du Code de commerce fixe en principe un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC pour les créanciers situés en France métropolitaine.

Ce délai impose une méthode rigoureuse. Il ne faut pas partir de la date à laquelle vous avez reçu un appel, un mail ou une rumeur. Il faut partir de la publication pertinente et conserver une copie de l’avis. Le dossier doit mentionner la date du jugement, la date de publication, le nom du mandataire judiciaire, le numéro de procédure et le tribunal.

Le créancier titulaire d’une sûreté publiée ou lié au débiteur par un contrat publié peut recevoir un avertissement personnel. Mais cette situation ne doit pas conduire à l’inaction. Tant que le dossier n’est pas qualifié, la prudence consiste à préparer la déclaration sans attendre.

Que déclarer si les factures ne sont pas encore définitives ?

La déclaration de créance ne concerne pas seulement les factures déjà incontestables. Le Code de commerce admet que les créances soient déclarées même lorsqu’elles ne sont pas encore établies par un titre, et que celles dont le montant n’est pas définitivement fixé soient déclarées sur la base d’une évaluation.

En pratique, il faut déclarer les sommes dues avant le jugement d’ouverture : factures échues, pénalités, indemnités contractuelles, solde d’un compte client, loyers, refacturations, travaux réalisés, prestations livrées ou dommages déjà nés. Si le montant est discuté, il peut être évalué avec une réserve explicite et des pièces.

Les pièces à réunir sont simples mais doivent être complètes :

  • contrat, bon de commande, devis signé ou conditions générales ;
  • factures, avoirs, bons de livraison, procès-verbaux de réception ;
  • relances, mises en demeure, échanges de validation ;
  • décompte clair des sommes HT, TVA, TTC et échéances ;
  • preuve de l’identité exacte du débiteur ;
  • copie de l’annonce BODACC et du jugement si disponible.

Un tableau de synthèse est souvent plus efficace qu’un long courrier. Le mandataire judiciaire doit comprendre rapidement l’origine, le montant et la date de naissance de la créance.

Que se passe-t-il si le délai est manqué ?

Le risque principal est la forclusion. L’article L. 622-26 du Code de commerce prévoit qu’à défaut de déclaration dans les délais, les créanciers ne sont pas admis dans les répartitions et dividendes, sauf relevé de forclusion dans les conditions prévues par le texte.

Le relevé de forclusion n’est pas automatique. Il faut démontrer que la défaillance n’est pas due au créancier ou qu’elle résulte notamment d’une omission du débiteur. Autrement dit, une simple négligence interne, un mail non traité ou une surveillance tardive du BODACC peuvent rendre la défense difficile.

Le créancier qui découvre la procédure après l’expiration du délai doit réagir immédiatement. Il faut dater la découverte, expliquer pourquoi l’obligation n’était pas connue ou pourquoi l’omission ne lui est pas imputable, puis saisir le juge-commissaire dans le délai utile. Attendre encore quelques semaines aggrave presque toujours la situation.

Créances avant ou après le jugement : la distinction qui change tout

Toutes les sommes ne se traitent pas de la même façon. Les créances nées avant le jugement d’ouverture relèvent en principe de la déclaration de créance. Les créances nées régulièrement après le jugement, pour les besoins de la procédure ou en contrepartie d’une prestation fournie pendant la période d’observation, peuvent relever du régime de l’article L. 622-17 du Code de commerce.

Cette distinction est décisive pour les fournisseurs et prestataires qui continuent à travailler avec l’entreprise en redressement judiciaire. Une livraison antérieure au jugement n’a pas le même statut qu’une prestation commandée après l’ouverture. Il faut donc séparer les comptes, dater les prestations et conserver les bons de commande postérieurs.

Il faut aussi vérifier les contrats en cours. Certains contrats peuvent être poursuivis, mais cela ne signifie pas que toutes les anciennes dettes seront payées normalement. Le partenaire doit sécuriser ses nouvelles interventions : conditions de paiement, validation par les organes de la procédure, preuve de commande, limites d’encours et traçabilité des livraisons.

Faut-il continuer à livrer ou suspendre la relation ?

La réponse dépend du contrat, de la période concernée et des organes de la procédure. Une suspension brutale peut être contestée si elle viole un contrat en cours. À l’inverse, continuer à livrer sans encadrer les commandes peut créer un risque de trésorerie inutile.

La méthode consiste à écrire rapidement au mandataire judiciaire ou à l’administrateur lorsqu’il existe. Le courrier doit demander confirmation du statut du contrat, des commandes à poursuivre, des modalités de paiement et de l’interlocuteur décisionnaire. Il faut éviter les menaces de recouvrement ordinaire pour les factures antérieures, car les poursuites individuelles sont encadrées par la procédure collective.

Pour les prestations postérieures, le créancier doit conserver une preuve nette : commande datée, validation écrite, livraison ou intervention réalisée, facture distincte et relance séparée. Mélanger les anciennes factures et les nouvelles prestations rend la discussion plus difficile.

Que faire dans les 48 heures après avoir trouvé l’annonce ?

La première action consiste à sauvegarder l’annonce et à identifier le débiteur. Il faut noter la dénomination sociale, le SIREN, le tribunal, la date du jugement, le type de procédure et le nom du mandataire judiciaire.

La deuxième action consiste à bloquer le calendrier. Calculez le délai de deux mois à partir de la publication, puis prévoyez une marge de sécurité. Une déclaration préparée la veille de l’échéance laisse trop peu de temps pour vérifier les pièces.

La troisième action consiste à trier les créances. Classez les factures antérieures au jugement, les prestations postérieures, les litiges en cours, les avoirs, les pénalités et les garanties. Si vous détenez une clause de réserve de propriété, un nantissement, une caution, une garantie autonome ou une sûreté publiée, il faut l’identifier immédiatement.

La quatrième action consiste à préparer un courrier bref et documenté. La déclaration doit être adressée au bon mandataire, avec les pièces utiles. Si une instance judiciaire était déjà en cours, il faut aussi vérifier si la procédure doit être reprise ou adaptée.

Paris et Île-de-France : points d’attention pratiques

À Paris, Nanterre et Versailles, l’expérimentation des tribunaux des activités économiques modifie le vocabulaire et l’organisation de nombreux dossiers, même si les réflexes de fond restent les mêmes : identifier la juridiction qui a ouvert la procédure, le mandataire, le juge-commissaire et les délais.

Pour une entreprise francilienne, il faut également tenir compte de la rapidité des échanges. Un fournisseur peut être à Paris, le débiteur en Seine-Saint-Denis, le mandataire dans un autre département et les pièces chez un comptable externe. Le risque n’est pas seulement juridique : il est organisationnel. Le délai se perd souvent parce que les factures, contrats et preuves de livraison ne sont pas centralisés.

Le cabinet intervient en droit des affaires pour structurer la déclaration de créance, vérifier les sûretés et préparer les échanges avec le mandataire judiciaire. Lorsque le dossier implique une relation commerciale contestée, un contentieux commercial à Paris peut aussi être nécessaire pour préserver les preuves et éviter une erreur de procédure.

Les erreurs fréquentes

La première erreur est de croire qu’une annonce BODACC peut être traitée plus tard. En procédure collective, la publication n’est pas seulement informative : elle peut déclencher un délai.

La deuxième erreur est de déclarer une créance sans pièces. Une déclaration mal documentée peut être contestée, surtout lorsque le débiteur discute les factures ou prétend que la prestation n’a pas été réalisée.

La troisième erreur est de continuer à livrer comme avant. Après le jugement d’ouverture, chaque nouvelle commande doit être suivie, datée et validée. La trésorerie de l’entreprise en redressement judiciaire est surveillée ; le fournisseur doit protéger son propre encours.

La quatrième erreur est de confondre déclaration de créance et action judiciaire. Déclarer sa créance ne suffit pas toujours si une instance est en cours ou si une contestation sérieuse existe. À l’inverse, engager une action classique sans tenir compte de la procédure collective peut être inefficace.

Ce qu’il faut retenir

Si votre client ou fournisseur apparaît au BODACC en redressement judiciaire, agissez vite. Vérifiez l’identité de la société, conservez l’annonce, calculez le délai, triez les factures et préparez la déclaration de créance.

Le point clé est la date. Une facture antérieure, une prestation postérieure, une sûreté, une instance en cours ou un contrat poursuivi ne produisent pas les mêmes effets. Le dossier doit donc être reconstruit chronologiquement.

Le bon réflexe est d’envoyer une déclaration claire, avec les pièces, tout en sécurisant la suite de la relation commerciale. Cela évite de perdre un droit par inaction et permet de discuter avec le mandataire judiciaire sur une base solide.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».