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Loi anti-fraude 2026 : contrôle fiscal ou Urssaf, que doit préparer une entreprise ?

La loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales change le contexte des contrôles d’entreprise.

Le signal est clair : l’administration veut détecter plus vite, croiser davantage de données et sanctionner plus fermement les fraudes organisées. Pour un dirigeant de TPE, de PME, de société commerciale ou d’entreprise individuelle, le sujet n’est donc pas seulement théorique. Un contrôle fiscal, un contrôle Urssaf, une demande sur une aide publique ou une vérification de cohérence entre déclarations peut désormais produire des effets plus rapides, plus larges et plus sensibles sur la trésorerie.

La difficulté tient à ce que beaucoup d’entreprises découvrent le risque au moment où elles reçoivent un avis, une demande de pièces, un courrier de l’Urssaf, une demande de régularisation ou une proposition de rectification. À ce stade, il ne faut pas répondre dans l’urgence avec des explications approximatives. Il faut reconstituer les faits, identifier le périmètre du contrôle, classer les pièces et préserver une ligne cohérente.

Le sujet relève à la fois du droit fiscal, du droit social, du droit pénal des affaires et de la responsabilité du dirigeant. Pour une stratégie complète, le point d’entrée naturel reste le droit des affaires, car la réponse ne se limite pas au montant réclamé : elle touche aussi les contrats, la comptabilité, la gouvernance, les délégations de pouvoirs et parfois la continuité de l’activité.

Ce que la loi anti-fraude change pour les entreprises

La communication officielle de Bercy sur la loi anti-fraudes sociales et fiscales insiste sur un objectif : mieux détecter et mieux lutter contre les fraudes. Cette logique ne vise pas seulement les particuliers. Elle concerne aussi les entreprises dès qu’une anomalie touche la TVA, les cotisations sociales, les aides publiques, les déclarations d’activité, les fausses factures, le travail dissimulé ou les montages destinés à éluder l’impôt et les cotisations.

En pratique, l’entreprise doit s’attendre à trois mouvements.

D’abord, les administrations disposent de plus en plus d’informations croisées. Une incohérence entre chiffre d’affaires déclaré, factures, flux bancaires, déclarations sociales, sous-traitance, aides reçues et effectifs déclarés peut déclencher une demande d’explication.

Ensuite, les contrôles deviennent moins isolés. Un sujet fiscal peut faire apparaître un sujet social. Un contrôle Urssaf peut révéler une difficulté de sous-traitance, de fausse indépendance ou de rémunération du dirigeant. Une vérification sur une aide publique peut conduire à contrôler les pièces justificatives qui ont permis son obtention.

Enfin, la frontière entre erreur, négligence et fraude devient plus importante. Une erreur comptable ponctuelle ne se traite pas comme un système de fausses factures. Un retard de déclaration ne se traite pas comme une dissimulation organisée. La première réponse de l’entreprise doit donc éviter de transformer une difficulté régularisable en dossier de suspicion.

Contrôle fiscal : les premières pièces à réunir

Lorsqu’une entreprise reçoit un avis de vérification, une demande de renseignements ou une proposition de rectification, elle doit d’abord identifier précisément la période contrôlée, les impôts concernés et les opérations visées.

Les pièces utiles sont généralement les suivantes : factures émises et reçues, grands livres, journaux, fichiers des écritures comptables, relevés bancaires professionnels, contrats fournisseurs, bons de commande, bons de livraison, échanges avec l’expert-comptable, déclarations de TVA, liasses fiscales et justificatifs des opérations exceptionnelles.

Il ne suffit pas de transmettre une masse de documents. Il faut pouvoir expliquer les flux.

Une facture doit correspondre à une prestation réelle. Un paiement doit correspondre à un contrat, une commande ou un livrable. Une charge doit avoir un intérêt pour l’entreprise. Une déduction de TVA doit reposer sur une facture régulière et une opération taxable. Une aide publique doit correspondre aux critères annoncés au moment de la demande.

Si l’administration conteste une opération, la réponse doit être datée, structurée et documentée. Une chronologie claire vaut souvent mieux qu’une protestation générale.

Contrôle Urssaf : ce qui doit être anticipé

Le contrôle Urssaf obéit à une logique différente, mais les réflexes sont proches. L’entreprise doit être capable de justifier ses rémunérations, ses avantages en nature, ses frais professionnels, ses exonérations, ses contrats de travail, ses contrats de prestation, sa sous-traitance et ses déclarations sociales.

La page officielle de l’Urssaf sur le contrôle Urssaf rappelle que le contrôle comporte des étapes et que l’entreprise dispose de droits. Ce point est essentiel : il ne faut pas subir le contrôle comme un simple échange administratif. Il faut répondre, mais répondre proprement.

Les zones de risque les plus fréquentes sont connues : faux indépendants, remboursements de frais sans justificatifs suffisants, avantages en nature non intégrés dans l’assiette, primes mal traitées, rémunération du dirigeant mal documentée, travail dissimulé, sous-traitance sans contrôle des attestations de vigilance, ou incohérence entre les heures déclarées et l’organisation réelle du travail.

Dans un contexte anti-fraude renforcé, la sous-traitance mérite une attention particulière. Un donneur d’ordre qui travaille avec des prestataires fragiles doit pouvoir montrer qu’il a vérifié les attestations, le contrat, les conditions d’exécution et l’absence de dépendance économique ou d’organisation dissimulée du travail.

Le risque personnel du dirigeant

Le dirigeant ne doit pas raisonner uniquement au nom de la société. Certaines situations peuvent l’exposer personnellement.

Le risque augmente lorsque les faits révèlent une organisation volontaire : fausses factures, dissimulation de chiffre d’affaires, salariés non déclarés, montage artificiel, sous-traitance de façade, aides publiques obtenues sur des informations inexactes, ou absence de réaction après plusieurs alertes de l’expert-comptable, du commissaire aux comptes, d’un associé ou d’un salarié.

La question devient alors double.

La société doit contester ou régulariser ce qui peut l’être.

Le dirigeant doit préserver sa propre position.

Cette distinction est décisive lorsque la trésorerie est tendue, lorsqu’une procédure collective se profile ou lorsqu’un associé reproche au dirigeant d’avoir exposé la société à un redressement. Dans ces hypothèses, il faut aussi examiner les sujets de responsabilité du dirigeant, de délégation de pouvoirs, de validation des comptes et de traçabilité des décisions.

Comment répondre sans aggraver le dossier

La première erreur consiste à répondre trop vite.

La deuxième consiste à ne pas répondre.

Entre les deux, il existe une méthode.

Il faut d’abord créer un dossier de contrôle séparé. Chaque courrier reçu, chaque demande de pièce, chaque réponse envoyée et chaque document transmis doit être conservé avec sa date. Les échanges téléphoniques doivent être résumés par écrit. Les documents remis doivent être listés.

Il faut ensuite distinguer les faits certains, les faits à vérifier et les points contestés. Une entreprise peut admettre une erreur matérielle sans admettre une fraude. Elle peut produire un justificatif sans accepter la qualification retenue. Elle peut demander un délai lorsqu’une pièce existe mais doit être récupérée auprès d’un prestataire, d’une banque, d’un expert-comptable ou d’un ancien salarié.

Il faut enfin éviter les explications contradictoires. Une réponse fiscale ne doit pas fragiliser la réponse Urssaf. Une explication donnée pour justifier une prestation ne doit pas contredire le contrat signé avec le fournisseur. Une justification de frais ne doit pas révéler une rémunération non déclarée.

Les aides publiques et subventions doivent être documentées

La loi anti-fraude remet aussi en lumière un point souvent négligé : les aides publiques doivent pouvoir être justifiées après leur obtention.

Une entreprise qui a bénéficié d’une aide, d’une exonération, d’un crédit, d’un dispositif exceptionnel ou d’un avantage déclaratif doit conserver le dossier de demande, les conditions d’éligibilité, les pièces transmises, la décision d’attribution, les justificatifs d’emploi des fonds et les éventuelles déclarations complémentaires.

Le risque ne porte pas seulement sur le remboursement de l’aide. Selon les faits, il peut porter sur des pénalités, une exclusion de dispositifs futurs, une contestation de la bonne foi, voire une qualification pénale si les informations fournies étaient volontairement inexactes.

Le bon réflexe consiste à auditer les aides sensibles avant le contrôle. Les aides obtenues pendant une période de tension économique, de restructuration, d’activité partielle, de changement d’effectif ou de baisse de chiffre d’affaires doivent être relues avec les pièces qui existaient au moment de la demande.

Paris et Île-de-France : l’enjeu de rapidité

À Paris et en Île-de-France, beaucoup d’entreprises concentrent siège social, établissement secondaire, salariés, prestataires, banque et expert-comptable dans des ressorts différents. Cette dispersion complique la collecte des pièces.

Un contrôle fiscal peut viser la société au siège. Un sujet Urssaf peut concerner un établissement. Une difficulté de sous-traitance peut dépendre de documents détenus par un prestataire en liquidation, un ancien dirigeant ou un cabinet comptable qui n’intervient plus.

Il faut donc organiser la réponse dès les premiers jours.

Pour les sociétés franciliennes, le point pratique est simple : identifier qui détient les pièces, qui répond à l’administration, qui valide la position juridique et qui conserve l’historique. Lorsque plusieurs conseils interviennent, l’entreprise doit éviter les réponses parallèles non coordonnées.

Quand faut-il consulter un avocat ?

Il n’est pas nécessaire de judiciariser chaque demande de l’administration. Une demande simple peut recevoir une réponse simple.

En revanche, l’intervention d’un avocat devient utile lorsque le courrier évoque une fraude, une dissimulation, une fausse facture, un travail dissimulé, une aide publique indue, une pénalité lourde, une opposition à contrôle, une menace de sanction personnelle ou une transmission à une autre autorité.

Elle est également utile lorsque l’entreprise ne sait pas si elle doit régulariser, contester, demander un délai, produire toutes les pièces immédiatement ou limiter sa réponse au périmètre exact de la demande.

Le rôle de l’avocat est alors de stabiliser la chronologie, qualifier juridiquement les risques, préparer une réponse écrite, protéger les intérêts de la société et, si nécessaire, distinguer la défense de l’entreprise de celle du dirigeant.

L’objectif n’est pas de bloquer le contrôle. L’objectif est de répondre sans se désorganiser, sans se contredire et sans aggraver le risque.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».