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Redressement judiciaire converti en liquidation : que faire avant l’audience ?

Le 19 juin 2026, une société cotée sur Euronext Growth a annoncé qu’une audience était fixée devant le tribunal de commerce de Paris pour examiner la conversion de son redressement judiciaire en liquidation judiciaire. Le communiqué précisait que le tribunal devait se prononcer en l’absence de plan de continuation ou de cession permettant d’assurer la pérennité de l’activité.

Cette situation n’est pas réservée aux sociétés cotées. Elle concerne aussi une PME, un commerce, une start-up, une société de services, un entrepreneur individuel ou une société familiale qui a obtenu un redressement judiciaire, mais qui n’arrive plus à convaincre le tribunal que l’activité peut continuer.

Le danger est souvent mal compris. Le redressement judiciaire n’est pas une protection définitive. C’est une période d’observation. Si le tribunal estime que le redressement est devenu impossible, il peut arrêter la tentative de sauvetage et prononcer la liquidation judiciaire.

Pour le dirigeant, l’audience de conversion se prépare avec des preuves, pas avec des intentions. Il faut montrer la trésorerie disponible, le carnet de commandes, les encaissements attendus, les charges courantes, le passif, les efforts de restructuration et les chances réelles d’un plan.

Pour un créancier, un fournisseur ou un cocontractant, l’enjeu est différent. Il faut savoir si la créance doit être déclarée, si le contrat continue, si une livraison doit être suspendue, si une action individuelle est encore possible, et comment éviter de perdre un délai.

Quand le tribunal peut-il convertir le redressement en liquidation ?

Le redressement judiciaire vise à permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif. Il suppose donc que l’entreprise dispose encore d’une chance sérieuse de se redresser.

Pendant la période d’observation, le tribunal peut décider la poursuite de l’activité si les capacités de financement paraissent suffisantes. Mais il peut aussi, à tout moment, prononcer la liquidation judiciaire lorsque le redressement est manifestement impossible.

L’article L. 631-15 du Code de commerce donne cette faculté au tribunal. La demande peut venir du débiteur, de l’administrateur judiciaire, du mandataire judiciaire, d’un contrôleur, du ministère public, ou du tribunal lui-même dans les conditions prévues par les textes.

L’article L. 640-1 du Code de commerce définit la liquidation judiciaire comme la procédure ouverte lorsque le débiteur est en cessation des paiements et que son redressement est manifestement impossible. Elle a pour finalité de mettre fin à l’activité ou de réaliser le patrimoine du débiteur par une cession globale ou séparée de ses droits et biens.

La question centrale est donc simple : l’entreprise peut-elle encore présenter un chemin crédible vers un plan, une cession ou une poursuite d’activité financée ?

Quels signes déclenchent le risque de liquidation ?

Le tribunal ne se limite pas à regarder le chiffre d’affaires annoncé par le dirigeant. Il examine la situation économique réelle.

Les signaux les plus dangereux sont l’absence de comptabilité fiable, l’absence de prévisionnel, l’aggravation du passif, l’apparition de nouvelles dettes pendant la période d’observation, l’impossibilité de payer les charges courantes, le défaut de remise des documents au mandataire judiciaire, ou l’absence d’offre sérieuse de reprise.

La Cour d’appel de Riom l’a rappelé dans un arrêt du 3 juin 2026. Elle a confirmé une liquidation après avoir relevé l’absence de comptabilité, l’absence de documents permettant d’établir des possibilités de redressement et l’apparition d’une nouvelle dette URSSAF pendant la période d’observation. La cour écrit notamment : « Il est nécessaire, pour convertir une procédure de redressement judiciaire en liquidation judiciaire de caractériser le fait que le redressement de l’entreprise est manifestement impossible ».

Cet arrêt est utile parce qu’il montre ce qui pèse réellement à l’audience. Un dirigeant peut expliquer les difficultés. Mais s’il ne produit pas de documents vérifiables, le tribunal peut considérer que le redressement n’est plus démontré.

Que doit préparer le dirigeant avant l’audience ?

Le dirigeant doit préparer un dossier court, chiffré et cohérent.

Il faut d’abord produire une situation de trésorerie actualisée. Le tribunal doit comprendre ce qui est disponible immédiatement, ce qui doit entrer dans les prochains jours, et ce qui doit sortir pour payer les charges indispensables.

Il faut ensuite produire un état du passif. Les dettes antérieures au jugement d’ouverture doivent être distinguées des dettes nées pendant la période d’observation. Cette distinction est essentielle, car une dette nouvelle non payée peut montrer que l’activité ne finance plus ses charges courantes.

Il faut aussi produire les éléments d’activité. Bons de commande, contrats signés, devis acceptés, factures émises, encaissements attendus, résiliations, pertes de clients, négociations en cours : le tribunal doit pouvoir mesurer si l’entreprise a encore un flux économique réel.

Le dirigeant doit enfin expliquer le scénario proposé. Une poursuite d’activité sans prévisionnel précis sera rarement convaincante. Il faut dire quelles charges sont supprimées, quels actifs peuvent être cédés, quels contrats sont conservés, quels financements sont attendus, et à quelle date un plan peut être présenté.

Un tableau simple vaut mieux qu’un long discours. Date, montant, pièce justificative, statut de paiement, commentaire bref. Le juge, le mandataire et le ministère public doivent pouvoir vérifier rapidement.

Quelles erreurs aggravent le dossier ?

La première erreur consiste à arriver à l’audience sans comptabilité actualisée. Même une petite entreprise doit pouvoir produire des relevés, factures, déclarations, échéanciers et documents de gestion suffisamment lisibles.

La deuxième erreur consiste à contester le passif sans preuve. Dire qu’une dette URSSAF, fiscale ou fournisseur est fausse ne suffit pas. Il faut produire les réclamations, les échanges, les paiements, les échéanciers ou les décisions utiles.

La troisième erreur consiste à créer de nouvelles dettes pendant la période d’observation. Une entreprise en redressement doit montrer qu’elle peut payer les charges postérieures utiles à l’activité. Si elle accumule de nouvelles dettes, le tribunal peut y voir l’indice d’une poursuite déficitaire.

La quatrième erreur consiste à ne pas coopérer avec les organes de la procédure. Ne pas répondre au mandataire judiciaire, ne pas transmettre les documents demandés ou empêcher l’inventaire crée un signal défavorable.

La cinquième erreur consiste à promettre une reprise sans offre sérieuse. Une discussion informelle avec un repreneur ne suffit pas. Il faut une offre, un périmètre, un prix, des conditions, une capacité financière et un calendrier.

Que peut faire un créancier si son client risque la liquidation ?

Le créancier doit d’abord identifier la date du jugement d’ouverture du redressement judiciaire. Cette date détermine le régime de la créance.

Si la facture est antérieure au jugement d’ouverture, elle doit en principe être déclarée au mandataire judiciaire dans les délais applicables. L’article L. 622-24 du Code de commerce prévoit que les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d’ouverture adressent leur déclaration de créance au mandataire judiciaire.

Si la facture est postérieure au jugement d’ouverture, il faut vérifier si elle correspond à une créance née régulièrement pour les besoins de la période d’observation ou en contrepartie d’une prestation fournie après le jugement. Le régime peut être différent, mais il ne faut pas attendre passivement.

Le créancier doit aussi relire le contrat. Certaines clauses permettent de suspendre de nouvelles livraisons, de demander des garanties, de récupérer des biens sous réserve des règles de revendication, ou de limiter l’exposition future. En revanche, l’ouverture d’une procédure collective neutralise souvent les réflexes de recouvrement classiques.

Il faut éviter les poursuites isolées mal calibrées. Les actions en paiement des créances antérieures sont en principe arrêtées ou interdites. La bonne stratégie consiste souvent à déclarer, documenter, surveiller les publications, échanger avec le mandataire, puis décider si une action spécifique reste possible.

Que se passe-t-il si la liquidation est prononcée ?

La liquidation met fin à la période d’observation. L’activité cesse, sauf poursuite temporaire autorisée dans des conditions particulières. Le liquidateur judiciaire prend en main les opérations de réalisation des actifs et de vérification du passif.

Pour le dirigeant, la priorité devient la remise des documents, la coopération avec le liquidateur, la protection des actifs, la gestion des salariés le cas échéant, et l’anticipation des risques personnels. Une liquidation peut ouvrir la voie à des questions sensibles : insuffisance d’actif, faute de gestion, caution personnelle, interdiction de gérer, banqueroute dans les cas les plus graves.

Pour les créanciers, la priorité est de vérifier que la déclaration de créance a été faite, que les pièces sont complètes, que les sûretés sont mentionnées, et que les délais de contestation sont surveillés.

Pour les cocontractants, il faut identifier si le contrat continue, s’il est résilié, ou si le liquidateur entend le poursuivre temporairement. Les décisions ne se prennent pas seulement à partir du contrat. Elles dépendent aussi des règles propres aux procédures collectives.

Peut-on contester la conversion en liquidation ?

Un jugement qui convertit le redressement en liquidation peut faire l’objet d’un recours dans les conditions et délais applicables aux procédures collectives.

Mais l’appel ne doit pas être pensé comme une seconde chance abstraite. Il faut apporter ce qui manquait : documents comptables, trésorerie, passif actualisé, éléments de reprise, preuve de paiement des charges courantes, plan crédible ou irrégularité procédurale.

Si le tribunal s’est saisi d’office, si les personnes qui devaient être appelées ne l’ont pas été, si le ministère public n’a pas été régulièrement consulté lorsque la loi l’exige, ou si la décision ne caractérise pas suffisamment l’impossibilité manifeste du redressement, un angle procédural peut exister.

Là encore, le dossier doit être traité rapidement. Une liquidation produit des effets immédiats sur l’activité, les contrats, les salariés, les actifs et les créanciers. Attendre plusieurs semaines peut rendre le recours moins utile, même lorsqu’il reste juridiquement ouvert.

Paris et Île-de-France : points pratiques

Pour une société immatriculée à Paris, l’audience se tient en principe devant le tribunal de commerce de Paris lorsque la juridiction commerciale est compétente. En Île-de-France, la juridiction dépend du siège de la société et de la nature de l’activité.

La préparation doit tenir compte des délais très courts. Il faut récupérer les pièces comptables, les relevés bancaires, les déclarations sociales et fiscales, les baux, les contrats clients, les contrats fournisseurs, les échéanciers, les offres de reprise et les courriers du mandataire judiciaire.

Un dirigeant situé à Paris ou en Île-de-France doit aussi anticiper les effets bancaires. La banque peut demander des informations, limiter certains concours ou surveiller les mouvements. Les cautions personnelles doivent être relues immédiatement.

Un créancier francilien doit, de son côté, surveiller les publications, retrouver le mandataire ou le liquidateur désigné, déclarer sa créance si nécessaire, et cesser de livrer sans garantie lorsque le risque économique devient trop élevé.

Le cabinet intervient en droit des affaires pour les dirigeants, associés, créanciers et cocontractants confrontés à une procédure collective. Vous pouvez consulter notre page dédiée au droit des affaires à Paris.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».