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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Arrêté de péril et assurance copropriété : qui paie les travaux et le relogement ?

Un immeuble évacué après fissures, explosion, incendie ou risque d’effondrement ne pose pas seulement une question de sécurité. Pour les copropriétaires, les bailleurs et le syndic, la vraie difficulté arrive souvent dans les heures qui suivent l’arrêté de péril : qui sécurise l’immeuble, qui avance les travaux, qui contacte l’assureur, qui reloge les occupants, et comment éviter que la copropriété supporte seule une facture qui aurait dû être prise en charge ailleurs ?

L’actualité récente des immeubles évacués rappelle un point simple : un arrêté de mise en sécurité peut tomber vite, parfois après une expertise, un signalement des pompiers, une visite municipale ou un sinistre brutal. Le vocabulaire courant parle encore souvent d' »arrêté de péril ». Le droit actuel utilise surtout la police de la sécurité et de la salubrité des immeubles. Dans les deux cas, l’enjeu pratique est le même : le bâtiment est jugé dangereux, l’autorité administrative impose des mesures, et les propriétaires doivent réagir immédiatement.

La question de l’assurance est centrale, mais elle ne se règle pas par réflexe. Une assurance multirisque immeuble, une assurance propriétaire non occupant, une assurance habitation de locataire ou une garantie dommages-ouvrage ne couvrent pas les mêmes risques. Un arrêté de péril n’est pas automatiquement un sinistre indemnisable. Il faut identifier la cause du danger, la date du fait générateur, les contrats applicables, les exclusions et les responsabilités possibles : défaut d’entretien, vice de construction, fuite, incendie, explosion, travaux mal exécutés, parties communes dégradées ou carence du syndic.

Ce que permet un arrêté de mise en sécurité

Le Code de la construction et de l’habitation prévoit que l’autorité compétente peut adopter un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l’insalubrité lorsque la situation l’exige. L’article L. 511-11 du Code de la construction et de l’habitation permet notamment de prescrire des réparations, une démolition totale ou partielle, la cessation de la mise à disposition du local à des fins d’habitation, ou encore l’interdiction d’habiter, d’utiliser ou d’accéder aux lieux.

En pratique, l’arrêté peut imposer des mesures très concrètes :

  • étayer un plancher, une façade, une cage d’escalier ou un balcon ;
  • fermer l’accès à l’immeuble ou à certaines parties communes ;
  • évacuer les occupants ;
  • faire intervenir un bureau d’études, un architecte ou une entreprise ;
  • réaliser des travaux dans un délai déterminé ;
  • produire des justificatifs de sécurité avant mainlevée.

L’arrêté doit être lu ligne par ligne. Il faut distinguer les mesures immédiates, les mesures définitives, le délai d’exécution, la personne tenue de les exécuter et les voies de recours. Une copropriété ne doit pas se contenter d’un échange oral avec la mairie. Elle doit obtenir l’arrêté, ses annexes, les rapports techniques disponibles et les notifications adressées aux copropriétaires, au syndic ou aux occupants.

Le syndic doit agir vite, mais pas seul

Dans une copropriété, le syndic est en première ligne parce qu’il représente le syndicat des copropriétaires. L’article 18 de la loi du 10 juillet 1965 lui confie notamment l’administration de l’immeuble, sa conservation, sa garde et son entretien. Il doit aussi pourvoir à l’exécution des travaux nécessaires à la sauvegarde de l’immeuble en cas d’urgence.

Cela ne signifie pas que le syndic peut tout décider sans contrôle. Il doit agir sur l’urgence, conserver les preuves, informer le conseil syndical et les copropriétaires, mettre les entreprises en concurrence lorsque c’est compatible avec le délai, et convoquer une assemblée générale si des travaux importants doivent être votés. Mais attendre une assemblée générale lorsqu’un immeuble menace ruine peut être une faute.

Le bon réflexe consiste à ouvrir immédiatement un dossier structuré :

  • copie intégrale de l’arrêté ;
  • photos datées et vidéos des désordres ;
  • rapport des pompiers, de la mairie ou de l’expert ;
  • contrats d’assurance de la copropriété ;
  • contrats des copropriétaires concernés ;
  • historique des travaux et signalements ;
  • procès-verbaux d’assemblées générales ;
  • devis de mise en sécurité ;
  • échanges avec les entreprises et les assureurs ;
  • liste des occupants évacués et de leur statut.

Ce dossier servira à la mairie, à l’assureur, au juge, aux copropriétaires et, si nécessaire, à une action contre un responsable.

L’assurance ne paie pas toujours parce qu’un arrêté existe

Beaucoup de copropriétaires pensent que l’assurance immeuble prendra automatiquement en charge l’arrêté de péril. C’est rarement aussi simple. L’assureur indemnise un risque garanti, pas une décision administrative en tant que telle.

Si l’immeuble est dangereux à cause d’un incendie, d’une explosion, d’un dégât des eaux brutal ou d’un événement garanti, l’assurance peut intervenir selon les conditions du contrat. Si le danger résulte d’un défaut d’entretien ancien, de fissures connues, d’une structure laissée sans réparation ou de travaux votés trop tard, l’assureur peut opposer une exclusion ou limiter sa garantie.

Il faut donc qualifier la cause :

  • sinistre soudain : incendie, explosion, fuite importante, tempête, effondrement partiel brutal ;
  • pathologie progressive : fissures anciennes, affaissement, humidité structurelle, vétusté ;
  • travaux défectueux : chantier récent, malfaçon, atteinte aux parties communes ;
  • carence de gestion : absence de mesures malgré alertes, non-exécution de travaux votés ;
  • fait d’un tiers : entreprise, voisin, occupant, copropriétaire, locataire.

La déclaration de sinistre doit être faite vite, par écrit, avec l’arrêté et les premières pièces. Mais elle ne doit pas être rédigée comme une simple demande vague. Il faut expliquer le fait générateur, les dates, les dommages, les mesures d’urgence et les garanties sollicitées.

Qui paie les travaux de mise en sécurité ?

La réponse dépend de la nature des désordres. Si le danger vient des parties communes, le syndicat des copropriétaires doit en principe faire réaliser les travaux et les financer selon les charges applicables, sous réserve d’un recours contre un responsable ou d’une prise en charge par l’assurance.

Si le danger vient d’une partie privative, par exemple des travaux réalisés dans un lot, une suppression de mur porteur, une fuite privative ou une dégradation imputable à un occupant, la copropriété peut devoir intervenir en urgence pour protéger l’immeuble, puis rechercher le remboursement auprès de la personne responsable.

Si le danger résulte d’un vice de construction, d’une malfaçon récente ou de travaux affectant la solidité, il faut vérifier les garanties disponibles : assurance dommages-ouvrage, responsabilité décennale, responsabilité de l’entreprise, maîtrise d’oeuvre, vendeur ou constructeur. Dans ce cas, le dossier technique devient déterminant.

Le point à éviter est le flou. Lorsque personne ne prend la décision, la mairie peut faire exécuter des travaux d’office et en réclamer le coût. L’article L. 511-11 prévoit que l’arrêté mentionne notamment les conséquences en cas de non-exécution, dont l’astreinte et l’exécution d’office. La copropriété doit donc arbitrer vite : contester, exécuter, demander un délai, solliciter l’assureur, ou engager une procédure contre le responsable.

Relogement : bailleur, copropriété ou assurance ?

Lorsqu’un logement devient inhabitable, la question du relogement est souvent la plus conflictuelle. L’article L. 521-1 du Code de la construction et de l’habitation vise les occupants concernés par les mesures de sécurité ou d’insalubrité et rappelle que le propriétaire ou l’exploitant peut être tenu d’assurer le relogement ou l’hébergement, ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues par le code.

Pour un bailleur, il faut donc vérifier :

  • si le logement est interdit d’habitation ;
  • si le locataire est occupant de bonne foi ;
  • si les travaux rendent le logement temporairement inhabitable ;
  • si le bailleur a une garantie perte de loyers ou relogement ;
  • si le sinistre vient des parties communes ou d’une partie privative ;
  • si un autre responsable peut être recherché.

Pour la copropriété, la question est différente. Le syndicat n’est pas automatiquement le débiteur final du relogement de chaque occupant. Mais s’il est responsable du défaut d’entretien des parties communes, ou si les travaux sur parties communes rendent les logements inhabitables, sa responsabilité peut être discutée.

La priorité est de sécuriser les occupants et d’éviter une carence dangereuse. Ensuite seulement vient la répartition finale : assurance, bailleur, syndicat, copropriétaire fautif, entreprise ou autre responsable.

Locataires évacués : peut-on suspendre le loyer ?

Si le locataire ne peut plus habiter le logement en raison d’un arrêté, il ne faut pas raisonner comme pour une simple gêne de travaux. L’interdiction d’habiter ou l’évacuation change la nature du problème. Le locataire peut demander une suspension ou une réduction du loyer, le relogement ou l’hébergement lorsque les conditions légales sont réunies, et éventuellement une indemnisation si une faute est établie.

Le bailleur doit éviter deux erreurs. La première consiste à continuer à réclamer le loyer comme si le logement était normalement disponible. La seconde consiste à promettre oralement une prise en charge sans cadrer l’assurance et les responsabilités. Il faut écrire, notifier, déclarer le sinistre, conserver les justificatifs et vérifier les obligations exactes issues de l’arrêté.

La page Service-public sur les risques encourus par le propriétaire d’un logement insalubre ou menaçant ruine rappelle que le refus délibéré d’exécuter certaines mesures prescrites peut exposer à des sanctions. Le sujet n’est donc pas seulement financier : il peut devenir pénal si le propriétaire ou l’exploitant laisse perdurer une situation dangereuse.

Paris et Île-de-France : les points de vigilance

A Paris et en Île-de-France, les dossiers de péril sont souvent plus complexes parce que les immeubles sont anciens, densément occupés et fréquemment en copropriété. Un désordre sur une cage d’escalier, une façade, une cour intérieure ou un plancher peut bloquer plusieurs logements, des commerces et parfois un immeuble voisin.

Le syndic doit vérifier rapidement si l’arrêté concerne uniquement une partie privative, les parties communes, un bâtiment sur cour, un lot commercial, une cave, une toiture ou des éléments porteurs. Le conseil syndical doit être associé, mais l’urgence ne doit pas devenir un prétexte à l’inaction. Les copropriétaires bailleurs doivent, de leur côté, prévenir leurs locataires, leurs assureurs et leurs gestionnaires.

La Ville de Paris rappelle aussi, dans ses informations sur les expulsions locatives et la trêve hivernale, que les situations d’arrêté de péril obéissent à une logique particulière lorsque le logement n’est plus habitable. Ce point est important : l’évacuation pour danger n’est pas une expulsion locative ordinaire.

Pour les copropriétés parisiennes, il faut souvent coordonner plusieurs intervenants en même temps : mairie, préfecture, commissaire de justice, expert, assureur, entreprise d’urgence, syndic, conseil syndical, bailleurs, locataires et parfois tribunal administratif ou tribunal judiciaire.

Contester l’arrêté ou demander un délai

Un arrêté de mise en sécurité peut être contesté, mais la contestation ne doit pas faire oublier l’urgence. Si l’immeuble présente un danger réel, la stratégie la plus solide consiste souvent à exécuter les mesures indispensables tout en contestant certains points : périmètre des travaux, personne tenue de payer, délai irréaliste, mesures disproportionnées, erreur sur la cause ou absence de contradictoire lorsque celui-ci était possible.

La contestation peut viser l’arrêté lui-même ou une décision ultérieure : astreinte, travaux d’office, refus de mainlevée, refus de délai, répartition des coûts. Selon le dossier, il peut être nécessaire de saisir le juge administratif, de demander une expertise, ou d’engager une action civile contre le responsable du dommage.

Dans les copropriétés, le recours ne doit pas être improvisé par un copropriétaire isolé sans coordination. Le syndic représente le syndicat, mais chaque copropriétaire peut aussi avoir un intérêt propre, notamment si son lot est interdit d’habitation, loué, vendu ou en cours de financement.

Checklist à lancer dans les 48 heures

Dans les deux premiers jours, il faut :

  • récupérer l’arrêté et ses annexes ;
  • identifier les logements, occupants et parties communes concernés ;
  • déclarer le sinistre aux assureurs utiles ;
  • missionner une entreprise pour les mesures conservatoires ;
  • demander un rapport technique exploitable ;
  • informer par écrit les copropriétaires et occupants ;
  • vérifier les obligations de relogement ou d’hébergement ;
  • conserver toutes les factures et devis ;
  • rechercher l’origine du désordre ;
  • préparer une assemblée générale ou une consultation si des travaux lourds doivent être décidés ;
  • envisager un recours ou une demande de délai si l’arrêté est contestable.

Pour les copropriétés, un accompagnement en droit de la copropriété permet de trier vite les sujets : urgence, assurance, vote des travaux, responsabilité du syndic, action contre un copropriétaire, gestion des locataires et recours contre l’arrêté.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».