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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Entreprise en difficulté en 2026 : que faire avant la liquidation judiciaire ?

Les défaillances d’entreprises restent élevées en 2026. La Banque de France indique qu’à fin mars 2026, 69 938 entreprises ont fait l’objet d’une défaillance en cumul sur douze mois. Le signal est clair pour les dirigeants : attendre que la trésorerie soit vide réduit fortement les options.

Une entreprise en difficulté n’est pas condamnée à la liquidation judiciaire. Plusieurs outils existent avant ce stade : négociation avec les créanciers, mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde, redressement judiciaire. Le bon choix dépend d’un point central : l’entreprise est-elle déjà en cessation des paiements ?

La question doit être posée tôt. Un dirigeant qui laisse s’accumuler les dettes fiscales, sociales, bancaires et fournisseurs peut perdre la main sur le calendrier. Il peut aussi aggraver son risque personnel si le dossier révèle un retard de déclaration, une poursuite abusive de l’activité ou des paiements préférentiels.

Que signifie être en difficulté ?

Une entreprise peut être en difficulté sans être encore en cessation des paiements.

Les premiers signaux sont souvent concrets : retards de paiement fournisseurs, échéances Urssaf reportées, loyer commercial impayé, découvert bancaire supprimé, échéancier fiscal refusé, assignation d’un créancier, baisse brutale du carnet de commandes, conflit entre associés, rupture d’un contrat essentiel.

À ce stade, il faut distinguer trois situations.

La première est la tension temporaire. La société a un retard de trésorerie, mais elle peut encore payer son passif exigible avec son actif disponible, en tenant compte des réserves de crédit et moratoires réellement utilisables.

La deuxième est la difficulté avérée ou prévisible. L’activité peut continuer, mais l’entreprise ne peut plus gérer seule la pression des créanciers. C’est le terrain du mandat ad hoc ou de la conciliation.

La troisième est la cessation des paiements. L’article L. 631-1 du code de commerce vise l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible. À ce stade, le redressement judiciaire devient une option si l’activité peut être poursuivie. La liquidation judiciaire intervient lorsque le redressement est manifestement impossible, selon l’article L. 640-1 du code de commerce.

Les premiers réflexes du dirigeant

Le dirigeant doit d’abord établir une photographie exacte de la trésorerie.

Il faut lister les dettes exigibles : Urssaf, TVA, impôt, banque, bailleur, fournisseurs, salaires, cotisations, prêts garantis, loyers, contrats de crédit-bail. Il faut ensuite lister l’actif disponible : solde bancaire, lignes confirmées, encaissements certains, moratoires déjà accordés, créances clients réellement recouvrables.

Une créance client contestée ne doit pas être traitée comme de la trésorerie certaine. Une promesse orale de la banque non confirmée par écrit ne suffit pas. Un échéancier demandé mais non accepté ne protège pas l’entreprise.

Le deuxième réflexe est de cesser les paiements désordonnés. Quand la société manque de trésorerie, payer un créancier plutôt qu’un autre peut créer un risque. Il faut prioriser les salaires, les charges indispensables à la poursuite d’activité et les paiements juridiquement sécurisés. Les paiements de confort, les remboursements de comptes courants d’associés ou les règlements faits sous pression doivent être examinés avec prudence.

Le troisième réflexe est de documenter. Les relevés bancaires, balances âgées, relances, mises en demeure, échéanciers, contrats essentiels, prévisionnel de trésorerie, carnets de commande et échanges avec la banque doivent être conservés. En procédure collective, le dossier se juge sur pièces.

Mandat ad hoc ou conciliation : agir avant qu’il ne soit trop tard

Le mandat ad hoc et la conciliation sont des procédures confidentielles. Elles permettent de négocier sous l’égide d’un mandataire ou d’un conciliateur, sans publication au BODACC.

Le mandat ad hoc est adapté lorsque l’entreprise veut ouvrir une négociation discrète avec une banque, un bailleur, un fournisseur stratégique ou un groupe de créanciers. Il suppose que le dirigeant garde une capacité de négociation.

La conciliation est plus cadrée. L’article L. 611-4 du code de commerce prévoit qu’elle peut bénéficier à un débiteur qui éprouve une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, et qui ne se trouve pas en cessation des paiements depuis plus de quarante-cinq jours.

Ce délai est décisif. Une société qui tarde à réagir peut encore être orientée vers le redressement judiciaire, mais elle perd l’avantage d’une négociation confidentielle plus souple.

En pratique, la conciliation est utile pour négocier un rééchelonnement bancaire, obtenir un délai avec un bailleur commercial, suspendre une pression fournisseur, traiter une dette fiscale ou sociale, ou sécuriser un accord global avec plusieurs créanciers.

Sauvegarde : protéger l’entreprise avant la cessation des paiements

La sauvegarde peut être demandée par une entreprise qui n’est pas en cessation des paiements mais qui justifie de difficultés qu’elle ne peut pas surmonter seule. C’est le cadre de l’article L. 620-1 du code de commerce.

Cette procédure peut être pertinente quand l’entreprise a encore une activité viable, mais qu’elle subit une dette trop lourde, une perte de marché, une hausse de charges, un conflit bancaire ou un litige commercial qui bloque sa trésorerie.

L’intérêt principal est d’obtenir un cadre judiciaire avant l’effondrement. Les poursuites individuelles sont arrêtées, les dettes antérieures sont traitées dans la procédure, et un plan peut être préparé.

La sauvegarde n’est toutefois pas un outil de communication. Elle suppose un dossier solide : prévisionnel réaliste, activité viable, charges maîtrisées, plan de remboursement crédible. Une demande mal préparée peut fragiliser la relation avec les partenaires, les banques et les fournisseurs.

Redressement judiciaire : quand la cessation des paiements est déjà là

Le redressement judiciaire n’est pas une liquidation. Son objectif est de permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

Il devient nécessaire lorsque la société est en cessation des paiements et que son redressement reste possible. La question n’est plus seulement de négocier des délais. Il faut démontrer que l’activité peut continuer, que les charges peuvent être réduites, que certains contrats doivent être conservés, et qu’un plan peut être construit.

Le dirigeant doit alors préparer plusieurs éléments : situation de trésorerie, dettes, contrats en cours, salariés, bail commercial, commandes, stocks, actifs, créances clients, litiges, garanties, cautions, comptes courants d’associés.

Le redressement judiciaire peut aussi concerner les partenaires. Un fournisseur qui apprend qu’un client est en redressement doit vérifier s’il doit continuer à livrer, déclarer sa créance et surveiller les demandes de l’administrateur. Un client dont le prestataire est en redressement doit vérifier la continuité du contrat, les garanties de livraison et les clauses de résiliation.

Liquidation judiciaire : le risque à éviter quand l’activité peut encore être sauvée

La liquidation judiciaire intervient lorsque l’entreprise est en cessation des paiements et que le redressement est manifestement impossible.

Elle met fin à l’activité ou organise la cession des actifs. Dans certains dossiers, une poursuite provisoire d’activité peut être autorisée pour préparer une cession, terminer certains contrats ou préserver de la valeur. Mais cette poursuite est encadrée et ne dépend plus seulement de la volonté du dirigeant.

Plus le dirigeant agit tard, plus la liquidation devient probable. Les signes d’alerte sont connus : salaires menacés, fournisseur essentiel non payé, compte bancaire bloqué, résiliation du bail, absence de prévisionnel, impossibilité de financer l’activité courante, perte du principal client, absence de repreneur crédible.

L’enjeu est donc d’agir avant que le dossier ne soit irréversible.

Les erreurs qui aggravent le dossier

La première erreur est de confondre difficulté et cessation des paiements. Une entreprise peut être en tension sans être en cessation. Mais une fois la cessation caractérisée, les obligations du dirigeant changent.

La deuxième erreur est de payer les dettes les plus bruyantes plutôt que les dettes les plus sensibles. Un fournisseur agressif n’est pas toujours le créancier prioritaire. Il faut raisonner en fonction de la continuité d’activité, des risques sociaux, fiscaux, bancaires et contractuels.

La troisième erreur est d’attendre une assignation. Une assignation en redressement ou liquidation judiciaire place le dirigeant en position défensive. Il vaut mieux préparer le dossier et choisir la procédure adaptée.

La quatrième erreur est de sous-estimer les cautions personnelles. Le dirigeant qui a cautionné un prêt, un bail, un découvert ou un contrat doit analyser son exposition personnelle avant de négocier avec la banque ou le bailleur.

La cinquième erreur est de cacher l’information aux associés. Dans une SAS, une SARL ou une société familiale, les décisions de trésorerie, d’apport, de compte courant, de cession ou de procédure peuvent déclencher un conflit entre associés. La preuve des échanges devient alors centrale.

Pièces à réunir avant de consulter

Un dossier utile doit contenir les trois derniers bilans, la situation comptable récente, la balance âgée clients et fournisseurs, les relevés bancaires, les contrats de prêt, les garanties, le bail commercial, les contrats essentiels, les mises en demeure reçues, les échéanciers demandés ou accordés, les dettes fiscales et sociales, les contrats de travail, les commandes en cours et un prévisionnel de trésorerie.

Il faut aussi réunir les pièces personnelles du dirigeant lorsque des cautions existent : actes de cautionnement, lettres de mise en demeure, avis de dénonciation de découvert, courriers bancaires et échanges avec les créanciers.

Cette préparation change la qualité de la décision. Sans pièces, le dirigeant raisonne au ressenti. Avec les pièces, il peut choisir entre négociation amiable, conciliation, sauvegarde, redressement ou liquidation.

Paris et Île-de-France : quel tribunal et quelle stratégie ?

À Paris et en Île-de-France, les dossiers d’entreprises en difficulté touchent souvent des sociétés commerciales, restaurants, commerces, sociétés de services, start-up, sociétés du bâtiment, franchises, agences et holdings patrimoniales.

Le tribunal compétent dépend notamment du siège social, de la nature de l’activité et de la qualité du débiteur. Le tribunal de commerce intervient pour les commerçants et sociétés commerciales. Certains dossiers peuvent relever d’autres juridictions selon l’activité.

La stratégie doit intégrer les contraintes locales : bail commercial parisien, dette Urssaf, prêt bancaire, compte professionnel, retards fournisseurs, procédures déjà engagées, pression d’un franchiseur, marché public, ou conflit entre associés.

Le cabinet intervient en droit des affaires à Paris pour analyser les options avant procédure collective, préparer une conciliation, traiter un plan de redressement judiciaire, sécuriser une déclaration de cessation des paiements ou organiser la défense du dirigeant.

À retenir

Une entreprise en difficulté doit agir avant que la liquidation judiciaire devienne la seule issue.

La première question est simple : la société peut-elle encore payer son passif exigible avec son actif disponible ?

Si la réponse est oui, le mandat ad hoc, la conciliation ou la sauvegarde peuvent permettre de reprendre la main.

Si la réponse est non, il faut traiter sans délai la cessation des paiements et préparer le redressement judiciaire si l’activité peut être sauvée.

Dans tous les cas, le dirigeant doit réunir les pièces, éviter les paiements désordonnés et choisir une procédure adaptée à la situation réelle de l’entreprise.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».