Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Drag along : que faire si le majoritaire force la vente de vos parts ?

Les recherches Google sur le drag along restent soutenues, alors que beaucoup d’associés minoritaires découvrent ce mécanisme uniquement au moment où le majoritaire veut vendre la société. Une clause de sortie forcée peut-elle vraiment obliger un minoritaire à céder ses parts à un prix qu’il n’a pas choisi ? Le drag along, fréquent dans les pactes d’associés de start-up, PME de croissance et sociétés familiales restructurées, permet au majoritaire d’imposer la cession de l’ensemble des titres à un repreneur extérieur. Le minoritaire rejoint alors l’opération négociée par le majoritaire.

Cette mécanique facilite les opérations de sortie collective, mais elle expose l’associé non vendeur à un risque évident : vendre vite, sous pression, avec un prix mal encadré. Les décisions récentes rendues sur la détermination du prix des titres sociaux rappellent un principe simple : si le prix n’est pas déterminé ou objectivement déterminable, la clause devient contestable. Le 12 février 2025, la Cour de cassation a validé une clause de buy-or-sell parce que le mécanisme permettait de déterminer le prix à partir de l’offre initiale. L’enjeu pratique est donc de vérifier le pacte, les statuts et la méthode de prix avant toute signature. Cet article distingue les clauses valides des clauses viciées, expose les recours de l’associé forcé et livre une méthode opérationnelle pour sécuriser sa position.

Qu’est-ce qu’une clause de drag along et comment fonctionne-t-elle ?

Une clause de drag along oblige l’associé minoritaire à céder ses parts lorsque le majoritaire trouve un repreneur extérieur. Ce mécanisme est courant dans les pactes d’associés des sociétés par actions simplifiée et des sociétés à responsabilité limitée. Le majoritaire déclenche la clause en notifiant son intention de vendre ses titres à un tiers. Le minoritaire est alors contraint de rejoindre l’opération et de céder ses propres parts aux mêmes conditions économiques. La clause vise à garantir la liquidité du bloc majoritaire et à éviter qu’un acquéreur extérieur ne se heurte à un actionnaire récalcitrant. Elle diffère fondamentalement de la clause de sortie conjointe, dite tag along, qui donne au minoritaire le droit de vendre ses parts aux mêmes conditions que le majoritaire. Dans le tag along, le minoritaire profite d’une opportunité. Dans le drag along, il subit une contrainte. Cette différence explique que la validité du drag along soit soumise à un contrôle strict. Le prix est le point sensible. Si le contrat ne prévoit pas de mécanisme de détermination du prix au moment du déclenchement, la clause peut être contestée pour indétermination du prix.

Le prix de la cession : la condition de validité de la clause

L’article 1583 du code civil (texte officiel) dispose que la vente est parfaite dès qu’on est convenu de la chose et du prix. L’article 1591 du code civil (texte officiel) précise que le prix doit être déterminé et désigné par les parties. L’article 1592 du code civil (texte officiel) admet une dérogation : le prix peut être laissé à l’estimation d’un tiers.
Si ce tiers ne peut ou ne veut pas estimer, il n’y a point de vente. La Cour de cassation a strictement appliqué ces principes au drag along.

Dans un arrêt du 4 juin 2025, la Cour de cassation, chambre commerciale, a rappelé que le juge ne peut pas se substituer aux parties pour fixer le prix d’une vente lorsque les articles 1591 et 1592 sont applicables. Cass. com., 4 juin 2025, n° 24-11.580 (décision). Cet arrêt interdit au juge de suppléer l’absence de prix déterminé dans une clause de drag along. Si les parties n’ont pas prévu de mécanisme de détermination du prix, la clause est exposée à une contestation sérieuse.

La Cour de cassation avait déjà retenu, dans un arrêt du 21 septembre 2022, que le prix peut ne pas figurer immédiatement dans l’acte, mais doit être déterminable et ne pas dépendre de la seule volonté d’une partie ou d’un accord ultérieur. Cass. com., 21 septembre 2022, n° 20-16.994 (décision). Cette décision exclut tout mécanisme de fixation du prix par l’une des parties au moment du déclenchement. Un drag along qui confierait au majoritaire le soin de fixer le prix après notification serait donc très fragile.

Situation Validité Conséquence pour le minoritaire
Prix fixé dans le pacte au moment de la signature Valide Cession obligatoire au prix convenu
Prix déterminable par une formule objective (EBITDA, multiple) Valide si la formule est claire Cession au prix calculé selon la formule
Prix laissé à l’estimation d’un tiers expert Valide si le tiers est désigné et accepte Cession au prix estimé par l’expert
Prix fixé par le majoritaire au moment du déclenchement Nulle Le minoritaire peut refuser la cession
Prix fixé par le juge sur demande d’une partie Nulle Le juge est incompétent pour fixer le prix

Ce tableau distingue les clauses valides des clauses viciées. Seules les trois premières hypothèses respectent l’article 1591 du code civil. Les deux dernières violent le principe de déterminabilité du prix et exposent le majoritaire à une action en nullité.

La clause américaine (buy-or-sell) : une alternative au drag along

La clause de buy-or-sell, dite clause américaine, offre une alternative au drag along pour débloquer une situation de conflit entre associés. Le 12 février 2025, la Cour de cassation a validé une telle clause en la qualifiant d’engagement synallagmatique sui generis. Cass. com., 12 février 2025, n° 23-16.290 (décision). Pour la Cour, le prix était déterminable à partir du prix proposé par l’associé déclencheur, ce prix servant de référence à l’autre associé.

Contrairement au drag along, la clause américaine n’impose pas la cession à un tiers extérieur. L’associé qui déclenche la clause propose un prix à son co-associé. Le bénéficiaire de l’offre dispose alors d’un choix : acheter les parts du déclencheur au prix proposé, ou vendre ses propres parts à ce même prix. Ce mécanisme incite le déclencheur à proposer un prix équitable. S’il surestime, son co-associé choisira de vendre. S’il sous-estime, son co-associé choisira d’acheter. Le prix est déterminable dès l’origine puisqu’il dépend de l’offre initiale.

La Cour de cassation a toutefois imposé deux conditions. Premièrement, le désaccord doit être grave et persistant. Ce critère doit être objectivement caractérisé et ne pas résulter d’une simple divergence d’appréciation. Deuxièmement, le pacte ne peut pas imposer une obligation de divulgation spontanée des documents sociaux. L’article 1104 du code civil (texte officiel) impose la bonne foi dans la formation et l’exécution des contrats, mais il ne crée pas d’obligation de transparence absente du pacte.

Critère Drag along Clause américaine (buy-or-sell)
Déclencheur Le majoritaire L’un ou l’autre associé
Acheteur Tiers extérieur L’autre associé
Prix Négocié par le majoritaire avec le tiers Proposé par le déclencheur, servi de référence
Contrôle du prix par le minoritaire Faible Fort (choix acheter ou vendre)
Validité cassation Nulle si prix indéterminé Valide si prix déterminable dès l’origine

Comment contester une clause de drag along mal rédigée ?

L’associé minoritaire dispose de plusieurs recours lorsque le majoritaire tente d’imposer une cession forcée sur la base d’une clause viciée.

Action en nullité de la clause. L’article 1583 du code civil subordonne la validité de la vente à l’accord sur la chose et sur le prix. Si le drag along ne prévoit pas de prix déterminable au moment du déclenchement, il manque un élément essentiel du contrat. L’associé peut alors demander la nullité de la clause ou, à tout le moins, contester son application. La prescription et le point de départ doivent être vérifiés au cas par cas, selon la date du pacte, la nature de la nullité invoquée et la date du déclenchement effectif de la clause.

Action en responsabilité contractuelle. Si le majoritaire a sciemment fait insérer une clause de drag along sachant qu’elle était nulle, l’associé minoritaire peut engager sa responsabilité. L’article 1104 du code civil impose aux parties l’obligation de négocier et de former le contrat de bonne foi. Le majoritaire qui impose une clause irrégulière en violation de cette obligation peut être condamné à des dommages-intérêts.

Référé en cas d’urgence. Si le majoritaire notifie le déclenchement de la clause et exerce une pression immédiate, l’associé minoritaire peut saisir le juge des référés pour demander une mesure conservatoire ou la suspension d’une opération manifestement irrégulière. Ce recours est particulièrement utile lorsque l’acquéreur extérieur menace de rompre la négociation si la cession n’est pas finalisée rapidement.

Opposabilité du pacte et cohérence avec les statuts. Si la clause de drag along figure seulement dans un pacte d’associés, elle doit être confrontée aux statuts et aux règles propres à la forme sociale. L’article 1843-4 du code civil (texte officiel) organise la désignation d’un expert lorsque la loi ou les statuts renvoient à ce texte pour déterminer la valeur des droits sociaux. Pour une SARL, l’article L. 223-14 du code de commerce (texte officiel) encadre la cession de parts à un tiers. Pour une SAS, les articles L. 227-14 et L. 227-15 du code de commerce permettent aux statuts de soumettre les cessions d’actions à agrément et sanctionnent la violation des clauses statutaires par la nullité. Les conflits entre associés liés à ces formalités sont fréquents : consultez notre analyse sur la gestion des conflits entre associés.

5 réflexes urgents si le majoritaire déclenche la clause

L’associé minoritaire qui reçoit une notification de déclenchement d’une clause de drag along doit agir rapidement. Le délai de réaction est généralement court, souvent de quelques semaines. Voici une checklist opérationnelle.

  1. Vérifier que le prix est déterminable. Relisez le pacte d’associés. Le prix de cession est-il fixé dans le contrat ? Est-il déterminable par une formule objective ? Un expert est-il désigné ? Si le prix dépend de la seule volonté du majoritaire ou d’un accord ultérieur, la clause est nulle. Notez précisément les passages litigieux.

  2. Contrôler les conditions de déclenchement. La clause exige-t-elle un vote de l’assemblée générale ? Une offre ferme et irrévocable du tiers acquéreur ? Un seuil minimum de cession ? Si le majoritaire a sauté une étape contractuelle, le déclenchement est irrégulier.

  3. Consulter le pacte d’associés dans son intégralité. Ne vous contentez pas de l’article consacré au drag along. Vérifiez les clauses connexes : préemption, tag along, clause de non-concurrence, mécanisme de résolution des litiges. Un arbitrage peut être prévu. Un droit de préemption peut s’appliquer avant le drag along.

  4. Vérifier le délai de préavis et les formalités. Le pacte prévoit-il un délai de préavis avant la cession ? Le majoritaire vous a-t-il notifié par écrit ? La notification respecte-t-elle la forme exigée ? Tout défaut de forme peut entraîner la nullité du déclenchement.

  5. Contacter un avocat spécialisé en droit des sociétés. Ne signez aucun document avant d’avoir obtenu un avis juridique. Une lettre de désistement ou une acceptation tacite peut vous faire perdre vos droits. L’avocat analysera la clause, évaluera vos chances de succès et vous conseillera sur la stratégie à adopter : négociation amiable, mise en demeure, référé ou action au fond.

La clause de drag along à Paris et en Île-de-France

Les litiges relatifs aux clauses de sortie forcée se traitent souvent dans le ressort du siège social de la société concernée, mais la juridiction compétente dépend de la forme sociale, de la qualité des parties, de la nature commerciale ou civile du litige et des clauses de règlement des différends prévues par le pacte. Pour une SAS ou une SARL commerciale ayant son siège à Paris ou en Île-de-France, le dossier peut relever du tribunal de commerce lorsque le litige est commercial. Dans d’autres configurations, le tribunal judiciaire peut être compétent. Le premier réflexe consiste donc à relire les statuts, le pacte d’associés, la clause attributive de compétence et, le cas échéant, la clause compromissoire.

Si l’urgence le commande, l’associé minoritaire peut envisager un référé devant la juridiction compétente. Le juge peut ordonner une mesure conservatoire, interdire temporairement une opération contestée ou préserver les preuves nécessaires. La demande doit être documentée : pacte, statuts, notification de déclenchement, offre du tiers, calendrier de closing, méthode de prix et échanges entre associés.

La cession de parts sociales dans une SARL doit respecter les formalités de l’article L. 223-14 du code de commerce. L’agrément de la collectivité des associés est requis pour toute cession à un tiers, sauf règles statutaires plus strictes. Si une clause de drag along impose une cession à un tiers sans respecter cette procédure, son efficacité pratique peut être contestée. Cette formalité est souvent oubliée dans les pactes d’associés rédigés à l’étranger puis adaptés au droit français.

Pour les SAS, l’article L. 227-14 du code de commerce (texte officiel) prévoit que les statuts peuvent subordonner toute cession d’actions à l’agrément préalable de la société. L’article L. 227-15 (texte officiel) ajoute que toute cession effectuée en violation des clauses statutaires est nulle. Le pacte d’associés ne peut donc pas être lu isolément. Le contrôle d’une clause de drag along doit toujours être croisé avec les statuts.

Questions fréquentes

Une clause de drag along peut-elle s’appliquer sans que le prix soit fixé dans le pacte ?

Non, sauf si le pacte prévoit une méthode objective permettant de le déterminer. Si le prix dépend d’un accord ultérieur entre les parties ou de la seule volonté du majoritaire, la clause est exposée à une contestation sérieuse pour indétermination du prix.

Quel délai a l’associé minoritaire pour contester le déclenchement d’une clause de drag along ?

Le délai dépend du fondement invoqué et du moment où l’associé a connaissance du problème. En pratique, si le majoritaire notifie le déclenchement, il faut agir immédiatement pour préserver la possibilité d’une mesure conservatoire avant la cession.

Le juge peut-il fixer le prix des parts en l’absence d’accord entre les associés ?

Non. La Cour de cassation l’a rappelé le 4 juin 2025 : le juge ne peut procéder à la fixation du prix de la vente. Seules les parties ou un tiers expert désigné par elles peuvent déterminer le prix.

La clause de buy-or-sell protège-t-elle mieux le minoritaire que le drag along ?

Oui. Dans la clause américaine, le prix est proposé par le déclencheur et sert de référence aux deux parties. Le bénéficiaire choisit d’acheter ou de vendre à ce prix. Ce mécanisme incite à l’équité. Dans le drag along, le prix est négocié par le majoritaire avec un tiers et imposé au minoritaire.

Une clause de drag along signée à l’étranger est-elle valable en France ?

Elle est soumise au droit français si la société a son siège en France. La Cour de cassation applique strictement les articles 1591 et 1592 du code civil. Une clause rédigée selon le droit anglo-saxon sans prix déterminable sera nulle en France.

Faut-il un avocat pour contester une clause de drag along ?

Oui. La contestation d’une clause de sortie forcée exige une analyse juridique pointue du pacte, des statuts et de la jurisprudence récente. L’avocat évalue la nullité, prépare la saisine du juge et négocie éventuellement une transaction amiable.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Vous êtes associé minoritaire confronté à une clause de drag along ? Vous souhaitez vérifier la validité d’une clause de sortie forcée avant de signer un pacte d’associés ?

Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet.
Analyse du pacte, des statuts, du prix et des recours envisageables.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».