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Démarchage téléphonique entre professionnels en 2026 : ce qui reste autorisé en BtoB

Le 11 août 2026 approche et beaucoup d’entreprises ont compris le message général : le démarchage téléphonique des particuliers bascule vers un régime d’accord préalable. Ce que les directions commerciales comprennent moins bien, c’est l’effet concret de cette réforme sur les campagnes BtoB, les fichiers mixtes, les indépendants, les dirigeants appelés sur leur mobile et les prestataires qui vendent de la prise de rendez-vous.

La nuance est décisive. Un appel vers une société pour proposer un logiciel, une prestation de prospection, une assurance professionnelle ou un service de gestion n’a pas le même régime qu’un appel vers un consommateur. Mais cette distinction ne protège pas une campagne mal documentée. Si le fichier contient des numéros personnels, des entrepreneurs individuels, des contacts qui ont aussi la qualité de consommateur ou des particuliers mal qualifiés, l’entreprise peut se retrouver dans une zone de risque.

Le sujet est devenu prioritaire car la réforme a été confirmée par les sources publiques. Service-Public Entreprendre rappelle que la loi du 30 juin 2025 prévoit une interdiction de principe du démarchage téléphonique sans consentement dans tous les secteurs à l’été 2026. La DGCCRF précise de son côté que le 11 août 2026 marque un changement d’approche : l’appel commercial ne sera possible qu’avec consentement explicite ou dans le cadre d’un contrat en cours, avec une proposition liée à ce contrat.

Pour une entreprise qui prospecte par téléphone, la bonne question n’est donc pas seulement : « peut-on encore appeler ? » La vraie question est : « peut-on prouver pourquoi ce numéro pouvait être appelé ? »

Démarchage téléphonique BtoB : la réforme vise d’abord les particuliers

La réforme du démarchage téléphonique protège d’abord la personne appelée en tant que consommateur. Le texte vise l’appel commercial adressé à une personne sur son téléphone fixe ou portable, lorsque cette personne n’a pas donné son accord préalable.

Dans une relation strictement professionnelle, l’appel BtoB conserve donc un espace d’existence. Une société peut encore contacter une autre société lorsque l’appel est réellement professionnel, proportionné à l’activité du destinataire et conforme aux autres règles applicables à la prospection.

Mais ce raisonnement devient fragile dans trois cas.

D’abord, lorsque le numéro appelé est un mobile personnel. Beaucoup de dirigeants, artisans, agents immobiliers, consultants ou professions indépendantes utilisent le même numéro pour leur activité et leur vie privée. Le fait que le prospect ait une entreprise ne suffit pas à transformer tout appel en appel professionnel.

Ensuite, lorsque le fichier de prospection vient d’une source incertaine. Un fichier acheté, enrichi ou récupéré sur plusieurs bases peut contenir des contacts non qualifiés. En contrôle, l’entreprise devra expliquer l’origine du numéro, la finalité de la collecte et le motif de l’appel.

Enfin, lorsque le message commercial vise en réalité un besoin personnel. Appeler un dirigeant pour lui vendre une solution de gestion de paie n’a pas la même nature qu’appeler le même dirigeant pour lui proposer des travaux à son domicile, une mutuelle familiale ou une rénovation énergétique.

La sécurité vient donc moins de l’étiquette « BtoB » que de la cohérence entre la cible, le numéro, le message et la preuve conservée.

Ce qui change au 11 août 2026 pour les équipes commerciales

Jusqu’à la bascule, le système repose encore largement sur l’opposition de la personne appelée, notamment via Bloctel, sauf interdictions sectorielles spécifiques. À compter du 11 août 2026, le principe change pour les appels vers des particuliers : l’entreprise devra pouvoir établir que la personne a accepté d’être appelée ou que l’appel entre dans une exception.

La DGCCRF indique que les appels autorisés resteront encadrés par des jours et horaires stricts. Elle rappelle aussi que l’appel restera possible lorsque la personne est déjà liée par un contrat en cours et que l’appel porte sur une amélioration directe de ce contrat.

Pour une équipe commerciale, cela impose une révision pratique du tunnel :

  • distinguer les contacts consommateurs, professionnels, dirigeants et indépendants ;
  • marquer la source de chaque numéro dans le CRM ;
  • conserver la preuve du consentement lorsque l’appel vise une personne physique hors relation contractuelle ;
  • prévoir un script d’arrêt immédiat lorsque la personne refuse la poursuite de l’appel ;
  • documenter les campagnes confiées à un centre d’appel ou à un prestataire externe.

La difficulté est que les fichiers commerciaux ne sont pas toujours propres. Une campagne peut être présentée comme BtoB alors qu’elle appelle en masse des mobiles personnels. Une autre peut viser des auto-entrepreneurs mais utiliser un discours de consommation. Une troisième peut être confiée à un sous-traitant sans contrôle sérieux de la source des contacts.

Dans ces hypothèses, l’entreprise donne à l’administration ou au juge un dossier simple à critiquer.

La téléprospection BtoB reste possible, mais elle doit être traçable

L’angle opérationnel est le suivant : une entreprise qui veut maintenir de la téléprospection BtoB doit pouvoir produire un dossier de conformité.

Ce dossier n’a pas besoin d’être complexe. Il doit être lisible.

Il faut d’abord une qualification du fichier. Pour chaque segment, l’entreprise doit savoir s’il s’agit de sociétés, d’entrepreneurs individuels, de dirigeants identifiés, de contacts entrants, de clients existants ou de prospects froids.

Il faut ensuite une justification du lien professionnel. L’appel doit être en rapport avec l’activité présumée du destinataire. Une société qui vend une solution de caisse à des commerçants peut expliquer son ciblage. Une société qui vend une offre sans rapport avec l’activité du contact aura plus de difficulté.

Il faut encore une preuve de la source. Formulaire, salon professionnel, demande de démonstration, téléchargement de livre blanc, relation commerciale existante, base publique, partenaire apporteur de leads : la source doit être notée et conservée.

Il faut enfin une procédure d’opposition. Lorsqu’un contact demande à ne plus être appelé, la demande doit être enregistrée, transmise aux prestataires et appliquée aux campagnes suivantes.

Le risque n’est pas seulement administratif. Une campagne agressive peut générer des signalements, des demandes d’accès ou d’effacement de données, une contestation contractuelle avec un prestataire de leads, voire une action de concurrents si la prospection s’accompagne d’allégations trompeuses.

Les erreurs fréquentes dans les campagnes BtoB

La première erreur consiste à traiter tous les numéros professionnels comme des numéros librement appelables. Ce raisonnement est trop large. Le numéro affiché sur un site ou une fiche d’entreprise peut être celui d’une personne physique. Il peut aussi être utilisé pour plusieurs finalités.

La deuxième erreur consiste à confondre consentement marketing et simple intérêt commercial. Le fait qu’une personne ait téléchargé un document ne signifie pas toujours qu’elle a accepté un rappel téléphonique. Tout dépend de la formulation, de la case cochée, du parcours et de la preuve.

La troisième erreur consiste à déléguer la prospection sans encadrer le prestataire. Le contrat doit imposer la licéité des fichiers, la transmission des preuves utiles, le respect des listes d’opposition, la traçabilité des appels et la remontée des plaintes.

La quatrième erreur consiste à mélanger BtoB et BtoC dans la même campagne. Une entreprise qui vend à la fois à des professionnels et à des particuliers doit séparer ses segments. Les scripts, les bases, les preuves et les règles de relance ne sont pas identiques.

La cinquième erreur consiste à ne rien changer avant août 2026. Le délai de transition sert précisément à revoir les méthodes de prospection. Attendre le dernier moment oblige à suspendre des campagnes, nettoyer des bases dans l’urgence et renégocier des contrats de prospection sous pression.

Que doit contenir une preuve exploitable ?

Une preuve exploitable doit répondre à quatre questions simples.

Qui a donné l’accord ? L’entreprise doit identifier la personne ou le contact professionnel concerné.

Quand l’accord a-t-il été donné ? La date, l’heure et le canal doivent être conservés.

Pour quoi l’accord a-t-il été donné ? Un accord pour recevoir une newsletter ne couvre pas nécessairement un appel commercial. Un accord pour être rappelé sur un produit précis ne couvre pas automatiquement toutes les offres de l’entreprise.

Comment la personne peut-elle retirer son accord ? Le retrait doit être possible et effectif. S’il n’est pas traité, l’accord initial perd beaucoup de sa valeur pratique.

Dans un CRM, cela suppose des champs simples : source, date, canal, finalité, consentement téléphone, opposition, dernier contrôle, prestataire éventuel. L’objectif n’est pas de remplir le logiciel. L’objectif est de pouvoir répondre vite en cas de contestation.

Contrat en cours : l’exception utile, mais limitée

L’exception du contrat en cours intéresse directement les entreprises. Si un client a déjà souscrit un contrat, un appel peut rester possible lorsqu’il porte sur ce contrat ou sur une amélioration directe de ses performances ou de sa qualité.

Cette exception ne doit pas être transformée en autorisation générale de vendre autre chose. Appeler un client pour résoudre un problème, renouveler une prestation ou proposer une option liée au service existant se défend mieux qu’un appel pour vendre un produit sans lien.

En pratique, il faut donc rattacher l’appel au contrat : numéro de contrat, service concerné, intérêt de l’offre, script utilisé, opposition éventuelle. Si le client refuse la poursuite de l’appel, l’équipe doit arrêter immédiatement et mettre à jour le fichier.

Cette discipline protège aussi la relation commerciale. Un client déjà irrité par des appels répétés est plus susceptible de résilier, de signaler l’entreprise ou de contester la loyauté de la pratique.

Paris et Île-de-France : un enjeu particulier pour les prestataires de prospection

À Paris et en Île-de-France, beaucoup d’entreprises externalisent leur prospection : agences de génération de leads, centres d’appel, consultants growth, plateformes de rendez-vous, prestataires immobiliers, éditeurs SaaS, cabinets de formation ou services financiers.

Le point de vigilance est contractuel. Le donneur d’ordre ne doit pas se contenter d’une promesse générale du prestataire. Il doit exiger une description des sources, une garantie sur les fichiers, une procédure d’opposition, une clause d’audit, une obligation de coopération en cas de contrôle et une indemnisation si la campagne repose sur des contacts illicites.

Lorsque le prestataire appelle pour le compte d’une société cliente, le prospect ne distingue pas toujours les responsabilités. L’image commerciale et le risque juridique remontent vers la marque qui bénéficie de la campagne.

Pour les entreprises franciliennes, il est donc utile de faire auditer les contrats de prospection avant la bascule du 11 août 2026. Le coût d’un audit est inférieur au coût d’une campagne suspendue, d’un fichier inutilisable ou d’une crise de signalements.

Plan d’action avant le 11 août 2026

La première étape consiste à cartographier les campagnes téléphoniques : prospection froide, relance de leads, clients existants, anciens clients, appels après formulaire, fichiers partenaires, sous-traitance.

La deuxième consiste à séparer les fichiers : particuliers, professionnels, dirigeants, indépendants, clients, prospects entrants, prospects froids.

La troisième consiste à qualifier chaque base : source, date de collecte, finalité, preuve disponible, opposition, prestataire.

La quatrième consiste à corriger les formulaires. Si l’entreprise veut rappeler un prospect, la formule doit être claire. Une case précochée ou une mention vague affaiblit la preuve.

La cinquième consiste à mettre à jour les contrats avec les prestataires. La clause doit imposer des preuves concrètes, pas seulement une conformité déclarative.

La sixième consiste à former les équipes. Un commercial doit savoir arrêter l’appel, enregistrer l’opposition et ne pas contourner une demande de retrait.

La septième consiste à préparer un dossier de contrôle. En cas de demande, l’entreprise doit pouvoir produire rapidement ses règles internes, ses sources de fichiers, ses scripts et ses preuves.

Ce qu’il faut retenir

Le démarchage téléphonique entre professionnels ne disparaît pas mécaniquement en 2026. Mais l’époque des fichiers mal qualifiés et des campagnes indifférenciées se termine.

Pour une entreprise BtoB, l’enjeu est de conserver la capacité de prospecter sans exposer sa marque, ses dirigeants et ses contrats de sous-traitance. Le bon réflexe consiste à transformer chaque campagne en dossier traçable : qui est appelé, pourquoi, sur quelle base, avec quelle preuve et avec quelle procédure d’opposition.

Le sujet relève pleinement du droit des affaires : contrats de prospection, responsabilité du donneur d’ordre, pratiques commerciales, protection des données, preuve et gestion du risque commercial.

Sources utiles

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».