Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Abus de biens sociaux du dirigeant : défense pénale face aux montages et avantages personnels

Un dirigeant social peut être poursuivi devant le tribunal correctionnel pour abus de biens sociaux dès lors qu’il a utilisé un bien, un crédit ou un pouvoir de la société à des fins étrangères à son intérêt. La sanction est lourde : cinq ans d’emprisonnement, 375 000 euros d’amende et confiscation. La défense pénale exige une analyse rigoureuse des quatre éléments constitutifs et un travail de fond sur le caractère contraire à l’intérêt social. Cette page rassemble le cadre légal, les modes de commission les plus fréquents et la jurisprudence récente de la chambre criminelle.

Vous êtes le dirigeant mis en cause
Vous êtes convoqué pour audition ou mis en examen.
Le mandataire judiciaire, un associé ou le procureur reproche un usage de biens ou de crédit contraire à l’intérêt social.

Voir la défense →

Vous êtes l’associé ou le mandataire victime
Vous voulez agir comme partie civile.
Vous avez identifié des opérations litigieuses : prélèvements, cessions à prix vil, charges excessives, prestations fictives.

Voir la stratégie →

Comment ça se passe.

1
Vous envoyez les pièces.
Convocation, procès-verbaux d’audition, statuts, comptes annuels, conventions litigieuses, courriels, rapport du commissaire aux comptes.
2
Première analyse sous 24 heures.
Maître Reda KOHEN qualifie chaque opération, examine les quatre éléments constitutifs et identifie les motifs de relaxe ou de partie civile.
3
Stratégie écrite et calendrier.
Convention d’honoraires claire, préparation de l’audition, articulation avec les juridictions commerciales et civiles parallèles.
Partie I

L’abus de biens sociaux : les quatre éléments constitutifs à démontrer.

01Le cadre légal : L. 241-3 pour la SARL, L. 242-6 pour la SA et la SAS.+

Le délit est défini par deux textes parallèles. Le gérant de SARL répond de l’article L. 241-3, 4°, du code de commerce. Les dirigeants de SA et, par renvoi, de SAS, répondent de l’article L. 242-6, 3° et 4°. Le texte sanctionne le fait d’avoir, de mauvaise foi, fait un usage des biens ou du crédit de la société contraire à son intérêt, à des fins personnelles ou pour favoriser une entité dans laquelle le dirigeant est intéressé directement ou indirectement.

La peine principale est de cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende, avec des peines complémentaires lourdes : confiscation, interdiction de gérer, privation des droits civiques. Art. L. 241-3 C. com.Art. L. 242-6 C. com.Art. 131-21 C. pén.

02Premier élément : l’usage des biens ou du crédit.+

L’objet du délit est large : biens corporels et incorporels, mais aussi le crédit, c’est-à-dire la surface financière de la société. Constitue un usage le prélèvement direct, l’octroi de garanties ou de cautions, la mise à disposition d’un local, la prise en charge de dépenses personnelles, l’engagement dans une opération à risque inverse à l’intérêt social.

La jurisprudence retient également l’usage du pouvoir social, lorsque le dirigeant utilise sa qualité d’organe pour faire prendre une décision contraire à l’intérêt de la société. Art. L. 242-6, 3° et 4° C. com.

03Deuxième élément : le caractère contraire à l’intérêt social.+

C’est l’élément le plus exigeant. L’opération doit causer un préjudice à la société ou l’exposer à un risque anormal. Une opération équilibrée, même critiquable en opportunité, n’est pas à elle seule contraire à l’intérêt social.

Cass. crim., 12 juin 2025, n° 24-81.887 : « En se déterminant ainsi, par des motifs insuffisants à établir le caractère contraire à l’intérêt social de cet excès de charge locative ainsi que le montant de celui-ci, et sans rechercher, ainsi qu’elle y était invitée, si cette location avait permis à la société de minorer ses charges locatives, la cour d’appel n’a pas justifié sa décision. »

La motivation doit comparer la situation avec et sans l’opération. Sans cette analyse économique, le délit n’est pas constitué. Cass. crim., 12 juin 2025, n° 24-81.887Art. 593 CPP

04Troisième élément : l’intérêt personnel direct ou indirect du dirigeant.+

L’usage doit avoir été accompli à des fins personnelles ou pour favoriser une autre entité dans laquelle le dirigeant est intéressé. L’intérêt peut être patrimonial (avantage en nature, rémunération occulte), moral (consolidation d’une position), ou indirect (opération profitant à un proche, à une société sœur ou à une holding contrôlée).

L’opération profitant à une autre société du même groupe peut caractériser l’intérêt indirect. Le juge examine les flux réels, l’existence d’une convention écrite, l’équilibre des contreparties et la qualité du dirigeant dans la société bénéficiaire. Art. L. 242-6 C. com.

05Quatrième élément : la mauvaise foi.+

Le dirigeant doit avoir eu conscience du caractère contraire à l’intérêt social et avoir voulu accomplir cet usage en connaissance de cause. Les fonctions, l’expérience et l’entourage professionnel pèsent dans la qualification.

Cass. crim., 12 juin 2025, n° 23-83.013 : « Pour déclarer M. [H] coupable d’abus de biens sociaux, l’arrêt attaqué relève, notamment, que celui-ci voulait être sécurisé sur le paiement du prix de ses actions, et qu’il ne saurait invoquer l’erreur de droit puisqu’il a été assisté par des professionnels aguerris, avocats et notaires. »

L’erreur de droit invincible est systématiquement écartée quand le dirigeant a été assisté par des conseils techniques. La défense doit rapporter une croyance fondée ou se déplacer sur l’élément matériel. Cass. crim., 12 juin 2025, n° 23-83.013Art. 122-3 C. pén.

06Charge de la motivation et contrôle de la Cour de cassation.+

L’article 593 du code de procédure pénale impose de motiver sur chacun des éléments constitutifs. Toute insuffisance équivaut à une absence de motifs et entraîne cassation. Cette exigence ouvre une voie de défense réelle en appel et au pourvoi.

Cass. crim., 28 mai 2025, n° 23-86.959 : « Tout jugement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux chefs péremptoires des conclusions des parties. L’insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence. »

Le cabinet construit ses conclusions sur des chefs péremptoires : reconstitution comptable, contre-expertise, démonstration d’une contrepartie, comparaison sectorielle. Art. 593 CPPCass. crim., 28 mai 2025, n° 23-86.959

L’abus de biens sociaux ne se présume pas, il se démontre.

Quatre éléments cumulatifs, quatre lignes de défense possibles. Une opération critiquable n’est pas un délit. La motivation insuffisante de l’arrêt d’appel ouvre une cassation. La stratégie se construit pièce par pièce, opération par opération.

Partie II

Modes de commission et stratégie de défense.

07Mode 1 : prélèvements et encaissements sur comptes personnels.+

Forme la plus fréquente : le dirigeant fait passer sur ses comptes personnels des sommes appartenant à la société (encaissement direct de factures, virements internes, retraits espèces). La preuve repose sur la comptabilité reconstituée et les relevés bancaires.

Cass. crim., 28 mai 2025, n° 23-86.959 : « la cour d’appel a déclaré M. [O] coupable d’abus de biens sociaux pour avoir encaissé sur ses comptes personnels la somme totale de 528 993 euros ».

La défense porte sur la qualification (compte courant d’associé documenté, remboursement de frais, rémunération régulière) et sur le quantum, dont la motivation doit être précise opération par opération. Cass. crim., 28 mai 2025, n° 23-86.959

08Mode 2 : charges et avantages personnels supportés par la société.+

Le dirigeant fait prendre en charge par la société des dépenses personnelles : loyer d’un appartement, voiture, voyages, location d’un local appartenant à une SCI familiale. La qualification dépend de la réalité de la contrepartie et du caractère économiquement justifié de la charge.

Cass. crim., 12 juin 2025, n° 24-81.887 : « les juges retiennent que le prévenu a fait supporter à la société une charge locative excessive au regard des besoins de son activité en ce qu’elle ne concerne que six mois de l’année ».

Il ne suffit pas de constater l’excès apparent. Il faut comparer avec une situation alternative chiffrée et établir le préjudice. La défense met en avant l’usage professionnel réel et les économies générées. Cass. crim., 12 juin 2025, n° 24-81.887

09Mode 3 : cession d’actif et montages d’acquisition adossés à la cible.+

Le dirigeant cédant qui organise le paiement du prix par les fonds propres ou le crédit de la société cédée expose la cible à un risque anormal et la prive de sa trésorerie sans contrepartie. La chambre criminelle a rappelé en juin 2025 que ce montage caractérise l’abus de biens sociaux.

Cass. crim., 12 juin 2025, n° 23-83.013 : « M. [U] [H], dirigeant de la société [3], a vendu les parts sociales de cette société à la société [1] […]. Il a été convenu par les parties […] que le prix de vente de 1 186 000 euros serait réglé par la société [1], qui deviendrait propriétaire des parts ».

Le montage peut être assorti d’une confiscation de l’immeuble du dirigeant, sous réserve que la juridiction motive le fondement au regard de l’article 131-21 du code pénal. Cass. crim., 12 juin 2025, n° 23-83.013Art. 131-21 C. pén.

10Articulation pénale et procédure collective.+

L’abus se découvre fréquemment à l’ouverture d’une procédure collective. Le mandataire judiciaire signale au procureur les opérations litigieuses et se constitue partie civile. L’action publique se développe parallèlement à l’action civile devant le tribunal commercial.

Le cabinet articule la défense avec les autres terrains : extension de la procédure collective pour confusion des patrimoines, comblement d’insuffisance d’actif L. 651-2 et interdiction de gérer. Art. L. 651-2 C. com.Art. L. 653-8 C. com.

11Peines complémentaires : confiscation et interdiction de gérer.+

L’article 131-21 du code pénal permet la confiscation du produit, du bien ayant servi à commettre l’infraction et, sous conditions, du patrimoine. La chambre criminelle exige une motivation précise sur le fondement retenu pour chaque bien.

Cass. crim., 12 juin 2025, n° 23-83.013 : « Il résulte de ce texte que la juridiction doit énumérer les objets dont elle ordonne la confiscation, et indiquer, pour chacun d’eux, à quel titre celle-ci est prononcée. »

L’interdiction de gérer (L. 653-8 C. com.) est particulièrement lourde pour le dirigeant qui en fait son activité. La défense la conteste sous l’angle de la proportionnalité au parcours et à la situation patrimoniale. Art. 131-21 C. pén.Cass. crim., 12 juin 2025, n° 23-83.013

12Préparation du dossier et choix de stratégie.+

Dès la première audition, le cabinet réunit les statuts, comptes annuels approuvés, conventions réglementées, procès-verbaux d’assemblée et rapports du commissaire aux comptes. La reconstitution comptable est indispensable, souvent par expert mandaté par la défense.

Trois axes de stratégie : contester l’élément matériel, contester le caractère contraire à l’intérêt social, contester la mauvaise foi. Le cabinet examine aussi la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité quand l’objectif est de maîtriser la peine. Art. 495-7 CPP

FAQ

Questions fréquentes.

Quels sont les quatre éléments constitutifs de l’abus de biens sociaux ?+

Quatre éléments cumulatifs : un usage des biens ou du crédit de la société, contraire à son intérêt social, accompli à des fins personnelles directes ou indirectes ou en faveur d’une autre société intéressée, et de mauvaise foi. Articles L. 241-3 du code de commerce pour la SARL et L. 242-6 pour la SA ou SAS.

Le dirigeant peut-il invoquer l’erreur de droit s’il a été assisté par un avocat ?+

Non, en pratique. La chambre criminelle a écarté ce moyen le 12 juin 2025 (n° 23-83.013) en relevant que le dirigeant assisté par des professionnels aguerris, avocats et notaires, ne pouvait invoquer une erreur de droit invincible. La défense doit donc se déplacer sur le terrain de l’élément matériel ou de l’intérêt social.

Mettre à disposition un appartement personnel à sa société, est-ce un abus de biens sociaux ?+

Pas par principe. La Cour de cassation a cassé le 12 juin 2025 (n° 24-81.887) une condamnation insuffisamment motivée sur le caractère contraire à l’intérêt social du loyer. Le juge doit comparer le coût supporté par la société à celui d’une alternative, et rechercher si l’opération a permis de minorer les charges locatives globales.

Quelle est la peine encourue ?+

Cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende. S’y ajoutent des peines complémentaires, notamment la confiscation du produit ou du bien ayant servi à commettre l’infraction (article 131-21 du code pénal), l’interdiction de gérer toute société commerciale et la privation des droits civiques.

L’action civile peut-elle prospérer si l’élément moral est insuffisamment motivé ?+

Non. La cassation est encourue dès lors que la condamnation pénale n’est pas motivée sur chaque condition, en application de l’article 593 du code de procédure pénale. Le 28 mai 2025 (n° 23-86.959), la chambre criminelle a cassé une condamnation civile faute de motivation suffisante sur le préjudice matériel découlant de l’abus.

Quel délai de prescription pour l’abus de biens sociaux ?+

Le délai de prescription de l’action publique est de six ans à compter du jour où le délit est apparu et a pu être constaté dans des conditions permettant l’exercice de l’action publique (article 9-1 du code de procédure pénale). Cette règle déroge à la prescription de droit commun et permet de poursuivre des faits anciens dissimulés.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez la convocation, les procès-verbaux d’audition, les statuts, les comptes annuels approuvés, les conventions litigieuses et tout courriel utile. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique et un calendrier d’action coordonné avec les éventuelles procédures civiles et commerciales parallèles.

Première analyse offerte
Réponse personnelle sous 24 h
100 % confidentiel
Jusqu’à 1 Go de pièces

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».