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Registre des bénéficiaires effectifs : accès, déclaration et risque de radiation RCS en 2026

Le registre des bénéficiaires effectifs revient dans l’actualité des sociétés. Le 29 avril 2026, Service Public Entreprendre a mis à jour sa synthèse sur les nouvelles conditions d’accès au RBE, après le décret du 24 avril 2026. Pour les dirigeants, associés, investisseurs et cocontractants, le sujet n’est plus seulement une formalité de création d’entreprise.

La question devient très concrète : qui peut consulter les bénéficiaires effectifs d’une société, comment prouver un intérêt légitime, que faire si la déclaration RBE est incomplète, et comment réagir si le greffier menace une radiation d’office du RCS ?

Le risque est double. D’un côté, un tiers qui veut vérifier son cocontractant peut se heurter à un accès restreint au registre. De l’autre, une société qui n’a pas déclaré ou mis à jour ses bénéficiaires effectifs peut subir une mise en demeure, une injonction, des sanctions pénales et, depuis le durcissement de 2025, une radiation d’office du registre du commerce et des sociétés.

Pourquoi le RBE change maintenant

Le RBE centralise les informations sur les personnes physiques qui détiennent ou contrôlent une société. Il permet d’identifier qui se trouve réellement derrière une structure, au-delà du nom commercial, du président, du gérant ou d’une holding interposée.

Pendant plusieurs années, les informations relatives aux bénéficiaires effectifs ont été largement accessibles. Cette logique de transparence a été remise en cause par la jurisprudence européenne sur la protection de la vie privée et des données personnelles. Le droit français a donc encadré l’accès au registre.

Service Public Entreprendre rappelle que l’accès au RBE est limité depuis le 31 juillet 2024 aux personnes justifiant d’un intérêt légitime et à certaines entités autorisées. La loi du 30 avril 2025, puis le décret du 24 avril 2026, ont précisé cette mécanique : accès restreint, liste d’autorités et de professionnels habilités, certificat d’accès, délais de réponse et procédure de régularisation en cas de radiation.

Pour une entreprise, ce changement crée un point de friction dans trois situations fréquentes :

  • vérification d’un client, fournisseur, repreneur, associé ou investisseur ;
  • régularisation d’une déclaration de bénéficiaire effectif inexacte ou ancienne ;
  • réaction à une demande du greffe, de l’INPI, d’une banque, d’un notaire, d’un expert-comptable, d’un commissaire aux comptes ou d’un cocontractant.

Qui est bénéficiaire effectif d’une société ?

Le bénéficiaire effectif est une personne physique. Ce point est essentiel : une société, une holding ou une fiducie ne suffit pas. Il faut remonter jusqu’à la ou les personnes physiques qui détiennent, contrôlent ou exercent une influence réelle.

En pratique, il faut examiner :

  • les détentions directes ou indirectes du capital ;
  • les droits de vote ;
  • les pactes d’associés ;
  • les clauses de contrôle ou de nomination des dirigeants ;
  • les chaînes de participations via holdings ;
  • les situations d’usufruit, de nue-propriété ou de contrôle familial ;
  • le contrôle exercé autrement que par la seule détention de titres.

La fiche officielle « Déclaration des bénéficiaires effectifs de la société », vérifiée le 27 avril 2026 par Service Public Entreprendre, rappelle que les informations sont centralisées dans le registre des bénéficiaires effectifs et que l’accès est désormais réservé à certaines personnes ou autorités.

L’erreur classique consiste à déclarer seulement le dirigeant inscrit au Kbis. C’est parfois exact, mais pas toujours. Dans une SAS, une SARL, une holding ou une SCI, il faut vérifier la structure réelle du capital et du pouvoir. Une déclaration faite trop vite peut devenir inexacte après une cession de titres, une augmentation de capital, une transmission familiale, un changement de pacte ou une réorganisation de groupe.

Accès au registre des bénéficiaires effectifs : qui peut consulter ?

Le nouveau régime distingue plusieurs cercles d’accès.

D’abord, les autorités et certains professionnels assujettis aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme peuvent accéder aux informations dans le cadre de leurs missions. Cela vise notamment des autorités judiciaires, fiscales, douanières, de contrôle, mais aussi des professionnels soumis à des obligations de vigilance.

Ensuite, certaines personnes peuvent demander un accès lorsqu’elles justifient d’un intérêt légitime. Service Public Entreprendre cite notamment les personnes qui souhaitent accéder aux informations relatives aux bénéficiaires effectifs de leurs éventuels cocontractants. C’est une ouverture importante pour les opérations commerciales sensibles : acquisition, investissement, partenariat, distribution, financement, reprise d’entreprise, contrat à risque ou relation dans laquelle la transparence financière est un enjeu réel.

Enfin, les journalistes, chercheurs et acteurs de la société civile engagés pour la transparence financière disposent aussi d’un cadre spécifique.

Le point pratique est le suivant : l’accès n’est pas automatique pour n’importe quel curieux. Il faut démontrer un besoin sérieux, lié à la lutte contre le blanchiment, la transparence financière ou une relation économique justifiant la vérification.

Comment demander l’accès au RBE avec un intérêt légitime ?

La demande doit être préparée comme un petit dossier de preuve, pas comme un simple formulaire.

Pour une entreprise qui veut vérifier un partenaire, il faut réunir :

  • l’identité du demandeur ;
  • l’identification de la société visée ;
  • le lien avec cette société : négociation, contrat, due diligence, contentieux, risque financier, opération de cession ou investissement ;
  • la raison pour laquelle l’identité des bénéficiaires effectifs est nécessaire ;
  • les pièces qui établissent ce lien : projet de contrat, lettre d’intention, échanges, facture, mise en demeure, offre de reprise, protocole, mandat, audit ou demande de conformité.

Service Public indique que l’INPI met à disposition un formulaire de demande d’accès aux données des bénéficiaires effectifs pour les personnes justifiant d’un intérêt légitime. Le formulaire doit être adressé à l’INPI ou au greffier compétent avec les pièces justificatives.

À partir du 10 novembre 2026, l’INPI ou le greffier devra statuer dans un délai de 12 jours pour les demandes présentées selon ce nouveau cadre. Pour les demandes actuelles, le silence gardé par l’administration pendant deux mois vaut acceptation. En cas d’accord, un certificat d’accès valable trois ans est délivré.

Le dossier doit donc être précis. Une demande trop vague du type « je souhaite connaître les bénéficiaires effectifs » risque d’être faible. Une demande indiquant que la société visée est un cocontractant potentiel dans une opération déterminée, avec pièces à l’appui, sera plus défendable.

Déclaration RBE : quand faut-il régulariser ?

La déclaration des bénéficiaires effectifs intervient lors de l’immatriculation, mais elle ne s’arrête pas à la création de la société. Les informations doivent rester exactes.

La section réglementaire du Code monétaire et financier sur le registre des bénéficiaires effectifs prévoit que la société demande une inscription modificative dans les trente jours suivant tout fait ou acte rendant nécessaire la rectification ou le complément des informations déclarées.

Il faut donc déclencher une revue RBE après :

  • une cession de titres ;
  • une augmentation ou réduction de capital ;
  • une entrée d’investisseur ;
  • une modification des droits de vote ;
  • une restructuration de holding ;
  • une donation, succession ou transmission familiale ;
  • la signature ou modification d’un pacte d’associés ;
  • un changement de dirigeant lorsque le contrôle réel en dépend ;
  • la découverte d’une divergence signalée par une banque, un notaire, un expert-comptable ou un commissaire aux comptes.

Le piège est de considérer la déclaration initiale comme un document figé. En réalité, le RBE doit suivre la vie de la société.

Non-déclaration ou erreur : quels risques pour le dirigeant ?

Le risque n’est plus seulement théorique.

Service Public Entreprendre rappelle que la non-déclaration ou l’absence de mise en conformité des bénéficiaires effectifs peut entraîner une radiation d’office du RCS après mise en demeure. La radiation intervient à l’issue d’un délai de trois mois suivant une mise en demeure adressée à la société par lettre recommandée avec demande d’avis de réception.

Le greffier doit informer le ministère public et l’INPI lorsqu’il procède à cette radiation. Le même article rappelle aussi les sanctions pénales encourues : six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende pour le représentant légal, ainsi qu’une amende pouvant aller jusqu’à 37 500 euros pour la société, outre des peines complémentaires.

En pratique, une société radiée ou menacée de radiation peut rencontrer des difficultés immédiates :

  • blocage d’une formalité au greffe ;
  • refus ou alerte bancaire ;
  • difficulté à signer un contrat important ;
  • fragilisation d’une cession ou d’une levée de fonds ;
  • suspicion lors d’une due diligence ;
  • incident dans un contentieux entre associés ;
  • perte de crédibilité auprès d’un cocontractant.

Le sujet est donc à traiter avant la crise. Une régularisation après mise en demeure reste possible, mais elle est plus coûteuse, plus urgente et plus exposée.

Société radiée d’office : comment demander le rapport de radiation ?

Le décret du 24 avril 2026 apporte un point très utile pour les sociétés déjà radiées en raison d’informations RBE incomplètes ou non conformes. Après régularisation, l’entreprise peut demander au greffier d’annuler cette radiation.

Service Public indique que le greffier dispose alors de 15 jours à compter de la demande pour répondre. En cas de refus ou d’absence de réponse, l’entreprise peut saisir le président du tribunal dans les 15 jours suivants.

La stratégie doit être ordonnée :

  1. identifier la cause exacte de la radiation ou de la menace ;
  2. vérifier la chaîne de détention et de contrôle ;
  3. corriger ou déposer la déclaration RBE ;
  4. constituer un dossier prouvant la régularisation ;
  5. demander au greffier le rapport de radiation ;
  6. préparer le recours devant le président du tribunal en cas de refus ou de silence.

Il ne faut pas répondre au greffe sans avoir vérifié le fond. Déclarer une personne inexacte pour aller vite peut aggraver le dossier, surtout si la structure capitalistique est complexe.

Quels documents préparer avant de déclarer ou corriger un RBE ?

Le bon réflexe est de constituer un dossier de contrôle interne. Il doit permettre de justifier pourquoi telle personne a été déclarée et pourquoi telle autre ne l’a pas été.

Les pièces utiles sont notamment :

  • statuts à jour ;
  • extrait Kbis ;
  • registre des mouvements de titres ;
  • table de capitalisation ;
  • pacte d’associés ou pacte de famille ;
  • procès-verbaux d’assemblée ;
  • conventions d’usufruit ou de démembrement ;
  • organigramme de groupe ;
  • documents relatifs aux holdings interposées ;
  • justificatifs d’identité et d’adresse des bénéficiaires effectifs ;
  • historique des modifications de capital ou de contrôle.

Dans les sociétés simples, cette vérification peut être rapide. Dans les groupes familiaux, holdings, SCI, SAS avec droits de vote aménagés ou sociétés avec investisseurs, elle mérite une analyse plus fine.

Paris et Île-de-France : pourquoi le sujet est sensible

À Paris et en Île-de-France, le RBE intervient souvent dans des opérations à forte pression de calendrier : cession de fonds, acquisition de parts, levée de fonds, refinancement, entrée au capital, restructuration de groupe, contrôle bancaire, contrat fournisseur stratégique ou contentieux entre associés.

Le tribunal de commerce de Paris, les greffes franciliens, les banques, notaires, experts-comptables et conseils en acquisition peuvent tous demander des informations cohérentes sur les bénéficiaires effectifs. Une incohérence entre le RBE, le Kbis, les statuts et la table de capitalisation peut retarder une opération.

Pour une société francilienne, il faut donc traiter le RBE comme une pièce de gouvernance. Ce n’est pas seulement une formalité administrative. C’est une preuve de transparence et de maîtrise de l’actionnariat.

Plan d’action pour le dirigeant ou l’associé

La méthode la plus efficace tient en six étapes.

  1. Relire le RBE actuel et le comparer aux statuts, au Kbis et à la table de capitalisation.
  2. Identifier les personnes physiques qui détiennent ou contrôlent réellement la société.
  3. Vérifier les changements intervenus depuis la dernière déclaration.
  4. Régulariser dans les délais si une information est incomplète ou devenue inexacte.
  5. Préparer les pièces justificatives avant toute demande d’accès ou réponse au greffe.
  6. En cas de mise en demeure ou radiation, traiter immédiatement le dossier avec un calendrier de recours.

Ce travail peut être intégré à une due diligence juridique ou à une revue plus large en droit des affaires.

Ce qu’il faut retenir

Le registre des bénéficiaires effectifs est désormais à la croisée de trois sujets : conformité, transparence et sécurité des opérations.

L’accès au RBE est encadré, mais il reste possible lorsqu’un intérêt légitime est démontré. La déclaration des bénéficiaires effectifs doit être tenue à jour. Et la sanction la plus concrète, en cas de défaut de déclaration ou de régularisation, peut aller jusqu’à la radiation d’office du RCS après mise en demeure.

Pour une société, le bon réflexe est simple : vérifier le RBE avant qu’un cocontractant, une banque, un greffe ou un associé ne soulève le problème.

Sources utiles : Service Public Entreprendre, « Nouvelles conditions d’accès au Registre des bénéficiaires effectifs », mise à jour du 29 avril 2026 ; Service Public Entreprendre, « Déclaration des bénéficiaires effectifs de la société », vérifié le 27 avril 2026 ; Service Public Entreprendre, « Non-déclaration des bénéficiaires effectifs : les greffiers peuvent désormais radier la société du RCS », publié le 26 septembre 2025 ; section réglementaire du Code monétaire et financier sur le RBE.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».