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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Tribunal de commerce de Sens, le 16 décembre 2025, n°2025P00165

Le tribunal de commerce de Sens, par un jugement du 16 décembre 2025, a prononcé la liquidation judiciaire d’une société exploitant un fonds de commerce de location et vente de véhicules de loisirs. La procédure a été initiée par la déclaration de cessation des paiements de la débitrice, déposée le 9 décembre 2025. En chambre du conseil, le gérant a expliqué que l’activité de location avait cessé en septembre 2024 et qu’une dette de TVA oubliée avait empêché la liquidation amiable. Le ministère public a émis un avis favorable à l’ouverture d’une liquidation judiciaire simplifiée. La question juridique centrale était de déterminer si les conditions de la liquidation judiciaire et du régime simplifié étaient réunies. Le tribunal a répondu par l’affirmative en ouvrant la procédure et en fixant la date de cessation des paiements au 30 septembre 2025.

I. L’ouverture de la liquidation judiciaire fondée sur l’impossibilité manifeste de redressement

Le tribunal constate que la société est en état de cessation des paiements et que son redressement est impossible. Il résulte des informations recueillies que « la SARL [Localité 6] TRAVEL est en état de cessation des paiements et que son redressement est manifestement impossible » (Motifs). Cette appréciation souveraine des faits par le juge commercial caractérise la situation irrémédiablement compromise de l’entreprise. La cessation d’activité depuis septembre 2024 et la dette fiscale non résorbée justifient cette décision.

La fixation de la date de cessation des paiements au 30 septembre 2025, postérieure à l’arrêt des locations, soulève un enjeu probatoire. Le tribunal écarte la date proposée dans la demande initiale pour retenir celle issue des débats en chambre du conseil. Cette souplesse procédurale permet au juge de déterminer le moment exact où l’entreprise a cessé de faire face à son passif exigible.

La valeur de cette décision réside dans la confirmation du pouvoir souverain du tribunal pour apprécier l’état de cessation des paiements. En matière de liquidation judiciaire directe, le juge n’est pas lié par la déclaration du débiteur et peut fixer une date différente. La portée pratique est importante car elle détermine la période suspecte et les actions en nullité de la période légale.

II. L’application de la liquidation judiciaire simplifiée au regard des critères légaux

Le tribunal retient le régime simplifié en raison de l’absence de bien immobilier et du respect des seuils légaux. Il est précisé que « l’actif de l’entreprise ne comprend aucun bien immobilier et que l’entreprise est en dessous des seuils fixés à l’article D.641-10 du code de commerce » (Motifs). Cette motivation succincte applique mécaniquement les conditions posées par le texte réglementaire.

La désignation d’un liquidateur et d’un commissaire-priseur pour l’inventaire s’inscrit dans le dispositif impératif de la procédure collective. Le jugement organise les modalités pratiques de réalisation de l’actif et de vérification du passif. Le délai de six mois pour la clôture, sauf prorogation, illustre la volonté d’accélérer le traitement des petites entreprises.

La portée de cette solution confirme l’application systématique du régime simplifié lorsque les critères objectifs sont réunis. Le tribunal ne dispose d’aucune marge d’appréciation discrétionnaire sur ce point. La valeur pratique est essentielle pour les entreprises de taille modeste, bénéficiant d’une procédure allégée et moins coûteuse.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».