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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Tribunal de commerce de Amiens, le 9 janvier 2026, n°2025F01604

Le tribunal de commerce d’Amiens, dans un jugement réputé contradictoire du 9 janvier 2026, a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’encontre d’une société de négoce et d’affaires philatéliques. Le ministère public avait saisi la juridiction en raison de l’absence de dépôt des comptes annuels et d’un résultat négatif, invoquant l’état de cessation des paiements. La société débitrice, régulièrement convoquée, n’a pas comparu ni ne s’est fait représenter. La question de droit portait sur la caractérisation de la cessation des paiements et l’opportunité d’ouvrir une procédure collective. Le tribunal a retenu l’état de cessation des paiements et a prononcé le redressement judiciaire, fixant la période d’observation et la date de cessation des paiements.

L’office du juge dans la caractérisation de la cessation des paiements.

Le tribunal exerce un contrôle souverain sur les éléments établissant l’impossibilité pour l’entreprise de faire face à son passif exigible. Il se fonde sur les pièces versées par le ministère public, notamment l’extrait K-bis et la fiche de synthèse. Le juge constate que la société ne dépose plus ses comptes annuels depuis l’exercice clos au 31 décembre 2024. Il relève également un résultat négatif sur l’exercice précédent, confirmant une situation financière obérée. La décision précise que le redressement judiciaire est ouvert en raison de « l’état des cessation des paiements du défendeur caractérisé tant par éléments et pièces versées aux débats par le demandeur que par l’impossibilité dans laquelle se trouve l’entreprise en difficulté » (Motifs de la décision). Cette motivation met en lumière la valeur probante des documents comptables et administratifs en l’absence de contradictoire. La portée de cette solution est d’affirmer que la seule carence du débiteur à comparaître ne paralyse pas la qualification de la cessation des paiements.

Les modalités de la procédure et la perspective d’un redressement.

Le tribunal privilégie le redressement judiciaire plutôt que la liquidation immédiate, en vue d’un plan éventuel de continuation ou de cession. Il fixe la date de cessation des paiements au 9 juillet 2024, soit dix-huit mois avant le jugement, conformément aux règles légales. La période d’observation est arrêtée au 10 juillet 2026, permettant d’évaluer les capacités de financement de l’entreprise. Le juge désigne un mandataire judiciaire et un juge commissaire, tout en prescrivant un inventaire des biens et la liste des créances. Il invite la société à comparaître en chambre du conseil pour vérifier « si dans le cadre de la période d’observation, l’entreprise dispose des capacités de financement suffisantes à la poursuite de son activité » (Motifs de la décision). Cette approche témoigne d’une volonté de sauvegarde de l’activité économique. La portée de cette solution est de rappeler que le redressement judiciaire est une mesure préventive privilégiée tant que des perspectives de continuation existent.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».