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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Vesoul, le 16 janvier 2026, n°2025001533

Le tribunal de commerce de Vesoul, dans un jugement contradictoire du 16 janvier 2026, a statué sur une opposition à une ordonnance d’injonction de payer. Une société créancière avait obtenu cette ordonnance contre une société débitrice, mais celle-ci a formé opposition dans les délais. Les faits révélaient que les documents contractuels étaient établis au nom d’une personne physique, gérant de la société débitrice, et non de la personne morale elle-même. La question de droit portait sur la recevabilité de l’action à l’encontre de la société, faute de qualité de cocontractant. Le tribunal a déclaré les prétentions irrecevables et mal fondées, annulant l’ordonnance et condamnant la créancière aux dépens et à une indemnité.

I. L’absence de lien contractuel justifiant l’irrecevabilité

Le tribunal constate que l’opposition a été formée dans les délais légaux, garantissant la régularité de la procédure. Il examine ensuite le fond du litige et relève que les pièces versées aux débats ne lient pas la société débitrice. “Les éléments fournis par la SARL [Localité 1] démontrent que les bons de commandes (pièces N°1), mises en demeure (pièces N°6) et factures (pièces N°2) n’ont pas été établis au nom de la SARL ENTREPRISE RL” (Motifs de la décision). Cette absence de mention du nom social établit que le contrat a été conclu avec une personne physique distincte. En conséquence, la société créancière ne justifie d’aucun intérêt à agir contre la personne morale, rendant sa demande irrecevable.

Cette solution s’apprécie au regard du principe de l’effet relatif des conventions, qui interdit d’engager une personne morale pour des actes conclus en nom personnel. La valeur de cette décision est de rappeler que le juge doit vérifier la qualité de cocontractant avant toute condamnation. Sa portée est pratique : elle protège les sociétés contre des actions fondées sur des confusions d’identité entre associés et entités.

II. La réparation du préjudice subi par la société débitrice

Le tribunal tire les conséquences de l’irrecevabilité en condamnant la société créancière aux dépens de l’instance. Il accorde également une indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. “La SARL ENTREPRISE RL a dû organiser sa défense, il lui sera accordé une somme de 500 € au titre de l’article 700 du CPC” (Motifs de la décision). Cette somme vise à compenser les frais exposés pour contester une procédure abusive.

La valeur de cette condamnation est de sanctionner le créancier qui a engagé une action sans vérifier l’identité de son débiteur. Elle incite les parties à une diligence minimale dans la rédaction des documents contractuels. La portée de ce jugement est dissuasive : il rappelle que l’erreur sur la personne morale peut entraîner des frais à la charge du demandeur mal fondé.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».