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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Paris, le 23 décembre 2025, n°2024043935

Le tribunal des activités économiques de Paris a rendu un jugement le 23 décembre 2025 concernant la responsabilité d’une banque pour une opération de dépôt frauduleux. Une société commerciale avait assigné sa banque après le débit de 26 000 euros crédités à la suite d’un dépôt en enveloppe vide. La question de droit portait sur la responsabilité de la banque pour manquement à son devoir de vigilance face à des anomalies. Le tribunal a retenu un partage de responsabilité entre les deux parties, condamnant la banque à verser la moitié du préjudice matériel.

La responsabilité de la banque est engagée pour défaut de vigilance face à des anomalies manifestes.

Le tribunal a considéré que le dépôt d’espèces présentait plusieurs anomalies aisément décelables par un banquier normalement diligent. Il a relevé que le versement par un tiers sur le compte d’une société constituait une opération inhabituelle. Le montant de 26 000 euros excédait également la limite légale fixée par l’article L.112-6 du Code monétaire et financier. Enfin, le dépôt dans une seule enveloppe violait les conditions générales limitant chaque enveloppe à 7500 euros. Le tribunal a estimé que ces anomalies auraient dû conduire la banque à avertir son client.

Cette solution affirme la portée concrète du devoir de vigilance bancaire au-delà du simple respect des stipulations contractuelles. Le juge impose à la banque une obligation de réaction proactive face à des irrégularités objectives. La valeur de cette décision est de rappeler que la non-immixtion ne saurait justifier une passivité face à des opérations suspectes.

La responsabilité de la société cliente est également retenue pour négligence dans la livraison du véhicule.

Le tribunal a relevé que la société ne pouvait ignorer le caractère illégal du paiement en espèces au vu du libellé versement tiers. Il a jugé qu’en livrant le véhicule à la suite d’un tel paiement prohibé par la loi, elle avait concouru à son propre préjudice. Cette faute de la victime a conduit le juge à limiter l’indemnisation à 50% du prix du véhicule, soit 13 000 euros.

Cette décision consacre un partage de responsabilité fondé sur la double faute des parties en présence. Le juge applique ici un principe classique de responsabilité civile en atténuant l’indemnisation proportionnellement à la faute de la victime. La portée de cette solution est de mettre en garde les professionnels contre l’acceptation de paiements en espèces irréguliers.

Le tribunal a rejeté la demande de préjudice moral faute de preuve d’un lien direct avec la faute de la banque. Il a condamné la banque aux dépens et à une somme de 1000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».