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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Chaumont, le 22 septembre 2025, n°2025001380

Le tribunal de commerce de Chaumont, statuant le 22 septembre 2025, a été saisi par le liquidateur d’une société en liquidation judiciaire. Ce dernier demandait le remboursement d’une avance en compte courant consentie par un associé, devenue débitrice. Après une procédure où le défendeur est demeuré absent, le tribunal a accueilli la demande. Il a ainsi condamné l’associé au remboursement de la somme, assorti d’intérêts et de frais de procédure. La décision affirme le caractère exigible à tout moment de cette créance sociale, même en période de liquidation.

La nature juridique de l’avance en compte courant débitrice

La qualification contractuelle du compte courant d’associé. Le tribunal retient l’analyse de l’avance comme un prêt de consommation consenti à la société. Cette qualification découle directement de l’article 1892 du code civil, invoqué dans les moyens. Elle confère à la société, puis à son liquidateur, la qualité de créancier à l’égard de l’associé débiteur. Cette approche est constante en jurisprudence et fonde l’exigibilité du remboursement sur le droit commun des obligations.

La portée de cette qualification en liquidation judiciaire. L’application du droit commun des contrats persiste malgré l’ouverture d’une procédure collective. Le jugement rappelle que « le droit au remboursement permanent doit être respecté, et ce quelle que soit la situation financière de la société » (Motifs). Cette solution écarte toute suspension automatique de l’exigibilité due à la liquidation. Elle garantit ainsi la protection de l’actif social, dont le recouvrement est une mission essentielle du liquidateur.

L’exigibilité immédiate de la créance et ses conséquences procédurales

Le principe de l’exigibilité à tout moment en l’absence de convention. Faute de stipulations statutaires ou contractuelles contraires, le prêt est réputé à durée indéterminée. Le tribunal suit la jurisprudence selon laquelle « celui-ci est exigible à tout moment » (Motifs). Ce principe, rappelé par la Cour d’appel de Versailles, le 8 septembre 2022, n°22/00420, trouve ici une application rigoureuse. Il justifie la mise en demeure et l’action en recouvrement engagée par le mandataire judiciaire.

Les effets du défaut de contestation sérieuse par l’associé. L’absence de comparution et l’inexistence de défense au fond ont facilité la décision. Le tribunal constate que le défendeur a fait l’objet de mises en demeure et d’une assignation, « démontrant soit son désintérêt total, soit son consentement » (Motifs). Cette carence procédurale permet de juger la demande bien fondée sans débat contradictoire approfondi. Elle renforce la position du liquidateur dont les prétentions ne subissent « aucune contestation » (Motifs).

Cette décision confirme la rigueur appliquée au recouvrement des comptes courants d’associés débiteurs. Elle rappelle la nature de prêt de cette avance, toujours exigible sauf convention contraire. En période de liquidation, ce principe assure la préservation de l’actif au profit des créanciers sociaux. Le défaut de réaction de l’associé débiteur a permis une solution rapide, soulignant l’importance d’une contestation motivée et étayée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».