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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal judiciaire de commerce d’Aix-en-Provence, le 16 janvier 2025, n°2025009380

Le tribunal judiciaire, statuant par jugement réputé contradictoire, a rendu une décision le 16 janvier 2025. Une société créancière assignait sa cliente pour le paiement de factures impayées. La société débitrice, bien que régulièrement assignée, était absente à l’audience. Le juge devait examiner la régularité de la procédure et le bien-fondé de la demande. La juridiction a accueilli la demande principale en condamnant la débitrice au paiement de la somme due, tout en rejetant une demande accessoire pour résistance abusive.

La régularité de la procédure en l’absence du défendeur

Le juge vérifie scrupuleusement le respect des formalités de signification. L’assignation délivrée suite à une impossibilité de signification à personne doit suivre un formalisme strict. Le tribunal constate le respect des règles, notamment la délivrance d’un avis de passage et l’envoi de la lettre prévue par le code. « Le Tribunal constate l’absence de la société […] régulièrement assignée par une signification faite « en l’étude » suite à l’impossibilité de signification à personne et la vérification de l’exactitude du domicile » (Motifs). Cette analyse assure la loyauté de la procédure malgré l’absence d’une partie. Elle rappelle que la nullité d’un acte requiert la preuve d’un grief, même pour une irrégularité substantielle. « La nullité ne peut être prononcée qu’à charge pour l’adversaire qui l’invoque de prouver le grief que lui cause l’irrégularité, même lorsqu’il s’agit d’une formalité substantielle ou d’ordre public » (Cour d’appel, le 14 mai 2025, n°21/01780). La décision consolide ainsi la sécurité juridique des actes de procédure.

L’office du juge statuant sur le fond en l’absence d’une partie

Conformément à l’article 472 du code de procédure civile, le juge examine le fond de l’affaire. Il ne peut faire droit aux demandes que s’il les estime régulières, recevables et bien fondées. « Conformément à l’article 472 du code de procédure civile, en l’absence du défendeur, il est néanmoins statué sur le fond » (Motifs). Le juge procède donc à un examen complet des prétentions et des preuves. Il apprécie souverainement les éléments produits, tels que les factures et la mise en demeure. « Au vu des débats et des pièces produites par la partie demanderesse […] le Tribunal estime la demande recevable et bien fondée » (Motifs). Cette approche prévient toute décision par défaut automatique, garantissant une justice au fond. Elle impose une charge de preuve rigoureuse au demandeur, même face à un défendeur défaillant.

La distinction entre résistance légitime et abus de procédure

La décision opère une distinction nette entre l’exercice d’un droit et son abus. Le simple fait de contester une créance ne constitue pas nécessairement une faute. « La résistance à une action en justice constitue un droit et ne dégénère en abus pouvant donner lieu à réparation que s’il constitue un acte de malice ou de mauvaise foi » (Motifs). En l’espèce, le juge estime l’élément intentionnel insuffisamment caractérisé. Il déboute donc la demande de dommages et intérêts pour résistance abusive. Cette solution protège le droit fondamental à la défense et à l’accès au juge. Elle réserve la sanction aux comportements manifestement déloyaux, préservant l’équilibre des débats contradictoires.

L’allocation de frais irrépétibles en cas de succès intégral

Malgré le rejet de la demande accessoire, le juge utilise l’article 700 du code pour indemniser le créancier. Il estime inéquitable de laisser à sa charge les frais non compris dans les dépens. « Il serait inéquitable de laisser à la charge de la société […] les frais irrépétibles qu’elle a engagés » (Motifs). Le tribunal condamne ainsi la partie perdante à payer une somme forfaitaire. Cette condamnation accessoire suit la condamnation aux dépens de l’instance. Elle compense partiellement les frais d’avocat engagés par la partie gagnante. Cette pratique courante vise à rééquilibrer les charges financières de la procédure, sans pour autant réparer un préjudice distinct.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».