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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Chambre commerciale, Cour de cassation, le 20 septembre 2017, n° 16-19.684

Commentaire rédigé par l’IA

Commentaire de l’arrêt de la Cour de cassation, chambre commerciale, du 20 septembre 2017

I. Présentation de l’affaire et du litige

Cette décision traite d’une problématique récurrente en matière de location financière concernant l’interdépendance des contrats conclus dans le cadre d’une opération triangulaire. Une société locataire avait conclu un contrat de prestation de services avec une société fournisseur portant sur des équipements vidéo, puis un contrat de location financière avec une société bailleresse qui avait acquis ce matériel auprès du fournisseur. Le fournisseur ayant été placé en liquidation judiciaire quelques mois après la conclusion des contrats, le locataire a cessé de payer les loyers, invoquant la défaillance du prestataire.

La société bailleresse a alors assigné le locataire en paiement des loyers échus et de l’indemnité de résiliation. La cour d’appel avait accueilli cette demande en se fondant sur une clause d’indépendance des contrats figurant dans les conditions générales du contrat de location, estimant que l’inexécution des prestations de maintenance par le fournisseur défaillant n’exonérait pas le locataire de son obligation de payer les loyers.

II. La solution de la Cour de cassation

La Cour de cassation casse l’arrêt d’appel au visa des articles 1134 et 1218 du Code civil dans leur rédaction antérieure à l’ordonnance du 10 février 2016. Elle pose le principe selon lequel les contrats concomitants ou successifs qui s’inscrivent dans une opération incluant une location financière sont interdépendants et que sont réputées non écrites les clauses des contrats inconciliables avec cette interdépendance.

III. L’apport jurisprudentiel sur l’interdépendance contractuelle

Cette décision s’inscrit dans la lignée d’une jurisprudence protectrice du locataire dans les opérations de location financière. La Cour de cassation consacre ici l’interdépendance de droit des contrats conclus dans le cadre d’une opération de location financière, indép
endamment de la volonté des parties exprimée dans les clauses contractuelles.

Le principe posé présente plusieurs intérêts. D’abord, il reconnaît la réalité économique de l’opération de location financière qui constitue un ensemble contractuel indivisible où le contrat de location n’a de sens que si les prestations de services associées peuvent être exécutées. Ensuite, il protège le locataire contre les clauses d’indépendance qui le priveraient de tout recours en cas de défaillance du fournisseur alors même que le bailleur n’assume aucune responsabilité quant au choix du matériel ou du prestataire.

IV. La portée de la décision

La Cour de cassation affirme clairement que les clauses stipulant l’indépendance des contrats dans une opération de location financière sont réputées non écrites car inconciliables avec l’interdépendance inhérente à ce type d’opération. Cette solution renforce la protection du locataire qui peut opposer au bailleur l’inexécution des prestations du fournisseur pour suspendre le paiement des loyers.

Cette jurisprudence s’applique aux contrats conclus avant l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats. Il convient de noter que la réforme a consacré la notion d’ensemble contractuel indivisible à l’article 1186 du Code civil, ce qui pourrait conforter cette approche jurisprudentielle pour les contrats postérieurs à la réforme.

V. Les conséquences pratiques

Pour les professionnels du secteur de la location financière, cette décision impose de repenser la rédaction des contrats et la gestion des risques liés à la défaillance des fournisseurs. Les sociétés de location financière ne peuvent plus s’exonérer de toute responsabilité en cas de défaillance du fournisseur par le biais de clauses d’indépendance.

Le locataire dispose ainsi d’un moyen de pression efficace face au bailleur en cas de défaillance du fournisseur, ce qui devrait inciter les sociétés de location financière à être plus vigilantes dans le choix de leurs
partenaires et à prévoir des mécanismes de substitution efficaces en cas de défaillance.

Cette décision illustre la volonté de la Cour de cassation d’appréhender les opérations économiques complexes dans leur globalité plutôt que de s’en tenir à une analyse fragmentée des relations contractuelles, assurant ainsi un équilibre entre les intérêts des différentes parties à l’opération de location financière.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».