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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Prêt taux zéro parent enfant : acheter plus grand après le vote du 8 octobre 2026 et découvrir un vice caché, agir vite et chiffrer

D’après les informations rapportées par 20 Minutes le 8 octobre 2026, la commission des Finances de l’Assemblée nationale a adopté un amendement du MoDem qui crée un prêt à taux zéro dit de parentalité : jusqu’à 100 000 euros, ouvert aux familles ayant un enfant de moins de cinq ans, sans aucune condition de ressources, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027. Le texte initial du gouvernement réservait ce prêt, sous conditions de ressources, aux ménages attendant un bébé ou ayant un enfant de moins de trois ans. La mesure a été portée par le député Jean-Paul Mattéi comme un levier pour aider les jeunes couples à acheter plus grand, tandis que la gauche a dénoncé un bonus familial qui mettrait en concurrence les ménages aisés et les ménages modestes. Le même article précise que ce premier vote reste indicatif et que la mesure sera à nouveau débattue dans l’hémicycle lors de l’examen officiel du texte budgétaire. Rien n’est donc définitif à la date de rédaction du présent article : le dispositif peut encore être modifié, restreint ou écarté avant une éventuelle promulgation.

Pour les jeunes parents qui cherchent déjà un logement plus grand, l’actualité de ce vote a un effet immédiat et pratique : elle pousse à visiter vite, à se décider vite, parfois à acheter un bien avec des défauts que l’enthousiasme du moment fait passer au second plan. Quelques mois après l’emménagement, une fissure qui s’élargit, des infiltrations à chaque pluie, une charpente qui travaille, un plancher qui s’affaisse révèlent une réalité différente de celle promise pendant les visites. La question devient alors strictement juridique : le défaut constaté constitue-t-il un vice caché au sens de la loi, le vendeur doit-il répondre même s’il affirme qu’il ne savait rien, et quels montants peuvent être réclamés. Le présent article répond à ces trois questions dans l’ordre. La première partie explique ce que le vote du 8 octobre 2026 change vraiment pour un jeune parent acheteur et comment sécuriser la promesse, le financement et les diagnostics avant de signer. La seconde partie expose comment prouver un vice caché, faire échec à une clause de non-garantie et chiffrer l’action dans les délais, avec les repères propres à Paris et à l’Île-de-France.

I. Prêt taux zéro jeune parent : acheter plus grand sans se tromper sur le bien

A. Prêt taux zéro parents : ce que le vote du 8 octobre 2026 change vraiment pour un jeune couple

Le prêt à taux zéro parentalité tel qu’il a été voté en commission des Finances le 8 octobre 2026 présente trois caractéristiques qui le distinguent du prêt à taux zéro de droit commun. D’abord, son montant maximal atteindrait 100 000 euros, ce qui en fait un apport significatif pour des jeunes parents qui visent un appartement d’une pièce de plus ou une maison avec jardin en petite couronne. Ensuite, il serait ouvert aux familles ayant un enfant de moins de cinq ans, et non plus seulement aux ménages attendant un bébé ou ayant un enfant de moins de trois ans comme le prévoyait le projet initial du gouvernement. Enfin, il serait accordé sans aucune condition de ressources, alors que le prêt à taux zéro actuel est octroyé aux personnes physiques, sous condition de ressources, lorsqu’elles acquièrent ou font construire leur résidence principale en accession à la première propriété, comme le rappelle l’article L31-10-2 du code de la construction et de l’habitation. La suppression du plafond de ressources explique à la fois l’attrait du dispositif et les critiques de l’opposition, qui y voit un avantage accordé à des ménages parfois déjà propriétaires.

Trois réserves doivent être posées avec netteté avant tout projet d’achat fondé sur cette annonce. Premièrement, le vote est intervenu en commission des Finances, dans le cadre de l’examen préparatoire du projet de loi de finances pour 2027, et 20 Minutes indique qu’il reste indicatif, la mesure devant être débattue à nouveau dans l’hémicycle. Un amendement adopté en commission peut être rejeté en séance, réécrit par le gouvernement ou censuré par le Conseil constitutionnel s’il constitue un cavalier budgétaire. Deuxièmement, même adopté définitivement, le dispositif nécessitera des textes d’application qui préciseront ses conditions : nature des logements éligibles, articulation avec le prêt à taux zéro existant, plafonds de montant selon les zones, durée de remboursement et obligations de résidence principale. Troisièmement, aucune banque n’est tenue aujourd’hui de proposer ce prêt, et aucun acheteur ne peut exiger d’en bénéficier. Signer une promesse en pariant sur une aide qui n’existe pas encore expose à devoir financer seul la différence ou à perdre le bénéfice d’une condition suspensive mal rédigée. La prudence commande donc de traiter l’annonce comme une perspective intéressante, jamais comme un droit acquis, et de bâtir le plan de financement sur les seuls prêts disponibles à la date de la signature.

Pour un jeune parent qui tape aujourd’hui la requête prêt taux zéro parent enfant, la démarche utile consiste à comparer le coût total des scénarios avec et sans le futur dispositif. Le premier scénario retient le financement mobilisable immédiatement : apport personnel, prêt principal, prêt à taux zéro de droit commun si les conditions de ressources et de première propriété sont remplies, et éventuellement prêt familial. Le second scénario intègre le prêt parentalité à hauteur de 100 000 euros à taux zéro, en vérifiant l’effet sur la mensualité globale, sur le taux d’endettement et sur le reste à vivre une fois les frais de garde d’enfant, de transport et de travaux pris en compte. Cette comparaison chiffrée permet de répondre à la seule question qui compte pour le ménage : à surface équivalente, le logement visé reste-t-il finançable si le dispositif parentalité n’est jamais promulgué. Si la réponse est négative, l’achat doit être différé ou la cible revue à la baisse, car un engagement pris sous condition d’une loi future repose sur du sable. Si la réponse est positive, le futur prêt, s’il voit le jour, ne sera qu’une amélioration du plan, par exemple en réduisant la durée d’emprunt ou en finançant des travaux de rénovation énergétique, et non la clé de voûte de l’opération.

Le calendrier parlementaire impose enfin une discipline de suivi. Le projet de loi de finances pour 2027 sera examiné à l’automne 2026, avec une navette entre l’Assemblée nationale et le Sénat, un possible recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution et un contrôle du Conseil constitutionnel avant promulgation en fin d’année. Chaque étape peut modifier le dispositif : élargissement ou resserrement des bénéficiaires, baisse du plafond, réintroduction d’un critère de ressources, exclusion de certaines zones ou de l’ancien sans travaux. Un acheteur avisé consulte donc le texte adopté à chaque étape plutôt que les commentaires qui l’entourent, note la date de la version lue et n’arrête son plan de financement qu’une fois la loi promulguée et les décrets publiés. En matière de crédit immobilier, une annonce, même votée en commission, ne vaut jamais offre de prêt.

B. Prêt taux zéro nouveau parent : sécuriser la promesse, le financement et les diagnostics avant de signer

Une fois le bien repéré, la protection de l’acheteur repose sur trois documents : la promesse de vente, l’offre de prêt et le dossier de diagnostic technique. La promesse doit d’abord rappeler la faculté de rétractation dont bénéficie l’acquéreur non professionnel. La loi dispose que l’acquéreur non professionnel peut se rétracter dans un délai de dix jours à compter du lendemain de la première présentation de la lettre lui notifiant l’acte, selon l’article L271-1 du code de la construction et de l’habitation. Ce délai de dix jours n’est pas une formalité : pour de jeunes parents sous pression, il offre un temps de réflexion incompressible pendant lequel un avis technique peut être demandé, un second passage organisé avec un proche du bâtiment et les diagnostics relus à tête reposée. Toute renonciation anticipée à ce délai, toute pression pour signer un acte définitif sans attendre son expiration doit alerter.

La promesse doit ensuite comporter une condition suspensive d’obtention des prêts qui décrit avec précision chaque financement : montant, durée, taux maximal accepté et date limite d’obtention. La mention ne doit pas se limiter à un prêt global approximatif. Elle détaille le prêt principal, le prêt à taux zéro de droit commun sollicité le cas échéant et, si les parties veulent anticiper le dispositif parentalité, elle le vise comme un financement espéré sans en faire dépendre la réalisation de la vente, ou elle prévoit expressément que la vente ne se réalisera que si ce prêt est effectivement obtenu une fois la loi promulguée. Une condition suspensive floue, qui ne précise ni le montant ni le taux plafond, expose l’acquéreur à perdre son dépôt de garantie s’il renonce, ou à être contraint d’acheter sans le financement espéré. Le notaire rédacteur doit être interrogé par écrit sur chaque clause : sort du dépôt de garantie en cas de non-obtention, prorogation possible du délai, justificatifs de refus à produire, notamment deux refus bancaires écrits lorsque la clause les exige.

Le dossier de diagnostic technique constitue la troisième protection, et la plus négligée par les acheteurs pressés. La loi prévoit qu’en cas de vente de tout ou partie d’un immeuble bâti, un dossier de diagnostic technique, fourni par le vendeur, est annexé à la promesse de vente, selon l’article L271-4 du code de la construction et de l’habitation. Ce dossier comprend notamment le diagnostic de performance énergétique, l’état relatif à la présence de termites dans les zones délimitées, l’état des risques, le constat de plomb et, pour les installations anciennes, les diagnostics gaz et électricité. Chaque diagnostic doit être lu pour ce qu’il dit et pour ce qu’il ne dit pas : un diagnostic de performance énergétique flatteur sur un logement manifestement humide, une absence de termites dans une copropriété ancienne qui n’a jamais été traitée, un état des risques qui mentionne une zone d’aléa sans que l’acheteur mesure ce que cela implique pour l’assurance. Lorsque le bien présente des signes visibles d’humidité, de fissures ou de reprises de maçonnerie, l’acheteur a intérêt à faire établir, avant la fin du délai de rétractation ou pendant la période de la condition suspensive, un avis technique indépendant par un expert du bâtiment. Le coût de cet avis, quelques centaines d’euros, est sans commune mesure avec celui d’un vice caché découvert après l’achat.

La visite du bien mérite enfin une méthode rigoureuse, surtout quand l’achat est motivé par l’arrivée d’un enfant et que chaque pièce paraît déjà trop petite. Les défauts qui fonderont plus tard une action en garantie naissent souvent de détails visibles mais minimisés le jour de la visite : traces brunes derrière un meuble, peinture cloquée en bas des murs, carrelage sonnant creux, porte qui ne ferme plus, odeur de moisi masquée par un diffuseur, combles inaccessibles le jour de la visite, cave non visitée. L’acheteur prend des photographies datées, note les déclarations du vendeur sur l’ancienneté des travaux et l’absence de sinistres, demande les factures des travaux récents et l’historique des déclarations d’assurance. Si le vendeur affirme avoir refait lui-même l’extension, la toiture ou l’étanchéité, cette information doit être consignée par écrit, car elle pourra établir plus tard qu’il s’est comporté en constructeur et qu’il est présumé connaître les vices nés de ses travaux. Cette discipline de visite ne ralentit pas l’achat : elle le rend sûr, et elle fournit, en cas de litige, la preuve que le défaut invoqué n’était pas décelable par un acquéreur profane en matière de construction.

II. Prêt taux zéro enfant : découvrir un vice caché après l’achat, prouver et faire payer

A. Prêt parentalité : prouver le vice caché, l’antériorité et l’impropriété d’usage du logement acheté trop vite

La garantie des vices cachés protège l’acheteur d’un bien affecté d’un défaut grave qu’il ignorait au moment de l’achat. La loi dispose que le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l’usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquise, ou n’en aurait donné qu’un moindre prix, s’il les avait connus, selon l’article 1641 du code civil. Trois conditions se dégagent de ce texte. Le défaut doit être caché, c’est-à-dire non apparent pour un acheteur profane au moment de la vente. Il doit être grave, c’est-à-dire rendre le logement impropre à son usage d’habitation ou en diminuer tellement l’usage que l’acheteur aurait renoncé ou payé moins cher. Il doit être antérieur à la vente, même s’il ne s’est révélé que plus tard. Des infiltrations structurelles dues à une étanchéité défectueuse, une charpente attaquée, des fondations qui s’affaissent, une installation électrique dangereuse noyée dans les cloisons ou une mérule dissimulée derrière des doublages entrent typiquement dans ce cadre. En revanche, un simple défaut esthétique, un équipement vétuste signalé dans les diagnostics ou un désordre que la visite permettait de constater dans toute son ampleur ne fonde pas l’action.

La distinction entre le vice apparent et le vice caché décide de l’issue de nombreux procès, et la Cour de cassation l’a précisée dans une affaire qui parle directement aux acheteurs d’une maison ancienne. La loi énonce que le vendeur n’est pas tenu des vices apparents et dont l’acheteur a pu se convaincre lui-même, selon l’article 1642 du code civil. Dans un arrêt du 25 septembre 2025, la troisième chambre civile a jugé, au visa de ce texte, que le vice apparent est celui dont l’acquéreur a pu se convaincre dans toute son ampleur et ses conséquences, puis elle a approuvé une cour d’appel qui avait retenu le caractère caché d’une rouille très avancée des poutres métalliques du plancher haut d’une cave. Les juges avaient relevé que les acquéreurs, profanes en matière de construction, n’avaient pu pleinement apprécier, à la date de l’acquisition, l’évolution de l’état de dégradation avancée, et la Cour a validé la déduction selon laquelle le vice était caché et antérieur à la vente, la pose d’étais pour éviter un effondrement rendant l’immeuble des acquéreurs impropre à son usage (Cour de cassation, troisième chambre civile, 25 septembre 2025, pourvoi numéro 23-23.070, ECLI:FR:CCASS:2025:C300457). Cet arrêt enseigne deux règles pratiques : la qualité de profane de l’acheteur se prend en compte pour apprécier ce qu’il pouvait déceler, et un désordre partiellement visible peut rester caché si son ampleur et ses conséquences, notamment un risque d’effondrement imposant un étaiement, n’étaient pas mesurables lors des visites.

La preuve de l’antériorité et de la gravité repose presque toujours sur une expertise. Dès les premiers signes, l’acheteur photographie les désordres avec des repères de date, conserve tous les échanges avec le vendeur et l’agent immobilier, fait établir un constat par commissaire de justice lorsque les désordres évoluent vite et saisit un technicien indépendant pour un premier avis écrit. Si le vendeur conteste ou si l’assureur se retranche derrière ses exclusions, une expertise judiciaire s’impose. La loi permet au juge d’ordonner des mesures d’instruction avant tout procès lorsqu’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, ces mesures pouvant être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé, selon l’article 145 du code de procédure civile. La demande d’expertise en référé présente trois avantages : elle fige les constatations avant que des travaux urgents ne fassent disparaître les traces, elle confie l’analyse à un expert indépendant désigné par le tribunal et elle met toutes les parties autour de la table, vendeur, constructeurs intervenus et assureurs, de sorte que le rapport sera opposable à chacun. L’assignation en référé doit être délivrée avant l’expiration des délais d’action, et les travaux de réparation autres que les mesures conservatoires urgentes ne doivent pas être engagés avant le passage de l’expert, sous peine de priver la mesure de son objet.

Le vendeur qui oppose une clause de non-garantie insérée dans l’acte authentique ne met pas fin au débat, loin de là. La loi admet qu’un vendeur de bonne foi stipule qu’il ne sera obligé à aucune garantie, puisqu’elle dispose qu’il est tenu des vices cachés, quand même il ne les aurait pas connus, à moins que, dans ce cas, il n’ait stipulé qu’il ne sera obligé à aucune garantie, selon l’article 1643 du code civil. Mais cette faculté ne profite qu’au vendeur qui ignorait réellement le vice. Le vendeur professionnel, auquel est assimilé le vendeur qui a réalisé lui-même les travaux à l’origine des vices de la chose vendue, est tenu de les connaître et ne peut se prévaloir d’une clause limitative ou exclusive de garantie des vices cachés : c’est ce qu’a jugé la troisième chambre civile le 19 octobre 2023 en cassant un arrêt qui avait fait jouer une clause de non-garantie au profit d’une société vendeuse sans vérifier si elle avait elle-même réalisé, par l’intermédiaire de son gérant et sans faire appel à un professionnel, les travaux d’extension non conformes à l’origine des fuites (Cour de cassation, troisième chambre civile, 19 octobre 2023, pourvoi numéro 22-15.536, ECLI:FR:CCASS:2023:C300684). Concrètement, lorsque le vendeur a coulé lui-même une dalle, refait une toiture, créé une extension ou repris l’étanchéité d’une terrasse, l’acheteur demande la production des factures d’entreprise, des autorisations d’urbanisme et des attestations d’assurance décennale. L’absence de ces pièces, combinée à des déclarations du vendeur qui se vante de ses travaux, fragilise la clause de non-garantie et ouvre la voie à une condamnation. La même présomption de connaissance frappe le marchand de biens et le professionnel de l’immobilier qui vend un bien qu’il a rénové pour le revendre.

B. Prêt à taux zéro en France : chiffrer l’action, choisir entre résolution et réduction du prix et agir dans les délais

Une fois le vice établi, l’acheteur dispose d’un choix entre deux actions, et ce choix commande tout le chiffrage. La première voie est l’action rédhibitoire, qui tend à rendre le bien contre restitution du prix. La seconde est l’action estimatoire, qui tend à conserver le bien contre une réduction du prix. Les conséquences financières diffèrent selon que le vendeur connaissait ou ignorait le vice. Si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu, outre la restitution du prix qu’il en a reçu, de tous les dommages et intérêts envers l’acheteur, selon l’article 1645 du code civil. Si le vendeur ignorait les vices de la chose, il ne sera tenu qu’à la restitution du prix, et à rembourser à l’acquéreur les frais occasionnés par la vente, selon l’article 1646 du code civil. Dans les deux cas, le chiffrage comprend le prix à restituer ou la réduction à déterminer par expertise, les frais de notaire et de garantie d’emprunt exposés pour l’acquisition, le coût des travaux de reprise nécessaires pour rendre le logement habitable, le préjudice de jouissance pendant la période d’inhabitabilité partielle ou totale, les frais de relogement temporaire, les frais d’expertise et de constat et, lorsque la mauvaise foi du vendeur est démontrée, l’indemnisation complémentaire du trouble subi. Pour une famille qui a acheté plus grand avec un prêt à taux zéro et un prêt principal, le décompte intègre aussi les intérêts intercalaires, les frais de dossier bancaire et le coût d’un éventuel remboursement anticipé si la résolution est prononcée.

Le délai pour agir est bref et son point de départ se discute pied à pied devant les tribunaux. La loi dispose que l’action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par l’acquéreur dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice, selon l’article 1648 du code civil. Ce délai de deux ans court à partir du jour où l’acheteur a connu le vice dans son ampleur et sa gravité, et non du jour des premières traces. Une auréole suspecte noticed pendant les travaux de peinture ne fait pas nécessairement courir le délai si l’expert établit que seule l’investigation technique a révélé l’atteinte structurelle. Mais l’acheteur qui attend, qui fait réaliser des travaux de reprise sans constater ni assigner, ou qui se contente d’échanges amiables pendant dix-huit mois, prend le risque d’une fin de non-recevoir. La pratique sûre consiste à faire constater le vice par écrit dès sa découverte, à adresser au vendeur une mise en demeure détaillée avec photographies et à saisir le juge des référés aux fins d’expertise dans les semaines qui suivent. Cette assignation en référé interrompt-elle le délai au fond. Les actes conservatoires, eux, ne suffisent pas toujours : seule une assignation au fond ou une mesure d’instruction sollicitée en justice met véritablement le délai à l’abri. Le calendrier se note dès le premier désordre et se vérifie avec le conseil, car un dossier parfait sur le fond mais hors délai se perd.

À Paris et en Île-de-France, ce contentieux présente des traits propres que les jeunes parents doivent intégrer. Le tribunal judiciaire de Paris connaît de ces actions pour les biens situés dans la capitale, avec un pôle civil qui ordonne couramment des expertises en matière de construction et de vices cachés. Les délais d’expertise y sont souvent longs, de douze à dix-huit mois entre la désignation de l’expert et le dépôt du rapport, période pendant laquelle la famille vit dans un logement dégradé ou doit se reloger partiellement. Les opérations d’expertise se tiennent sur place, en présence des conseils des parties, et chaque partie peut adresser des dires à l’expert pour contester ses constatations provisoires. Les copropriétés parisiennes ajoutent une difficulté : lorsque les désordres touchent des parties communes, gros oeuvre, toiture, étanchéité d’une cour, façade sur cour, le vendeur renvoie vers le syndicat des copropriétaires et le syndicat renvoie vers le vendeur. L’acheteur met alors en cause les deux, en distinguant la garantie des vices cachés due par le vendeur pour son lot et la responsabilité du syndicat pour les parties communes. En petite et grande couronne, les maisons individuelles franciliennes cumulent les risques typiques : extensions réalisées sans permis dans les années quatre-vingt-dix, garages transformés en chambres sans isolation ni ventilation, assainissements non conformes, sols argileux sujets au retrait-gonflement. Chaque situation appelle une vérification d’urbanisme auprès de la mairie, car un vice de construction doublé d’une irrégularité administrative complique à la fois la revente et l’indemnisation. Face à cette technicité, les familles qui s’interrogent sur l’opportunité d’une action pour vice caché immobilier après l’achat de leur résidence principale ont intérêt à faire évaluer tôt le rapport entre le coût de la procédure et le montant réaliste de l’indemnisation, expertise et délais compris.

La stratégie procédurale se construit enfin en trois temps. Le premier temps est amiable mais écrit : mise en demeure au vendeur avec description précise des désordres, photographies datées, diagnostics d’origine et demande de rendez-vous contradictoire avec un technicien. Le second temps est conservatoire : constat par commissaire de justice, avis technique indépendant et, si le vendeur nie ou temporise, assignation en référé aux fins d’expertise sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile. Le troisième temps est décisoire : assignation au fond en résolution ou en réduction du prix, avec demandes chiffrées poste par poste, mise en cause de l’agent immobilier si un manquement à son devoir d’information est établi et appel en garantie des assureurs. À chaque étape, l’acheteur conserve l’intégralité des pièces : acte de vente et annexes, diagnostics, échanges antérieurs à la vente, factures de travaux du vendeur, autorisations d’urbanisme, déclarations de sinistre, devis de reprise et justificatifs de relogement. Un dossier complet et daté vaut souvent une transaction sérieuse avant le procès, car le vendeur mesure le risque d’une condamnation qui, en cas de connaissance du vice, inclut des dommages et intérêts au-delà du prix.

Conclusion

Le vote de la commission des Finances du 8 octobre 2026 sur le prêt à taux zéro parentalité ouvre une perspective réelle pour les jeunes parents qui veulent acheter plus grand : jusqu’à 100 000 euros, pour les familles ayant un enfant de moins de cinq ans, sans condition de ressources si le texte survit à la navette parlementaire. Mais une perspective n’est ni une offre de prêt ni une loi promulguée, et l’achat doit rester finançable sans elle. Une fois le bien choisi, la sécurité de l’opération tient à la promesse bien rédigée, à la condition suspensive précise, au dossier de diagnostic relu et à la visite documentée. Si un vice grave et caché se révèle après l’emménagement, le droit applicable est ferme : le vendeur répond des défauts qui rendent le logement impropre à son usage ou en diminuent tellement l’usage que l’acheteur n’aurait pas acheté ou aurait payé moins, l’acheteur profane se juge à ce qu’il pouvait mesurer lors des visites, le vendeur qui a réalisé lui-même les travaux ne peut s’abriter derrière une clause de non-garantie, et l’action se joue dans les deux ans de la découverte du vice. Expertise précoce, chiffrage poste par poste et choix réfléchi entre rendre le bien et en obtenir la réduction du prix : telle est la méthode qui transforme une mauvaise découverte en réparation effective.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».