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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Moisissures et humidité dans votre location à Paris : contraindre le bailleur à faire les travaux et obtenir réparation (2026)

Octobre est revenu, le chauffage collectif s’est rallumé et, avec lui, les taches noires ont refleuri dans la chambre du fond. Le mur reste froid et humide au toucher, l’air sent le moisi, la peinture cloque et votre enfant tousse chaque nuit. Vous avez signalé le problème au bailleur au printemps, puis de nouveau à la rentrée, et rien n’a bougé : un employé est passé, a promis une peinture, puis plus personne. Chaque mois, pourtant, le loyer plein est prélevé pour un logement dont une pièce est devenue presque inutilisable. Cette situation, très fréquente à Paris dans les immeubles anciens mal ventilés, n’est pas une fatalité de l’automne. La loi impose au bailleur de remettre un logement décent et de l’y maintenir, et le juge des contentieux de la protection ordonne régulièrement les travaux sous astreinte, avec une réduction de loyer et des dommages-intérêts. Encore faut-il qualifier correctement le désordre, adresser la bonne mise en demeure et saisir le bon juge avec les bonnes preuves.

I. Faire reconnaître que votre logement humide n’est plus un logement décent

A. Moisissures, murs froids et VMC absente : quand l’humidité devient une indécence juridique

Un logement n’est pas décent parce qu’il est habitable en apparence. Aux termes de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, « Le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement décent ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé, exempt de toute infestation d’espèces nuisibles et parasites, répondant à un niveau de performance minimal au sens de l’article L. 173-1-1 du code de la construction et de l’habitation et doté des éléments le rendant conforme à l’usage d’habitation » (article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). L’humidité persistante et les moisissures entrent directement dans ce texte : elles portent atteinte à la santé, en particulier celle des enfants et des personnes asthmatiques, et elles signalent presque toujours un défaut du gros œuvre ou de la ventilation, c’est-à-dire un manquement structurel du bailleur, non un simple inconfort saisonnier.

Le décret du 30 janvier 2002 précise ce qu’un logement décent doit garantir. D’une part, « Le gros œuvre du logement et de ses accès est en bon état d’entretien et de solidité et protège les locaux contre les eaux de ruissellement et les remontées d’eau » (décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002). D’autre part, « Les dispositifs d’ouverture et les éventuels dispositifs de ventilation des logements sont en bon état et permettent un renouvellement de l’air et une évacuation de l’humidité adaptés aux besoins d’une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements ». Autrement dit, un mur qui ruisselle, des remontées capillaires en rez-de-chaussée, des menuiseries qui laissent passer l’eau ou une ventilation inexistante ou hors service caractérisent l’indécence, même si le bail a été signé il y a vingt ans et même si le loyer est modeste. Le montant du loyer ne change rien à l’obligation : un petit loyer n’achète pas le droit de louer un logement malsain.

La justice parisienne applique ces textes sans détour. Le 16 avril 2026, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, saisi par le locataire d’un appartement parisien envahi par les moisissures et l’humidité dans la chambre du fond avec une canalisation de WC engorgée (RG 25/10532), a rappelé que ces obligations forment l’obligation de délivrance du bail, une obligation de résultat qui ne nécessite pas de rapporter la preuve d’une faute du bailleur ou d’un défaut de diligences. Le locataire n’a donc pas à démontrer que le bailleur a été négligent ou de mauvaise foi : il suffit d’établir que le logement, tel qu’il est, n’est pas décent. La cour d’appel de Bourges a confirmé la même lecture le 20 mars 2026 (n° 25/00727) en jugeant que « le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement décent ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé » (arrêt de la cour d’appel de Bourges du 20 mars 2026). Retenez ce point, il structure tout le raisonnement : face à l’humidité, le bailleur répond d’un résultat, pas de ses efforts.

Concrètement, commencez par documenter le désordre comme un juriste, pas comme un plaignant découragé. Photographiez chaque pièce avec la date, filmez l’eau qui perle et les traces qui s’étendent, conservez les échanges écrits avec le bailleur, faites établir si possible un constat par un commissaire de justice et, en cas de troubles de santé, gardez les certificats médicaux. Un rapport d’expertise, même amiable, qui décrit la cause probable — infiltration par la façade, rupture d’étanchéité, absence de VMC, pont thermique — pèse lourd, car le débat judiciaire porte toujours sur la cause : défaut structurel imputable au bailleur ou simple défaut d’aération du locataire. Dans le jugement parisien du 16 avril 2026, c’est précisément le rapport d’expertise et les devis qui ont permis au juge de prescrire des travaux précis, pièce par pièce. Si vos infiltrations viennent des parties communes de l’immeuble, la responsabilité du vendeur et de la copropriété obéit à une logique voisine, décrite dans notre analyse des infiltrations venues des parties communes après une vente : la cause du désordre désigne toujours son responsable.

B. Ce que le bailleur vous doit exactement, et ce qu’il ne peut pas vous opposer

Face à une réclamation pour humidité, les réponses dilatoires se ressemblent : aérez davantage, c’est de la condensation liée à votre mode de vie, la peinture sera refaite à votre départ, le loyer est déjà bas. Aucune de ces phrases n’éteint l’obligation de délivrance. Certes, le locataire a lui aussi des obligations : il doit « prendre à sa charge l’entretien courant du logement, des équipements mentionnés au contrat et les menues réparations ainsi que l’ensemble des réparations locatives définies par décret en Conseil d’Etat, sauf si elles sont occasionnées par vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure » (article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, en vigueur). Aérer son logement et l’entretenir normalement fait partie du contrat. Mais dès que l’humidité provient du bâtiment, le bailleur reste tenu au résultat : il est obligé : « D’entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu par le contrat et d’y faire toutes les réparations, autres que locatives, nécessaires au maintien en état et à l’entretien normal des locaux loués » (article 6, c) de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, en vigueur). Mais dès que l’humidité provient du bâtiment — étanchéité défaillante, ventilation absente ou inopérante, isolation inexistante sur un mur exposé — le curseur bascule : repeindre par-dessus des moisissures dont la cause structurelle demeure n’est ni de l’entretien courant ni une réparation locative, et le bailleur ne peut pas en charger le locataire.

Le jugement parisien du 16 avril 2026 illustre cette frontière. Le bailleur soutenait en substance que l’aération incombait à l’occupant ; le juge a distingué les deux plans : le défaut d’aération imputable au locataire peut expliquer certaines moisissures, mais il ne couvre jamais l’absence ou l’insuffisance du dispositif de ventilation lui-même, qui relève du bailleur. C’est pourquoi la condamnation a porté à la fois sur le traitement des effets — nettoyage des moisissures, toile de verre, peinture, enduit — et sur la cause — pose d’un isolant sur le mur donnant sur l’extérieur et installation d’une VMC. Exigez toujours les deux : traiter les taches sans traiter la cause garantit la récidive à l’automne suivant, et le juge parisien l’a compris en prescrivant l’isolant et la ventilation dans le même dispositif. Lorsque vous écrivez au bailleur, demandez donc par écrit la suppression de la cause, pas seulement un rafraîchissement.

Deuxième point que les bailleurs opposent souvent : la menace, à peine voilée, d’une résiliation si vous faites des histoires, ou l’argument selon lequel ils feraient les travaux à condition que vous partiez quelques semaines à vos frais. Sachez que le juge sanctionne cette logique. Le 27 mars 2025, toujours à Paris, le juge des contentieux de la protection statuant en référé (RG 24/05020) a débouté un bailleur social qui demandait la résiliation du bail d’un locataire, et a au contraire condamné ce locataire à laisser l’accès au logement pour procéder aux travaux de nature à remédier à l’insalubrité imposés par l’arrêté du préfet de la région d’Île-de-France du 2 août 2023, avec libération temporaire des lieux et astreinte. Autrement dit, même quand des travaux lourds imposés par le préfet exigent que le locataire libère provisoirement les lieux, le bail n’est pas résilié : le contrat continue et le bailleur fait les travaux. La loi le dit noir sur blanc pour le locataire : « De permettre l’accès aux lieux loués pour la préparation et l’exécution de travaux d’amélioration des parties communes ou des parties privatives du même immeuble, de travaux nécessaires au maintien en état ou à l’entretien normal des locaux loués » (article 7, e) de la loi du 6 juillet 1989, en vigueur). Vous devez laisser entrer les ouvriers ; le bailleur doit organiser, payer et planifier ces travaux, pas vous en faire porter le poids.

Troisième piège à éviter : cesser de payer le loyer pour faire pression. Le jugement parisien d’avril 2026 le rappelle avec netteté : le locataire ne peut pas suspendre le paiement de son loyer au motif de l’indécence, sauf impossibilité d’utiliser les lieux. Celui qui consigne ou bloque son loyer de sa propre autorité s’expose à un commandement de payer, à la clause résolutoire et à une procédure d’expulsion qu’il perdra, même si son logement est objectivement indécent. La seule suspension régulière du paiement du loyer est celle que le juge ordonne, avec ou sans consignation, dans le cadre de l’article 20-1. Continuez donc à payer pendant la procédure, sauf décision judiciaire contraire : c’est contre-intuitif, mais c’est ce qui protège votre bail et votre indemnisation.

II. Obtenir les travaux et l’indemnisation quand le bailleur ne bouge pas

A. La mise en demeure et la saisine du juge : travaux sous astreinte, loyer réduit, sommes avancées

La procédure efficace suit un ordre que le juge vérifie presque toujours : demande écrite au bailleur, tentative de conciliation, puis saisine du juge des contentieux de la protection. La loi ouvre la voie : « Si le logement loué ne satisfait pas aux dispositions des premier et deuxième alinéas de l’article 6, le locataire peut demander au propriétaire sa mise en conformité sans qu’il soit porté atteinte à la validité du contrat en cours. A défaut d’accord entre les parties ou à défaut de réponse du propriétaire dans un délai de deux mois, la commission départementale de conciliation peut être saisie » (article 20-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Envoyez donc une lettre recommandée avec accusé de réception qui décrit précisément chaque désordre pièce par pièce, vise l’article 6 et le décret de 2002, demande la mise en conformité dans un délai raisonnable — deux mois au maximum — et annonce qu’à défaut vous saisirez la commission de conciliation puis le juge. Joignez les photos, le constat et, si vous en disposez, un devis. Cette lettre n’est pas une formalité : elle fait courir les délais, elle prouve que le bailleur savait, et elle fonde les dommages-intérêts pour la période postérieure.

Si le bailleur ne répond pas ou répond par des promesses sans calendrier, saisissez la commission départementale de conciliation de Paris. La saisine est simple et rapide, l’avis rendu pèse dans la suite, et le texte précise que « La saisine de la commission ou la remise de son avis ne constitue pas un préalable à la saisine du juge par l’une ou l’autre des parties » (article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989) : vous pouvez donc saisir le juge sans attendre l’avis si l’urgence l’exige, par exemple quand l’hiver approche avec un enfant en bas âge dans une chambre condamnée par les moisissures. En parallèle, signalez la situation à la mairie de votre arrondissement : à Paris, les signalements d’habitat dégradé alimentent les enquêtes des services d’hygiène et peuvent déboucher sur un arrêté du préfet, comme celui du 2 août 2023 visé dans l’ordonnance de référé parisienne. Un arrêté préfectoral d’insalubrité ou de mise en sécurité transforme votre dossier : les travaux deviennent une obligation administrative en plus d’une obligation contractuelle, et le juge s’appuie dessus pour ordonner vite et fort.

Devant le juge, demandez tout ce que la loi permet, dans le bon ordre. D’abord, la nature précise des travaux et leur délai d’exécution : « Le juge saisi par l’une ou l’autre des parties détermine, le cas échéant, la nature des travaux à réaliser et le délai de leur exécution. Il peut réduire le montant du loyer ou suspendre, avec ou sans consignation, son paiement et la durée du bail jusqu’à l’exécution de ces travaux » (article 20-1, troisième alinéa). Inspirez-vous du dispositif parisien : nettoyage des moisissures, reprise des revêtements, isolant sur le mur froid, installation d’une VMC, le tout sous astreinte de 20 euros par jour de retard passé un délai de trois mois suivant la signification de la décision. L’astreinte est l’outil qui fait exécuter : sans elle, une condamnation à faire des travaux reste une déclaration d’intention. Demandez-la systématiquement, avec un montant dissuasif et sans plafond dérisoire.

Ensuite, la réduction du loyer pour toute la période où le logement n’était pas décent, et sa suspension avec consignation jusqu’aux travaux si le trouble est grave. Le juge parisien a écarté la réduction à titre principal dans son espèce parce que les travaux restaient possibles et prioritaires, mais il a accordé 500 euros de dommages-intérêts, 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile et les dépens, avec exécution provisoire de plein droit. Chaque dossier se chiffre selon sa gravité, dans le cadre fixé par le texte de la loi du 6 juillet 1989 et ses textes d’application : pièce condamnée, durée du trouble, troubles de santé, relogement temporaire payé de votre poche, meubles perdus. Chiffrez chaque poste avec des pièces — factures, attestations, certificats — et ne regroupez pas tout dans une somme globale inexpliquée : un préjudice détaillé s’indemnise mieux qu’un préjudice affirmé.

Enfin, si le bailleur reste inerte même après condamnation, le droit commun de l’inexécution offre une voie redoutable : « Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation », « Il peut demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin » et « Il peut aussi demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution » (article 1222 du code civil). Pour des travaux de ventilation ou d’isolation d’un montant maîtrisé et devisé, faites autoriser par le juge l’exécution à vos frais avancés puis le remboursement : cette menace, chiffrée par devis et adossée à une mise en demeure restée sans réponse, débloque plus de dossiers que des années de relances téléphoniques.

B. À Paris et en Île-de-France : le juge compétent, le préfet, et les réflexes qui font gagner

À Paris, le juge compétent est le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, qui statue au pôle civil de proximité pour les litiges de baux d’habitation : c’est lui qui a rendu les deux décisions parisiennes citées dans cet article, l’une au fond le 16 avril 2026, l’autre en référé le 27 mars 2025. Saisissez-le par assignation délivrée par un commissaire de justice, après votre mise en demeure et, sauf urgence, après la commission départementale de conciliation de Paris, dont l’adresse et les permanences figurent sur les sites officiels de la préfecture et du département. En cas d’urgence manifeste — pièce devenue dangereuse, enfant malade, arrêté préfectoral en cours — la voie du référé permet d’obtenir rapidement une injonction de travaux ou, comme dans l’ordonnance du 27 mars 2025, l’organisation judiciaire de l’accès au logement pour travaux : le juge y a condamné le locataire « à laisser l’accès au logement » et « à libérer les lieux » le temps des travaux, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la signification de l’ordonnance, en précisant que passé ce délai, les deux obligations sont assorties d’une astreinte de 150 euros par jour de retard pendant trois mois. Ce niveau d’astreinte montre que le juge parisien ne plaisante pas avec l’exécution : demandez des montants à la hauteur de l’enjeu, surtout face à un bailleur institutionnel ou un multipropriétaire pour qui 20 euros par jour ne représentent rien.

Le deuxième réflexe francilien consiste à articuler le procès civil et la police administrative de l’habitat. La loi confie au préfet et au maire des pouvoirs propres : « La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d’Etat » (article L. 511-1 du code de la construction et de l’habitation). Concrètement, signalez par écrit votre situation au service d’hygiène de votre mairie d’arrondissement à Paris, ou de votre commune en petite et grande couronne, avec photos et constat à l’appui, et adressez une copie à l’agence régionale de santé d’Île-de-France. L’inspecteur qui se déplace établit un rapport ; si les désordres relèvent de l’insalubrité ou d’un danger, le préfet prend un arrêté qui impose les travaux au propriétaire dans un délai fixé, avec astreinte administrative possible. Cet arrêté devient la colonne vertébrale de votre dossier civil : le juge n’a plus à se demander si les travaux sont nécessaires, il lui suffit de les ordonner et d’en fixer les modalités. Dans l’ordonnance parisienne de mars 2025, les travaux ordonnés étaient exactement ceux imposés par l’arrêté du préfet de la région d’Île-de-France du 2 août 2023 : la boucle entre l’administratif et le judiciaire était bouclée, et le locataire récalcitrant comme le bailleur défaillant se sont trouvés également contraints.

Le troisième réflexe concerne les aides et les organismes payeurs, souvent oubliés dans les locations parisiennes modestes. Si vous percevez une aide au logement, l’organisme payeur informé de l’indécence peut suspendre ou conserver l’aide et surtout informer le bailleur de son obligation de mise en conformité, et la loi prévoit que cette information vaut demande de mise en conformité par le locataire. Autrement dit, un signalement à la caisse d’allocations familiales de Paris vaut juridiquement mise en demeure de mise en conformité : il fait courir les délais et ouvre la voie judiciaire sans que vous ayez à rédiger un acte de plus. Vérifiez toutefois votre situation avec prudence : la suspension de l’aide ne vous dispense pas de payer votre part de loyer, et tout impayé reste un impayé. L’articulation entre l’aide, le loyer et la consignation ordonnée par le juge mérite d’être exposée clairement dans votre assignation pour éviter toute mauvaise lecture de votre relevé de compte par le tribunal.

Quatrième réflexe, propre aux immeubles parisiens anciens : identifiez la cause collective quand elle existe. Infiltrations par la façade, souches de cheminée dégradées, gouttières rompues, vide sanitaire inondé, ventilation collective condamnée lors de travaux anciens : ces causes relèvent des parties communes et engagent la copropriété autant que votre bailleur. Votre action contre le bailleur reste première — c’est lui votre cocontractant, tenu d’une obligation de résultat — mais signalez-lui par écrit, dès la mise en demeure, que le désordre semble venir des parties communes, afin qu’il se retourne contre le syndic au lieu de vous renvoyer vers lui. À Paris, où les copropriétés débattent pendant des années avant de voter des travaux de façade, cette anticipation évite que votre dossier ne s’enlise dans le triangle locataire-bailleur-syndic : le juge condamne le bailleur à faire, y compris à faire voter et à faire exécuter par la copropriété, et l’astreinte court pendant que le bailleur s’organise. Gardez enfin chaque preuve d’aggravation saisonnière : un dossier qui montre que le désordre empire à chaque automne depuis trois ans obtient des délais plus courts et des astreintes plus lourdes qu’un dossier qui semble découvrir le problème la semaine de l’assignation.

Conclusion

L’humidité et les moisissures ne sont pas le prix normal d’une location parisienne à l’automne : dès qu’elles traduisent un défaut du gros œuvre, de l’étanchéité ou de la ventilation, le logement cesse d’être décent et le bailleur manque à son obligation de résultat. La méthode qui gagne devant le juge des contentieux de la protection tient en quatre temps : documenter la cause autant que les effets, mettre en demeure par écrit en visant les textes, saisir la conciliation puis le juge, et demander ensemble les travaux précis, l’astreinte, la réduction ou la consignation du loyer et l’indemnisation détaillée. Les décisions parisiennes de 2025 et 2026 montrent que cette mécanique fonctionne, y compris contre les bailleurs les plus inertes, et que l’appui d’un arrêté préfectoral ou d’un signalement à la caisse d’allocations familiales accélère encore les choses. Ne laissez pas une troisième saison humide passer : chaque mois de retard est un mois de trouble que vous auriez pu faire constater, chiffrer et réparer.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».