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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Louer une cave ou un sous-sol aménagé : ce que le bailleur risque en 2026

Vous avez aménagé votre cave en petit studio pour le louer, ou vous venez d’acheter un appartement dont le sous-sol a été transformé en chambre d’appoint avec salle d’eau. Les travaux sont propres, le locataire est prêt à emménager, et le loyer attendu soulagera vos charges. Puis le syndic vous écrit que le règlement de copropriété réserve les caves au stockage, ou la mairie vous réclame une déclaration préalable que vous n’avez jamais déposée, ou le locataire découvre que le plafond culmine à deux mètres et saisit le juge pour faire baisser le loyer. La réponse tient en une règle que l’administration formule sans détour : une cave enterrée sans éclairement naturel suffisant « ne peut jamais être louée » Autour de cet interdit absolu s’articulent trois verrous que cet article démonte successivement : le local doit être décent et salubre, sa transformation en logement suppose une autorisation d’urbanisme même sans gros travaux, et en copropriété la destination fixée par le règlement prime l’usage que vous projetez. Chacun de ces verrous a son juge, ses sanctions et ses preuves, et les ignorer coûte beaucoup plus cher que les travaux eux-mêmes : remise en état sous astreinte, loyers réduits ou suspendus, dommages et intérêts, amende pénale et obligation de reloger l’occupant.

Deux réserves avant d’entrer dans le détail. D’abord, chaque situation dépend de documents que seul votre dossier contient : le règlement de copropriété et l’état descriptif de division de votre immeuble, le plan local d’urbanisme de votre commune, le règlement sanitaire de votre département et les caractéristiques exactes du local, notamment sa hauteur sous plafond et son éclairement. Ensuite, les décisions de justice citées ici illustrent comment les juges appliquent les textes à des cas concrets ; elles ne prédisent pas l’issue de votre litige, que seul le juge saisi de votre dossier tranchera. Cet article est une information générale sur le droit applicable au 7 octobre 2026, date de consultation des sources officielles citées.

I. Le local lui-même : est-il habitable et louable ?

A. La décence et la salubrité tranchent avant le bail

Le droit français ne laisse pas le bailleur seul juge de ce qui peut être loué. Le décret du 30 janvier 2002 pose le principe en une phrase : « Un logement décent est un logement qui répond aux caractéristiques définies par le présent décret. » Et la loi du 6 juillet 1989 oblige le bailleur en des termes qui ne souffrent aucune zone grise : « Le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement décent ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé, exempt de toute infestation d’espèces nuisibles et parasites, répondant à un niveau de performance minimal au sens de l’article L. 173-1-1 du code de la construction et de l’habitation et doté des éléments le rendant conforme à l’usage d’habitation. » Une cave aménagée à la hâte échoue presque toujours à ce premier examen, pour trois raisons que les juges vérifient méthodiquement.

La première raison est dimensionnelle et lumineuse. Le décret exige : « Le logement dispose au moins d’une pièce principale ayant soit une surface habitable au moins égale à 9 mètres carrés et une hauteur sous plafond au moins égale à 2,20 mètres, soit un volume habitable au moins égal à 20 mètres cubes. » Or les caves parisiennes et de petite couronne plafonnent souvent entre 1,90 et 2,10 mètres, et les entresols ou souplex bricolés rognent encore la hauteur avec les faux plafonds, les gaines et les canalisations apparentes. L’administration ajoute un critère que le mètre ruban ne mesure pas : la pièce principale destinée au séjour et au sommeil doit disposer d’un éclairement naturel suffisant et d’un ouvrant donnant à l’air libre, étant précisé que l’administration applique le test dit de la lecture en plein jour : pouvoir lire sans éclairage artificiel, installé au centre de la pièce, par temps clair (fiche officielle). Un soupirail de quarante centimètres donnant sur une cour anglaise, une fenêtre condamnée ou un simple puits de lumière ne passent pas ce test de la lecture en plein jour. Et pour la cave enterrée sans lumière naturelle, l’interdit est total : elle ne peut jamais être louée, quels que soient les travaux réalisés.

La deuxième raison tient à la salubrité du local. Le décret impose le clos et le couvert, l’étanchéité à l’air, des matériaux et revêtements sans risque manifeste pour la santé, des réseaux d’électricité et de gaz en bon état et une ventilation fonctionnelle. Les caves cumulent les handicaps naturels : humidité par remontées capillaires, moisissures, radon dans certains sols, ventilation insuffisante et installations électriques ajoutées sans mise aux normes. La cour d’appel de Paris l’a rappelé le 9 juin 2022 : « Dit que le logement situé [Adresse 1]) donné à bail par M. [X] [B] à M. [D] [W] du 9 septembre 2005 au 15 juin 2017 n’était pas conforme aux critères d’un logement décent, » et « Condamne Mme [J] [V] épouse [N], venant aux droits de M. [X] [B] à payer à M. [D] [W] la somme de 1.300 euros en réparation du trouble de jouissance subi; » (cour d’appel de Paris, pôle 4, chambre 3, 9 juin 2022, RG 18/09880, au regard du décret du 30 janvier 2002, de l’arrêté préfectoral parisien de 1979 et du code de la construction et de l’habitation ; l’agence a en outre été condamnée à 400 euros pour manquement à son obligation d’information). L’enseignement dépasse le cas d’espèce : quand le local est structurellement impropre, ni la bonne foi du bailleur ni l’intermédiaire professionnel ne font écran, et le juge chiffre le trouble année par année.

La troisième raison est la plus sévère : l’insalubrité constatée par l’administration. « La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d’Etat. » Concrètement, l’agence régionale de santé ou le service communal d’hygiène constate l’état du local, puis le maire ou le préfet peut ordonner des travaux avec interdiction temporaire d’habiter, voire la démolition avec interdiction définitive, le tout exécutable aux frais du propriétaire en cas d’inexécution. Et le décret sur la décence verrouille la porte de sortie : « Le logement qui fait l’objet d’un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l’insalubrité pris en application de l’article L. 511-11 du code de la construction et de l’habitation ne peut être considéré comme un logement décent. » Un arrêté vaut donc présomption irréfragable d’indécence : tant qu’il n’est pas levé, aucun bail d’habitation ne peut régulariser la situation. Ajoutez que le règlement sanitaire de votre département et les arrêtés municipaux peuvent interdire spécifiquement l’habitation en sous-sol ou fixer des hauteurs et des surfaces minimales plus exigeantes : à Paris, l’arrêté préfectoral de 1979 continue de servir de référence aux juges aux côtés du décret national.

Le propriétaire qui occupe lui-même son sous-sol aménagé n’échappe pas à tout contrôle. L’administration lui impose les critères de salubrité protégeant la santé des personnes et la prévention des risques d’incendie ou d’effondrement, avec les mêmes pouvoirs d’injonction du maire ou du préfet. Mais c’est la mise en location qui déclenche l’arsenal complet : décence, salubrité, règlement sanitaire départemental, et les sanctions civiles et administratives qui vont avec.

B. Le locataire et l’administration disposent de leviers puissants

Le locataire d’une cave aménagée n’est pas démuni, loin de là. La loi lui ouvre d’abord la voie amiable puis judiciaire sans remettre en cause son bail : « Si le logement loué ne satisfait pas aux dispositions des premier et deuxième alinéas de l’article 6, le locataire peut demander au propriétaire sa mise en conformité sans qu’il soit porté atteinte à la validité du contrat en cours. » Autrement dit, le bail signé sur un local indécent n’est pas nul pour autant : il reste valable, et c’est au bailleur de mettre le local en conformité. A défaut d’accord dans les deux mois, la commission départementale de conciliation peut être saisie, sans que cette saisine soit un préalable obligatoire au juge.

Devant le juge, l’addition peut être lourde pour le bailleur. « Le juge saisi par l’une ou l’autre des parties détermine, le cas échéant, la nature des travaux à réaliser et le délai de leur exécution. » Puis : « Il peut réduire le montant du loyer ou suspendre, avec ou sans consignation, son paiement et la durée du bail jusqu’à l’exécution de ces travaux. » Réduction du loyer, suspension avec ou sans consignation, injonction de travaux sous délai : le juge dose la sanction selon la gravité, et il transmet sa décision au représentant de l’Etat dans le département, ce qui peut déclencher le volet administratif de la procédure. La cour d’appel de Paris a fixé le curseur le 7 décembre 2023 : « il convient de fixer à 10.000 euros le montant des dommages et intérêts dus par la SCI Chyra à Mme [V] au titre du préjudice subi résultant de l’occupation pendant plus de 4 ans des lieux qui ne pouvaient être loués aux fins d’habitation compte tenu de leur indécence » (cour d’appel de Paris, pôle 4, chambre 3, 7 décembre 2023, RG 21/13948). Le manquement du bailleur à son obligation de délivrance d’un logement décent, lié notamment à une surface et un volume habitables insuffisants, était caractérisé. Quatre ans d’indécence valent ici dix mille euros : rapporté à votre cave, le contentieux coûte vite plusieurs années de loyers espérés.

L’administration, elle, frappe autrement. L’avertissement officiel mérite d’être lu en entier : Selon la fiche officielle, louer sans respecter le règlement sanitaire départemental et les caractéristiques de décence et de salubrité expose à des sanctions civiles (réduction ou suspension du loyer, dommages et intérêts) comme administratives (contravention, astreinte financière jusqu’à la réalisation des travaux, interdiction d’habiter avec obligation de relogement du locataire). Trois menaces se cumulent donc : le juge civil qui rogne le loyer et indemnise le locataire, l’autorité administrative qui interdit d’habiter et astreint aux travaux, et l’obligation de reloger l’occupant aux frais du propriétaire. Sur ce dernier point, la loi est explicite : « Le propriétaire ou l’exploitant est tenu d’assurer le relogement ou l’hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l’article L. 521-3-1. » Le bailleur qui louait une cave pour arrondir ses fins de mois peut ainsi se retrouver à payer l’hôtel du locataire expulsé de son propre local, en plus des travaux et des dommages et intérêts.

Face à cet empilement, la méthode du bailleur diligent tient en quatre gestes avant toute signature. Mesurer la pièce principale et la hauteur sous plafond, puis appliquer le test de la lecture en plein jour au centre de la pièce. Faire vérifier l’électricité, la ventilation et l’humidité par un professionnel, et conserver ses attestations. Consulter le règlement sanitaire de son département et les arrêtés municipaux applicables, car Paris et beaucoup de grandes villes ajoutent leurs propres interdictions d’habiter en sous-sol. Enfin, ne jamais promettre par écrit, dans l’annonce ou le bail, un usage d’habitation que le local ne peut pas tenir : chaque mention « studio », « chambre » ou « logement » devient une pièce du dossier adverse. Le locataire, de son côté, a intérêt à photographier le local à l’entrée, à mesurer et à faire constater par huissier ou par un technicien les défauts d’éclairement et de hauteur, et à adresser sa demande de mise en conformité par écrit avant de saisir la conciliation puis le juge.

II. L’immeuble et la mairie gardent leur mot à dire

A. Changer la destination du local exige une déclaration préalable

Beaucoup de propriétaires raisonnent en travaux : pas de mur porteur touché, pas de façade modifiée, donc pas d’autorisation. Ce raisonnement est faux, et la Cour de cassation l’a tranché. Le code de l’urbanisme soumet à permis de construire les constructions neuves : « Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d’un permis de construire. » Surtout, les changements de destination des constructions existantes relèvent de la déclaration préalable, et le texte vise notamment « Les changements de destination d’un bâtiment existant entre les différentes destinations définies à l’article R. 151-27 », les locaux accessoires étant réputés avoir la même destination que le local principal. Transformer une cave, un garage ou une réserve en logement, c’est changer de destination au sens de ces textes, même si aucun mur ne bouge.

L’administration applique cette grille avec une précision redoutable aux sous-sols. Pour la transformation d’un garage en sous-sol en habitation, la règle affichée est la suivante : la transformation de 5 m² ou moins de surface close et couverte de garage en habitation est dispensée de formalité d’urbanisme (fiche officielle) Mais dès que le seuil est dépassé : la transformation de plus de 5 m² de surface close et couverte de garage en habitation est, selon la même fiche, « toujours soumise à DP, sans plafond » de surface. Retenez la formule « toujours soumise à DP, sans plafond » : contrairement aux extensions classiques, où les seuils de 20 ou 40 mètres carrés font basculer vers le permis de construire, la transformation d’un garage de sous-sol en logement relève dans tous les cas de la déclaration préalable dès 5 mètres carrés, et la modification de l’aspect extérieur du bâtiment impose une DP même en dessous du seuil. Ajoutez que les travaux créant de la surface de plancher ou de l’emprise au sol au-delà de certains seuils basculent vers le permis, notamment « Les travaux ayant pour effet la création d’une surface de plancher ou d’une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés », et que votre commune, à travers son plan local d’urbanisme, peut interdire purement et simplement l’habitation en sous-sol dans certaines zones ou imposer des prescriptions sur les accès, le stationnement et les réseaux. A Paris, le dossier se dépose par voie dématérialisée auprès du guichet électronique unique.

Le contentieux pénal de l’urbanisme donne la mesure du risque. Le 3 septembre 2024, la chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi d’un propriétaire qui avait transformé sans déclaration un hôtel en logements donnés en location : « M. [U] [G] a formé un pourvoi contre l’arrêt de la cour d’appel de Montpellier, chambre correctionnelle, en date du 8 septembre 2023, qui, pour infractions aux codes de l’environnement et de l’urbanisme, l’a condamné à 25 000 euros d’amende, a ordonné la remise en état des lieux sous astreinte et a prononcé sur les intérêts civils. » (Cour de cassation, chambre criminelle, 3 septembre 2024, pourvoi n° 23-85.489 ; 5 000 euros au profit de la commune pour son préjudice moral). Le point de droit tranché intéresse directement votre cave : pour déclarer le prévenu coupable, « l’arrêt attaqué énonce que, depuis le 1er octobre 2007, la réglementation des autorisations d’urbanisme reconnaît expressément qu’il existe des changements de destination sans travaux, soumis en ce cas à déclaration préalable. » Le changement de destination d’une construction existante, même non accompagné de travaux, doit donc faire l’objet d’une déclaration préalable en vertu des articles L. 421-1 et R. 421-17 du code de l’urbanisme. L’argument « je n’ai fait que meubler et repeindre » est juridiquement inopérant : c’est l’usage nouveau du local, l’habitation pérenne en lieu et place du stockage ou du stationnement, qui déclenche l’obligation.

Et les sanctions ne s’arrêtent pas à l’amende. « Le fait d’exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 et L. 421-5-3 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d’aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d’une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d’une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l’article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. » Comptez donc jusqu’à 6 000 euros par mètre carré, plus six mois d’emprisonnement en cas de récidive, des peines qui peuvent viser l’utilisateur du sol, le bénéficiaire des travaux, l’architecte, l’entrepreneur ou toute personne responsable de leur exécution. Et le tribunal peut ordonner « soit sur la mise en conformité des lieux ou celle des ouvrages avec les règlements, l’autorisation ou la déclaration en tenant lieu, soit sur la démolition des ouvrages ou la réaffectation du sol en vue du rétablissement des lieux dans leur état antérieur. » Démolition de l’aménagement, réaffectation du sol, publication du jugement aux frais du condamné : la remise en état judiciaire efface en quelques lignes des mois de travaux et de loyers.

N’oubliez pas le volet fiscal, qui surprend toujours. Les travaux qui rendent le sous-sol habitable peuvent générer une taxe d’aménagement et, le cas échéant, une taxe d’archéologie préventive, avec un simulateur officiel en ligne, et ils ont une incidence sur les impôts fonciers par revalorisation de la valeur locative. Le centre départemental des impôts fonciers est l’interlocuteur désigné. Un local transformé sans déclaration cumule donc quatre dettes potentielles : fiscale, administrative, civile et pénale.

B. En copropriété, la cave reste une cave jusqu’à décision contraire

Le troisième verrou est le plus méconnu des propriétaires, et le plus souvent fatal en pratique. Le statut de la copropriété fait du règlement, et non du propriétaire, le maître de la destination des lots : « Un règlement conventionnel de copropriété, incluant ou non l’état descriptif de division, détermine la destination des parties tant privatives que communes, ainsi que les conditions de leur jouissance », et « Le règlement de copropriété ne peut imposer aucune restriction aux droits des copropriétaires en dehors de celles qui seraient justifiées par la destination de l’immeuble, telle qu’elle est définie aux actes, par ses caractères ou sa situation. » Si l’état descriptif qualifie votre lot de « cave » et que le règlement réserve les sous-sols au stockage, aux stationnements ou aux locaux techniques, y installer un logement contrevient à la destination de l’immeuble, quelles que soient la qualité des travaux et la bonne foi du propriétaire.

La loi organise la liberté du copropriétaire dans des limites strictes : « Chaque copropriétaire dispose des parties privatives comprises dans son lot ; il use et jouit librement des parties privatives et des parties communes sous la condition de ne porter atteinte ni aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l’immeuble. » Et elle prévoit le cas exact de votre cave : « Lorsque la modification de la destination de parties privatives à usage autre que d’habitation, à l’exception des locaux commerciaux, en locaux d’habitation contrevient à la destination de l’immeuble, elle est soumise à l’approbation de l’assemblée générale, qui statue à la majorité prévue à l’article 24. » Traduction pratique : avant de transformer votre cave en studio, faites voter l’assemblée générale. Sans ce vote, le syndicat des copropriétaires peut agir en remise en état, et il gagne presque à tout coup quand la destination est claire. Le 24 mars 2026, le tribunal judiciaire de Paris a ainsi jugé : « CONDAMNE M. [Q] [I] et Mme [V] [T] épouse [I] à remettre les lots n°39 et 40 en état en leur restituant une affectation de caves ; » et « ORDONNE que cette condamnation soit assortie d’une astreinte provisoire de 100 euros par jour passée le délai de six mois après la signification du présent jugement ; » (tribunal judiciaire de Paris, 8e chambre, 1re section, 24 mars 2026, RG 23/00874). Cent euros par jour : l’astreinte transforme chaque mois de résistance en trois mille euros de dette envers le syndicat, outre les dépens et les frais irrépétibles.

La cour d’appel de Paris a ajouté le 17 décembre 2025 une précision qui douche les espoirs d’indemnisation des occupants de caves litigieuses : dans une affaire portant sur un lot de sous-sol désigné comme cave, elle a jugé que « M. [Z] est légitime à solliciter l’indemnisation d’un préjudice de jouissance correspondant à une cave, mais non d’un appartement. » et que « son préjudice indemnisé à hauteur de 4500 euros apparaît avoir été justement apprécié par le tribunal (75 euros x 60 mois) » (cour d’appel de Paris, pôle 4, chambre 2, 17 décembre 2025, RG 21/17532 ; lot de sous-sol désigné comme cave, faute de justification d’un préjudice supérieur après les travaux de réfection). Autrement dit, même quand le syndicat doit réparer et indemniser, la cave s’indemnise comme une cave : le juge refuse de valoriser au prix de l’habitation un local qui n’en a ni le statut ni la destination. C’est la contrepartie logique de l’article 9 de la loi de 1965, que la cour vise expressément : chacun use librement de son lot, mais dans la limite de sa destination.

Un jugement nuance utilement ce tableau sévère, et il faut le connaître pour ne pas surestimer les chances du syndicat quand le dossier est mal ficelé. Le 28 mai 2025, le tribunal judiciaire de Nice a débouté un syndicat qui demandait le rétablissement de la destination initiale d’une cave : le tribunal a relevé que « M. [S] [H] ne produit aucune pièce probante permettant d’en attester, les photos versées aux débats n’étant ni datées ni suffisamment précises. » (tribunal judiciaire de Nice, 4e chambre civile, 28 mai 2025, RG 23/02455 ; le syndicat, qui n’alléguait ni ne démontrait aucun préjudice imputable à une violation du règlement, a été condamné aux dépens et à 2 000 euros au titre des frais irrépétibles). Le syndicat a été condamné aux dépens et à 2 000 euros au titre des frais irrépétibles. La leçon vaut pour les deux camps : le syndicat doit prouver la transformation par des pièces datées et précises, procès-verbal de constat, rapport d’expert, état descriptif comparé, et le copropriétaire mis en cause doit conserver tout ce qui établit l’ancienneté et la nature réelle de son aménagement. En copropriété, le procès de la cave se gagne sur pièces, pas sur principes.

Le voisinage ajoute un dernier étage au contentieux. Un sous-sol habité génère des troubles spécifiques : bruits de ventilation et d’extracteurs, allées et venues nocturnes dans les parties communes, condensations et infiltrations vers les caves voisines, occupation des cours anglaises. Le droit commun s’applique sans aménagement : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Et depuis la codification du trouble anormal de voisinage : « Le propriétaire, le locataire, l’occupant sans titre, le bénéficiaire d’un titre ayant pour objet principal de l’autoriser à occuper ou à exploiter un fonds, le maître d’ouvrage ou celui qui en exerce les pouvoirs qui est à l’origine d’un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage est responsable de plein droit du dommage qui en résulte. » Le voisin enfumé par l’extracteur de votre studio de sous-sol ou réveillé par les allées et venues n’a pas besoin de démontrer votre faute : le trouble anormal suffit à engager votre responsabilité de plein droit, que vous soyez propriétaire, bailleur ou occupant.

Reste le cas de l’acheteur qui découvre après la vente que la « chambre en sous-sol » vantée par l’annonce est une cave impropre à l’habitation et privée d’autorisation. Outre les recours contre le vendeur sur le fondement de la garantie des vices cachés et du dol, ce dossier suppose de vérifier l’acte de vente, les diagnostics, le règlement de copropriété et les autorisations d’urbanisme avant d’assigner : les pièces et les délais décident de tout, et un inventaire précoce évite les forclusions. Pour structurer cette vérification, l’analyse d’un avocat en droit immobilier à Paris permet de confronter l’usage promis à la destination réelle du lot. Et quand le litige porte sur ce que le vendeur savait et a tu sur l’habitabilité du sous-sol, les conditions d’une action pour vice caché immobilier doivent être examinées avec l’acte et les diagnostics en main, avant l’expiration des délais.

Conclusion

Une cave aménagée sans vérification cumule quatre risques que les décisions de 2022 à 2026 chiffrent sans indulgence : un loyer réduit ou suspendu et jusqu’à 10 000 euros de dommages et intérêts pour quatre ans d’indécence, une remise en état ordonnée au syndicat sous 100 euros d’astreinte par jour, une amende pénale pouvant atteindre 6 000 euros par mètre carré avec démolition de l’aménagement, et un relogement de l’occupant à vos frais assorti d’une interdiction d’habiter. La méthode qui évite ce cumul tient en quatre vérifications dans l’ordre : mesurer et éclairer, en appliquant le seuil de 9 mètres carrés et 2,20 mètres de hauteur et le test de la lecture en plein jour, car une cave enterrée sans éclairement naturel suffisant ne peut jamais être louée ; déclarer en mairie le changement de destination, la déclaration préalable étant due même sans travaux et sans plafond de surface pour les garages de sous-sol de plus de 5 mètres carrés ; faire voter l’assemblée générale quand la transformation d’un local non destiné à l’habitation en logement contrevient à la destination de l’immeuble ; écrire enfin un bail et, en cas d’achat, un acte qui décrivent le local tel qu’il est et non tel qu’on le rêve. Si l’une de ces quatre vérifications échoue, le projet doit être abandonné ou repensé avant toute signature : c’est le prix, modeste, de la tranquillité que les juges rappellent à chaque arrêt.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».