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Avis n° 2026-03 de la Commission consultative des trésors nationaux

Saisie par la ministre de la culture, en application de l’article R. 111-11 du code du patrimoine,
Vu le code du patrimoine, notamment ses articles L. 111-2, L. 111-4 et R. 111-11 ;
Vu les demandes de certificat d’exportation déposées le 17 avril 2026, relatives à trois éléments peints par Paul Cezanne et ayant fait partie du décor de la Bastide du Jas de Bouffan, Aix-en-Provence, Arbres au bord de la rivière (dit aussi Paysage romantique aux pêcheurs – Arbres au bord de la rivière), Ciel entre les arbres (dit aussi Paysage romantique aux pêcheurs – Ciel entre les arbres) et La ferme (dit aussi Paysage avec cascade – La ferme), peintures à l’huile sur plâtre transposées sur toile, 1862-1864 ;
La Commission régulièrement convoquée et constituée, réunie le 16 juillet 2026,
Après en avoir délibéré,
Considérant que les biens pour lesquels le certificat d’exportation est demandé constituent de rares fragments d’œuvres du début de la carrière de Paul Cezanne (1839-1906), originaire d’Aix-en-Provence dont il est l’artiste emblématique et un des principaux pionniers de l’art moderne ; qu’ils sont issus du décor conçu par Cezanne pour le grand salon de la bastide du Jas de Bouffan, demeure familiale située alors aux environs d’Aix et acquise en 1859 par son père, qui l’avait autorisé à y faire ses premières armes en tant que peintre en le laissant disposer à son gré de l’alcôve et des murs de cette pièce ; que le programme iconographique développé sur une période de dix ans, comprend deux cycles décoratifs autour des saisons et des heures du jour, souvent présents dans les maisons bourgeoises provençales et les bastides de campagne, dont les différentes parties ont disparu, à la suite de la revente de la demeure en 1899, après avoir été soit détachées, soit recouvertes de papier peint, ou les deux, par le nouveau propriétaire, Louis Granel, et ses descendants ; qu’après la réalisation pour l’alcôve, probablement entre 1860 et 1862 de Quatre saisons personnifiées par autant de figures féminines, entourant par paires un portrait du père de l’artiste, ce portrait datant lui-même plutôt de 1865, et, pour les murs situés à l’autre extrémité de la pièce par rapport à l’alcôve, de L’Entrée d’un port, redécouverte au Jas sous des repeints en 2023, et de L’Entrée d’un château, appartenant aujourd’hui à une collection particulière, Cezanne a exécuté de 1862 à 1864, sans doute en deux temps avant et après un séjour à Paris, deux grands paysages, placés juste après l’alcôve en face à face, et illustrant les heures du jour ; que celui intitulé Paysage romantique aux pêcheurs, auquel appartiennent Ciel entre les arbres et Arbres au bord d’une rivière, lesquels, superposés dans la composition, forment le même bouquet d’arbres sur son bord droit, figure le soir dans ce cycle, avec la représentation d’un coucher de soleil et dénote un rapprochement formel avec des productions de Claude Gellée dit le Lorrain ; que ce panneau, resté apparemment longtemps caché par du papier peint, a été divisé en huit tableaux transposés sur toile pour être vendus séparément en 1960, en même temps que deux parties du second paysage, Paysage avec cascade ; que cette autre composition, découpée en trois pièces, soit La ferme, correspondant à sa partie supérieure gauche, La chute d’eau, qui en constitue le côté droit, et Le baigneur au rocher rajouté dans la scène inférieure gauche par Cézanne vers 1867-1869 et détaché en premier, dès 1912, représente, dans le cycle des heures, l’orage de l’après-midi, avec une nature tourmentée sous un ciel sombre, inspirée de la tradition du paysage nordique, en particulier du peintre néerlandais Jacob van Ruisdael ; que ces trois fragments, en dépit d’un état fragile, lié à la transposition sur toile d’œuvres exécutées à même les murs, sont de précieux témoins du seul grand décor peint par Cezanne au Jas de Bouffan, lieu de son premier atelier et d’expérimentation libre durant la genèse de son art, et font partie des derniers éléments encore en mains privées sur le territoire national de cet ensemble aujourd’hui dispersé ;
Qu’en conséquence, ces biens présentent un intérêt majeur pour le patrimoine national du point de vue de l’histoire et de l’art et doivent être considérés comme des trésors nationaux ;
Emet un avis favorable au refus des certificats d’exportation demandés.
Pour la Commission :
Le président,
P. BARBAT

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».