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Fibre Excellence : liquidation judiciaire avec poursuite d’activité, offre de reprise et droits des salariés et des créanciers

Le dossier Fibre Excellence de Saint-Gaudens est entré dans une phase décisive le 24 août 2026. Selon les informations de presse publiées ce jour-là, une offre de reprise annoncée autour de 90 millions d’euros a été déposée au greffe du tribunal de commerce. Le projet présenté par la Région Occitanie, avec plusieurs partenaires industriels dont Soprema, viserait le maintien de l’activité et d’environ 270 emplois. L’audience est annoncée pour le 8 septembre, avec une décision susceptible d’intervenir le 15 septembre, tandis que des ajustements restent possibles avant l’examen des offres. Ces dates doivent toutefois être distinguées d’une décision de cession : tant que le tribunal n’a pas arrêté un plan, aucun repreneur ne peut se présenter comme définitivement désigné.

La difficulté vient de la coexistence de deux notions souvent confondues : la liquidation judiciaire et la poursuite provisoire de l’activité. La liquidation ne signifie pas que tous les contrats cessent le jour même ni que les salariés doivent renoncer à toute perspective de reprise. Elle transfère le pouvoir de décision au liquidateur, organise la vérification du passif et peut permettre la préparation d’une cession. Une offre doit alors être examinée selon l’emploi conservé, la solidité du financement, la continuité industrielle et l’apurement du passif. Les fournisseurs, salariés, dirigeants, actionnaires et candidats repreneurs ne disposent pas des mêmes droits et ne doivent pas produire les mêmes pièces.

I. Que signifie la liquidation judiciaire avec poursuite d’activité et que devient l’offre de reprise de Fibre Excellence ?

A. La liquidation judiciaire avec poursuite d’activité permet-elle encore de sauver l’usine et les emplois ?

La liquidation judiciaire intervient lorsque le débiteur est en cessation des paiements et que son redressement est manifestement impossible. L’article L. 640-1 du code de commerce le formule ainsi : « Il est institué une procédure de liquidation judiciaire ouverte à tout débiteur mentionné à l’article L. 640-2 en cessation des paiements et dont le redressement est manifestement impossible. » Le jugement n’est donc pas une simple alerte financière. Il ouvre une procédure collective dont les effets touchent les pouvoirs du dirigeant, les poursuites individuelles, les contrats, les actifs et les créances.

Dans un dossier industriel, le tribunal peut néanmoins autoriser une poursuite temporaire de l’activité. L’article L. 641-10 du code de commerce permet cette continuation lorsqu’une cession totale ou partielle est envisageable ou lorsque l’intérêt public ou celui des créanciers l’exige. L’objectif n’est pas de transformer la liquidation en redressement durable. Il s’agit de préserver, pendant une période déterminée, une activité autonome, des emplois, des équipements, des contrats et une valeur de cession qui disparaîtraient en cas d’arrêt immédiat.

Cette distinction est essentielle pour Fibre Excellence. L’annonce d’une offre et le maintien temporaire de l’usine ne signifient pas que l’entreprise est sortie de liquidation. Le liquidateur demeure chargé de la procédure. Il rassemble les informations financières, organise les consultations utiles, vérifie les créances et présente au tribunal les offres répondant au calendrier fixé. Les dirigeants historiques ne retrouvent pas, par le seul dépôt d’un projet industriel, le pouvoir de vendre les actifs, de sélectionner les salariés repris ou de conclure librement de nouveaux engagements au nom de la société.

Le jugement d’ouverture emporte aussi un dessaisissement. Selon l’article L. 641-9 du code de commerce, « Le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire emporte de plein droit, à compter de sa date, le dessaisissement pour le débiteur de l’administration et de la disposition de ses biens ». Le débiteur peut continuer à recevoir certaines informations et à coopérer, mais les actes qui engagent le patrimoine de la société doivent être accomplis dans le cadre de la procédure. Un fournisseur qui négocie directement avec un ancien dirigeant doit donc vérifier qui a qualité pour signer et à quelle date l’engagement est né.

Le dessaisissement ne supprime pas toute intervention du dirigeant. Le dirigeant connaît les machines, les équipes, les clients, les normes industrielles et les risques de sécurité. Son concours peut être indispensable à la poursuite de l’activité. Il doit cependant agir comme interlocuteur de la procédure, transmettre les codes, les contrats et les données comptables, signaler les risques et éviter toute utilisation personnelle des actifs. La meilleure protection consiste à formaliser les demandes du liquidateur et les réponses apportées, plutôt qu’à donner des instructions informelles aux salariés ou aux clients.

Une liquidation avec poursuite d’activité suit donc trois temporalités. La première est celle du fonctionnement quotidien : produire, sécuriser le site, maintenir les installations indispensables et honorer les dépenses postérieures autorisées. La deuxième est celle de l’examen des offres : recevoir les candidatures, comparer les financements, vérifier les emplois et apprécier les contrats repris. La troisième est celle de la réalisation des actifs et de la distribution du prix : si une cession est arrêtée, les actifs sont transférés selon le plan ; si aucune offre sérieuse n’aboutit, la poursuite prend fin et les actifs peuvent être cédés séparément.

Les salariés doivent éviter une conclusion trop rapide à partir d’un titre de presse. Le maintien annoncé de 270 emplois constitue un objectif du projet présenté, non une garantie individuelle de reprise. Le nombre de postes, les catégories concernées, les lieux de travail, les rémunérations variables, l’ancienneté et les contrats transférés dépendront du plan retenu et des décisions qui en découleront. Un salarié doit conserver son contrat, ses bulletins de paie, les courriels de l’employeur, les horaires, les éléments de variable et toute notification du liquidateur ou de l’administrateur lorsqu’un tel intervenant est désigné.

La situation des créanciers est également différente selon la date de leur créance. Une facture livrée avant le jugement d’ouverture relève en principe du passif antérieur et doit être déclarée. Une prestation demandée après le jugement pour les besoins de la poursuite peut relever d’un régime postérieur privilégié, à condition de démontrer qu’elle est née régulièrement et qu’elle a été utile à la procédure ou à l’activité. Cette séparation interdit de regrouper toutes les factures dans une seule demande sans tableau chronologique.

Le cas de Fibre Excellence montre enfin pourquoi la valeur industrielle ne suffit pas à elle seule. Une usine peut conserver des machines, des clients et un savoir-faire tout en nécessitant un financement important pour l’énergie, les matières premières, la maintenance, la dépollution et la remise à niveau technique. Le tribunal doit pouvoir vérifier la trésorerie disponible, les engagements des partenaires, les autorisations administratives, le calendrier des investissements et les risques de mise en œuvre. Une offre très élevée mais non financée peut être moins protectrice qu’un projet moins spectaculaire mais immédiatement exécutable.

B. Comment le tribunal choisit-il l’offre et que deviennent les contrats de Fibre Excellence ?

La cession d’une entreprise en liquidation a une finalité précise. L’article L. 642-1 du code de commerce indique que « La cession de l’entreprise a pour but d’assurer le maintien d’activités susceptibles d’exploitation autonome, de tout ou partie des emplois qui y sont attachés et d’apurer le passif ». Le tribunal ne vote donc pas un projet industriel uniquement parce qu’il est médiatiquement attractif. Il recherche l’équilibre entre activité autonome, emplois effectivement maintenus et paiement des créanciers dans la limite du prix et des règles de répartition.

Le candidat repreneur doit remettre une offre écrite dans le délai fixé. L’article L. 642-2 du code de commerce prévoit que l’offre doit notamment présenter les biens et contrats nécessaires, les prévisions d’activité et de financement, le prix, le niveau d’emploi, les garanties d’exécution et les modalités de financement. Une intention politique ou une conférence de presse ne remplace pas ce document. Le liquidateur doit pouvoir comparer des éléments vérifiables : montant disponible, apport, dette bancaire, garanties, calendrier de paiement et identité des investisseurs.

Pour Fibre Excellence, l’échéance annoncée du 3 septembre pour les ajustements et l’audience du 8 septembre imposent aux parties de travailler avec un calendrier très court. Un salarié qui souhaite comprendre le périmètre de reprise doit demander les informations accessibles sur les postes concernés et suivre les communications de la procédure. Un fournisseur doit vérifier si son contrat est présenté comme indispensable à la poursuite. Un candidat écarté doit conserver son offre, ses échanges et la raison précise de son exclusion s’il entend discuter la régularité du processus.

Le tribunal retient l’offre qui présente les meilleures garanties globales. L’article L. 642-5 du code de commerce vise notamment le maintien de l’emploi, le paiement des créanciers et les garanties d’exécution. Ces critères doivent être lus ensemble. Un projet qui reprend davantage de personnes mais n’a pas de financement ferme peut être fragilisé. À l’inverse, une offre financée mais qui supprime l’essentiel des postes peut répondre imparfaitement à l’objectif de la cession. Le jugement doit permettre de comprendre pourquoi le projet choisi est réalisable et comment ses engagements seront contrôlés.

Les contrats ne sont pas tous transférés automatiquement. L’article L. 642-7 du code de commerce permet au tribunal de déterminer les contrats de crédit-bail, de location ou de fourniture nécessaires au maintien de l’activité et de les transférer avec le plan. Le contrat doit être identifié et utile à l’exploitation reprise. Une licence logicielle, un contrat de maintenance, une fourniture de gaz, un bail industriel ou un contrat de traitement des déchets peuvent avoir une importance différente selon la nature de l’usine et les conditions exigées par le cocontractant.

Les cocontractants doivent donc lire l’offre et le jugement, pas seulement le communiqué du repreneur. L’article R. 642-7 du code de commerce prévoit la convocation de certains cocontractants ou titulaires de sûretés au moins quinze jours avant l’audience lorsque le tribunal doit statuer sur ces contrats ou sur l’affectation des sûretés. La convocation permet de formuler des observations et de signaler une difficulté concrète : impayés, transfert interdit, agrément nécessaire, dépendance à une autorisation ou conditions techniques incompatibles avec le projet.

Le prix de cession n’est pas réparti comme une recette ordinaire de la société. L’article L. 642-12 du code de commerce organise notamment la répartition du prix entre les biens grevés de sûretés et les créanciers concernés. Un créancier nanti ou hypothécaire doit donc identifier l’actif, le rang de sa sûreté, l’état des inscriptions et la part du prix affectée. Une facture impayée sans sûreté n’est pas traitée comme un financement garanti par un nantissement de matériel, même si les deux créances figurent dans le même état comptable.

Le tribunal peut arrêter un plan de cession total ou partiel. La Cour de cassation, chambre commerciale, dans son arrêt du 1er juillet 2026, pourvoi n° 25-16.192, publié au Bulletin, a énoncé que « L’arrêté d’un plan de cession, qu’il soit total ou partiel, fait obstacle à l’extension de la procédure de liquidation judiciaire ». Cette décision est accessible sur le site officiel de la Cour de cassation. Elle rappelle qu’une cession arrêtée produit des effets propres sur le périmètre de la procédure. Elle ne signifie pas que toute offre annoncée est déjà un plan : seule la décision du tribunal fixe le cadre juridiquement opposable.

Une offre peut aussi échouer après son adoption si le financement n’est pas versé ou si une condition essentielle n’est pas remplie. Le candidat doit donc mesurer ses garanties et ses engagements. Le liquidateur peut demander des preuves bancaires, des lettres de garantie, des engagements d’investisseurs et des explications sur les autorisations. Les partenaires industriels doivent distinguer une contribution ferme d’une simple lettre d’intention. Les représentants des salariés peuvent demander que les engagements d’emploi soient rédigés avec un périmètre précis : établissement, poste, durée, date de prise d’effet et conséquences en cas de non-respect.

Pour un fournisseur, le choix du contrat repris est parfois plus important que le montant de sa créance. Le transfert d’un contrat peut maintenir une relation commerciale, mais il ne garantit pas le paiement des factures antérieures. Les sommes dues avant le jugement restent soumises à la procédure collective, sauf régime particulier. Les sommes dues pour les livraisons postérieures doivent être facturées à la bonne entité, avec une preuve de la commande et de l’utilité pour la poursuite. Un fournisseur doit éviter de livrer sur la seule promesse orale d’un repreneur non encore désigné.

Le dossier doit enfin distinguer la décision du 15 septembre annoncée comme possible et les formalités qui suivent. Un jugement de cession doit être lu dans son intégralité : actifs compris, contrats transférés, emplois repris, prix, garanties, conditions de paiement, obligations du cessionnaire et mesures concernant les licenciements. La publication ou la diffusion d’un résumé ne permet pas de calculer seule les droits d’un créancier ou d’un salarié. Le conseil utile commence par la version datée du jugement et les pièces auxquelles il renvoie.

II. Que doivent faire les salariés, les créanciers et le dirigeant avant l’audience de reprise ?

A. Quels recours et quelles pièces pour les salariés et les fournisseurs ?

La première démarche consiste à établir une chronologie. Chaque personne doit noter la date du jugement d’ouverture ou de liquidation, la date de la facture ou de la prestation, la date du dernier paiement, la date d’une livraison, la date de réception d’un courrier et les échéances annoncées par le tribunal. Dans le dossier Fibre Excellence, les dates du 24 août, du 3 septembre, du 8 septembre et du 15 septembre ne jouent pas le même rôle. Le dépôt d’une offre, la clôture d’une période d’ajustement, l’audience et le délibéré éventuel sont des étapes distinctes.

Pour les salariés, les documents prioritaires sont le contrat de travail et ses avenants, les six à douze derniers bulletins de paie, les relevés d’heures, les éléments de rémunération variable, les justificatifs de congés, les échanges sur l’activité partielle ou les retards de paiement et toute lettre de licenciement. Les salariés doivent aussi conserver les informations diffusées par le liquidateur, le représentant des salariés, le comité social et économique et les organisations syndicales. Un dossier individuel permet de vérifier la créance salariale, le maintien du contrat en cas de cession et la régularité d’une rupture.

La garantie des salaires obéit à un régime spécifique. L’article L. 3253-8 du code du travail prévoit l’intervention de l’assurance de garantie des salaires pour les sommes dues au jour du jugement d’ouverture et pour certaines créances liées à la rupture du contrat, notamment pendant la période de continuation et dans les délais prévus par le texte. Le salarié ne doit pas en déduire que toute somme sera versée sans vérification. Les plafonds, la nature de la créance, la date de rupture et la transmission des relevés par les organes de la procédure peuvent modifier le montant effectivement garanti.

Un salarié qui constate un retard de salaire doit le signaler par écrit au liquidateur et conserver la preuve de l’envoi. Le courrier doit indiquer les mois concernés, les montants bruts et nets connus, les bulletins manquants, les primes et les pièces disponibles. Une demande générale disant que « tout est impayé » rend le contrôle plus difficile. Lorsque les heures supplémentaires, l’intéressement ou une indemnité de rupture sont discutés, il faut joindre les relevés et expliquer le calcul. Les demandes contradictoires doivent être rectifiées rapidement pour éviter une contestation sur la réalité de la créance.

En cas de cession, le sort du contrat de travail dépend du périmètre retenu par le jugement et des règles de transfert applicables. La chambre sociale de la Cour de cassation a rappelé dans son arrêt du 12 mai 2021, pourvoi n° 19-19.454, que le contrat repris par le cessionnaire doit être apprécié au regard de l’effet légal du transfert. La décision est disponible sur le site officiel de la Cour de cassation. Le salarié doit donc comparer son poste réel, son établissement et les activités reprises avec le dispositif du jugement, sans se contenter d’une annonce sur le nombre global d’emplois.

Pour les fournisseurs, la déclaration de créance doit identifier le montant dû et son origine. L’article L. 622-24 du code de commerce prévoit que les créanciers antérieurs, à l’exception de certaines créances salariales, déclarent leurs créances au mandataire ou au liquidateur dans le délai applicable. La déclaration peut être provisionnelle ou évaluée lorsque le montant n’est pas définitivement connu. Elle doit toutefois être suffisamment précise pour permettre la vérification : contrat, bon de commande, facture, livraison, pénalités, avoirs, intérêts et paiements reçus.

Une facture impayée avant le jugement ne devient pas une créance postérieure parce qu’elle est relancée après le jugement. La date de la livraison ou de l’exécution est déterminante, sous réserve des règles propres à chaque contrat. À l’inverse, une prestation réalisée après le jugement à la demande du liquidateur ou pour les besoins de la poursuite doit être isolée. L’article L. 622-17 du code de commerce organise le paiement à l’échéance des créances nées régulièrement après le jugement pour les besoins de la procédure ou de la période d’observation, avec un privilège lorsqu’elles restent impayées. Le fournisseur doit prouver la demande, la date, l’utilité et la livraison.

La déclaration ne doit pas attendre l’issue du plan. L’audience de reprise peut déterminer l’avenir industriel sans régler immédiatement chaque facture antérieure. Un fournisseur qui attend de savoir quel repreneur sera retenu risque de laisser passer le délai de déclaration ou de perdre les documents nécessaires. Il peut déclarer le montant connu, préciser les sommes contestées et actualiser selon la procédure. Les intérêts, clauses pénales et indemnités doivent être séparés du principal et rattachés à leur fondement contractuel.

Un créancier titulaire d’une sûreté doit joindre l’acte constitutif, la preuve de l’inscription, la désignation exacte du bien et les documents démontrant le montant garanti. Une sûreté sur une machine ne garantit pas automatiquement toutes les prestations réalisées pour l’usine. Une réserve de propriété suppose que la clause ait été acceptée dans les conditions exigées et que le bien soit identifiable. Le fournisseur doit également vérifier si le bien a été incorporé, transformé ou revendu, car l’action en revendication suit des conditions distinctes de la simple déclaration de créance.

Les représentants des salariés et les créanciers peuvent formuler des observations sur une offre, mais leurs intérêts ne sont pas identiques. Un salarié cherchera la préservation de son contrat et la sécurisation de ses droits. Un fournisseur cherchera le paiement, la poursuite du contrat ou la restitution d’un bien. Un créancier public pourra défendre une créance fiscale ou sociale avec ses propres règles. Les observations doivent donc être concrètes : nombre de postes, montant de l’investissement, contrat indispensable, sûreté menacée, risque de rupture d’approvisionnement, autorisation administrative ou capacité de financement.

La situation des sous-traitants mérite une attention particulière. Une entreprise industrielle peut dépendre de prestataires de maintenance, de transport, de traitement de déchets ou de contrôle des émissions. Le sous-traitant doit vérifier si son contrat fait partie de ceux que le tribunal peut transférer et s’il a reçu une demande régulière de poursuivre. Il peut proposer une période de transition avec paiement comptant, acompte ou garantie. Une intervention technique sans ordre écrit, dans l’espoir d’être payé par le futur repreneur, crée un risque important lorsque la cession n’est pas encore arrêtée.

Un salarié ou un créancier qui envisage un recours doit aussi identifier la décision contestée. Il peut s’agir du jugement de liquidation, d’une ordonnance sur un contrat, de l’admission ou du rejet d’une créance, du plan de cession ou d’une rupture du contrat de travail. Chaque acte a son délai et son interlocuteur. Une lettre au tribunal ne remplace pas nécessairement une déclaration au liquidateur. Une déclaration de créance ne constitue pas un recours contre un rejet. Une contestation du nombre de postes repris ne permet pas, à elle seule, de demander le paiement d’une facture.

La préparation peut suivre une liste simple : récupérer le jugement et les notifications, classer les pièces par date, séparer les créances antérieures et postérieures, vérifier le contrat ou le poste concerné, calculer les montants, demander les informations manquantes par écrit et noter le délai applicable. Cette méthode évite deux erreurs fréquentes : envoyer un dossier très volumineux sans demande précise, ou attendre une réponse médiatique alors que la procédure impose un acte daté auprès du liquidateur ou du greffe.

B. Le dirigeant ou l’actionnaire peut-il encore agir et quels risques après la liquidation ?

Le dirigeant historique peut contribuer à la recherche d’un repreneur, mais il ne dispose pas d’une liberté identique à celle d’une société in bonis. Le dessaisissement résultant de l’article L. 641-9 impose de distinguer la coopération technique et l’acte de disposition. Signer une vente d’actif, déplacer une machine, reconnaître une dette, abandonner une créance ou modifier un contrat sans l’accord de l’organe compétent peut aggraver la situation. Le dirigeant doit conserver les courriels et procès-verbaux qui montrent les instructions reçues et demander une validation écrite pour les décisions sensibles.

Le dirigeant ou l’actionnaire ne peut pas toujours présenter une offre de reprise. L’article L. 642-3 du code de commerce encadre et, dans plusieurs situations, interdit l’acquisition de l’entreprise par le débiteur, les dirigeants, leurs proches ou les personnes qui contrôlaient la société, sous réserve des exceptions prévues par le texte. Cette règle vise à prévenir une reprise à prix réduit qui ferait disparaître les dettes sans offrir les garanties attendues d’un tiers. Une offre liée à un ancien dirigeant doit être examinée avec une transparence particulière sur les investisseurs, les liens capitalistiques et les conditions financières.

Le dirigeant doit aussi préparer la défense de sa gestion. La liquidation n’établit pas automatiquement une faute personnelle. Une action en responsabilité pour insuffisance d’actif suppose d’identifier une faute de gestion ayant contribué à l’insuffisance. L’article L. 651-2 du code de commerce encadre cette action et exclut la simple négligence. Il faut donc conserver les comptes, les décisions d’investissement, les alertes adressées aux associés, les demandes de financement, les échanges avec les banques et les mesures prises pour réduire les charges. Effacer ou modifier après coup les documents comptables détruit une preuve qui pouvait être utile.

La Cour de cassation, chambre commerciale, a rappelé dans son arrêt du 6 mars 2024, pourvoi n° 22-21.584, que « La condamnation d’un dirigeant sur le fondement du texte susvisé est subordonnée à l’existence d’une insuffisance d’actif certaine ». L’arrêt n° 115 F-D peut être consulté sur le site officiel de la Cour de cassation. Cette exigence ne protège pas un dirigeant contre toute action, mais elle interdit de fonder une condamnation sur un déficit hypothétique ou sur une simple impression de mauvaise gestion. Le dossier doit établir l’insuffisance, la faute et la contribution causale.

La rémunération du dirigeant ne suffit pas davantage à déterminer sa responsabilité. Dans un arrêt du 9 décembre 2020, pourvoi n° 18-24.730, la chambre commerciale a examiné la responsabilité du dirigeant au regard de sa rémunération et des règles de gestion, et non d’une opposition simpliste entre dirigeant payé et dirigeant bénévole. La décision est accessible sur le site officiel de la Cour de cassation. Le dirigeant doit donc répondre sur les actes précis : paiements préférentiels, poursuite abusive, absence de déclaration de cessation des paiements, investissements irréalistes, détournements ou décisions prises malgré une information complète sur le risque.

Un actionnaire non dirigeant doit distinguer sa qualité de propriétaire de sa participation effective à la gestion. Le seul fait de détenir des actions ne prouve pas une faute de gestion. En revanche, une personne qui donne des instructions, signe des engagements, contrôle les comptes ou se comporte comme dirigeant de fait peut être exposée à une analyse différente. Les procès-verbaux, délégations, pouvoirs bancaires, échanges avec les clients et organigrammes peuvent devenir utiles. La qualification ne dépend pas uniquement du titre inscrit au registre.

La contestation d’une décision du liquidateur doit être orientée vers le bon acte. Un dirigeant qui reproche au liquidateur de ne pas examiner une offre doit identifier le délai de dépôt, les pièces manquantes et la décision qui a refusé l’examen. Un candidat qui conteste la sélection doit démontrer une différence de traitement, une violation du calendrier ou une offre mieux documentée. Une critique générale de la stratégie industrielle ne suffit pas. Les candidats doivent également mesurer le risque de diffuser des informations confidentielles concernant les clients, les salariés ou les installations sensibles.

La même prudence s’impose pour les communications publiques. Une entreprise en liquidation peut subir une perte de confiance, mais un ancien dirigeant ne doit pas promettre le paiement des dettes au nom d’un repreneur non désigné. Un communiqué peut décrire une offre et son objectif, sans garantir l’issue du délibéré. Les clients et fournisseurs doivent demander la confirmation juridique des engagements. Les salariés doivent conserver les communications et relever les contradictions entre un discours public, l’offre écrite et le jugement.

À Paris et en Île-de-France, la méthode reste la même pour un fournisseur, un investisseur ou un dirigeant qui intervient dans le dossier d’une société industrielle située dans un autre ressort. La localisation du cabinet ou du conseil ne déplace pas automatiquement la compétence du tribunal de la procédure. Il faut partir du jugement, du greffe compétent, du liquidateur désigné et des clauses contractuelles. Un échange à distance peut permettre de préparer la déclaration de créance, l’analyse d’un contrat ou la lecture d’une offre, mais les délais du tribunal saisi restent prioritaires.

Le cabinet présente ses ressources générales sur le droit des affaires. Ce lien ne remplace pas l’examen du jugement de liquidation ni les documents de la société. Dans un dossier urgent, il est utile de transmettre la notification, la facture ou le contrat concerné, l’identité de l’interlocuteur de la procédure et la demande précise : déclarer une créance, préserver un droit sur un bien, analyser un transfert de contrat, répondre à une rupture ou contester une décision.

Avant l’audience, un dirigeant peut préparer quatre dossiers séparés : le dossier financier, avec trésorerie, dettes et garanties ; le dossier industriel, avec équipements, autorisations, clients et investissements ; le dossier social, avec emplois, contrats et compétences ; le dossier procédural, avec jugement, offres, convocations et échanges. Cette séparation facilite les réponses aux demandes du liquidateur. Elle évite aussi de présenter comme une garantie financière une simple projection commerciale ou de confondre un poste maintenu pendant la poursuite avec un poste repris par le futur cessionnaire.

Pour un repreneur, la due diligence doit inclure les dettes antérieures, les créances postérieures, les stocks, les contrats transférables, les autorisations, les baux, les garanties, les coûts de dépollution et les litiges. Il doit calculer la trésorerie nécessaire avant le premier chiffre d’affaires. Les engagements sur l’emploi doivent être compatibles avec la production réellement financée. Les sociétés qui apportent un soutien industriel doivent préciser si leur engagement est une garantie, un prêt, un apport, un contrat commercial ou une lettre d’intention. Le tribunal ne peut apprécier correctement l’offre que si cette distinction est lisible.

Enfin, tous les intéressés doivent surveiller le moment où le plan devient opposable. Après le jugement, les contrats repris et les emplois concernés doivent être lus à la lumière du dispositif et non des seules motivations. Les créanciers doivent suivre la réalisation et la répartition du prix. Les salariés doivent vérifier leur employeur, leur ancienneté et les conditions de leur contrat. Le dirigeant doit conserver les éléments utiles à sa défense et respecter les demandes du liquidateur. Une reprise réussie repose sur la précision des documents autant que sur l’annonce du montant investi.

Conclusion

La liquidation judiciaire de Fibre Excellence avec poursuite provisoire de l’activité laisse ouverte une possibilité de cession, mais elle ne vaut pas encore reprise définitive. L’offre déposée le 24 août, le maintien annoncé de 270 emplois et l’investissement envisagé autour de 90 millions d’euros devront être examinés par le tribunal selon le calendrier de la procédure. L’audience du 8 septembre et le délibéré annoncé comme possible le 15 septembre ne remplacent pas le jugement de cession. Le liquidateur reste l’interlocuteur central pour les créances, les contrats et la poursuite de l’exploitation.

Les salariés doivent réunir leur contrat, leurs bulletins de paie et les preuves des sommes dues, puis suivre le dispositif social finalement arrêté. Les fournisseurs doivent séparer les créances antérieures des prestations postérieures, déclarer leurs factures dans le délai et vérifier le sort de leurs contrats et sûretés. Les dirigeants doivent coopérer sans accomplir d’acte de disposition hors procédure et préparer les éléments permettant de répondre à une éventuelle action en insuffisance d’actif. Les candidats repreneurs doivent documenter le financement, les emplois, les contrats et les garanties d’exécution.

La bonne décision dépendra donc de pièces datées et vérifiables : jugement, offre écrite, garanties financières, état des contrats, liste des emplois, déclarations de créances et notifications. Une actualité industrielle peut évoluer en quelques jours ; les droits procéduraux, eux, se perdent lorsque le délai n’est pas surveillé. Toute personne concernée par Fibre Excellence ou par une liquidation avec poursuite d’activité doit agir à partir de son propre intérêt juridique, sans confondre le sauvetage annoncé d’un site avec le règlement automatique des dettes ou le maintien automatique de chaque contrat.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».