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Avis n° 2026-01 de la Commission consultative des trésors nationaux

Saisie par la ministre de la culture, en application de l’article R. 111-11 du code du patrimoine,
Vu le code du patrimoine, notamment ses articles L. 111-2, L. 111-4 et R. 111-11 ;
Vu la demande de certificat d’exportation déposée le 28 octobre 2025, relative à un tableau de Gustave CAILLEBOTTE, Boulevard vu d’en haut, huile sur toile, signé et daté en bas à gauche, 1880 ;
La Commission régulièrement convoquée et constituée, réunie le 14 janvier 2026 ;
Après en avoir délibéré ;
Considérant que le bien pour lequel le certificat d’exportation est demandé constitue une des œuvres les plus inventives et singulières de Gustave Caillebotte (1848-1894), artiste français majeur du XIXe siècle, lié au mouvement impressionniste, dont il a été un mécène et collectionneur important ; que ce concentré de modernité parisienne dépeint vraisemblablement une petite portion du trottoir du 31, boulevard Haussmann, située sous le balcon de l’appartement de Caillebotte qui s’y était installé avec son frère Martial en 1879, dans une section de voirie ouverte en 1868 et représentative du nouvel urbanisme de la capitale ; que cette composition magistrale, qui organise un contraste entre l’aspect minéral de la rue et la présence du vivant, accentué par l’absence d’ombres portées et la géométrisation des formes, sépare l’espace par une ligne oblique en deux parties, unifiées par le ramage d’un arbre, avec un tiers de la toile occupée par la chaussée pavée et le reste par le trottoir ; que ce paysage urbain, dénué d’horizon et de cadre architectural pour se concentrer sur le sol, sous lequel se trouve le point de fuite, donne à voir en surplomb, avec son cadrage original, l’ordonnancement de la rue haussmannienne, répondant aux prescriptions du « service des promenades et plantations », et fait partie d’une petite série de trois rares « vues d’en haut » peintes en 1880, avec Vue prise à travers un balcon et Un refuge, boulevard Haussmann, dans lesquelles Caillebotte radicalise l’expression de cet point de vue, auquel il s’intéresse depuis le début de sa carrière ; que ce Boulevard vu d’en haut, qui apparait comme l’aboutissement de ses expérimentations picturales en la matière, est la plus importante des trois, par le caractère novateur de sa plongée verticale et de son effet de zoom, bien que ces concepts liés à la photographie et au cinéma soient à l’époque encore inexistants, et la seule d’entre elles que l’artiste choisit de présenter publiquement, parmi une sélection de dix-sept de ses œuvres, lors de l’exposition impressionniste de 1882 ; que cette voie n’a visiblement pas été poursuivie par le peintre, en raison soit d’une réception mitigée du tableau par la critique contemporaine, soit parce qu’il s’agissait d’un simple essai artistique sans intention de le reproduire, ni par d’autres artistes avant la fin du XIXe siècle ; que, même si le tableau n’a pas été exposé de 1882 à 1951, il a connu une postérité certaine dans les domaines de la photographie et du début du cinéma des années 1880-1900 puis des avant-gardes du XXe siècle ; que cette peinture emblématique, l’une des plus audacieuses réalisées par Caillebotte, par la modernité du sujet et de la mise en page, qui représente une grande réussite plastique, demeurée dans la descendance familiale de l’artiste jusqu’à nos jours et en très bon état de conservation, est la dernière vue urbaine parisienne de cette importance encore en mains privées sur le territoire national ;
Qu’en conséquence, ce bien présente un intérêt majeur pour le patrimoine national du point de vue de l’histoire et de l’art et doit être considéré comme un trésor national,
Emet un avis favorable au refus du certificat d’exportation demandé.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».