Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Panne Orange Sosh du 21 octobre 2026 : entreprise sans reseau, constater, GTR, resilier et obtenir reparation

Ce mercredi 21 octobre 2026, le réseau mobile Orange et celui de Sosh, qui utilise ses infrastructures, subissent une panne nationale depuis la fin de matinée. Selon Le Point, qui publie à 12h38 un article consacré à la panne nationale de ce 21 octobre, les premiers signalements apparaissent aux alentours de 11h20, avec plus de 11 000 signalements recensés en fin de matinée, des difficultés pour appeler, envoyer des SMS et utiliser les données mobiles 4G et 5G, plusieurs régions concernées dont l’Île-de-France, la Bretagne et l’Occitanie, et à 12h30 aucune heure officielle de rétablissement annoncée par l’opérateur, qui indique sur X que ses équipes techniques travaillent au rétablissement. À la date de rédaction du présent article, l’origine exacte de l’incident n’est pas établie par une source officielle, aucune responsabilité n’est établie, et les développements juridiques qui suivent décrivent les vérifications utiles dans toute situation comparable, à partir des contrats signés et des textes applicables, seuls à primer avec l’appréciation du juge en cas de litige.

Pour une entreprise, une coupure de quelques heures ne se résume pas à un désagrément. Les lignes mobiles servent à joindre les clients, valider les commandes, recevoir les codes de double authentification bancaire, piloter les interventions, encaisser avec des terminaux connectés et garder l’accès aux outils en ligne. Quand tout s’arrête en pleine journée de travail, chaque heure compte deux fois : d’abord pour maintenir l’activité, ensuite pour préserver les droits futurs. Le réflexe utile consiste à traiter la panne comme un dossier contentieux potentiel dès la première heure, sans attendre de savoir combien de temps elle durera. Les entreprises qui obtiennent ensuite réparation sont celles qui ont constaté proprement, activé les garanties contractuelles, mis en demeure dans les formes et chiffré leur préjudice avec méthode.

Le droit français donne un cadre solide à cette démarche, à condition de partir du contrat réellement signé. Les offres professionnelles comportent souvent une garantie de temps de rétablissement, des engagements de continuité et des pénalités ou plafonds propres. Le Code civil pose ensuite les sanctions de l’inexécution et les conditions de la résolution et de la réparation. Et un jugement récent du tribunal des activités économiques de Nanterre du 3 septembre 2026, rendu dans une affaire où une société de services informatiques avait été privée pendant 59 jours de sa ligne professionnelle, montre comment un juge écarte un plafond contractuel et indemnise la perte d’exploitation quand le manquement est caractérisé. Cet article expose la méthode complète : constater et sécuriser la continuité le jour même, puis résilier si nécessaire, chiffrer et obtenir réparation, avec les spécificités parisiennes et franciliennes.

I. Constater la panne et sécuriser la continuité de l’activité le jour même

L’entreprise qui subit la panne nationale du 21 octobre 2026 doit agir sur deux plans à la fois : garder une trace exploitable de l’interruption et maintenir son activité avec les moyens de secours prévus par son contrat. Les juges tranchent sur pièces. Une coupure racontée de mémoire, sans capture, sans signalement horodaté et sans relevé d’activité, vaut peu face à un opérateur qui produit ses propres journaux techniques. À l’inverse, un dossier horodaté dès le premier jour, adossé aux engagements contractuels et aux textes, permet d’exiger le rétablissement rapide, puis d’en tirer les conséquences financières.

A. Prouver la coupure par des éléments datés et vérifiables

La première question posée par les internautes ce 21 octobre est simple : comment prouver une panne de réseau mobile quand tout le monde est touché. La réponse tient en une règle de preuve rappelée par le Code civil : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. » L’entreprise qui réclame le rétablissement, des pénalités ou des dommages-intérêts doit donc prouver l’inexécution qu’elle invoque, c’est-à-dire la coupure, sa durée et ses effets. Entre commerçants, cette preuve reste libre, puisque « A l’égard des commerçants, les actes de commerce peuvent se prouver par tous moyens à moins qu’il n’en soit autrement disposé par la loi », ce qui autorise captures, journaux, constats et attestations, à condition qu’ils soient datés, précis et cohérents entre eux.

Concrètement, le jour même, l’entreprise gagne à constituer un dossier horodaté. Les captures d’écran des téléphones affichant l’absence de service, les messages d’échec d’appels et de SMS, les relevés de l’espace client professionnel et les courriels ou tickets d’incident adressés à l’opérateur forment le premier niveau. Les signalements publics aident à situer l’événement dans le temps : Downdetector et les communications de l’opérateur sur X permettent de dater le début collectif de l’incident, ici autour de 11h20 le 21 octobre 2026 selon la presse, avec un pic de plus de 11 000 signalements en fin de matinée. La presse généraliste, comme l’article du Point publié à 12h38, décrit la portée nationale, les services touchés et l’absence d’heure de rétablissement annoncée à 12h30. Ces éléments publics ne remplacent pas la preuve propre à l’entreprise, mais ils corroborent le caractère extérieur de l’incident et écartent l’hypothèse d’un simple dysfonctionnement local.

Le deuxième niveau consiste à mesurer l’effet sur l’activité réelle. Un journal interne des appels manqués, des commandes non validées, des interventions reportées, des terminaux de paiement refusés et des codes d’authentification non reçus donne au préjudice sa matérialité. Les journaux du standard téléphonique, les extraits du logiciel de gestion commerciale, les relevés bancaires montrant l’absence d’encaissements sur la plage de coupure et les échanges avec les clients prévenus du retard complètent utilement le tableau. Pour les entreprises qui dépendent d’un accès permanent, comme une société de services informatiques qui administre à distance les serveurs de ses clients ou un commerce qui encaisse en ligne, cette traçabilité fait le lien entre la coupure technique et la perte économique. Le jugement Nanterre du 3 septembre 2026 illustre l’importance de ce lien : le tribunal y décrit une interruption totale de 59 jours entre le 19 juin et le 14 août 2025, des signalements répétés restés sans rétablissement rapide, une solution de secours inadaptée et des conséquences directes sur la maintenance à distance, la gestion des réservations et la relation client, avant d’en déduire un manquement grave aux engagements professionnels.

Le troisième niveau, souvent décisif, est le constat par commissaire de justice. Faire constater l’absence de réseau sur les postes concernés, l’impossibilité d’émettre et de recevoir, l’état des box de secours et l’heure exacte des essais donne une force particulière au dossier, surtout si la panne se prolonge au-delà de la journée. Le coût du constat reste modique au regard d’un litige à plusieurs milliers d’euros de perte d’exploitation. Les attestations de salariés, de clients et de prestataires qui ont tenté de joindre l’entreprise sans succès renforcent encore l’ensemble. À Paris et en Île-de-France, où la panne est signalée parmi les régions concernées, cette diligence présente un intérêt redoublé : les volumes d’appels et de transactions y sont élevés, les plages de coupure y produisent des effets rapides, et le tribunal des activités économiques de Paris comme le tribunal judiciaire de Paris statuent régulièrement sur des litiges de fourniture professionnelle, avec une exigence constante sur la démonstration précise des plages d’indisponibilité et des pertes. Conserver les factures d’abonnement prouvant le paiement régulier du service professionnel complète le dossier, car l’opérateur ne pourra pas opposer un défaut de paiement du client pour justifier l’interruption.

Enfin, l’entreprise doit adresser dès le jour même un signalement écrit à l’opérateur, par l’espace client professionnel et par courriel avec accusé de réception, en décrivant les lignes touchées, les services interrompus, l’heure de début constatée et l’effet sur l’activité. Ce signalement fait courir la preuve de la diligence du client et servira de point de départ aux demandes de rétablissement, de pénalités et d’indemnisation. Conserver les numéros de tickets, les réponses automatiques et les éventuels SMS d’information de l’opérateur permet de reconstituer la chronologie sans discussion ultérieure.

B. Activer les secours contractuels et exiger le rétablissement rapide

La deuxième question que se posent les dirigeants le 21 octobre est directe : que peut exiger une entreprise de son opérateur pendant une panne nationale. La réponse se trouve d’abord dans le contrat signé, qui tient lieu de loi entre les parties, puisque « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Les offres professionnelles prévoient fréquemment une garantie de temps de rétablissement, des engagements de continuité, des solutions de bascule et des pénalités automatiques ou sur réclamation. Relire le même jour les conditions générales professionnelles et les conditions spécifiques de l’offre permet de connaître le délai contractuel de rétablissement promis, le point de contact dédié aux professionnels, les solutions de secours prévues et le mode de calcul des pénalités. Cette lecture prime sur toute promesse commerciale générale, et elle doit guider chaque demande adressée à l’opérateur.

Au-delà du contrat, le cadre sectoriel impose aux opérateurs des exigences de permanence et de qualité. Le Code des postes et des communications électroniques dispose que l’établissement et la fourniture des services sont libres sous réserve du respect de règles portant sur « Les conditions de permanence, de qualité, de disponibilité, de sécurité et d’intégrité du réseau et du service », avec des obligations de notification des incidents significatifs. Ce texte ne crée pas à lui seul un droit automatique à indemnisation pour chaque abonné, mais il éclaire l’intensité des obligations d’un opérateur professionnel, surtout quand il commercialise une offre dédiée aux entreprises avec des garanties renforcées. L’exécution de bonne foi renforce cette lecture, puisque « Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d’ordre public. » Un opérateur qui laisserait sans réponse les signalements répétés d’un client professionnel, sans proposer de solution de secours opérationnelle, s’expose à voir son comportement examiné sous cet angle.

Sur le plan pratique, l’entreprise doit exiger le rétablissement dans le délai contractuel et, à défaut de délai exprimé, dans un délai adapté à un usage professionnel, en rappelant par écrit la garantie souscrite et l’urgence liée à l’activité. Si le contrat prévoit une garantie de temps de rétablissement, chaque heure de dépassement doit être relevée et réclamée selon la procédure prévue, avec les justificatifs de signalement. Si l’opérateur propose une solution de secours, comme un boîtier de bascule mobile, l’entreprise doit la tester immédiatement et consigner par écrit son caractère opérationnel ou inadapté, par exemple en cas d’absence de couverture mobile exploitable sur le site, situation déjà rencontrée dans le dossier jugé à Nanterre où le boîtier proposé s’était révélé inutilisable. Demander expressément une solution alternative sérieuse, comme un renvoi temporaire, une ligne de secours ou un basculement satellitaire quand il existe dans la gamme de l’opérateur, puis tracer le refus ou l’absence de réponse, évite que l’opérateur soutienne plus tard avoir proposé un secours suffisant.

Quand l’obligation inexécutée peut être satisfaite autrement, le Code civil autorise le créancier, après mise en demeure, à faire exécuter lui-même l’obligation ou à agir en justice pour obtenir les avances nécessaires, car « Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation ou, sur autorisation préalable du juge, détruire ce qui a été fait en violation de celle-ci. Il peut demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin. Il peut aussi demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution ou à cette destruction. » Pour une entreprise privée de réseau, ce texte couvre par exemple la souscription en urgence d’une ligne de secours chez un autre opérateur, l’achat d’un routeur de bascule ou la location d’un accès temporaire, dans un délai et à un coût raisonnables appréciés au regard de l’urgence et de la taille de l’entreprise, avec remboursement réclamé ensuite à l’opérateur défaillant sur justificatifs. La mise en demeure préalable reste la clé : elle doit viser le contrat, décrire l’inexécution, rappeler l’engagement de continuité et impartir un délai de rétablissement bref et explicite, compatible avec les contraintes professionnelles. Cette mise en demeure, adressée le jour même ou au plus tard le lendemain si la panne persiste, servira ensuite pour la résolution, les pénalités et les dommages-intérêts, et son contenu conditionne la suite, comme le montre la suite du raisonnement sur la clause résolutoire et la notification de résolution.

À Paris et en Île-de-France, l’entreprise dispose d’atouts opérationnels immédiats : boutiques professionnelles, agences entreprises et techniciens d’intervention plus proches, possibilité de bascule vers un second opérateur présent dans l’immeuble, espaces de coworking avec fibre redondée pour maintenir l’accueil client et les encaissements. Activer ces secours et en garder les factures permet à la fois de limiter la perte et de documenter le surcoût réclamé ensuite. Les entreprises installées dans des immeubles de bureaux franciliens ont intérêt à prévenir le gestionnaire de l’immeuble et à vérifier si une coupure collective est signalée, afin d’écarter toute cause imputable à leur installation intérieure, que l’opérateur pourrait invoquer pour se dire libéré.

II. Résilier le contrat, chiffrer la perte et obtenir réparation

Quand la panne se prolonge ou se répète, la question change de nature : faut-il rester lié à un opérateur qui n’assure plus la continuité promise, et comment obtenir la réparation de la perte déjà subie. Le Code civil offre une palette graduée qui permet de cumuler les leviers : refuser ou suspendre sa propre prestation, poursuivre l’exécution, réduire le prix, provoquer la résolution et demander réparation, puisque « La partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté, ou l’a été imparfaitement, peut : – refuser d’exécuter ou suspendre l’exécution de sa propre obligation ; – poursuivre l’exécution forcée en nature de l’obligation ; – obtenir une réduction du prix ; – provoquer la résolution du contrat ; – demander réparation des conséquences de l’inexécution. Les sanctions qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulées ; des dommages et intérêts peuvent toujours s’y ajouter. » Pour une entreprise, l’enjeu est de choisir la combinaison adaptée sans commettre elle-même une faute, par exemple en cessant de payer sans motif ou en résiliant hors des formes, ce qui retournerait le litige contre elle.

A. Suspendre, réduire le prix ou résilier sans se mettre en faute

La première interrogation des dirigeants après une panne nationale est de savoir comment quitter un opérateur défaillant ou obtenir une baisse de facture sans être poursuivi pour impayé. La suspension du paiement de l’abonnement pendant la période sans service constitue souvent la demande la plus immédiate. Elle se fonde sur l’exception d’inexécution comprise dans la liste des sanctions, qui permet de refuser ou de suspendre sa propre obligation quand l’autre partie n’exécute pas. En pratique, l’entreprise doit notifier par écrit qu’elle suspend le paiement de la part correspondant à la période d’interruption constatée, en visant les dates précises et les lignes concernées, et en réglant le surplus incontesté. Cette prudence évite la qualification d’impayé général et préserve la position du client si l’opérateur conteste ensuite.

La réduction du prix, autre sanction prévue par le même texte, suppose une exécution imparfaite mais persistante, par exemple un débit fortement dégradé après le rétablissement partiel. Elle doit être demandée par écrit avec la mesure du débit constaté et la comparaison avec le débit contractuel. La résolution, en revanche, met fin au contrat et doit répondre à des conditions strictes. Le Code civil prévoit que « La résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice. » Une coupure nationale de quelques heures, rétablie rapidement avec des excuses et des pénalités versées, suffira difficilement à caractériser à elle seule une inexécution suffisamment grave justifiant la rupture d’un contrat pluriannuel. En revanche, une interruption de plusieurs jours sans secours opérationnel, des signalements répétés sans réponse, ou une panne nationale qui révèle l’absence totale de continuité promise dans une offre professionnelle, peuvent fonder une notification de résolution, surtout après mise en demeure restée sans effet dans le délai imparti par le créancier, délai dont la brièveté doit rester justifiée par l’urgence professionnelle et rappelée dans la notification avec le texte qui la fonde.

Quand le contrat comporte une clause résolutoire visant expressément le défaut de continuité ou de rétablissement, sa mise en œuvre obéit à un formalisme rigoureux, car « La clause résolutoire précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat. La résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l’inexécution. La mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. » L’entreprise doit donc vérifier si son contrat vise la continuité, reproduire la référence exacte de la clause dans la mise en demeure, mentionner expressément qu’elle invoque cette clause, laisser le délai prévu par le contrat puis notifier la résolution en visant à nouveau la clause et la mise en demeure restée sans effet. L’oubli de la mention expresse de la clause dans la mise en demeure prive la résolution de son fondement et expose l’auteur de la rupture à des dommages-intérêts inverses. Quand le contrat ne comporte pas de clause adaptée, la notification de résolution pour inexécution suffisamment grave ou la demande judiciaire de résolution restent ouvertes, avec une exigence accrue sur la gravité et la preuve des manquements répétés.

Dans tous les cas, l’entreprise doit anticiper la portabilité et la continuité : commander la nouvelle ligne avant de résilier quand la portabilité l’exige, vérifier les frais de résiliation anticipée et les restituer dans le chiffrage réclamé si la résiliation est justifiée par la faute de l’opérateur, et conserver les échanges montrant que le départ résulte du manquement et non d’une simple opportunité tarifaire. Les entreprises parisiennes soumises à des pics d’activité, commerces, cabinets, cliniques, sociétés de services, ont intérêt à programmer la bascule hors des heures de pointe et à informer leurs clients du changement de numéro de secours, afin d’éviter que la résiliation ne crée un second préjudice non indemnisable. Le contentieux jugé à Nanterre rappelle que le juge examine l’ensemble du comportement des parties : signalements documentés, courriers de réclamation, mises en demeure et relances restées sans réponse pèsent lourd dans l’appréciation de la gravité, tandis qu’une résiliation brutale sans mise en demeure fragilise la demande.

Un point mérite une vigilance particulière : les clauses qui plafonnent la réparation ou organisent des pénalités forfaitaires survivent en principe à la résolution, ce qui signifie que l’entreprise ne peut pas les ignorer ni les tenir pour effacées par la fin du contrat. La Cour de cassation juge en effet, dans un arrêt du 7 février 2018 rendu sous le pourvoi numéro 16-20.352, que « alors qu’en cas de résolution d’un contrat pour inexécution, les clauses limitatives de réparation des conséquences de cette inexécution demeurent applicables », solution réaffirmée dans un arrêt du 13 novembre 2025 rendu sous le pourvoi numéro 22-22.225 à propos de contrats informatiques avec clause limitative, où la Cour vise à nouveau la même règle. L’entreprise doit donc lire le plafond applicable avant de résilier, calculer ce qu’il couvre et préparer l’argument qui permettrait de l’écarter, notamment la faute lourde ou dolosive, examinée dans la sous-partie suivante. Résilier sans avoir anticipé le plafond applicable expose à voir l’indemnisation réduite au forfait contractuel malgré la gravité de la panne.

B. Chiffrer la perte d’exploitation et écarter le plafond en cas de faute lourde

La dernière question, la plus décisive financièrement, est celle du montant : que peut réclamer une entreprise privée de réseau le 21 octobre 2026, et comment dépasser les plafonds souvent modestes des conditions générales. Le principe de réparation figure dans le Code civil, qui dispose que « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » L’opérateur qui invoque la force majeure pour une panne nationale doit donc établir l’extériorité, l’imprévisibilité et l’irrésistibilité de l’événement, ce qui suppose plus qu’une simple panne technique interne ou une défaillance de maintenance. À la date de rédaction, l’origine de l’incident du 21 octobre 2026 n’est pas établie publiquement, et seule l’instruction technique et contractuelle permettra de dire si cette condition serait réunie dans un dossier donné. L’entreprise n’a pas à trancher ce point le jour même : elle doit consigner les faits, conserver les communications de l’opérateur et réserver ses droits par écrit.

Quand l’inexécution est établie sans force majeure, l’étendue de la réparation dépend du caractère prévisible du préjudice et de l’existence éventuelle d’une faute lourde. Le Code civil prévoit que « Le débiteur n’est tenu que des dommages et intérêts qui ont été prévus ou qui pouvaient être prévus lors de la conclusion du contrat, sauf lorsque l’inexécution est due à une faute lourde ou dolosive. » Pour une offre professionnelle vendue avec des garanties de continuité, la perte d’exploitation liée à une coupure entre dans le champ des suites que les parties pouvaient prévoir, surtout quand le client a décrit son activité dépendante du réseau au moment de la souscription. Les échanges précontractuels, les questionnaires de besoins et les brochures vantant la continuité pour les professionnels servent alors de preuve de cette prévisibilité. Même en cas de faute lourde ou dolosive, la réparation reste encadrée, puisque « Dans le cas même où l’inexécution du contrat résulte d’une faute lourde ou dolosive, les dommages et intérêts ne comprennent que ce qui est une suite immédiate et directe de l’inexécution. » L’entreprise doit donc rattacher chaque poste réclamé à la coupure par un lien direct : commandes perdues pendant la plage sans réseau, interventions facturables reportées, pénalités versées à ses propres clients pour retard, surcoûts de secours, sans y ajouter des espoirs de gains éloignés ou des projets hypothétiques.

Le jugement du tribunal des activités économiques de Nanterre du 3 septembre 2026 fournit un exemple chiffré et vérifié de cette méthode. Dans cette affaire, une société de services informatiques reprochait à l’opérateur une coupure totale de 59 jours, des signalements répétés sans rétablissement rapide et une solution de secours inadaptée, et réclamait 56 256,63 euros de perte de chiffre d’affaires sur le second semestre 2025, outre 10 000 euros de préjudice moral et 10 000 euros au titre des frais irrépétibles. Le tribunal décrit des engagements professionnels de continuité et de rétablissement, une négligence d’une gravité telle qu’elle caractérise une faute lourde, et en déduit que les limitations ou plafonds contractuels ne sont pas applicables, avant d’examiner la comparaison avec un exercice de référence pour conforter l’estimation de la perte. Sans transposer automatiquement cette solution à la panne nationale du 21 octobre 2026, dont la durée et les causes restent à établir dossier par dossier, cet exemple montre le raisonnement attendu : gravité documentée, préjudice comparé à une période de référence, écartement du plafond par la faute lourde, réparation intégrale du préjudice direct. Les lecteurs qui souhaitent comparer les deux situations peuvent relire le récit détaillé de cette coupure de 59 jours et de sa réparation dans l’analyse de la condamnation pour 59 jours sans internet et de la méthode de preuve de la coupure, qui complète utilement la présente démarche centrée sur les réflexes du jour même.

Pour une panne brève comme celle du 21 octobre, le chiffrage doit rester proportionné et rigoureux. Les postes les plus solides sont la part d’abonnement correspondant à la période sans service, les pénalités contractuelles de rétablissement quand le contrat en prévoit, le surcoût des solutions de secours souscrites dans un délai et à un coût raisonnables avec factures à l’appui, les encaissements manqués démontrés par la comparaison avec des journées comparables, et les pénalités effectivement versées à des clients pour des retards directement causés par la coupure. Les attestations d’expert-comptable comparant le chiffre d’affaires des jours concernés à une moyenne de référence, les relevés de terminaux de paiement, les journaux de commandes et les avoirs accordés aux clients donnent au chiffrage sa crédibilité. Le préjudice moral d’une personne morale reste exceptionnel et suppose une atteinte distincte à son image ou à sa crédibilité, démontrée par des pièces propres, et ne peut pas doubler artificiellement la perte d’exploitation. Les entreprises franciliennes, dont les flux journaliers sont élevés, doivent veiller à isoler l’effet de la coupure des variations ordinaires d’activité, en retenant des journées de comparaison proches, à jour ouvré équivalent, et en expliquant la méthode dans une note jointe au chiffrage.

Face à un plafond contractuel, deux voies se combinent. La première consiste à réclamer l’application des pénalités prévues, qui sont dues selon leurs propres conditions sans avoir à démontrer une faute lourde, dans la limite de leur assiette. La seconde consiste à demander l’écartement du plafond en démontrant une faute lourde ou dolosive, c’est-à-dire une négligence d’une exceptionnelle gravité révélant l’inaptitude du débiteur à l’accomplissement de sa mission contractuelle, appréciée au regard des engagements professionnels souscrits et du comportement observé pendant l’incident. L’arrêt du 7 février 2018 cité plus haut, confirmé par l’arrêt du 13 novembre 2025 sous le pourvoi numéro 22-22.225 consultable à l’adresse de la décision de la Cour de cassation du 13 novembre 2025, rappelle que le plafond survit à la résolution, de sorte que l’argument de la faute lourde doit être construit avec soin, pièces à l’appui, et non affirmé de manière générale. Une mise en demeure restée sans réponse, l’absence de secours opérationnel malgré un engagement de continuité et la prolongation anormale de l’interruption forment le faisceau habituellement examiné, sans que la panne nationale du 21 octobre 2026, dont l’instruction reste en cours à la date de rédaction, puisse être qualifiée par avance dans un dossier particulier.

Conclusion

La panne nationale Orange et Sosh du 21 octobre 2026, survenue vers 11h20 avec plus de 11 000 signalements en fin de matinée et sans heure de rétablissement annoncée à 12h30 selon la presse du jour, rappelle une règle simple : l’entreprise qui documente le jour même se donne les moyens d’obtenir réparation, celle qui attend subit la version des faits de l’opérateur. Constater par écrit et par constat, relire la garantie de temps de rétablissement, exiger le rétablissement et les secours par mise en demeure, suspendre ou réduire le prix avec mesure, puis résilier dans les formes quand la gravité le justifie, enfin chiffrer la perte par comparaison avec une période de référence, forment une chaîne dont chaque maillon renforce le suivant. Les textes applicables, du contrat qui tient lieu de loi aux sanctions de l’inexécution, de la mise en demeure préalable au remplacement dans un délai et à un coût raisonnables, et de la prévisibilité du préjudice à l’exception de faute lourde, donnent à cette chaîne son fondement, et le jugement Nanterre du 3 septembre 2026 montre comment un juge l’applique à une coupure professionnelle prolongée. À la date de rédaction, l’origine et la durée définitive de l’incident du 21 octobre restent à établir, aucune responsabilité n’est établie pour cet incident précis, et les contrats signés priment pour chaque entreprise, sous le contrôle du juge en cas de désaccord.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».