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Rachat de SFR : un client professionnel peut-il refuser le transfert de son contrat, de son numéro ou de ses services ?

Le dossier présenté dans la presse comme le « rachat de SFR » est entré dans une phase décisive : le 15 juillet 2026, la Commission européenne a renvoyé à l’Autorité de la concurrence l’examen de la prise de contrôle exclusif par Iliad de certains actifs détenus par Altice France. L’Autorité indique que les projets liés à Iliad, Bouygues Telecom et Orange constituent trois opérations de concentration distinctes mais liées, et que leur instruction devrait durer au moins dix-huit mois. L’annonce officielle sur l’examen du dossier SFR ne signifie donc pas que chaque contrat client change déjà de cocontractant.

Pour une entreprise abonnée à SFR, la question urgente est différente : faut-il accepter un nouveau contrat, une migration de réseau, un changement de facture ou un nouveau numéro ? La réponse dépend de la technique juridique retenue. Un changement d’actionnaire ne produit pas le même effet qu’une cession d’actifs ou qu’une cession de contrat. La portabilité du numéro obéit encore à des règles propres. Ce guide distingue ces situations, précise les documents à exiger et décrit les démarches utiles si la continuité du service, le prix, les garanties ou les délais sont menacés.

I. Le rachat de SFR transfère-t-il automatiquement le contrat du client professionnel ?

A. Un changement d’actionnaire oblige-t-il à signer un nouveau contrat ?

Le mot « rachat » recouvre plusieurs réalités. Une société peut acheter les actions ou les parts de la société qui exploite le réseau et qui a signé l’abonnement. Elle peut aussi acquérir certains actifs, une branche d’activité, une clientèle, des équipements ou des contrats. Enfin, les parties peuvent organiser une cession de contrat au sens du Code civil. Le premier réflexe d’une entreprise cliente consiste à identifier ce qui est réellement vendu et l’identité de la personne morale qui figure sur son contrat, ses factures et ses conditions particulières.

Dans une acquisition de titres, la société cliente de l’opérateur reste en principe la même personne morale. Son numéro SIREN, son fonds de commerce, ses contrats et ses dettes ne disparaissent pas parce que son capital change de mains. Le contrat de télécommunications continue alors avec le même cocontractant, même si la société est désormais contrôlée par un autre groupe. Une clause de changement de contrôle peut toutefois prévoir une information, une autorisation préalable ou une faculté de résiliation. La lecture de cette clause est indispensable : elle ne doit pas être confondue avec une cession de contrat qui ferait passer la qualité de partie à une autre entité.

La définition de l’opération de concentration à l’article L. 430-1 du Code de commerce vise notamment l’acquisition du contrôle d’une entreprise ou de parties d’une entreprise « par prise de participation au capital ou achat d’éléments d’actifs ». Cette qualification sert au contrôle concurrentiel. Elle ne répond pas, à elle seule, à la question de savoir qui est le débiteur de l’obligation de fournir une ligne, un accès internet, une liaison intersites ou un service de téléphonie hébergée. Le contrôle de l’opération par l’Autorité de la concurrence protège le fonctionnement du marché ; il ne vaut pas consentement individuel de chaque client à une modification de son contrat.

Le cadre public confirme cette distinction. L’Autorité de la concurrence explique que son analyse porte sur l’effet de l’opération sur la concurrence et peut conduire à une autorisation, à des engagements ou à une interdiction. Elle précise aussi que les parties doivent attendre la décision finale et qu’un rapprochement anticipé peut constituer un « gun jumping ». De son côté, l’Arcep rappelle, dans son communiqué du 8 juin 2026 relatif au protocole conclu avec Altice, que les obligations attachées aux réseaux demeurent en vigueur pendant l’analyse et la transition si l’opération est autorisée.

Les règles de notification ne créent pas pour autant une période pendant laquelle le client devrait accepter n’importe quelle modification. L’article L. 430-3 du Code de commerce prévoit que « L’opération de concentration doit être notifiée à l’Autorité de la concurrence avant sa réalisation ». L’article L. 430-4 ajoute que « La réalisation effective d’une opération de concentration ne peut intervenir qu’après l’accord de l’Autorité de la concurrence ». Ces textes encadrent l’opération entre entreprises ; ils ne remplacent ni les stipulations de l’abonnement ni les règles civiles relatives à la cession d’un contrat.

La publication de l’Autorité sur SFR indique que l’opération Iliad porte sur « certains actifs détenus par le groupe Altice France » et que les opérations avec Bouygues Telecom et Orange sont liées. Cette formulation impose de rester prudent. Tant que la structure exacte des transferts, les entités repreneuses, les activités concernées et le calendrier de transition ne sont pas communiqués à chaque client, une entreprise ne peut pas déduire de la seule actualité que son contrat sera automatiquement novée, résilié ou remplacé. Elle doit demander une réponse écrite et personnalisée à son opérateur.

Le principe de force obligatoire de l’article 1103 du Code civil s’exprime en une phrase : « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Les tarifs, niveaux de service, pénalités, délais d’intervention, engagements de rétablissement, garanties de disponibilité, conditions de résiliation et modalités de facturation restent donc appréciés à partir du contrat signé et de ses avenants. La reprise annoncée ne permet pas de faire disparaître silencieusement une garantie écrite.

Le client doit également vérifier si ses conditions générales prévoient une faculté de modification technique, une évolution de catalogue, un remplacement d’équipement ou un changement de marque. Une telle clause peut autoriser une migration limitée, sans permettre une dégradation du service ou un transfert à une autre personne morale dans des conditions non prévues. L’article 1104 du Code civil impose que les contrats soient « négociés, formés et exécutés de bonne foi ». L’information doit donc être intelligible, suffisamment anticipée et cohérente avec la réalité de la migration annoncée.

Une hausse de prix, une nouvelle durée d’engagement ou une limitation de responsabilité ne devient pas opposable uniquement parce qu’elle figure dans un courriel de transition. Il faut rechercher la clause qui autorise la modification, la procédure d’information, le délai de contestation et les effets du refus. Si l’opérateur propose un nouveau bon de commande, le client ne doit pas le signer dans l’urgence sans comparer les services inclus, le débit garanti, les délais de rétablissement, les adresses IP, la téléphonie, les options de sécurité, le traitement des données et les indemnités prévues en cas d’interruption.

La situation diffère encore si la société cliente a conclu un marché public, un contrat-cadre de groupe, un contrat avec une filiale ou une offre souscrite par un intégrateur. Dans ces cas, plusieurs documents peuvent déterminer l’identité du prestataire, le responsable du traitement des données, l’entité qui porte la facturation et l’entité qui doit assurer le support. Un message commercial qui mentionne une nouvelle marque n’est pas une preuve suffisante du transfert de la qualité de cocontractant. Il faut rapprocher la notification, le contrat principal, les commandes et les factures.

B. La cession du contrat SFR peut-elle être imposée sans accord du client ?

Lorsque l’opération prévoit qu’une nouvelle société remplacera l’opérateur signataire dans le contrat, le régime de la cession de contrat devient central. L’article 1216 du Code civil pose la règle : « Un contractant, le cédant, peut céder sa qualité de partie au contrat à un tiers, le cessionnaire, avec l’accord de son cocontractant, le cédé. » L’accord peut avoir été donné par avance dans le contrat initial. Dans ce cas, la cession produit effet lorsque l’acte entre le cédant et le cessionnaire est notifié au client ou lorsque celui-ci en prend acte. La cession doit enfin être constatée par écrit, à peine de nullité.

Le contrat d’entreprise doit donc être lu avant toute réponse. Une clause peut autoriser une cession à une société du même groupe, à un repreneur d’activité ou à un successeur, avec des limites tenant à la solvabilité, à la continuité du service ou au maintien des garanties. Une autre clause peut interdire la cession sans accord écrit. Dans le silence du contrat, l’accord du client est normalement requis pour que la nouvelle entité devienne partie au contrat. Le client ne doit pas confondre une notification d’information avec un consentement exprès : un accusé de réception peut prouver la réception d’un document sans valoir acceptation de toutes ses conséquences.

La Cour de cassation, chambre commerciale, 24 avril 2024, pourvoi n° 22-15.958, ECLI:FR:CCASS:2024:CO00205, a rappelé que l’accord du cédé peut être donné sans forme s’il est non équivoque et prouvé par tout moyen. Elle précise surtout : « Le défaut d’accord du cédé n’emporte pas la nullité de la cession du contrat, mais son inopposabilité au cédé. » En pratique, le débat porte donc sur l’opposabilité du changement au client : la nouvelle société peut-elle lui réclamer le prix, modifier le service ou lui opposer une limitation alors qu’il n’a pas accepté la cession ? La réponse dépend du contrat, de la notification reçue et des actes qui peuvent caractériser un accord non équivoque.

Le sort du cédant doit aussi être établi. Selon l’article 1216-1 du Code civil, « Si le cédé y a expressément consenti, la cession de contrat libère le cédant pour l’avenir. A défaut, et sauf clause contraire, le cédant est tenu solidairement à l’exécution du contrat. » Cette règle donne une importance concrète à la formulation de l’accord. Une entreprise cliente qui accepte une migration doit savoir si l’ancien opérateur reste garant de la continuité, du rétablissement, des crédits de service et des dettes nées avant la transition.

La cession ne permet pas non plus au nouveau cocontractant de réécrire l’historique du contrat. L’article 1216-2 du Code civil prévoit que le cessionnaire peut opposer au cédé les exceptions inhérentes à la dette, tandis que le cédé peut opposer au cessionnaire toutes les exceptions qu’il aurait pu opposer au cédant. Une facture contestée, une panne non indemnisée, une inexécution d’un niveau de service ou un défaut d’information ne disparaît pas avec le changement de fournisseur. Le dossier de preuve doit conserver les tickets, courriels, relevés de disponibilité, factures, comptes rendus d’incident et mises en demeure.

La première demande à adresser à l’opérateur doit être précise. Elle peut prendre la forme d’un courrier recommandé ou d’un courriel signé par le représentant habilité, avec conservation des preuves d’envoi et de réception. Le client demandera notamment :

  • le nom, le numéro SIREN et l’adresse de l’entité qui restera ou deviendra cocontractante ;
  • la nature juridique de l’opération : cession d’actions, cession d’actifs, cession de branche, cession de contrat, sous-traitance ou simple migration technique ;
  • la date d’effet annoncée, les numéros de contrats et de commandes concernés, ainsi que le sort des avenants ;
  • les garanties apportées sur la continuité, le débit, les délais d’intervention, les pénalités, les adresses IP et la téléphonie ;
  • la répartition des responsabilités entre Altice France, SFR, la nouvelle entité, l’intégrateur et le support technique ;
  • les effets sur la facturation, la durée d’engagement, les prix, les données personnelles et les sous-traitants.

Cette demande permet aussi de distinguer une véritable cession de contrat d’un simple changement de marque ou de système informatique. Elle invite l’opérateur à prendre position sur la clause contractuelle qu’il invoque. En cas de réponse évasive, de relance commerciale présentée comme obligatoire ou de menace de coupure, le client doit formaliser son désaccord sans créer lui-même un impayé. Une contestation écrite peut préciser que l’entreprise ne consent à aucune cession non identifiée, qu’elle demande le maintien du service pendant la clarification et qu’elle réserve ses droits sur les factures et préjudices.

La signature d’un nouveau contrat peut parfois constituer la solution la plus sûre, notamment lorsque l’entité repreneuse fournit effectivement le service et accepte des garanties adaptées. Mais elle doit être précédée d’une comparaison ligne par ligne. Un nouveau contrat peut comporter une durée d’engagement, une clause de renouvellement, des seuils de responsabilité, une nouvelle procédure de résiliation, des frais de migration et un niveau de service différent. L’entreprise doit vérifier si la signature vaut renonciation aux réclamations antérieures, remise à zéro de l’ancienneté ou reconnaissance d’une dette. Une formulation générale de type « aucun recours au titre de l’ancien contrat » doit être discutée avant acceptation.

Enfin, l’approbation concurrentielle de l’opération ne permet pas au client d’obtenir automatiquement la résiliation sans coût ni indemnisation. Le contrôle de concentration poursuit un objectif collectif. Le droit de mettre fin à l’abonnement, de refuser une modification ou d’obtenir réparation dépend du contrat, de l’inexécution et, le cas échéant, d’un régime spécial applicable au service. Le client doit donc rattacher chaque demande à un fait précis : absence de consentement à une cession, modification non autorisée, baisse mesurable du service, défaut de continuité, retard de migration ou préjudice financier documenté.

II. Que faire si SFR change de cocontractant, de réseau ou de numéro ?

A. Comment protéger la continuité des services et demander la portabilité du numéro ?

Un numéro de téléphone et un contrat ne sont pas la même chose. Une entreprise peut conserver son numéro tout en changeant d’opérateur, ou garder son contrat tout en subissant une migration technique. La portabilité doit être organisée séparément, avec un calendrier qui tient compte des standards téléphoniques, des lignes de secours, des numéros d’urgence, des systèmes de double authentification, des renvois, des centres d’appels et des communications avec les clients. Pour un réseau multisite, une migration précipitée peut interrompre les flux entre agences, les VPN, les terminaux de paiement ou les outils de supervision.

Le régime de la portabilité des numéros impose une coordination entre opérateurs. L’article D. 406-18 du Code des postes et des communications électroniques prévoit notamment : « Le portage effectif du numéro entraîne la résiliation du contrat qui lie l’opérateur donneur à l’abonné en ce qu’il concerne les services fournis depuis l’accès associé au numéro porté. » Cette résiliation est limitée au périmètre concerné par le numéro porté. Elle ne signifie pas que toutes les autres lignes, options, liaisons de données ou prestations de sécurité disparaissent le même jour.

La fiche de l’Arcep consacrée aux entreprises qui conservent leur numéro lors d’un changement d’opérateur rappelle que le nouvel opérateur prend en charge la demande et que l’ancien opérateur ne peut pas conditionner la portabilité au paiement anticipé de pénalités. Le responsable informatique ou le dirigeant doit néanmoins récupérer les informations nécessaires : relevé d’identité opérateur, liste des numéros, accès associés, responsable de la demande, date de bascule et procédure de retour arrière. Il faut aussi vérifier le statut des numéros géographiques, non géographiques, mobiles, spéciaux et des blocs utilisés par un centre de relation client.

Une portabilité réussie ne valide pas toutes les autres modifications. Si le nouvel opérateur annonce une nouvelle offre, un nouveau prix ou une limitation de support, le client doit demander le fondement contractuel de ces changements. La continuité technique ne remplace pas la continuité juridique des garanties. Inversement, le refus d’un nouveau contrat ne doit pas conduire à perdre son numéro faute d’avoir demandé la portabilité dans les délais. Les décisions doivent être prises sur deux plans : préserver l’accès et contester séparément ce qui est juridiquement contestable.

Pour sécuriser une migration, l’entreprise peut établir un procès-verbal interne avant et après l’opération. Ce document indique les services actifs, les débits mesurés, les temps de réponse, les adresses IP, les plages de numéros, les équipements, les interlocuteurs et les engagements de rétablissement. Des captures d’écran, relevés de supervision, tickets d’incident, rapports de test et factures doivent être exportés dans un dossier horodaté. Une simple impression de perte de qualité est difficile à exploiter ; une comparaison entre la garantie contractuelle et les mesures réalisées donne une base beaucoup plus solide.

Le contrat doit aussi prévoir la sécurité de la transition. Les personnes autorisées à demander une portabilité, à modifier un routage ou à transférer une ligne doivent être clairement identifiées. Le client doit vérifier la conservation des enregistrements, la localisation des données, les accès administrateurs, les sauvegardes, les journaux de connexion et les sous-traitants. Si des données de clients ou de salariés sont traitées, le changement d’entité doit être rapproché des clauses de protection des données, des instructions documentées et de la liste des sous-traitants. Une migration commerciale ne doit pas devenir un angle mort de sécurité ou de confidentialité.

En cas de panne ou de dégradation, le droit des contrats offre plusieurs leviers, mais leur usage doit rester proportionné. L’article 1217 du Code civil énumère les sanctions possibles pour la partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté ou l’a été imparfaitement : refus ou suspension de sa propre obligation, exécution forcée en nature, réduction du prix, résolution et réparation. Le texte précise que les sanctions compatibles peuvent être cumulées et que des dommages et intérêts peuvent s’y ajouter. Une entreprise ne doit toutefois pas suspendre toutes ses factures sans examiner la gravité de l’inexécution, la divisibilité des prestations, les clauses de suspension et le risque de coupure.

Un calendrier de migration utile comporte au moins quatre dates : la date d’information, la date limite pour contester ou résilier, la date de portage et la date de vérification postérieure. Il faut prévoir une fenêtre de test, un contact d’escalade disponible, une solution de repli et une confirmation écrite de la fin de l’opération. Si l’opérateur ne répond pas, cette absence doit être signalée dans une mise en demeure avec une demande de réponse sous un délai raisonnable. La mise en demeure ne remplace pas l’urgence technique, mais elle fixe le litige et permet de démontrer que le client a alerté son cocontractant avant l’apparition du dommage.

B. Quels recours et quelles indemnités pour l’entreprise cliente à Paris ou en Île-de-France ?

Le recours dépend d’abord de la qualification du manquement. Une entreprise peut contester l’opposabilité d’une cession de contrat, demander le maintien d’un service prévu, réclamer une remise pour indisponibilité, obtenir la restitution d’un montant facturé sans cause contractuelle, demander la fin d’une prestation devenue inexécutable ou solliciter une indemnisation. Elle peut également demander que l’opérateur communique les informations indispensables à la transition lorsque leur absence empêche de préserver l’activité. La lettre de réclamation doit éviter les formulations générales : chaque demande doit être rattachée à une clause, à une date, à un incident et à une pièce.

Le premier recours est une réclamation structurée, adressée à l’entité contractante et, si elle est différente, à l’entité qui se présente comme le nouveau fournisseur. Le courrier rappelle le contrat et ses annexes, décrit la notification reçue au sujet de SFR, demande l’identité du cocontractant, conteste les changements non acceptés et fixe les mesures attendues. Il peut demander la suspension d’une migration irréversible, la confirmation du maintien des numéros, la conservation des conditions tarifaires pendant une période de transition et l’indemnisation des interruptions déjà constatées. L’envoi doit être effectué par un moyen permettant de prouver la réception.

Si aucune réponse satisfaisante n’arrive, une mise en demeure peut précéder une procédure. L’article 1231-1 du Code civil prévoit que « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts » en raison de l’inexécution ou du retard, sauf force majeure. Le client devra établir l’obligation, le manquement, le dommage et le lien de causalité. Les pertes peuvent concerner les coûts d’une solution de secours, les heures mobilisées pour la reprise, les pénalités payées à des clients, la perte de commandes, les frais d’expertise ou les dépenses de migration imposées par une défaillance. Les montants doivent être documentés et distingués des estimations commerciales.

Le contrat peut prévoir un plafond de responsabilité, une procédure de réclamation, un délai de notification des incidents, une clause de médiation, un arbitrage ou une clause attributive de juridiction. La validité et la portée de chacune de ces stipulations doivent être vérifiées au regard de la qualité des parties et du contenu du contrat. Une clause qui limite l’indemnisation d’une panne ne répond pas forcément à une cession non autorisée. Une clause de résiliation pour convenance ne donne pas automatiquement le droit de facturer des services non fournis. Une clause de force majeure ne couvre pas toute difficulté économique ou toute réorganisation interne.

En cas de risque imminent de coupure, de perte de numéro, de suppression d’accès ou de divulgation de données, une procédure d’urgence peut être envisagée devant la juridiction compétente. Le juge des référés peut être saisi lorsque les conditions de l’urgence et de la mesure demandée sont réunies ; l’analyse dépend des pièces et du contrat. La demande doit être ciblée : maintien temporaire d’une ligne, conservation d’un routage, communication d’informations techniques, interdiction d’une coupure avant une date déterminée ou réalisation d’une opération nécessaire à la continuité. Une demande trop large, qui chercherait à faire trancher tout le litige au fond en quelques jours, expose à une contestation procédurale.

Pour une société dont le siège est à Paris ou en Île-de-France, le choix de la juridiction ne se déduit pas de la seule adresse de l’avocat. Il faut vérifier le siège des parties, le lieu d’exécution du service, la clause attributive, les conditions générales acceptées et la nature exacte du litige. Le Tribunal de commerce de Paris peut être pertinent dans certains dossiers entre commerçants, mais sa compétence doit être confirmée avant toute assignation. Une société située à Nanterre, Bobigny, Créteil, Versailles ou dans un autre ressort francilien peut relever d’une juridiction différente selon les règles applicables. L’urgence technique justifie une préparation locale rapide, pas une saisine automatique.

Le dossier à préparer pour un conseil ou une juridiction doit rester lisible. Il peut être organisé en cinq parties :

  1. le contrat, ses conditions générales, les commandes, avenants, SLA et clauses de cession ou de changement de contrôle ;
  2. les informations sur l’opération SFR, les notifications, courriels, appels et réponses de l’opérateur ;
  3. l’état technique avant la migration : numéros, lignes, débits, équipements, accès et niveaux de service ;
  4. les incidents après la migration ou les menaces de coupure : tickets, mesures, captures, dates, interlocuteurs et conséquences ;
  5. le préjudice chiffré : factures, devis de secours, salaires mobilisés, pénalités, pertes justifiées et mesures prises pour limiter les effets.

La stratégie peut ensuite être graduée. Si le problème est une simple ambiguïté, une demande d’explication et une réunion technique peuvent suffire. Si la nouvelle entité réclame le paiement tout en refusant de communiquer le contrat de cession, une mise en demeure doit fixer la position du client. Si le service est menacé, une mesure provisoire doit être préparée sans attendre que la coupure rende la preuve plus difficile. Si le contrat est finalement transféré avec accord, le client peut négocier une clause de continuité, une période de double exploitation, des tests de recette, une indemnité de migration et un maintien des garanties antérieures.

La référence utile pour rattacher le nouvel article à l’analyse globale du droit des affaires du cabinet est la page consacrée au droit des affaires à Paris. Pour les entreprises qui sont non pas clientes de l’opérateur mais créancières ou partenaires d’une société en difficulté, la question de la déclaration de créance et du plan de sauvegarde relève d’un autre raisonnement, présenté dans cet article sur la sauvegarde accélérée liée à SFR. Ces deux situations ne doivent pas être mélangées : le client télécom cherche d’abord à préserver un service et ses droits contractuels, tandis que le créancier cherche à recouvrer une somme dans une procédure collective.

Une entreprise doit enfin agir avant la date technique annoncée. Après le portage ou la résiliation, certains éléments deviennent plus difficiles à reconstituer : enregistrements d’appels, historiques de tickets, configurations, logs, mesures de débit, factures détaillées et échanges avec le support. Une demande de conservation des données, une exportation des configurations et un procès-verbal de constat peuvent préserver la preuve. Lorsque le dommage dépend d’une interruption mesurable, une expertise amiable contradictoire ou un constat technique peut être utile. La preuve n’a pas vocation à remplacer le droit ; elle permet d’appliquer les clauses et les articles du Code civil à une situation vérifiable.

Conclusion

Le projet de reprise des actifs de SFR ne transfère pas automatiquement le contrat d’un client professionnel. La réponse dépend de la structure de l’opération, de l’identité du cocontractant, d’une éventuelle clause de cession, du consentement du client et des modalités techniques de migration. Le changement de numéro doit être traité avec les règles de portabilité ; la continuité du service, la facturation et les garanties doivent être vérifiées séparément.

La démarche la plus sûre consiste à récupérer le contrat complet, demander par écrit la qualification du transfert, préserver les preuves techniques, sécuriser le numéro et les accès, puis mettre en demeure l’entité responsable si une modification non acceptée, une coupure ou une dégradation apparaît. L’entreprise ne doit ni signer dans l’urgence ni interrompre ses paiements sans analyse de ses obligations. À Paris comme en Île-de-France, la préparation du dossier et la vérification de la juridiction compétente doivent précéder toute procédure.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».