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Faux article de presse et plateforme de trading : quels recours après une arnaque BitKeltTrade ?

Le 19 août 2026, l’Autorité des marchés financiers a alerté les épargnants sur une série de faux articles présentés comme publiés par de grands médias français. Ces pages utilisent des logos, des photographies de personnalités et des déclarations inventées pour orienter le lecteur vers une plateforme de trading appelée BitKeltTrade, présentée comme une solution d’investissement fondée sur l’intelligence artificielle. Après un formulaire, un appel téléphonique et un premier versement, la victime se retrouve souvent face à un interlocuteur qui réclame de nouveaux dépôts ou prétend pouvoir débloquer un retrait contre paiement.

L’alerte officielle de l’AMF est importante, mais elle ne suffit pas à récupérer automatiquement les sommes perdues. La réaction doit être organisée selon le moyen de paiement utilisé, le rôle de chaque intervenant et la rapidité avec laquelle les preuves sont conservées. Un virement demandé par la victime après une manœuvre frauduleuse ne se traite pas comme une opération réalisée à son insu. Une carte bancaire, un prélèvement, un compte de paiement ou plusieurs virements vers des bénéficiaires différents ne soulèvent pas les mêmes demandes auprès de la banque.

La victime doit donc agir sur trois fronts : faire cesser les paiements, préserver la preuve du faux article et des échanges, puis déposer un signalement ou une plainte suffisamment documentée. Les actions civiles contre la plateforme, son opérateur, l’apporteur de prospects, l’annonceur ou certains prestataires de paiement dépendent ensuite des éléments effectivement identifiés. Les délais peuvent être courts, notamment lorsque les fonds transitent rapidement par plusieurs comptes ou que les noms de domaine et pages publicitaires disparaissent.

Pour replacer cette analyse dans l’ensemble des recours ouverts à une entreprise ou à un dirigeant, le lecteur peut également consulter la page de référence du cabinet en droit des affaires à Paris.

I. Faux article de presse et plateforme de trading : comment qualifier l’arnaque et identifier les responsables ?

A. Pourquoi le faux média, l’appel téléphonique et la promesse de trading peuvent constituer une escroquerie ?

Le montage décrit par l’AMF ne repose pas sur une simple publicité exagérée. Le faux article donne au lecteur l’impression de lire une information indépendante. La page peut reprendre la présentation graphique d’un journal, le nom d’un journaliste, le portrait d’une personnalité connue ou une prétendue interview. Elle raconte ensuite une réussite financière et renvoie vers un formulaire qui collecte le nom, le numéro de téléphone et l’adresse électronique de l’internaute. Le contact téléphonique transforme alors la curiosité en engagement financier.

Cette succession d’éléments doit être examinée ensemble. Le faux nom, la fausse qualité, l’usurpation d’un média, la mise en scène d’un témoignage, l’affirmation d’un rendement garanti et l’intervention d’un téléopérateur peuvent former des manœuvres frauduleuses. L’article 313-1 du code pénal définit l’escroquerie comme le fait « soit par l’emploi d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manoeuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale ». Il faut ensuite démontrer que ces manœuvres ont déterminé la remise des fonds, d’un moyen de paiement ou d’une information permettant de les obtenir.

La qualification pénale ne dépend pas du fait que la victime ait cliqué elle-même sur le bouton de paiement. Une décision volontaire peut être obtenue par tromperie. La question essentielle est de savoir si le consentement a été construit sur une présentation mensongère : identité de l’opérateur, agrément prétendu, niveau de sécurité, existence d’un placement, valeur du compte, possibilité de retrait ou intervention annoncée d’une banque. La conservation de la page telle qu’elle apparaissait au moment du clic est donc déterminante.

Les responsables ne sont pas nécessairement limités au nom affiché sur la plateforme. Il faut rechercher l’entité qui exploite le site, le bénéficiaire des paiements, le prestataire qui fournit le compte de réception, l’agence qui a acheté ou diffusé la publicité, l’opérateur du centre d’appels et les personnes qui ont relancé la victime. La page peut être hébergée dans un pays différent de celui dans lequel les appels sont passés. Ce décalage ne rend pas la plainte inutile : il impose de documenter les indices permettant de relier les domaines, les numéros, les adresses électroniques et les comptes bancaires.

Une entreprise qui fournit un outil, un hébergement ou une prestation technique n’est pas automatiquement pénalement responsable de toute fraude commise par un client. La responsabilité suppose un rôle et des faits précis. À l’inverse, une structure qui participe à la prospection, encaisse une commission, valide des annonces manifestement trompeuses ou met un compte de paiement à disposition ne peut pas être présentée comme un tiers neutre sans analyse de ses diligences et de sa connaissance des anomalies.

La responsabilité pénale d’une société peut aussi être recherchée lorsque l’infraction a été commise pour son compte par ses organes ou représentants. L’article 121-2 du code pénal commence par cette règle : « Les personnes morales, à l’exclusion de l’Etat, sont responsables pénalement ». Cela ne dispense pas d’identifier l’acte, la personne qui l’a accompli, l’intérêt de la société et le lien avec la remise des fonds. Une plainte efficace expose séparément les faits visibles, les flux financiers et les personnes ou structures qui paraissent avoir contribué au montage.

Le statut réglementaire de la plateforme est un autre axe de vérification. Une plateforme qui propose des services d’investissement ne peut pas se contenter d’un nom commercial ou d’un certificat affiché sur son site. L’article L. 532-1 du code monétaire et financier prévoit que « Pour fournir des services d’investissement, les prestataires de services d’investissement autres que les sociétés de gestion de portefeuille doivent obtenir un agrément ». L’absence d’agrément, l’utilisation d’un numéro appartenant à une autre société ou l’inscription sur une liste noire doivent être conservées sous forme de captures et de liens datés.

Le premier contact peut également relever du démarchage bancaire ou financier. L’article L. 341-1 du code monétaire et financier vise « toute prise de contact non sollicitée » lorsqu’elle tend à obtenir un accord sur une opération bancaire, un instrument financier, un service d’investissement ou certains actifs numériques. Le formulaire du faux article, suivi d’un appel destiné à faire verser des fonds, doit être décrit précisément : date, numéro appelant, identité annoncée, questions posées, documents envoyés et instruction de paiement. La qualification dépendra du produit réellement proposé et de la manière dont la prise de contact a été organisée.

La pratique commerciale trompeuse peut fournir un fondement complémentaire lorsque l’auteur agit dans le cadre d’une activité commerciale identifiable. L’article L. 121-2 du code de la consommation indique notamment : « Une pratique commerciale est trompeuse si elle est commise dans l’une des circonstances suivantes ». La confusion avec un média, la présentation fausse d’un service, l’identité inventée d’un intervenant et les indications trompeuses sur les résultats attendus sont des éléments à rapprocher du texte. Il faut conserver les éléments avant toute modification de la page : logo copié, titre, adresse URL, mentions légales, formulaire, conditions, promesse de rendement et coordonnées.

B. Virement, carte bancaire ou opération inconnue : pourquoi la réponse de la banque dépend du paiement ?

La première erreur consiste à demander une seule réponse sous le mot « arnaque ». Il faut distinguer au moins quatre situations : la victime a validé elle-même un virement après avoir été trompée ; elle a communiqué les données de sa carte et validé un paiement ; un prélèvement a été présenté ; ou une opération a été exécutée sans son accord, après détournement de ses données ou de son instrument de paiement. Les demandes adressées à la banque et les délais ne sont pas identiques.

Pour une opération de paiement non autorisée, l’article L. 133-18 du code monétaire et financier prévoit notamment que « En cas d’opération de paiement non autorisée signalée par l’utilisateur, le prestataire de services de paiement du payeur rembourse ». Le texte encadre un remboursement rapide, sous réserve des exceptions prévues par la loi. La victime doit signaler l’opération sans attendre, demander le blocage des instruments concernés et confirmer son opposition par écrit. Le courrier doit identifier chaque opération, sa date, son montant et la raison pour laquelle elle n’a pas été autorisée.

L’article L. 133-19 du code monétaire et financier ajoute une protection importante : « La responsabilité du payeur n’est pas engagée si l’opération de paiement non autorisée a été effectuée en détournant, à l’insu du payeur, l’instrument de paiement ou les données qui lui sont liées. » La banque peut toutefois discuter une fraude ou une négligence grave lorsque la victime a validé une opération avec les éléments de sécurité, a communiqué volontairement un code ou a tardé à signaler un détournement. Les faits doivent être décrits sans employer automatiquement la qualification d’opération non autorisée lorsque la victime a elle-même saisi et confirmé le virement.

Dans le cas d’un virement autorisé par la victime mais obtenu par une tromperie, le remboursement n’est pas automatique au titre du régime des opérations non autorisées. Il faut demander immédiatement à la banque un rappel des fonds, une alerte à la banque du bénéficiaire et la conservation des informations de traçabilité. Cette démarche peut échouer si les fonds ont déjà été retirés, mais elle est utile pour fixer la date de réaction et documenter les diligences demandées. Chaque bénéficiaire, chaque référence et chaque compte destinataire doit être conservé.

La Cour de cassation a rappelé, dans son arrêt du 19 novembre 2025, que le régime spécial des services de paiement ne couvre que les opérations non autorisées ou mal exécutées. Dans l’affaire jugée, les ordres avaient été authentifiés et exécutés, de sorte que la discussion sur la vigilance bancaire relevait du droit commun. La banque « ne doit l’alerter qu’en présence d’anomalies apparentes aisément décelables par un professionnel normalement diligent », selon la formule vérifiée de l’arrêt Cour de cassation, chambre commerciale, 19 novembre 2025, n° 24-18.534.

Cette décision ne signifie pas qu’un établissement doit détecter toute fraude à distance. Elle oblige à regarder les anomalies visibles au moment où les ordres ont été présentés : bénéficiaires nouveaux ou incohérents, montants inhabituels, répétition de transferts, destination étrangère, absence de relation commerciale connue ou instructions contradictoires. L’analyse se fait à partir du fonctionnement concret du compte et des informations dont la banque disposait.

Dans un autre arrêt du 2 octobre 2024, la Cour de cassation a retenu, au regard de virements atypiques et de circonstances inhabituelles, que « la banque était tenue d’alerter la société afin d’obtenir la confirmation des ordres litigieux ». La décision Cour de cassation, chambre commerciale, 2 octobre 2024, n° 23-13.282 montre l’importance des éléments qui rendent l’opération anormale pour le client concerné. Pour un particulier, la multiplication des versements vers une plateforme inconnue, les changements rapides de bénéficiaire et les demandes de « frais de déblocage » peuvent alimenter cette discussion, sans permettre de conclure à la faute avant examen des pièces.

Lorsque la victime a utilisé une carte, elle doit signaler les paiements à l’émetteur, demander le remplacement de la carte et interroger les procédures internes de contestation. Une demande de remboursement peut dépendre du type d’opération, de l’authentification et de la contestation effectuée. Le dossier doit distinguer un paiement réellement inconnu d’un paiement confirmé par la victime sous l’effet d’une présentation trompeuse. Une réponse bancaire négative doit être motivée et conservée ; elle pourra être examinée avec les conditions contractuelles et l’historique des alertes.

La jurisprudence récente rappelle également que le prestataire de paiement qui intervient dans une opération d’investissement peut devoir répondre de ses propres manquements. Dans l’arrêt Cour de cassation, chambre commerciale, 1er octobre 2025, n° 22-23.136, la Cour a retenu que « les sociétés Worldpay et Seroph, qui sont des professionnelles, ont contribué aux placements litigieux en les rendant possibles ». La solution ne transforme pas chaque banque ou prestataire en assureur de la fraude. Elle invite à rechercher les anomalies apparentes, les vérifications réalisées, le rôle exact du prestataire et son intervention dans la chaîne de placement.

Le conseil pratique est donc immédiat : appeler le numéro de fraude de la banque, confirmer par écrit, demander le rappel des fonds, bloquer les moyens de paiement exposés et ne plus suivre les instructions du faux conseiller. Il ne faut pas verser une somme supplémentaire pour obtenir un retrait, payer un prétendu impôt à la plateforme ou transmettre une nouvelle copie de pièce d’identité à un interlocuteur qui se présente comme un « récupérateur » des fonds. Ces demandes prolongent souvent la fraude au lieu de la réparer.

II. Victime d’un faux article et d’un trading frauduleux : quelles démarches pour récupérer les preuves et agir ?

A. Quelles preuves conserver et quelles démarches effectuer dans les premières heures ?

La preuve doit être préparée comme un dossier autonome, lisible par un enquêteur, une banque ou un juge qui ne connaît pas l’histoire. Elle commence par une chronologie. Pour chaque événement, noter la date et l’heure du clic, l’adresse exacte de la page, le numéro qui a appelé, le nom utilisé, le montant demandé, le bénéficiaire du paiement, le code ou la validation réalisés, le message reçu ensuite et la promesse faite au moment de la remise des fonds. Une simple liste de montants est insuffisante si elle ne montre pas la progression de la manœuvre.

Le faux article doit être conservé avec son adresse URL complète, une capture montrant la barre d’adresse, une capture de la page entière et des copies des images ou vidéos. Il faut sauvegarder les fichiers reçus par courrier électronique, les en-têtes lorsque cela est possible, les conversations de messagerie, les journaux d’appel et les coordonnées de l’interlocuteur. Une capture isolée peut être contestée si elle ne permet pas de vérifier la date, le domaine ou le chemin de redirection. Une copie locale datée, complétée par un constat ou une capture réalisée par un professionnel lorsque l’enjeu financier est important, renforce le dossier.

Les opérations bancaires doivent être exportées depuis l’espace de la banque et accompagnées des relevés correspondant à la période précédente. Conserver le nom exact du bénéficiaire, l’IBAN lorsqu’il apparaît, le libellé, la référence de virement, le canal d’authentification et les notifications de sécurité. Il faut garder la preuve de l’appel à la banque, du signalement, du blocage, de la demande de rappel et de la réponse reçue. Si la banque indique qu’un virement est « irrévocable », demander tout de même la confirmation écrite de la demande de rappel et de la date à laquelle elle a été transmise.

La victime doit aussi télécharger les conditions générales de la plateforme, les mentions légales et la page qui prétend présenter un agrément. Si le site devient inaccessible, rechercher les éléments déjà reçus dans les courriels et les documents PDF. Ne pas se connecter à nouveau pour « vérifier » le solde affiché. Un solde virtuel ou un tableau de performance ne prouve pas qu’un investissement a été réalisé. Il peut seulement montrer l’interface utilisée pour obtenir d’autres versements.

Le dépôt de plainte peut être effectué auprès de la police ou de la gendarmerie. Pour une escroquerie commise en ligne, la plateforme officielle THESEE peut orienter le signalement selon les conditions applicables. Lorsque la situation le justifie, une plainte écrite au procureur de la République permet de joindre une chronologie et des annexes numérotées. La plainte doit viser les faits, non seulement le nom commercial de la plateforme : faux article, usurpation éventuelle, appels, instructions de paiement, versements successifs, demande de retrait et disparition ou maintien du site.

Un signalement à l’AMF est également utile pour alimenter la connaissance du réseau et comparer la plateforme aux alertes existantes. Il ne remplace pas la plainte ni la contestation bancaire. La page de l’AMF consacrée aux victimes d’une arnaque rappelle les réflexes de signalement et de protection. Le dossier peut mentionner la date de l’alerte publique du 19 août 2026 et expliquer les éléments qui correspondent au mode opératoire décrit : faux contenu médiatique, promesse d’investissement, formulaire, appel et demande de versement.

Lorsque les preuves risquent de disparaître, une mesure précontentieuse peut être envisagée. L’article 145 du code de procédure civile dispose : « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées ». Une requête ou un référé ne doit pas être demandé de manière abstraite. Il faut expliquer le litige possible, les éléments à préserver, les personnes qui les détiennent et le risque de disparition : hébergeur, registrar, prestataire publicitaire, opérateur de paiement, banque du bénéficiaire ou fournisseur de téléphonie.

La mesure peut viser des documents ou des informations déterminées, dans les limites du secret des affaires et des règles de procédure. Elle n’est pas un moyen de fouiller sans limite les systèmes d’un tiers. Le demandeur doit présenter un motif légitime et démontrer l’utilité des pièces pour une action future. Une capture d’écran, une mise en demeure ou un signalement ne suffisent pas toujours à identifier l’opérateur ; l’intérêt de la mesure est justement de préserver ou de faire préciser les traces techniques et financières qui risquent d’être perdues.

La conservation des preuves doit respecter la vie privée et les droits des tiers. Il ne faut pas publier les coordonnées personnelles d’un téléopérateur, diffuser des enregistrements ou envoyer des pièces d’identité sur les réseaux sociaux. Les documents doivent être transmis aux interlocuteurs compétents, avec un classement qui limite les copies inutiles. Un tableau peut reprendre, pour chaque paiement, la date, le montant, le compte destinataire, le moyen de validation et la pièce correspondante. Cette présentation permet de rapprocher les appels, les courriels et les relevés.

Le délai d’action se raisonne à partir des faits et de la nature de la demande. La plainte pénale, l’action contre la banque, l’action contre un prestataire et l’action contre l’opérateur de la plateforme peuvent obéir à des régimes différents. Il ne faut donc pas attendre la fin d’un prétendu « audit interne » de la plateforme. Une demande de retrait restée sans réponse ou un nouveau paiement sollicité pour libérer les précédents est un signal pour interrompre le contact et faire analyser le dossier.

B. Contre qui agir et comment présenter le dossier à Paris ou en Île-de-France ?

La stratégie dépend de l’objectif. La plainte vise à faire rechercher les auteurs et les flux. La démarche bancaire vise à récupérer ou sécuriser les fonds. Une action civile vise à obtenir une restitution, des dommages et intérêts ou la communication de preuves. Ces voies peuvent être conduites en parallèle, mais les courriers doivent rester cohérents sur la qualification du paiement et sur la chronologie. Il ne faut pas déclarer à la banque qu’une opération était totalement inconnue si les relevés et les échanges montrent qu’un ordre a été validé après un appel ; il faut décrire exactement le rôle de la tromperie et demander l’examen du régime applicable.

La plateforme est la première cible apparente, mais elle peut être difficile à identifier. Le nom du site, l’extension du domaine, les mentions légales, le numéro d’enregistrement, le pays annoncé, l’adresse électronique et le compte bénéficiaire doivent être comparés. Les incohérences sont utiles : société sans existence dans le registre invoqué, adresse qui correspond à un centre de domiciliation sans lien avec le service, licence attribuée à une autre entité, conditions générales qui changent entre deux pages ou numéro qui n’apparaît sur aucun document officiel.

L’auteur du faux article ou celui qui exploite le contenu peut être recherché au titre de l’escroquerie et de la responsabilité civile. L’article 1240 du code civil énonce une règle simple : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » L’action suppose de caractériser une faute, un préjudice et un lien de causalité. La copie du média, l’affirmation mensongère sur un rendement, l’appel de relance et la remise des fonds sont alors reliés à la perte précise de la victime.

Un apporteur de prospects ou une agence publicitaire peut devoir s’expliquer sur la campagne qu’il a diffusée. La question n’est pas seulement de savoir qui a payé l’annonce, mais qui a conçu le message, validé la page, ciblé les internautes, collecté les données et transmis le prospect au centre d’appels. Le contrat, la facture, les courriels de validation et les paramètres de campagne peuvent être déterminants. La responsabilité ne sera pas identique si l’intervenant a vendu une audience générale sans connaître le contenu frauduleux ou s’il a créé et optimisé la page en sachant qu’elle imitait un média.

Le prestataire de paiement doit également être identifié sans confusion entre le prestataire de la victime et celui qui a reçu les fonds. Le premier peut être tenu d’appliquer les règles relatives aux opérations non autorisées et à la vigilance due à son client. Le second peut avoir participé à la mise à disposition d’un compte ou à l’acheminement d’opérations présentant des anomalies. L’arrêt du 1er octobre 2025 précité montre que le rôle d’un professionnel dans la réalisation technique d’un placement peut être examiné. Il faut toutefois établir son intervention, les informations disponibles et le préjudice imputable à son propre manquement.

Lorsque le contrat de la plateforme promet un service déterminé, la victime peut aussi examiner les sanctions de l’inexécution. L’article 1217 du code civil permet à la partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté de demander réparation des conséquences de l’inexécution. L’article 1231-1 du code civil précise que « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution ». Ces textes n’obligent pas une société fictive ou insolvable à rembourser ; ils servent à cadrer une action contre une entité réellement identifiable et liée par un engagement exploitable.

Pour une victime située à Paris ou en Île-de-France, la juridiction compétente dépend de la qualité des parties, du contrat, du lieu du dommage et des clauses éventuellement invoquées. Une contestation avec un professionnel peut relever du tribunal judiciaire, tandis qu’un litige entre sociétés commerciales peut relever du tribunal de commerce. La compétence territoriale doit être vérifiée avant une assignation. Une procédure de référé probatoire peut être envisagée devant la juridiction appelée à connaître du litige ou selon le lieu où la mesure doit être exécutée. Le choix du tribunal ne doit pas être dicté uniquement par l’adresse du cabinet ou par le lieu d’un appel téléphonique.

Le dossier parisien doit être présenté avec une demande concrète. Il peut s’agir de faire constater une page encore accessible, d’obtenir la conservation d’informations détenues par un intermédiaire, de contester une décision bancaire, de rechercher la responsabilité d’un professionnel identifié ou de réclamer la restitution des sommes. La plainte doit être jointe lorsqu’elle éclaire la fraude, mais elle ne remplace pas les pièces bancaires et les documents contractuels. Le demandeur doit chiffrer les sommes versées, séparer les frais réellement payés des pertes alléguées et expliquer les versements effectués après chaque appel.

Il faut enfin mesurer la solvabilité et la localisation des responsables. Une décision favorable contre une société sans actifs, radiée ou située hors de l’Union européenne ne produit pas le même résultat qu’une action contre un professionnel français identifiable. Les recherches sur les comptes bénéficiaires, les registres, les contrats de publicité et les prestataires ne garantissent pas une récupération, mais elles permettent de ne pas concentrer toute la procédure sur une marque de façade. Lorsque les fonds ont circulé vers plusieurs pays, la plainte et les demandes bancaires doivent reprendre chaque étape connue, même si l’identité finale n’est pas encore établie.

Le bon réflexe est de réunir immédiatement un dossier chronologique, de faire cesser les paiements, de demander les rappels de fonds et de signaler les opérations. Ensuite, l’analyse doit séparer ce qui relève du remboursement légal d’une opération non autorisée, ce qui relève d’un manquement bancaire face à des anomalies apparentes et ce qui relève de la fraude elle-même. Cette distinction évite de perdre du temps avec un argument unique et permet d’adresser à chaque intervenant une demande adaptée.

Conclusion

Un faux article de presse qui conduit vers une plateforme de trading n’est pas un simple mauvais placement. Lorsque la page imite un média, invente une déclaration, promet un rendement ou dissimule l’absence d’agrément, ces éléments peuvent caractériser une manœuvre frauduleuse destinée à obtenir une remise de fonds. L’alerte AMF du 19 août 2026 sur BitKeltTrade rend nécessaire une réaction rapide, mais elle ne remplace ni la preuve individuelle ni l’analyse du paiement.

La victime doit appeler sa banque, bloquer les moyens exposés, demander le rappel des fonds, conserver chaque échange et déposer un signalement ou une plainte. Les opérations inconnues doivent être distinguées des virements validés après tromperie. La plateforme, l’opérateur du faux contenu, l’apporteur de prospects, l’annonceur et les prestataires de paiement doivent être identifiés à partir de faits vérifiables. À Paris comme en Île-de-France, une stratégie utile commence par une chronologie chiffrée, des preuves datées et une demande procédurale précise.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».