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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Produit structuré présenté sans risque : quels recours en cas de perte ou de frais cachés ?

Un produit structuré peut être présenté comme un placement prudent, avec une formule de rendement lisible, une protection du capital ou une promesse de remboursement à l’échéance. En pratique, le client découvre parfois trop tard que le capital n’était garanti que sous conditions, que la sortie anticipée coûtait cher, que les frais réduisaient fortement la performance ou que le scénario défavorable n’avait pas été expliqué.

Le sujet revient au premier plan depuis la publication, le 22 juin 2026, de l’étude du Pôle commun ACPR-AMF consacrée à la distribution, aux frais et aux performances des produits structurés. Cette publication intéresse directement les épargnants, dirigeants, professions libérales et sociétés de trésorerie qui ont souscrit un placement présenté comme sécurisé sans comprendre son mécanisme réel.

La question utile n’est pas seulement de savoir si le placement a perdu de la valeur. Une perte de marché ne suffit pas toujours à engager la responsabilité de la banque ou du conseiller. En revanche, un produit mal expliqué, incompatible avec le profil du client, vendu avec une présentation incomplète des risques ou des frais, peut ouvrir un recours.

Source officielle : étude des produits structurés du Pôle commun ACPR-AMF, mise en ligne le 22 juin 2026.

Produit structuré, capital garanti, capital protégé : où se situe le risque ?

Un produit structuré combine plusieurs mécanismes financiers. Il peut dépendre d’un indice, d’une action, d’un panier de valeurs, d’un taux, d’une formule de rappel automatique, d’une barrière de protection ou d’une échéance longue.

Le mot le plus dangereux est souvent le mot « garanti ».

Un capital garanti à l’échéance ne signifie pas nécessairement que le client peut sortir à tout moment sans perte. Il ne signifie pas non plus que tous les frais sont neutralisés, que le rendement est acquis, ou que le produit est adapté à un besoin de trésorerie court terme.

Il faut distinguer plusieurs situations.

Le capital peut être garanti seulement à l’échéance, mais exposé en cas de revente anticipée.

Le capital peut être protégé jusqu’à un certain seuil, puis subir une perte importante si le sous-jacent franchit une barrière.

Le rendement peut dépendre d’un scénario de marché que le client n’a pas compris.

Les frais peuvent être intégrés dans la structure du produit et réduire l’intérêt économique réel de l’opération.

Ces différences doivent être expliquées avant la souscription, dans un langage compréhensible, avec une documentation complète.

Quand la banque ou le conseiller peut engager sa responsabilité

La responsabilité ne naît pas automatiquement parce que le placement baisse.

Elle peut être recherchée lorsque le professionnel n’a pas respecté ses obligations d’information, de conseil, d’adéquation ou de loyauté.

Pour les prestataires de services d’investissement, le Code monétaire et financier impose des règles de bonne conduite, notamment l’obligation d’agir de manière honnête, loyale et professionnelle, au mieux des intérêts du client. Les textes encadrent aussi l’information sur les instruments financiers, les risques, les coûts et l’adéquation du service rendu.

Texte officiel : articles L. 533-11 à L. 533-22-4 du Code monétaire et financier.

Pour les conseillers en investissements financiers, l’article L. 541-8-1 du même code prévoit également des exigences de comportement professionnel, d’information et d’adaptation de la recommandation.

Texte officiel : article L. 541-8-1 du Code monétaire et financier.

En pratique, plusieurs fautes doivent être recherchées.

Le professionnel a-t-il vérifié les connaissances financières du client ?

A-t-il recueilli ses objectifs, son horizon de placement, sa situation patrimoniale, sa tolérance au risque et ses besoins de liquidité ?

A-t-il expliqué la différence entre capital garanti, capital protégé et capital exposé ?

A-t-il remis les documents précontractuels avant la signature ?

A-t-il présenté les frais, les commissions, les scénarios défavorables et les conséquences d’une sortie anticipée ?

A-t-il conservé une trace écrite de la recommandation ?

Lorsque ces points sont absents ou imprécis, le dossier devient contentieux.

Les phrases qui doivent alerter avant ou après la souscription

Certaines formulations ne sont pas illégales en elles-mêmes, mais elles doivent provoquer une vérification.

« Votre capital est protégé. »

« Le risque est faible. »

« Le produit est adapté à votre profil prudent. »

« Vous récupérerez votre mise si vous attendez l’échéance. »

« Le rendement est meilleur qu’un fonds en euros. »

« La sortie anticipée reste possible. »

Ces phrases doivent être relues avec les documents contractuels. La protection peut dépendre d’une échéance précise, d’un indice, d’une barrière, d’une absence de défaut de l’émetteur ou d’un maintien du produit jusqu’au terme.

Il faut donc demander ce qui est garanti, par qui, à quelle date, dans quelles limites, et avec quels frais.

Une garantie de capital à l’échéance ne répond pas au même besoin qu’un placement disponible.

Un produit à formule peut être incompatible avec une trésorerie d’entreprise si la société doit pouvoir récupérer rapidement ses fonds pour payer ses charges, ses fournisseurs, un loyer commercial ou un investissement.

Un placement complexe peut aussi être inadapté à un client qui recherchait seulement une solution de conservation de capital.

Quelles pièces réunir pour préparer un recours ?

Le dossier se gagne rarement avec une phrase isolée. Il faut reconstituer la vente.

Il faut d’abord récupérer le bulletin de souscription, le document d’informations clés, la brochure commerciale, les conditions générales, les annexes tarifaires, les simulations, les courriels, les comptes rendus de rendez-vous et les relevés de portefeuille.

Il faut ensuite demander le questionnaire client : profil investisseur, connaissance et expérience, objectifs, horizon de placement, situation financière, tolérance au risque.

Il faut aussi conserver les échanges commerciaux : messages du conseiller, supports de présentation, captures d’écran, notes internes remises au client, promesses de rendement, mentions de capital garanti ou de placement sans risque.

Enfin, il faut établir la chronologie.

Date du premier contact.

Date de remise des documents.

Date de signature.

Montant investi.

Origine des fonds.

Objectif exprimé.

Évolution du produit.

Date de découverte du risque ou de la perte.

Réclamation adressée au professionnel.

Cette chronologie permet de distinguer une simple contre-performance d’un défaut d’information ou d’un conseil inadapté.

Que demander à la banque ou au conseiller ?

La première demande doit être écrite.

Elle doit viser le produit, rappeler la date de souscription, le montant investi, les explications données au moment de la vente, puis demander la communication des pièces utiles.

Il faut demander notamment :

  • le dossier de connaissance client ;
  • le test d’adéquation ou d’appropriation ;
  • la recommandation personnalisée ;
  • les documents précontractuels remis avant la signature ;
  • le détail des frais et commissions ;
  • les scénarios de performance ;
  • les éléments expliquant la perte ou la valorisation actuelle ;
  • les conditions de sortie anticipée.

Le courrier ne doit pas seulement dire que le client est déçu. Il doit pointer les contradictions.

Exemple : le client cherchait un placement disponible, mais le produit ne pouvait être sorti sans perte qu’à des conditions défavorables.

Exemple : le client avait un profil prudent, mais le produit exposait le capital à une baisse du sous-jacent au-delà d’une barrière.

Exemple : la brochure insistait sur le rendement, mais les frais et le scénario défavorable n’étaient pas expliqués de manière lisible.

Ces contradictions structurent le recours.

Médiateur, réclamation, action judiciaire : dans quel ordre agir ?

Il faut d’abord identifier le professionnel en cause.

La banque distributrice, le conseiller en gestion de patrimoine, le conseiller en investissements financiers, l’assureur, la société de gestion ou l’intermédiaire ne jouent pas toujours le même rôle. Le bon recours dépend de celui qui a conseillé, distribué, présenté ou exécuté l’investissement.

La réclamation écrite est généralement la première étape. Elle doit être précise, documentée et chiffrée autant que possible.

Si la réponse est insuffisante, une médiation peut être envisagée selon le statut du professionnel et la nature du produit. Elle peut permettre d’obtenir une solution amiable, mais elle ne remplace pas toujours une action judiciaire, notamment lorsque les montants sont importants ou que la prescription approche.

L’action judiciaire devient nécessaire lorsque le professionnel conteste toute faute, refuse de communiquer les pièces, ou lorsque la perte subie justifie une expertise plus poussée.

L’objectif peut être l’indemnisation de la perte, la réparation d’une perte de chance de ne pas souscrire, ou la réparation d’un préjudice lié à une information incomplète.

La demande doit être calibrée. Un juge ne condamne pas automatiquement le professionnel au remboursement intégral du placement. Il examine la faute, le préjudice, le lien de causalité et la chance qu’aurait eue le client de choisir une autre solution s’il avait été correctement informé.

Dirigeants et entreprises : attention à la trésorerie placée

Le sujet ne concerne pas seulement les particuliers.

Une société peut placer une partie de sa trésorerie dans un produit présenté comme sécurisé. Le problème apparaît lorsque cette trésorerie devait rester disponible pour financer l’activité, un achat de stock, une échéance fiscale, un investissement ou une période de tension.

Pour une entreprise, l’inadéquation peut donc se démontrer autrement.

Il faut regarder la nature des fonds placés, la durée réelle d’immobilisation, la capacité de la société à supporter une perte, le besoin de liquidité et les informations remises au dirigeant.

Un dirigeant expérimenté n’est pas automatiquement privé de recours. Tout dépend de ses connaissances financières réelles, de la complexité du produit, des documents remis et du rôle du conseiller.

En revanche, la société doit pouvoir expliquer pourquoi le produit ne correspondait pas à son besoin.

Un placement long, complexe et peu liquide peut être difficile à justifier si l’objectif exprimé était de sécuriser une trésorerie d’exploitation.

Paris et Île-de-France : comment réagir vite

À Paris et en Île-de-France, ces dossiers concernent souvent des dirigeants, professions libérales, cadres, commerçants ou sociétés patrimoniales qui ont souscrit après un rendez-vous bancaire ou une recommandation de conseiller.

La première urgence consiste à récupérer le dossier complet avant que les échanges ne se perdent.

La deuxième consiste à chiffrer le préjudice : perte réalisée, moins-value latente, frais de sortie, rendement promis, rendement réel, frais prélevés, impossibilité d’utiliser les fonds.

La troisième consiste à identifier le bon interlocuteur : agence bancaire, service réclamation, CIF, plateforme, assureur, médiateur ou juridiction compétente.

Le cabinet intervient en droit des affaires à Paris pour analyser les contrats financiers, les recours contre les professionnels et les litiges liés aux placements complexes.

Ce qu’il faut faire maintenant

Si vous découvrez une perte sur un produit structuré présenté comme sans risque, ne signez pas immédiatement une sortie ou une transaction sans avoir relu les documents.

Récupérez le dossier de souscription.

Demandez la fiche de connaissance client.

Conservez les courriels et les supports commerciaux.

Calculez les frais, la perte et la durée d’immobilisation.

Notez les phrases utilisées au moment de la vente.

Vérifiez si le produit était réellement adapté à votre profil ou à la trésorerie de votre société.

La publication ACPR-AMF du 22 juin 2026 rappelle l’importance de la distribution, des frais et de la performance des produits structurés. Pour le client, l’enjeu est concret : déterminer si le risque était compris et accepté, ou s’il a été vendu sous une présentation trop rassurante.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».