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Maître Reda KOHEN
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Facture impayée : que mettre dans la dernière relance avant mise en demeure ?

Une facture professionnelle impayée ne doit pas être traitée comme un simple retard administratif. Lorsque le client ne répond plus, promet un virement qui n’arrive pas ou repousse sans cesse le paiement, la dernière relance devient une étape stratégique : elle prépare la preuve, fixe un délai clair et évite de perdre plusieurs semaines avant une mise en demeure ou une injonction de payer.

Le sujet est particulièrement sensible depuis que la DGCCRF met en avant un contrôle renforcé des pratiques commerciales et des retards de paiement entre entreprises. Dans son rapport d’activité 2025 publié le 10 juin 2026, l’administration rappelle son action sur la loyauté des relations commerciales et les contrôles ciblés. Pour un fournisseur, une agence, un prestataire, un sous-traitant ou une TPE, l’enjeu est concret : récupérer vite la trésorerie sans fragiliser le dossier si le litige finit devant le tribunal.

Voici comment structurer une dernière relance utile avant mise en demeure.

Vérifier d’abord si la facture est vraiment exigible

Avant de relancer fermement, il faut vérifier trois points : la facture est-elle arrivée à échéance, la prestation ou la livraison est-elle démontrable, et le client a-t-il déjà émis une contestation précise ?

Entre professionnels, le délai de paiement par défaut est en principe de 30 jours à compter de la réception des marchandises ou de l’exécution de la prestation. Les parties peuvent prévoir un autre délai, par exemple 60 jours à partir de l’émission de la facture ou 45 jours fin de mois, à condition que ce délai soit prévu dans les CGV ou le contrat. La page officielle Service Public Entreprendre sur les délais de paiement entre professionnels rappelle aussi que certains secteurs ont des délais particuliers.

La relance ne doit donc pas seulement dire “merci de payer”. Elle doit montrer que l’échéance est passée. Indiquez la date de facture, son numéro, le montant TTC, la date d’échéance, la règle de paiement prévue et le nombre de jours de retard. Si plusieurs factures sont concernées, faites un tableau simple.

Distinguer relance, dernière relance et mise en demeure

Une relance simple sert à rappeler une échéance. Elle peut rester commerciale : “sauf erreur de notre part, la facture reste en attente de règlement”. Elle est utile quand le retard est court ou quand la relation commerciale doit rester fluide.

La dernière relance a une autre fonction. Elle doit annoncer que le dossier va changer de nature si le paiement n’intervient pas. Elle fixe une date limite courte, demande une réponse écrite en cas de contestation et prépare la mise en demeure.

La mise en demeure est plus formelle. Elle exige le paiement dans un délai déterminé et annonce les suites possibles. Elle peut être envoyée par lettre recommandée, par commissaire de justice ou par un canal contractuellement prévu. En pratique, il est souvent utile de conserver une dernière relance écrite avant cette étape, surtout si le client prétend ensuite ne pas avoir compris le montant réclamé ou le fondement du retard.

Ce que la dernière relance doit contenir

Une bonne dernière relance tient en quelques paragraphes clairs.

Elle identifie d’abord la créance : numéro de facture, date, objet de la prestation, bon de commande ou devis signé, montant restant dû, échéance contractuelle. Elle rappelle ensuite les démarches déjà faites : première relance, échange téléphonique, promesse de paiement, envoi d’un RIB, échéancier demandé puis non respecté.

Elle fixe enfin un délai précis : par exemple “à défaut de règlement sous 8 jours calendaires à compter de la réception du présent message”. Le délai doit être réaliste mais court. Plus le retard est ancien, plus un délai de 48 heures ou 5 jours peut se justifier. Pour une facture importante, un délai de 8 jours reste souvent plus propre à produire devant le juge.

Ajoutez une phrase essentielle : si le client conteste la facture, il doit le faire par écrit et transmettre immédiatement les éléments précis de contestation. Cette phrase évite qu’un débiteur silencieux invente tardivement un grief vague.

Les pièces à joindre ou à préparer

La dernière relance n’a pas besoin de contenir tout le dossier, mais elle doit renvoyer aux pièces utiles. Gardez de côté le devis signé, le bon de commande, les conditions générales de vente, le contrat, les bons de livraison, les procès-verbaux de réception, les échanges validant la prestation, les factures, les relances et les preuves d’envoi.

Si la prestation est immatérielle, les preuves deviennent encore plus importantes : comptes rendus, livrables envoyés, accès remis, validations intermédiaires, tickets, captures, mails de satisfaction, messages du client demandant une modification après livraison. Si le client a utilisé le service ou revendu le produit, conservez aussi ces éléments.

Devant le tribunal, le sujet n’est pas seulement de savoir si une facture existe. Il faut prouver l’obligation de payer : accord, exécution, absence de contestation sérieuse ou contestation insuffisante.

Pénalités de retard et indemnité de 40 euros : les mentionner sans se tromper

En cas de retard, le créancier professionnel peut réclamer des pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement. Service Public rappelle que les pénalités s’appliquent à compter du lendemain de la date de règlement indiquée sur la facture. Il rappelle aussi que l’indemnité forfaitaire de recouvrement est de 40 euros par facture impayée, lorsqu’elle est applicable.

Dans la dernière relance, évitez les calculs hasardeux. Vous pouvez écrire que le montant réclamé sera augmenté, à défaut de paiement, des pénalités de retard prévues par les CGV, le contrat ou les règles applicables, ainsi que de l’indemnité forfaitaire de recouvrement si les conditions sont réunies.

Si vous joignez déjà un décompte, il doit être cohérent avec vos CGV, la facture et le contrat. Un taux erroné, une indemnité appliquée à tort ou un décompte incompréhensible peut affaiblir la crédibilité de la réclamation. Lorsque l’enjeu financier est important, mieux vaut calculer proprement avant d’envoyer la mise en demeure.

Quand passer à la mise en demeure

Il ne faut pas multiplier les relances pendant des mois. Si la facture est exigible, que le client ne conteste pas précisément et qu’il ne paie pas malgré une dernière relance claire, la mise en demeure doit suivre rapidement.

Le bon moment dépend du montant, de l’ancienneté de la créance et du comportement du client. Pour une petite facture, une dernière relance puis une mise en demeure sous 8 à 15 jours peuvent suffire. Pour une facture plus élevée, il faut parfois agir plus vite, notamment si le client montre des signes de difficulté : retards répétés, demandes d’échelonnement sans premier paiement, changement d’interlocuteur, promesses contradictoires, silence après réception de la facture.

La mise en demeure doit reprendre les mêmes informations, mais avec un ton plus juridique. Elle doit exiger le règlement, rappeler les pénalités, réserver les droits du créancier et annoncer les suites : injonction de payer, référé-provision, assignation au fond ou déclaration de créance si le client bascule en procédure collective.

Injonction de payer ou assignation : choisir selon la contestation

Quand la facture n’est pas sérieusement contestée, l’injonction de payer peut être une voie rapide. Elle suppose un dossier écrit solide : contrat, facture, preuve d’exécution, relances, mise en demeure. Elle est utile quand le débiteur ne répond pas ou se contente de gagner du temps.

Si le client conteste la qualité de la prestation, invoque une inexécution, demande des avoirs, prétend avoir déjà payé ou oppose une compensation, le dossier doit être analysé plus finement. L’injonction de payer peut rester possible, mais une opposition du débiteur peut rallonger la procédure. Dans certains cas, un référé-provision ou une assignation au fond sera plus adapté.

La dernière relance sert justement à clarifier ce point. Si le client ne formule aucune contestation précise malgré une demande écrite, cela renforce l’idée d’une créance exigible et documentée. S’il répond avec des griefs détaillés, il faut traiter le litige avant de choisir la procédure.

Le cas du client qui paie partiellement

Un paiement partiel ne règle pas toujours le problème. Il peut reconnaître une partie de la dette, mais il peut aussi masquer une contestation sur le solde. La dernière relance doit alors indiquer le montant initial, le paiement reçu, le solde restant dû, les factures concernées et la date limite de paiement du solde.

Demandez au client de préciser par écrit si le paiement partiel est un acompte, un règlement partiel accepté ou le signe d’une contestation. Sans clarification, vous risquez de perdre du temps à réclamer un solde que le débiteur prétendra avoir refusé depuis le départ.

Paris et Île-de-France : agir vite quand le débiteur est une société locale

Pour les entreprises situées à Paris ou en Île-de-France, le choix du tribunal dépend de la qualité des parties, du contrat, du siège du débiteur et d’éventuelles clauses attributives de compétence. Les litiges entre commerçants relèvent en principe du tribunal de commerce ou du tribunal des activités économiques compétent. Les clauses de compétence doivent être vérifiées avant toute démarche.

Le réflexe pratique est de préparer un dossier court : extrait Kbis ou informations d’identification du débiteur, facture, contrat, preuves d’exécution, relances, mise en demeure, décompte actualisé. Plus ce dossier est propre, plus il est facile de décider rapidement entre négociation ferme, injonction de payer, référé ou assignation.

Modèle court de dernière relance

Vous pouvez adapter la formule suivante :

“Sauf erreur de notre part, la facture n° [numéro] du [date], d’un montant de [montant] euros TTC, échue depuis le [date], reste impayée malgré nos précédentes relances. Cette facture correspond à [prestation/livraison], réalisée conformément à [devis/contrat/commande].

Nous vous demandons de procéder au règlement intégral sous [délai] jours. À défaut, nous nous réservons le droit de vous adresser une mise en demeure formelle et d’engager toute procédure utile au recouvrement de notre créance, outre pénalités de retard, indemnité forfaitaire de recouvrement et frais justifiés.

Si vous entendez contester cette facture, nous vous remercions de nous transmettre, dans le même délai, une contestation écrite, précise et documentée.”

Ce modèle ne remplace pas une analyse du contrat. Il doit être adapté si la facture est contestée, si le client est en procédure collective, si une clause de médiation existe ou si un délai contractuel particulier s’applique.

Les erreurs à éviter

La première erreur consiste à relancer sans date limite. Une relance vague ne prépare pas bien la suite. La deuxième est de menacer trop tôt une procédure sans dossier prêt. Si vous annoncez une action, il faut pouvoir la lancer.

La troisième erreur est de mélanger toutes les factures sans décompte. En cas de contentieux, le juge doit comprendre immédiatement ce qui est dû, depuis quand et pourquoi. La quatrième est d’oublier les preuves d’exécution : une facture seule ne suffit pas toujours, surtout quand le débiteur conteste la prestation.

Enfin, il faut éviter les formulations agressives ou approximatives. Une dernière relance efficace est ferme, factuelle et exploitable. Elle doit donner au débiteur une dernière chance de payer ou de s’expliquer, tout en préparant le terrain si aucune solution amiable n’est possible.

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Sources utiles : Service Public Entreprendre, délais de paiement entre professionnels, fiche DGCCRF sur les délais de paiement, rapport d’activité 2025 de la DGCCRF publié le 10 juin 2026.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».