Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Clause de drag along : quand le majoritaire force le minoritaire à céder ses titres

Vous êtes minoritaire dans une SAS ou une SARL. Le majoritaire a signé une lettre d’intention avec un acquéreur extérieur. Il vous somme désormais de céder vos titres au même prix et aux mêmes conditions, en exécution d’une clause de drag along insérée dans le pacte d’associés. Cette page décrit la mécanique de la sortie conjointe forcée, les conditions cumulatives d’activation, les terrains de contestation et la stratégie du minoritaire qui refuse de signer le bloc.

Comment ça se passe.

1
Vous appelez ou envoyez vos pièces.
Téléphone direct ou dépôt sécurisé. Pacte d’associés, statuts à jour, lettre d’intention adverse, projet d’acte de cession, garanties d’actif et de passif annexées, échanges de courriels et procès-verbaux de l’organe de direction.
2
Réponse personnelle sous 24 h.
Maître Reda KOHEN analyse la clause de drag along, vérifie chacune de ses conditions cumulatives d’activation, identifie un éventuel vice de notification ou de prix et arbitre entre exécution, négociation et contestation judiciaire.
3
Rendez-vous au cabinet ou en visio.
Convention d’honoraires, stratégie procédurale : référé en cas d’urgence du closing, action au fond devant le tribunal des activités économiques de Paris ou Nanterre, séquestre des titres et désignation d’un expert sur le fondement de l’article 1843-4 du Code civil si le prix est contesté.
Partie I

La mécanique de la sortie conjointe forcée du minoritaire.

01Drag along : une obligation de cession imposée au minoritaire par le majoritaire.+

La clause de drag along, dite encore clause d’entraînement, d’obligation de sortie conjointe ou de cession forcée, est une stipulation du pacte d’associés qui permet à un associé majoritaire, lorsqu’il reçoit une offre d’acquisition portant sur cent pour cent du capital, de contraindre les minoritaires à céder leurs titres au même acquéreur, aux mêmes conditions de prix et aux mêmes modalités. Elle se distingue du tag along, qui protège le minoritaire en lui permettant de se joindre à une cession initiée par le majoritaire, mais n’oblige pas à céder.

Son intérêt pratique est double. Du côté du majoritaire, elle facilite la sortie en bloc, condition fréquente posée par un acquéreur industriel ou un fonds d’investissement qui refuse une participation minoritaire résiduelle. Du côté du minoritaire, elle assure une liquidité au même prix que le majoritaire et interdit les décotes de minorité. Le contentieux naît lorsque le minoritaire estime que le prix est insuffisant, que les conditions cumulatives ne sont pas réunies ou que l’acquéreur n’est pas une contrepartie acceptable. Art. 1103 C. civ.

02Conditions cumulatives d’activation : taux de détention, prix plancher, profil d’acquéreur.+

La clause de drag along n’est exécutoire que si les conditions cumulatives qu’elle stipule sont réunies à la date de la notification. La rédaction usuelle prévoit un taux de détention minimum du majoritaire activant la clause (souvent cinquante ou soixante-cinq pour cent), un prix plancher exprimé en multiple d’EBITDA ou en valorisation absolue, une offre portant sur la totalité du capital, un acquéreur tiers de bonne foi, un délai de notification préalable au minoritaire et un protocole de cession identique pour tous les associés concernés.

Toute défaillance sur l’une de ces conditions prive la clause de son effet contraignant. Le minoritaire qui reçoit une notification doit donc vérifier méthodiquement, dans la fenêtre courte qui lui est laissée, l’existence d’une offre écrite ferme et irrévocable du tiers, la conformité du prix au plancher contractuel, le caractère cumulatif de la cession majoritaire et l’identité de l’acquéreur. Une exécution prématurée prive l’associé de tout recours utile.

03Pacte extra-statutaire ou clause statutaire : effet contraignant et opposabilité.+

Le drag along peut figurer dans un pacte d’associés extra-statutaire ou être directement intégré aux statuts de la société. La distinction n’est pas neutre. Une clause statutaire, dans une société par actions simplifiée, s’impose à tout nouvel associé du seul fait de son entrée au capital et peut justifier l’opposition de la société à un transfert opéré sans respect de la procédure. Une clause purement extra-statutaire ne vaut qu’entre les signataires et n’est pas opposable à un tiers acquéreur de bonne foi ni à un cessionnaire ultérieur non signataire.

La chambre commerciale a confirmé que l’autonomie d’un pacte d’associés ne suffit pas à exclure la qualification de contrat susceptible d’exécution forcée. Dans son arrêt du 2 juillet 2025, la cour d’appel de Saint-Denis de La Réunion juge ainsi que les engagements d’un pacte d’associés « n’ont pas épuisé leurs effets de sorte qu’ils étaient encore en vigueur au jour de l’ouverture » de la procédure collective et obligent les signataires. CA Saint-Denis de La Réunion, 2 juill. 2025, n° RG 25/00290

04Force obligatoire du pacte et exécution forcée en nature de la cession.+

La clause de drag along, régulière dans ses conditions, est un contrat. L’article 1103 du Code civil lui confère force obligatoire entre les parties. L’article 1221 du même code ouvre au majoritaire un recours en exécution forcée en nature lorsque le minoritaire refuse de signer l’acte de cession, sauf impossibilité ou disproportion manifeste entre le coût de l’exécution pour le débiteur et son intérêt pour le créancier.

Article 1221 du Code civil : « Le créancier d’une obligation peut, après mise en demeure, en poursuivre l’exécution en nature sauf si cette exécution est impossible ou s’il existe une disproportion manifeste entre son coût pour le débiteur de bonne foi et son intérêt pour le créancier. »

La cour d’appel de Montpellier l’a appliqué à la lettre dans un arrêt récent en confirmant l’exécution forcée d’un pacte d’actionnaires : assignation par les majoritaires en exécution forcée du pacte, jugement de cession et fixation du prix selon le mécanisme prévu, confirmation en appel. CA Montpellier, 17 juin 2025, n° RG 24/05818Art. 1221 C. civ.

05Articulation avec l’agrément statutaire et la procédure d’information préalable.+

Le drag along ne dispense pas de respecter la procédure d’agrément statutaire éventuellement prévue par les statuts pour la cession à un tiers. Si les statuts soumettent toute cession à l’agrément préalable d’un organe social, l’activation du drag along impose une cession dont l’efficacité reste suspendue à l’agrément. Le pacte peut prévoir une renonciation anticipée à l’agrément des associés signataires, mais cette renonciation n’est pas opposable à la société elle-même si elle ne figure pas dans les statuts.

La procédure d’information préalable joue un rôle protecteur. Le minoritaire doit recevoir, dans le délai contractuel, la copie de la lettre d’intention, le projet d’acte de cession, les déclarations et garanties demandées par l’acquéreur, la documentation de prix et, le cas échéant, la convention de garantie d’actif et de passif. À défaut de notification complète, la clause de drag along ne peut pas être réputée activée. Art. L. 227-9 C. com.

Le drag along est une stipulation contractuelle puissante, exécutoire en nature, mais sa rigueur n’autorise pas la cession à n’importe quel prix ni à n’importe quel acquéreur. Chaque condition d’activation se prouve. Le minoritaire qui démontre une seule défaillance reprend la main.

Partie II

Contester ou neutraliser le drag along : les voies utiles.

06L’article L. 227-15 du Code de commerce ne sanctionne pas la cession forcée.+

Le minoritaire tenté d’invoquer la nullité de la cession sur le fondement de l’article L. 227-15 du Code de commerce doit composer avec une limite tirée d’un arrêt majeur de la chambre commerciale, qui clarifie le champ d’application du texte.

Cass. com., 21 juin 2023, n° 21-25.952, publié au Bulletin : « L’article L. 227-15 du code de commerce ne régissant pas l’exclusion d’un associé et la cession forcée de ses actions qui en résulte, la nullité qu’il prévoit vise uniquement à sanctionner la violation de toute clause statutaire ayant pour objet la cession d’actions librement consentie par leur titulaire. »

Transposée au drag along, cette solution est ambivalente. D’un côté, elle affaiblit la défense du minoritaire qui voulait obtenir la nullité de la cession forcée en se prévalant d’une simple violation statutaire. De l’autre, elle rappelle que la cession forcée procédant d’une clause extra-statutaire reste un contrat soumis au droit commun, ce qui ouvre les terrains du dol, de la violence économique et de l’inexécution des conditions cumulatives. Cass. com., 21 juin 2023, n° 21-25.952Art. L. 227-15 C. com.

07Contester le prix : alignement strict et expertise de l’article 1843-4 du Code civil.+

Le drag along stipule habituellement un alignement strict du prix offert au minoritaire sur le prix offert au majoritaire. Le contentieux porte sur la sincérité de cet alignement. La pratique abuse souvent de la facture : management package versé au seul majoritaire en contrepartie d’un engagement de non-concurrence postérieur, earn-out réservé aux dirigeants conservés, complément de prix indexé sur des objectifs que seul le majoritaire peut percevoir, conditions suspensives dont l’exécution est entièrement entre les mains du majoritaire.

L’arme du minoritaire est alors double. D’abord, l’analyse contractuelle du périmètre du prix de référence : toute somme accordée au majoritaire au titre du capital social doit être incluse dans le prix unitaire payé au minoritaire. Ensuite, la saisine du président du tribunal aux fins de désignation d’un expert sur le fondement de l’article 1843-4 du Code civil, lorsque le contrat le permet, pour fixer la valeur des titres. La cour d’appel de Versailles a rappelé, dans un arrêt du 30 septembre 2025, que le juge doit faire respecter scrupuleusement les modalités de détermination de la valeur prévues par toute convention liant les parties. CA Versailles, 30 sept. 2025, n° RG 24/06646Art. 1843-4 C. civ.

08Acquéreur de complaisance et fraude : l’intention de nuire au minoritaire.+

Le drag along devient frauduleux lorsque l’acquéreur tiers est en réalité contrôlé par le majoritaire ou agit pour son compte. L’opération ressemble alors à une cession à soi-même, déguisée pour évincer le minoritaire à vil prix. La chambre commerciale a posé un principe directeur applicable à toutes les manipulations de capital orchestrées par les majoritaires.

Cass. com., 30 septembre 2020, n° 18-22.076, publié au Bulletin : « La justification d’une délibération sociale approuvant l’apport d’un fonds de commerce ne suffit pas à exclure une fraude des associés majoritaires de nature à engager leur responsabilité civile à l’égard d’un associé minoritaire. »

Le visa est l’article 1382 (devenu 1240) du Code civil et le principe selon lequel la fraude corrompt tout. Transposé au drag along, le minoritaire dispose de deux leviers : action en nullité de la cession pour cause illicite ou frauduleuse, et action en responsabilité civile contre le majoritaire pour préjudice de perte de valeur des titres. Le faisceau d’indices repose sur la chaîne capitalistique de l’acquéreur, l’absence de mise en concurrence, la concomitance d’un litige préalable et l’écart entre prix offert et valeur économique de la société. Cass. com., 30 sept. 2020, n° 18-22.076Art. 1240 C. civ.

09Violence économique et déséquilibre significatif : annuler la clause à la racine.+

Lorsque le minoritaire a signé un pacte d’investissement intégrant une clause de drag along déséquilibrée alors qu’il était en état de dépendance économique vis-à-vis du majoritaire, il peut invoquer la violence économique de l’article 1143 du Code civil pour obtenir la nullité de la clause. Il doit établir trois éléments cumulatifs : un état de dépendance, la connaissance de cet état par l’autre partie et un avantage manifestement excessif tiré de cet état.

Article 1143 du Code civil : « Il y a également violence lorsqu’une partie, abusant de l’état de dépendance dans lequel se trouve son cocontractant à son égard, obtient de lui un engagement qu’il n’aurait pas souscrit en l’absence d’une telle contrainte et en tire un avantage manifestement excessif. »

La nullité de la clause anéantit le pouvoir de drag along du majoritaire. Cette voie procédurale est parallèle à l’action en contestation des conditions d’activation et peut être combinée avec la responsabilité civile pour préjudice de dilution forcée. La cour d’appel de Versailles a rappelé qu’un pacte conclu sous pression économique reste contestable lorsque l’avantage tiré est manifestement excessif et que la dépendance est documentée. Art. 1143 C. civ.

10Stratégie d’urgence : référé, séquestre des titres et conservation des preuves.+

La fenêtre procédurale est courte. Une notification de drag along laisse souvent au minoritaire moins de trente jours pour signer l’acte de cession. Quatre actions doivent être engagées sans délai. La première est l’envoi d’une lettre détaillée d’objection énumérant les conditions cumulatives manquantes. La deuxième est la saisine du juge des référés en vue d’ordonner, sur le fondement de l’article 145 du Code de procédure civile, la communication forcée de la lettre d’intention adverse, du projet de cession et des engagements collatéraux pris par le majoritaire. La troisième est, le cas échéant, la consignation des titres entre les mains d’un séquestre conventionnel pour bloquer le closing.

La quatrième est l’assignation au fond devant le tribunal des activités économiques de Paris, de Nanterre ou de Bobigny selon la compétence territoriale, en contestation des conditions du drag along et en désignation d’un expert sur le fondement de l’article 1843-4 du Code civil pour fixer la valeur des titres. La cour d’appel de Rennes a, par arrêt du 10 juin 2025, refusé d’arrêter l’exécution provisoire d’un jugement de cession forcée, rappelant l’exigence stricte d’un moyen sérieux d’annulation et de conséquences manifestement excessives. Le minoritaire doit donc agir vite et viser juste. CA Rennes, 10 juin 2025, n° RG 25/02414Art. 145 C. proc. civ.

FAQ

Questions fréquentes.

Q1La clause de drag along est-elle valable en droit français ?+

Oui. La clause de drag along est licite dès lors qu’elle figure dans un pacte d’associés ou dans les statuts régulièrement adoptés. Elle constitue un engagement contractuel auquel s’applique l’article 1103 du Code civil. Sa validité ne supprime pas le contrôle juridictionnel du respect de ses conditions cumulatives d’activation. Une clause stipulée à un prix dérisoire ou en l’absence de toute contrepartie peut être attaquée pour violence économique (art. 1143 C. civ.) ou pour absence de cause licite, en tenant compte de la jurisprudence de la chambre commerciale sur la fraude des majoritaires (Cass. com., 30 sept. 2020, n° 18-22.076).

Q2Que peut faire le minoritaire qui refuse de signer la cession imposée ?+

Le majoritaire dispose de l’exécution forcée en nature de l’article 1221 du Code civil. La jurisprudence récente, dont l’arrêt de la cour d’appel de Montpellier du 17 juin 2025 (n° RG 24/05818), confirme la possibilité d’obtenir un jugement valant cession et fixant le prix. Le minoritaire qui refuse signe en réalité son propre acte de cession par jugement. Sa seule chance utile est d’agir avant l’audience pour démontrer la défaillance d’une condition cumulative ou la fraude. À défaut, l’exécution provisoire de la décision le contraint à transférer les titres et à percevoir le prix consigné.

Q3Faut-il viser la nullité de la clause ou contester ses conditions d’activation ?+

Les deux fondements ne s’excluent pas. Lorsque la clause est manifestement déséquilibrée et signée sous pression, viser la nullité pour violence économique (art. 1143 C. civ.) en cumul avec la contestation des conditions cumulatives est généralement la stratégie la plus efficace. La nullité, si elle est obtenue, anéantit la base contractuelle du drag along. La contestation des conditions, plus opérationnelle, prive le majoritaire de son droit d’activation dans le cas d’espèce. Le minoritaire conserve, en parallèle, l’action en responsabilité civile contre le majoritaire fraudeur sur le fondement de l’article 1240 du Code civil, soumise à la prescription quinquennale de droit commun.

Q4Quel tribunal saisir et combien de temps prend la procédure ?+

Le contentieux relève du tribunal des activités économiques, dénomination du tribunal de commerce depuis le 1er janvier 2025 dans les neuf juridictions concernées par l’expérimentation (Paris, Nanterre, Bobigny, Pontoise, Avignon, Le Havre, Le Mans, Marseille, Versailles). La compétence territoriale est, sauf clause attributive contraire, celle du siège social de la société dont les titres sont cédés. Une procédure de référé probatoire (art. 145 C. proc. civ.) peut être obtenue en quelques semaines. Une action au fond, avec désignation d’un expert sur le fondement de l’article 1843-4 du Code civil, prend en moyenne douze à dix-huit mois en première instance. L’urgence du closing impose une organisation procédurale en deux temps : référé d’abord, fond ensuite.

Vous êtes minoritaire soumis à une clause de drag along ou majoritaire qui souhaite la mettre en oeuvre ?

Maître Reda KOHEN accompagne les associés, dirigeants et investisseurs dans les contentieux de pacte d’associés à Paris et en Île-de-France. Analyse de la clause et de ses conditions cumulatives, vérification de la lettre d’intention adverse, expertise de prix sur le fondement de l’article 1843-4 du Code civil, exécution forcée ou contestation devant le tribunal des activités économiques.

Maître Reda KOHEN — Avocat au Barreau de Paris

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».