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Registre des bénéficiaires effectifs : que faire si l’INPI refuse l’accès au RBE ?

Le registre des bénéficiaires effectifs n’est plus un registre librement consultable par simple curiosité économique. Depuis la restriction de l’accès au RBE, une entreprise, un associé, un repreneur, un créancier ou un cocontractant doit expliquer pourquoi il a besoin d’obtenir les informations recherchées.

Le sujet est redevenu sensible fin juin 2026 avec la contestation publique des conditions d’accès au registre devant le Conseil d’Etat, annoncée par l’association Sherpa le 24 juin 2026. Pour les entreprises, le débat n’est pas théorique. Il touche des situations très concrètes : vérifier l’identité réelle d’un partenaire avant une cession, comprendre qui contrôle une société contractante, documenter un risque de fraude, préparer un contentieux commercial ou sécuriser une opération de financement.

Le point central est le suivant : une demande d’accès au registre des bénéficiaires effectifs doit être préparée comme un dossier, pas comme une recherche administrative rapide. Si l’intérêt légitime n’est pas expliqué et documenté, l’INPI ou le greffe peut refuser l’accès. Il faut alors réagir vite, comprendre le motif du refus et conserver les pièces qui justifient la demande.

Ce qui a changé pour l’accès au RBE

Le registre des bénéficiaires effectifs sert à identifier les personnes physiques qui contrôlent directement ou indirectement une société ou une entité. La fiche officielle Service-Public sur la déclaration des bénéficiaires effectifs rappelle que ces informations sont centralisées dans le RBE.

Pendant une période, l’accès au registre a été beaucoup plus ouvert. Cette logique a changé après l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de 2022 sur la protection de la vie privée et des données personnelles. La page Service-Public consacrée aux nouvelles conditions d’accès au RBE indique désormais que l’accès intégral est limité aux autorités, aux professionnels assujettis à la lutte contre le blanchiment, à certaines catégories expressément prévues et aux personnes qui justifient d’un intérêt légitime.

Le décret n° 2026-310 du 24 avril 2026 a précisé la procédure. Il encadre les critères de l’intérêt légitime, le traitement des demandes, les motifs de refus, le certificat d’accès et les délais applicables.

Pour une entreprise, cela signifie qu’il ne suffit plus d’indiquer « je veux connaître le bénéficiaire effectif ». Il faut expliquer le lien entre la demande et une opération précise : négociation contractuelle, entrée au capital, cession de titres, due diligence, risque de conflit d’intérêts, procédure de recouvrement, suspicion de fraude ou contrôle de conformité.

Qui peut demander l’accès au registre ?

L’article L. 561-46 du Code monétaire et financier organise l’accès aux informations relatives aux bénéficiaires effectifs. Certaines autorités et certains professionnels disposent d’un accès dans le cadre de leurs missions. Les sociétés peuvent aussi accéder aux informations qu’elles ont elles-mêmes déclarées. Les personnes physiques peuvent accéder aux informations des sociétés dans lesquelles elles ont été déclarées bénéficiaires effectifs.

Pour les autres demandeurs, la difficulté tient à l’intérêt légitime. Le décret de 2026 prévoit que cet intérêt est apprécié notamment à partir de la fonction ou de l’emploi du demandeur et de son lien avec la société dont les informations sont recherchées.

Un associé minoritaire qui prépare une action, un repreneur qui vérifie une cible, un créancier qui veut comprendre l’organisation réelle d’un débiteur, ou une entreprise qui documente un risque de blanchiment ne sont donc pas dans la même situation qu’un demandeur sans lien identifié avec la société. La demande doit faire apparaître ce lien.

La formulation compte. Une demande trop générale peut être regardée comme insuffisante. Une demande ciblée, rattachée à un contrat, une négociation, une dette ou un risque précis, a plus de chances d’être instruite sérieusement.

Que doit contenir une demande d’accès au RBE ?

Une demande utile doit identifier le demandeur, la société visée et le motif de la consultation. Elle doit aussi expliquer pourquoi les informations déjà disponibles dans le RCS, le RNE, les statuts, les comptes ou les annonces légales ne suffisent pas.

En pratique, le dossier peut contenir :

  1. l’extrait Kbis ou les informations RNE de la société recherchée ;
  2. le contrat, le projet de cession, la lettre d’intention, la facture impayée ou le document qui crée le lien avec la société ;
  3. une note courte expliquant le risque ou la vérification à effectuer ;
  4. les échanges qui montrent que l’identité du contrôle réel est discutée ou nécessaire ;
  5. le mandat, la qualité ou la fonction de la personne qui demande l’accès.

Il faut éviter les demandes vagues. Par exemple, écrire seulement « vérification de transparence » ou « besoin commercial » expose à un refus. Il vaut mieux expliquer que la société est pressentie comme fournisseur stratégique, que le contrat implique un paiement important, que des incohérences existent entre les associés apparents et les interlocuteurs réels, ou que l’accès au RBE est nécessaire pour documenter une procédure.

Quels délais surveiller ?

La page Service-Public indique que, pour les demandes présentées à partir du 10 novembre 2026, l’INPI ou le greffier compétent disposera en principe de 12 jours ouvrables pour statuer. Le décret prévoit aussi un mécanisme de certificat d’accès : lorsqu’un demandeur obtient un certificat valable, certaines demandes ultérieures peuvent être traitées plus rapidement.

Avant cette date, Service-Public précise que le silence gardé pendant deux mois vaut acceptation pour les demandes actuellement formulées. Cette règle transitoire doit être maniée avec prudence. En pratique, si le dossier est urgent, il ne faut pas attendre passivement l’expiration du délai. Il faut conserver la preuve d’envoi, suivre les demandes de pièces complémentaires et relancer par écrit si l’opération dépend de l’accès au registre.

Lorsque l’accès est demandé dans le cadre d’une cession, d’un pacte d’associés ou d’un contrat sensible, le calendrier doit être anticipé dans les conditions suspensives ou dans la liste des pièces de due diligence. À défaut, la signature peut être retardée ou conclue avec une zone d’ombre sur le contrôle réel de la société.

Pourquoi l’INPI ou le greffe peut refuser l’accès ?

Le décret du 24 avril 2026 prévoit plusieurs motifs de refus. Les plus fréquents en pratique devraient être l’absence de pièces suffisantes, l’intérêt légitime insuffisamment démontré, ou le risque que les informations soient utilisées à une autre fin que celle annoncée.

Un refus peut donc venir d’un dossier mal construit, même si le demandeur avait une vraie raison de consulter le RBE. Il peut aussi venir d’un problème de périmètre : le demandeur veut obtenir toutes les informations disponibles alors que son besoin porte seulement sur une société ou une opération déterminée.

La décision de refus doit être motivée et mentionner les voies et délais de recours. Il faut la lire attentivement. Le point décisif est souvent le motif exact : absence de document, absence de lien avec la société, finalité trop vague, doute sur l’usage des informations, ou demande formulée par une personne qui n’établit pas sa qualité.

Que faire après un refus d’accès ?

La première étape consiste à sécuriser la preuve du refus : décision, accusé de réception, formulaire déposé, pièces jointes, échanges avec l’INPI ou le greffe. Sans cette chronologie, il sera plus difficile de contester utilement la décision.

Ensuite, il faut distinguer trois situations.

Si le refus vise un dossier incomplet, il faut déposer une demande corrigée avec les pièces manquantes. La contestation n’est pas toujours le meilleur réflexe. Il peut être plus rapide de reformuler l’intérêt légitime et de joindre le contrat, la facture, le projet d’acquisition ou la mise en demeure qui justifie l’accès.

Si le refus vise l’absence d’intérêt légitime, il faut reconstruire l’argumentation. Le demandeur doit montrer en quoi sa qualité et son lien avec la société rendent l’accès nécessaire. Un repreneur n’argumente pas comme un journaliste, un créancier n’argumente pas comme un associé, et un cocontractant n’argumente pas comme un tiers sans relation contractuelle.

Si le refus paraît infondé ou s’il bloque une opération urgente, il faut envisager un recours dans les délais indiqués par la décision. Il ne faut pas attendre l’expiration d’une promesse, d’une condition suspensive ou d’un délai de paiement pour agir. La contestation doit partir du motif de refus et y répondre point par point.

Comment utiliser le RBE dans une cession ou un contrat sensible ?

Dans une cession d’entreprise, le RBE ne remplace pas les statuts, le registre des mouvements de titres, les comptes, les pactes ou les déclarations du cédant. Il sert à vérifier l’identité du contrôle réel et à repérer les incohérences.

Avant de signer, le repreneur doit comparer :

  1. les dirigeants déclarés ;
  2. les associés figurant dans les statuts ou les registres ;
  3. les bénéficiaires effectifs déclarés ;
  4. les personnes qui négocient réellement ;
  5. les bénéficiaires économiques du prix ou du contrat.

Une incohérence ne signifie pas nécessairement fraude. Elle peut venir d’une mise à jour oubliée, d’un démembrement de titres, d’une holding, d’une succession ou d’un pacte non communiqué. Mais elle doit être expliquée avant la signature.

Pour un contrat sensible, le raisonnement est le même. Si le fournisseur, le client ou l’intermédiaire intervient dans un secteur exposé, si les paiements sont élevés, si l’opération implique une société récemment constituée ou si la gouvernance paraît instable, l’accès au RBE peut devenir une pièce de conformité et de preuve.

Paris et Île-de-France : pourquoi anticiper les demandes

À Paris et en Île-de-France, les dossiers de cession, d’investissement, de franchise, de prestations numériques, d’immobilier commercial ou de distribution impliquent souvent plusieurs sociétés, holdings et véhicules patrimoniaux. Les informations publiques ne suffisent pas toujours à comprendre qui contrôle réellement l’opération.

Le risque pratique est le retard. Une demande RBE mal préparée peut bloquer une signature, une mise en demeure, une action contre un débiteur ou une négociation de garantie. Il faut donc intégrer la demande dans le calendrier du dossier, notamment lorsque le tribunal de commerce de Paris, le greffe ou l’INPI sont susceptibles d’intervenir dans un délai contraint.

Lorsque le dossier concerne une cession ou un contrat important, il est utile de préparer en amont une note courte : pourquoi l’accès est demandé, quelle société est concernée, quelle opération le justifie et quelle pièce démontre le lien avec le demandeur.

Les pièces à réunir avant de demander ou contester l’accès

Le dossier doit rester simple, mais probant. Il faut réunir les informations d’identification de la société, la preuve du lien avec elle, le document qui justifie l’intérêt légitime et la chronologie des démarches.

Pour un repreneur, ce sera souvent une lettre d’intention, un protocole en négociation, un NDA, un mandat ou un échange avec le cédant. Pour un créancier, ce sera une facture, une mise en demeure, une reconnaissance de dette, un jugement ou un acte d’exécution. Pour un associé, ce sera les statuts, les procès-verbaux, le pacte ou les échanges relatifs au conflit.

Si l’accès est refusé, il faut ajouter la décision de refus, le formulaire initial et la preuve des pièces déjà transmises. Une nouvelle demande ou un recours ne doit pas repartir de zéro. Il doit répondre exactement aux objections formulées.

Pour un angle proche, le cabinet a déjà publié une analyse sur l’accès au registre des bénéficiaires effectifs en cas de cession ou de contrat sensible. Le présent article vise la situation différente du refus, de la demande incomplète ou du recours à préparer.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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