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Loyer sous-évalué : peut-on augmenter le loyer au renouvellement du bail en 2026 ?

Un propriétaire ne peut pas profiter du renouvellement du bail pour fixer librement un nouveau loyer.

En 2026, la confusion est fréquente parce que plusieurs mécanismes se croisent. Il y a d’abord la révision annuelle du loyer, calculée avec l’indice de référence des loyers. L’Insee a publié le 15 avril 2026 l’IRL du premier trimestre 2026 : 146,60 en métropole, soit une hausse annuelle de 0,78 %. Cette donnée intéresse les baux qui prévoient une clause de révision.

Il y a ensuite un mécanisme différent : la réévaluation d’un loyer manifestement sous-évalué au moment du renouvellement du bail. Ce n’est pas une simple indexation. Le bailleur doit respecter une procédure, produire des références de loyers comparables et accepter, en cas de désaccord, un passage devant la commission départementale de conciliation puis, si nécessaire, devant le juge.

Pour un locataire, l’enjeu est de ne pas laisser passer une proposition irrégulière. Pour un bailleur, l’enjeu est inverse : présenter un dossier solide, chiffré et notifié dans les temps. Une augmentation mal préparée peut être contestée et perdre l’effet recherché.

Révision annuelle et loyer sous-évalué : deux mécanismes différents

La révision annuelle du loyer suppose une clause dans le bail. Elle permet d’appliquer l’évolution de l’IRL, dans les limites légales. Le calcul se fait à partir du loyer hors charges, de l’ancien indice et du nouvel indice applicable.

La fiche officielle sur l’indice de référence des loyers rappelle cette logique de calcul. Pour le premier trimestre 2026, l’Insee indique un IRL de 146,60 en métropole, en hausse de 0,78 % sur un an.

Cette hausse ne suffit pas à justifier une augmentation plus large.

Si le propriétaire veut aller au-delà de la révision annuelle, il doit entrer dans un autre régime : celui du loyer manifestement sous-évalué. L’article 17-2 de la loi du 6 juillet 1989 pose le principe : au renouvellement du contrat, le loyer ne peut être réévalué que s’il est manifestement sous-évalué.

Le mot important est « manifestement ».

Il ne suffit pas que le bailleur estime que le loyer est un peu inférieur au marché. Il doit démontrer un écart réel, sérieux et objectivable avec des logements comparables.

Quand le bailleur peut-il invoquer un loyer manifestement sous-évalué ?

Le mécanisme intervient au renouvellement du bail. Il ne permet pas, en cours de bail, de corriger librement un loyer que le bailleur juge trop bas.

Pour un logement vide, le bail d’habitation dure en principe trois ans lorsque le bailleur est une personne physique, et six ans lorsque le bailleur est une personne morale. Pour un logement meublé, la durée de référence est en général d’un an, hors cas particuliers.

À l’approche de l’échéance, le bailleur peut proposer un nouveau loyer s’il considère que le loyer actuel est manifestement sous-évalué. La page officielle sur le loyer sous-évalué au renouvellement du bail distingue les règles applicables en zone tendue et hors zone tendue.

En pratique, trois questions doivent être posées avant toute discussion sur le montant.

Le logement est-il concerné par une règle de blocage ou d’encadrement ?

Le bailleur a-t-il notifié sa proposition dans le bon délai et avec les bonnes mentions ?

Les références produites sont-elles réellement comparables au logement loué ?

Si l’une de ces étapes manque, le locataire dispose d’un angle sérieux de contestation.

Le délai : la proposition doit arriver avant le renouvellement

Le bailleur ne doit pas attendre la fin du bail pour annoncer le nouveau loyer.

La proposition de réévaluation doit être adressée au locataire au moins six mois avant le terme du bail. Ce point est central. Une proposition tardive prive le bailleur de la possibilité d’imposer le nouveau loyer au renouvellement concerné.

La notification doit être faite par un canal permettant de prouver la date et le contenu de la demande. En pratique, la lettre recommandée avec avis de réception reste le support le plus sûr. Un acte de commissaire de justice peut aussi être utilisé lorsque le dossier est sensible.

Le courrier doit éviter les formulations vagues. Il doit présenter le montant proposé, expliquer pourquoi le loyer serait manifestement sous-évalué et joindre les références de loyers comparables.

Un simple message indiquant que « les loyers ont augmenté dans le quartier » ne suffit pas.

Les références de loyers : le coeur du dossier

La réévaluation repose sur des références.

Le bailleur doit comparer le logement à des biens similaires situés dans le voisinage. Les références doivent porter sur des logements comparables par leur surface, leur localisation, leur époque de construction, leur état, leurs équipements, leur étage, leur exposition et leurs caractéristiques principales.

Un studio sur cour au rez-de-chaussée ne se compare pas à un deux-pièces lumineux en étage élevé.

Un logement ancien non rénové ne se compare pas mécaniquement à un appartement refait à neuf avec ascenseur, cave et balcon.

Le locataire doit donc contrôler les références une par une. Il ne faut pas seulement regarder le montant final. Il faut regarder si les biens cités ressemblent vraiment au logement loué.

Les références doivent également être exploitables. Une annonce immobilière isolée, un loyer oralement rapporté par un voisin ou une estimation automatique ne remplacent pas des références sérieuses.

Comment calculer la hausse proposée ?

Le calcul dépend notamment de la zone et des règles applicables.

Hors zone tendue, lorsque la sous-évaluation est démontrée, la hausse peut être étalée dans le temps. Service-public donne l’exemple d’une réévaluation appliquée progressivement, par sixième annuel, lorsque l’écart est important.

En zone tendue, la logique est plus restrictive. Les règles d’évolution des loyers et d’encadrement limitent la marge du bailleur. Le logement peut aussi être situé dans une commune où l’encadrement des loyers impose un loyer de référence, un loyer de référence majoré et des mentions spécifiques dans le bail.

À Paris, la difficulté est souvent double. Le bailleur invoque un loyer sous-évalué, mais le locataire doit aussi vérifier que le nouveau montant ne dépasse pas le loyer de référence majoré, sauf complément de loyer justifié. Notre analyse sur le loyer de référence majoré et le complément de loyer abusif à Paris détaille ce point.

Le bon réflexe consiste donc à séparer les calculs.

D’abord, vérifier la révision annuelle IRL, si le bail contient une clause de révision.

Ensuite, vérifier si le bailleur démontre une sous-évaluation manifeste.

Enfin, vérifier si le nouveau loyer reste compatible avec l’encadrement applicable dans la commune.

Que doit faire le locataire qui reçoit une proposition ?

Le locataire ne doit pas répondre trop vite.

Il doit d’abord conserver l’enveloppe, la lettre, les pièces jointes et la preuve de réception. Ces éléments permettront de vérifier le délai de six mois.

Il doit ensuite demander les références si elles ne sont pas jointes, ou contester leur pertinence si elles sont insuffisantes. Le courrier de réponse doit rester factuel. Il peut rappeler que le locataire conteste le caractère manifestement sous-évalué du loyer et qu’il se réserve la possibilité de saisir la commission départementale de conciliation.

Service-public propose d’ailleurs un modèle pour contester l’augmentation de loyer au renouvellement du bail. Ce modèle est utile, mais il doit être adapté au dossier. Une contestation efficace ne se limite pas à dire que le nouveau loyer est trop élevé. Elle explique pourquoi les références ne sont pas comparables, pourquoi le délai n’est pas respecté ou pourquoi l’encadrement des loyers fait obstacle au montant demandé.

Le locataire doit aussi vérifier si le logement présente un problème énergétique ou de décence. Dans certains cas, l’état du logement empêche ou fragilise l’augmentation. Une hausse de loyer demandée pour un logement présentant des désordres sérieux appelle une réponse plus ferme, avec pièces à l’appui.

Que doit faire le bailleur pour sécuriser sa demande ?

Le bailleur doit préparer son dossier avant d’écrire au locataire.

La première étape consiste à identifier la date exacte de fin du bail. Une erreur de date peut faire tomber toute la procédure.

La deuxième consiste à rassembler des références pertinentes. Il faut éviter les références trop flatteuses, trop éloignées ou trop différentes. Plus le dossier est contestable, plus la conciliation risque d’échouer.

La troisième consiste à chiffrer proprement la hausse proposée. Le courrier doit permettre au locataire de comprendre le raisonnement. Il doit aussi éviter de mélanger plusieurs fondements : révision IRL, réévaluation pour sous-évaluation, complément de loyer, régularisation de charges.

La quatrième consiste à anticiper la contestation. Si le locataire refuse, le bailleur devra défendre son calcul devant la commission départementale de conciliation, puis éventuellement devant le juge. Le dossier doit donc être construit comme un dossier contentieux dès le premier courrier.

Commission de conciliation : passage souvent décisif

En cas de désaccord, la commission départementale de conciliation peut être saisie. Elle tente de rapprocher les positions. Elle ne remplace pas le juge, mais son avis et les échanges tenus devant elle pèsent souvent dans la suite du dossier.

Pour le locataire, la commission permet de montrer rapidement que la proposition est mal fondée.

Pour le bailleur, elle permet de faire acter que la discussion a été tentée, lorsque le dossier est sérieux.

Il faut arriver à cette étape avec un tableau clair : loyer actuel, loyer proposé, surface, prix au mètre carré, références produites, différences entre les logements, date de notification, règles locales applicables.

La commission n’est pas le lieu d’une protestation générale. C’est le lieu d’une démonstration chiffrée.

Paris et Île-de-France : points d’attention renforcés

À Paris et dans plusieurs communes d’Île-de-France, le sujet est particulièrement sensible.

Le niveau des loyers rend les propositions de réévaluation fréquentes. Mais l’encadrement des loyers, les règles de zone tendue et la qualité variable des références créent aussi de nombreux contentieux.

À Paris, le locataire doit vérifier le loyer de référence applicable à l’adresse, au type de location, au nombre de pièces, à l’époque de construction et au secteur géographique. Si le bailleur propose un montant supérieur au loyer de référence majoré, il doit justifier un complément de loyer par des caractéristiques particulières du logement.

En Île-de-France, la question de la comparaison est souvent litigieuse. Deux communes voisines peuvent avoir des marchés locatifs très différents. Même dans un même arrondissement, la rue, l’étage, l’état du logement et la présence d’un ascenseur peuvent changer l’analyse.

Pour un accompagnement plus large sur un litige locatif ou immobilier, vous pouvez consulter notre page dédiée à l’avocat en droit immobilier à Paris.

Les pièces à réunir avant de répondre

Le dossier doit être concret.

Le locataire doit réunir le bail initial, les avenants éventuels, les dernières quittances, la proposition du bailleur, les références produites, le DPE, les échanges sur l’état du logement, les photos utiles et les annonces ou références contradictoires.

Le bailleur doit réunir le bail, l’historique des révisions, les références de comparaison, les justificatifs des caractéristiques du logement, les diagnostics, les éventuels travaux réalisés et la preuve de notification.

Dans les deux cas, le tableau de calcul est indispensable.

Il doit distinguer le loyer hors charges, les charges, le prix au mètre carré, l’ancien loyer, le nouveau loyer demandé, l’écart invoqué et l’étalement éventuel.

Sans ce tableau, le débat devient confus.

Les erreurs fréquentes

La première erreur est de confondre IRL et réévaluation. L’IRL permet une révision limitée. Il ne transforme pas automatiquement un loyer ancien en loyer de marché.

La deuxième erreur est de répondre uniquement sur le montant. Le litige se gagne souvent sur la procédure, les références et la preuve, pas seulement sur le chiffre final.

La troisième erreur est d’oublier l’encadrement local. À Paris, le raisonnement doit intégrer le loyer de référence majoré et le complément de loyer.

La quatrième erreur est de laisser la discussion traîner. Les délais du renouvellement imposent une réaction rapide, surtout si la commission départementale de conciliation doit être saisie.

La cinquième erreur est de négliger l’état du logement. Un bailleur qui demande une hausse alors que le logement présente des désordres, un mauvais DPE ou des travaux non réalisés s’expose à une contestation plus large.

Ce qu’il faut retenir

En 2026, un bailleur peut réviser le loyer si le bail le prévoit et si la révision respecte l’IRL applicable. Pour le premier trimestre 2026, l’IRL métropolitain publié par l’Insee est de 146,60, avec une variation annuelle de 0,78 %.

Mais la réévaluation d’un loyer sous-évalué au renouvellement du bail obéit à une autre logique. Elle suppose une sous-évaluation manifeste, une notification dans les délais, des références comparables et, en cas de désaccord, un passage possible devant la commission départementale de conciliation puis le juge.

Pour le locataire, la priorité est de vérifier le délai, les références et l’encadrement applicable.

Pour le bailleur, la priorité est de constituer un dossier de preuve avant d’envoyer la proposition.

Dans les deux cas, il faut raisonner sur pièces. Le montant ne se discute pas dans l’abstrait.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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