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Bail commercial sur le domaine public : bail nul et indemnité d’occupation après l’arrêt du 21 mai 2026

La Cour de cassation a rendu le 21 mai 2026 une décision importante pour les commerçants, restaurateurs, exploitants de plage, occupants de halles, kiosques, marchés, gares, équipements publics ou locaux appartenant à une collectivité. Lorsqu’un contrat présenté comme un bail commercial porte en réalité sur une dépendance du domaine public, le statut des baux commerciaux ne peut pas être choisi par les parties. Le contrat peut être annulé, même s’il a été signé, exécuté pendant plusieurs années et utilisé pour exploiter un fonds.

Le point le plus pratique de l’arrêt est ailleurs : la nullité du bail ne signifie pas que l’occupation devient gratuite. La Cour admet qu’après l’annulation, la partie qui a fourni la jouissance effective du local peut demander une restitution en valeur, donc une indemnité d’occupation, même lorsque le contrat était atteint par une nullité pour objet illicite.

Pour un commerçant, un bailleur privé, une société d’exploitation ou une collectivité, le sujet est donc double : vérifier si le local relève du domaine public, puis chiffrer très vite les conséquences financières de l’annulation.

Pourquoi un bail commercial sur le domaine public pose problème

Le bail commercial protège fortement le locataire : droit au renouvellement, indemnité d’éviction, propriété commerciale, durée minimale, règles de révision du loyer, cession encadrée, procédure spécifique en cas de clause résolutoire. Ce régime suppose toutefois que le bien puisse entrer dans le champ du statut des baux commerciaux.

Or le domaine public obéit à une autre logique. L’article L. 2122-1 du Code général de la propriété des personnes publiques prévoit qu’il faut un titre pour occuper ou utiliser une dépendance du domaine public au-delà de l’usage commun. L’article L. 2122-2 rappelle que cette occupation ne peut être que temporaire. L’article L. 2122-3 précise que l’autorisation présente un caractère précaire et révocable.

Ces règles sont difficilement compatibles avec le bail commercial classique. Un exploitant ne peut pas transformer une autorisation précaire d’occupation du domaine public en bail 3-6-9 simplement parce que le contrat utilise les mots « bail commercial », « loyer », « preneur » ou « fonds de commerce ».

La difficulté apparaît souvent tard : au moment d’un impayé, d’un commandement de payer, d’une demande de renouvellement, d’une cession de fonds, d’une éviction, d’une fermeture administrative ou d’une reprise du site par la collectivité.

Ce que dit l’arrêt du 21 mai 2026

Dans l’affaire jugée le 21 mai 2026, un local situé à l’arrière d’une plage avait été donné à bail commercial pour exploiter un restaurant. Des années plus tard, un commandement de payer a été délivré. Le locataire a alors demandé la nullité du bail, en soutenant que le bien appartenait au domaine public.

La Cour de cassation confirme deux principes utiles.

D’abord, l’action en nullité pour objet illicite relève de la prescription de cinq ans de l’article 2224 du Code civil. Ce délai court à compter du jour où la partie a connu, ou aurait dû connaître, les faits lui permettant d’agir. Dans ce type de dossier, la date de découverte de la domanialité publique devient donc un point central.

Ensuite, les parties ne peuvent pas soumettre volontairement un bien du domaine public au statut des baux commerciaux. Le bail commercial portant sur un tel bien est frappé d’une nullité absolue pour objet illicite.

Mais la Cour casse l’arrêt d’appel sur un autre point : l’indemnité d’occupation. Les juges du fond avaient refusé cette indemnité au motif que le bailleur n’était pas propriétaire du bien. La Cour de cassation retient au contraire que l’annulation du contrat impose de remettre les parties dans leur situation antérieure et d’admettre une restitution en valeur lorsque la jouissance effective du local a été fournie.

Concrètement, un locataire peut obtenir l’annulation du bail, mais il ne doit pas partir du principe que tous les loyers seront restitués sans contrepartie. Le débat se déplace vers le calcul de la valeur de l’occupation.

Comment savoir si le local relève du domaine public

Le dossier ne se tranche pas uniquement avec l’intitulé du contrat. Un document appelé « bail commercial » peut masquer une occupation du domaine public. À l’inverse, un immeuble appartenant à une personne publique peut relever du domaine privé et permettre un bail commercial dans certaines conditions.

Il faut donc vérifier plusieurs éléments :

  • l’identité du propriétaire réel du terrain, du bâtiment ou de l’emprise ;
  • l’affectation du bien à l’usage direct du public ou à un service public ;
  • l’existence d’aménagements indispensables à cette affectation ;
  • les délibérations de la collectivité, conventions d’occupation, arrêtés, autorisations temporaires ou titres précaires ;
  • les plans, cadastres, limites du domaine public, servitudes et actes de déclassement éventuels ;
  • les échanges antérieurs sur la cession du fonds, le renouvellement, la redevance ou l’autorisation d’exploiter.

Les cas fréquents concernent les plages, ports, marchés couverts, halles, kiosques, terrasses incorporées au domaine public, locaux dans des équipements publics, gares, dépendances communales, sites sportifs ou emprises nécessaires à un service public.

Le risque augmente lorsque le contrat parle à la fois de « bail commercial » et d' »autorisation d’occupation », de « redevance », de « permission » ou de « précarité ». Ces termes doivent déclencher une relecture juridique avant toute action en paiement ou toute demande de renouvellement.

Que faire si vous avez reçu un commandement de payer

Un commandement de payer visant un bail commercial ne doit pas être traité mécaniquement lorsque le local pourrait relever du domaine public. Le premier réflexe consiste à suspendre l’analyse classique « loyers impayés / clause résolutoire » et à vérifier la nature juridique de l’occupation.

Le locataire doit réunir immédiatement :

  • le bail et tous les avenants ;
  • le commandement de payer et son décompte ;
  • les factures, quittances, appels de redevance ou appels de loyer ;
  • les plans du local et les autorisations d’exploitation ;
  • les échanges avec la commune, l’établissement public, le gestionnaire du site ou l’ancien exploitant ;
  • les preuves de la date à laquelle il a découvert que le bien pouvait relever du domaine public.

Si l’action en nullité est envisageable, elle doit être articulée avec la prescription, les sommes déjà payées, la valeur réelle de l’occupation, les travaux financés par l’exploitant, la perte éventuelle du fonds et les risques de restitution.

Le bailleur, de son côté, doit éviter de raisonner uniquement en recouvrement. S’il demande le paiement d’un arriéré, il doit anticiper une contestation sur la validité du bail. Il peut aussi devoir justifier la jouissance concrètement fournie au locataire pour réclamer une indemnité d’occupation en valeur.

Peut-on récupérer les loyers déjà payés

La nullité du bail ouvre un débat de restitutions. L’article 1178 du Code civil prévoit que le contrat annulé est censé n’avoir jamais existé et que les prestations exécutées donnent lieu à restitution. L’article 1352 précise que la restitution d’une chose autre qu’une somme d’argent a lieu en nature ou, lorsque cela est impossible, en valeur.

Dans un bail exécuté pendant plusieurs années, la restitution en nature est impossible : le locataire ne peut pas rendre les mois ou les années d’occupation. Le juge doit donc raisonner en valeur.

Le locataire peut demander la restitution de loyers, de redevances ou de sommes payées sans base valable. Le bailleur peut répondre que l’exploitant a bénéficié d’un local, d’une clientèle, d’un emplacement et d’une jouissance effective. Le résultat n’est donc pas automatique. Il dépend du montant payé, de la valeur locative ou économique du site, des travaux, de la durée d’occupation, de la bonne ou mauvaise foi des parties et des fautes éventuellement commises.

L’enjeu financier peut être majeur. Dans un restaurant, un commerce de plage, un kiosque ou un emplacement de marché, plusieurs années d’exploitation peuvent représenter des loyers importants, mais aussi une valeur d’usage élevée.

Le fonds de commerce est-il protégé

Le locataire qui croyait bénéficier d’un bail commercial peut avoir structuré toute son activité autour de cette protection : achat de fonds, financement bancaire, travaux, enseigne, salariés, clientèle, contrats fournisseurs. Si le bail est annulé parce que le bien relève du domaine public, il peut perdre le socle juridique de son droit au renouvellement.

Il faut alors distinguer plusieurs demandes :

  • la nullité du bail commercial ;
  • la restitution des sommes versées ;
  • l’indemnisation d’une faute si une partie a présenté à tort l’occupation comme un bail commercial sécurisé ;
  • la discussion sur la valeur de la jouissance effective ;
  • les conséquences sur la cession du fonds, le prêt bancaire, les garanties et les travaux.

Une action mal cadrée peut produire un effet inverse à celui recherché. Obtenir la nullité ne suffit pas si le dossier ne traite pas aussi l’indemnité d’occupation, la preuve de la découverte tardive, les investissements réalisés et la perte économique subie.

Points d’attention à Paris et en Île-de-France

À Paris et en Île-de-France, le sujet peut concerner des commerces installés sur des emprises publiques très variées : kiosques, marchés, locaux dépendant d’un équipement public, terrasses liées à une occupation du domaine public, locaux en gare, sites communaux, espaces sportifs, halles, restaurants ou points de vente exploités dans un environnement public.

La stratégie doit tenir compte du gestionnaire du site. Un litige avec une commune, un établissement public, un gestionnaire de marché ou une entité parapublique ne se traite pas comme un simple conflit entre bailleur privé et locataire commercial.

Avant d’engager une procédure, il faut identifier le bon juge, le bon fondement et le bon calendrier. Certaines contestations relèvent de la logique administrative de l’occupation du domaine public ; d’autres naissent dans un contentieux civil ou commercial entre les parties au contrat. Les demandes indemnitaires, les restitutions et les mesures urgentes doivent être préparées avec cette frontière en tête.

Checklist avant d’agir

Avant de payer, contester, assigner ou négocier, il faut vérifier :

  • le statut exact du bien : domaine public ou domaine privé ;
  • le titre d’occupation : bail, convention, autorisation, avenant, arrêté ;
  • la date de signature et la date de découverte du risque de nullité ;
  • les sommes payées et les sommes réclamées ;
  • la valeur d’occupation possible ;
  • les travaux financés par chaque partie ;
  • les échanges qui ont pu créer une croyance légitime dans l’existence d’un bail commercial ;
  • les conséquences sur le fonds, les salariés, la banque et la cession éventuelle.

L’objectif n’est pas seulement de qualifier le contrat. Il faut chiffrer le scénario complet : nullité, restitutions, indemnité d’occupation, dommages et intérêts, poursuite ou sortie de l’exploitation.

Sources utiles

Pour une vision plus large des litiges de bail commercial, vous pouvez consulter notre page dédiée aux avocats en bail commercial à Paris.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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