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Loi narcotrafic : peut-on expulser les parents pour les actes d’un enfant dans un logement social ?

Début mai 2026, le tribunal judiciaire de Rennes a validé une expulsion dans un logement social après des faits de trafic de stupéfiants imputés au fils mineur de la locataire. Quelques jours plus tard, dans les Bouches-du-Rhône, d’autres procédures liées au narcotrafic ont été suspendues ou contestées. Ces décisions montrent une chose simple : la loi de 2025 donne au préfet et au bailleur social un outil plus fort, mais elle ne transforme pas l’expulsion d’une famille en automatisme.

La question pratique est donc précise : des parents peuvent-ils perdre leur logement social pour les actes d’un enfant, d’un fils majeur, d’un proche hébergé ou d’un occupant du logement ? La réponse dépend de la preuve. Le juge doit vérifier le lien entre la personne mise en cause, le logement, les abords de l’immeuble, le trouble à l’ordre public et l’obligation d’usage paisible du bail.

Pour un locataire, l’urgence consiste à ne pas traiter l’assignation comme une simple conséquence pénale. Pour un bailleur social, l’urgence consiste à documenter les faits sans amalgame. Dans les deux cas, le dossier se gagne ou se perd sur les pièces.

Ce que permet la loi narcotrafic en matière de logement social

La loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 a créé l’article L. 442-4-3 du Code de la construction et de l’habitation. Ce texte vise les agissements en lien avec des activités de trafic de stupéfiants commis par l’occupant habituel d’un logement, lorsqu’ils troublent l’ordre public de manière grave ou répétée et méconnaissent l’obligation d’usage paisible prévue par la loi du 6 juillet 1989.

Le texte donne un rôle particulier au préfet. Le représentant de l’Etat peut enjoindre au bailleur de saisir le juge pour demander la résiliation du bail. Si le bailleur refuse, ne répond pas dans le délai prévu ou n’agit pas après avoir accepté, le préfet peut se substituer à lui et saisir le juge.

Cette mécanique ne suffit pas à expulser. Elle ouvre une voie procédurale. La résiliation du bail et l’expulsion restent décidées par le juge. Le locataire peut donc contester les faits, leur qualification, le lien avec le logement, le caractère habituel de l’occupation et la proportionnalité de la mesure.

Un parent n’est pas automatiquement responsable de tout acte commis par son enfant

Le point central est la notion d’occupant habituel. Un enfant mineur qui vit dans le logement est en principe rattaché au foyer. Un enfant majeur peut aussi l’être s’il réside réellement sur place. En revanche, une personne qui ne vit plus dans le logement, qui ne fait qu’y passer ou dont les faits sont sans lien concret avec l’immeuble ne peut pas être assimilée automatiquement au foyer.

Le bailleur ou le préfet doit donc établir plusieurs éléments :

  • l’identité de la personne mise en cause ;
  • son occupation habituelle du logement ;
  • la nature des faits reprochés ;
  • le lien entre ces faits et le logement ou ses abords ;
  • le trouble grave ou répété à l’ordre public ;
  • la méconnaissance de l’obligation d’usage paisible.

Sans cette chaîne de preuve, la défense du locataire dispose d’un angle sérieux. La question n’est pas seulement de savoir si un membre du foyer a été cité dans une procédure pénale. Il faut savoir où les faits ont eu lieu, comment le logement a été utilisé, ce que les voisins ont subi, et si le trouble reste actuel au moment où le juge statue.

Ce que les décisions récentes enseignent

La décision du tribunal judiciaire de Rennes du 5 mai 2026, RG n° 26/00827, illustre le cas où la demande peut prospérer. Le juge a examiné l’article L. 442-4-3, l’injonction préfectorale, la situation d’un occupant mineur, les éléments policiers et le rattachement des faits au point de deal lié à l’adresse du logement.

La décision du tribunal judiciaire de Paris du 8 janvier 2026, RG n° 24/11551, montre également que les agissements d’enfants déclarés occupants du logement peuvent conduire à une résiliation du bail lorsque les pièces établissent un trafic organisé dans l’ensemble immobilier et un trouble de jouissance pour les autres occupants.

La cour d’appel de Versailles, dans un arrêt du 13 janvier 2026, RG n° 24/06938, rappelle l’importance de la preuve concrète. Le débat portait notamment sur les contrôles, les faits de stupéfiants, les incidents dans l’immeuble et le lien entre le logement familial et les troubles reprochés.

Ces décisions ne disent pas qu’une famille doit être expulsée dès qu’un enfant est mis en cause. Elles disent que le juge vérifie le dossier. Un même fondement légal peut conduire à une expulsion ferme lorsque la preuve est dense, ou à une contestation sérieuse lorsque le lien avec le logement est faible.

Quels moyens de défense pour les parents visés par l’expulsion ?

La première défense consiste à demander les pièces. Il faut obtenir l’injonction préfectorale, l’assignation, les rapports produits, les décisions pénales citées, les attestations, les plaintes, les fiches d’incident et les échanges entre le bailleur et l’administration.

La deuxième défense consiste à isoler l’auteur exact des faits. Si la procédure vise les parents pour les actes d’un enfant, il faut vérifier son âge, son domicile réel, la période concernée, ses interdictions éventuelles, ses séjours hors du logement, ses condamnations ou l’absence de condamnation.

La troisième défense porte sur le lieu. Un trafic constaté loin de l’immeuble ne produit pas les mêmes effets qu’un trafic organisé dans le hall, dans la cage d’escalier, dans un parking ou depuis l’appartement. L’article L. 442-4-3 vise le trouble grave ou répété à l’ordre public, mais le juge examine concrètement le lien avec le logement.

La quatrième défense porte sur l’actualité du trouble. Si la personne mise en cause est partie, incarcérée, interdite de paraître dans le quartier, ou si les faits sont anciens et non réitérés, il faut le démontrer. La résiliation du bail est une sanction lourde. Elle doit répondre à un trouble suffisamment établi.

La cinquième défense porte sur la proportionnalité. L’expulsion atteint tout le foyer. La présence d’enfants, d’une personne malade, d’une personne âgée ou d’un parent qui n’a pas participé aux faits ne bloque pas automatiquement la demande, mais ces éléments doivent être produits et discutés.

Quels éléments réunir si vous êtes bailleur social ?

Le bailleur social ne doit pas se contenter d’une formule générale sur le trafic dans le quartier. Il doit construire une chronologie probatoire. Les pièces utiles sont notamment le bail, la composition du foyer, les signalements de gardien, les plaintes de voisins, les courriers de mise en demeure, les rapports de police ou de gendarmerie, les décisions pénales, les photographies ou constats, et l’injonction préfectorale lorsqu’elle existe.

Les attestations doivent être précises. Elles doivent indiquer les dates, les lieux, les faits observés, les personnes identifiables, les conséquences dans l’immeuble et les craintes concrètes des occupants. Un climat d’insécurité peut expliquer l’action, mais il ne remplace pas la preuve.

Le bailleur doit aussi éviter deux faiblesses fréquentes. La première est l’amalgame entre un quartier difficile et un logement précis. La seconde est l’imputation automatique au titulaire du bail de faits commis par un membre de la famille dont l’occupation habituelle n’est pas démontrée.

La procédure : préfet, bailleur, juge et délais

En pratique, le préfet peut adresser une injonction au bailleur. Le bailleur doit indiquer la suite qu’il entend donner. Si la procédure est lancée, le juge des contentieux de la protection est saisi pour résiliation du bail et expulsion.

Le locataire reçoit une assignation. Il doit répondre avant l’audience, produire ses pièces et contester point par point. Il ne faut pas attendre le jour de l’audience pour expliquer que l’enfant ne vit plus dans le logement ou que les faits ne concernent pas l’immeuble. Ces éléments doivent être documentés : certificat de scolarité ailleurs, justificatif d’adresse, décision pénale, contrôle judiciaire, attestation, main courante, jugement, bail d’un autre logement, ou tout document utile.

Si le juge prononce la résiliation, il peut ordonner l’expulsion. Des délais peuvent être discutés, mais ils seront plus difficiles à obtenir lorsque le juge retient un trouble grave, répété et actuel. La stratégie doit donc porter d’abord sur la résiliation elle-même.

Paris et Île-de-France : vigilance sur les preuves d’immeuble

A Paris, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne, dans les Hauts-de-Seine et dans le Val-d’Oise, les dossiers mêlant logement social, trafic et troubles d’immeuble sont souvent alimentés par des signalements de terrain. Ces éléments peuvent être utiles, mais ils doivent être triés.

Le juge regardera si les pièces concernent l’adresse exacte, le bon bâtiment, les bonnes dates, le bon occupant et le bon type de trouble. Pour le bailleur, il faut éviter une assignation trop large. Pour le locataire, il faut demander communication de toutes les pièces, relever les contradictions et produire les éléments qui dissocient le foyer du trouble allégué.

Pour replacer ce contentieux dans la procédure d’expulsion, vous pouvez consulter notre page sur l’avocat expulsion à Paris. Sur le sujet général du trafic de stupéfiants et du logement social, notre article sur l’expulsion d’un locataire pour trafic de drogue détaille les preuves et recours principaux.

Les pièces à préparer avant l’audience

Pour un locataire, il faut préparer le bail, la composition familiale, les justificatifs de domicile de la personne mise en cause, les décisions pénales disponibles, les preuves de départ du logement, les attestations de voisins, les certificats médicaux ou sociaux utiles, les échanges avec le bailleur et toute preuve démontrant l’absence de trouble actuel.

Pour un bailleur, il faut préparer le bail, les déclarations d’occupation, l’historique des incidents, les plaintes, les courriers de mise en demeure, les éléments de police, les constats, les attestations circonstanciées, les décisions pénales et l’injonction préfectorale. Le dossier doit permettre au juge de suivre une chronologie simple : faits, lien avec le logement, trouble, démarches préalables, demande de résiliation.

Sources utiles

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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