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Bail rural verbal : preuve, durée, résiliation et risques en 2026

Le 29 janvier 2026, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a rendu un arrêt de principe sur l’opposabilité d’un bail rural verbal consenti par un seul indivisaire. La Haute juridiction a cassé l’arrêt de la cour d’appel de Riom qui avait ordonné l’expulsion d’un fermier occupant des terres depuis 2011 sans contrat écrit. Cette décision rappelle que le bail rural verbal, loin d’être informel, produit des effets juridiques de plein droit dès lors que sa réalité est établie. En pratique, de nombreux propriétaires fonciers et exploitants agricoles continuent de se fier à une simple poignée de main. Ils ignorent souvent que ce type de bail est régi par un statut protecteur du preneur, avec une durée minimale de neuf ans et des règles strictes de résiliation. Le propriétaire qui souhaite récupérer ses terres court alors le risque de voir son congé annulé pour défaut de formalisme. Le fermier, de son côté, peine parfois à prouver l’existence du contrat lors d’un litige. L’enjeu financier est considérable : le fermage moyen en France avoisine 200 à 400 euros l’hectare selon les régions, et la valeur du foncier agricole ne cesse de croître. Le contentieux qui en découle relève du tribunal paritaire des baux ruraux, une juridiction spécialisée dont la procédure obéit à des délais et des règles de fond propres.

Validité et régime du bail rural verbal

L’article L. 411-4 du code rural et de la pêche maritime dispose que « les contrats de baux ruraux doivent être écrits ».

Il ajoute cependant une disposition essentielle : « à défaut d’écrit enregistré avant le 13 juillet 1946, les baux conclus verbalement avant ou après cette date sont censés faits pour neuf ans aux clauses et conditions fixées par le contrat type établi par la commission consultative des baux ruraux » (texte officiel). Le bail rural verbal n’est donc pas nul. Il est valable et produit tous les effets du statut du fermage. L’article L. 411-1 du même code définit le bail à ferme comme la mise à disposition à titre onéreux d’un immeuble à usage agricole en vue de l’exploiter (texte officiel). Dès que ces conditions sont réunies, le contrat existe indépendamment de toute forme écrite. Le propriétaire qui aurait souhaité une location courte et informelle se retrouve donc lié par un bail de longue durée. La jurisprudence rappelle constamment que les parties ne peuvent pas déroger par convention à ce statut protecteur.

Durée et renouvellement tacite

Le bail rural verbal est réputé conclu pour une durée de neuf ans. L’article L. 411-6 du code rural et de la pêche maritime précise que cette durée minimale est d’ordre public (texte officiel). Toute clause prévoyant un terme inférieur est réputée non écrite. À l’expiration des neuf ans, le bail se renouvelle tacitement pour une nouvelle période de neuf ans en l’absence de congé. Le propriétaire ne peut donc pas mettre fin au contrat à sa seule volonté. Il doit respecter un formalisme strict : le congé doit être motivé, signifié dans les délais légaux et invoquer l’un des motifs limitativement énumérés par la loi. Le preneur dispose d’un droit au renouvellement qu’il peut exercer sauf à renoncer expressément à ce droit. La Cour de cassation a jugé que cette renonciation ne pouvait être valablement consentie que si le renouvellement était déjà acquis.

La preuve du bail rural verbal : quels éléments suffisent ?

L’absence d’écrit rend la preuve du bail plus délicate, mais elle n’est pas impossible. Le tribunal paritaire des baux ruraux peut reconnaître l’existence d’un bail verbal sur la base d’éléments matériels convergents. Les virements réguliers de fermage et les déclarations fiscales du preneur constituent des indices sérieux. Les factures d’intrants agricoles, les attestations du groupement d’exploitation en commun ou les déclarations de surfaces à la PAC renforcent cette présomption. La Cour de cassation l’a confirmé dans un arrêt du 24 novembre 2021.

(Cass. 3e civ., 24 novembre 2021, n° 20-20.186, décision), motifs : « les relations contractuelles liant les parties demeuraient purement verbales et régies, comme tout bail verbal statutaire, par les clauses et conditions fixées par le contrat type établi par la commission consultative des baux ruraux ». Le propriétaire qui aurait cru pouvoir nier l’existence du contrat en invoquant l’absence d’écrit se trompe. Le juge du fond dispose d’un pouvoir souverain d’appréciation sur la réalité de la convention.

Élément Force probante Observation
Virements bancaires réguliers de fermage Forte La périodicité et le libellé sont déterminants.
Déclaration de revenus agricoles Forte Le preneur déclare exploiter le fonds loué.
Factures d’intrants et de matériel Moyenne Elles prouvent l’exploitation effective.
Attestations du GAEC ou de la coopérative Moyenne Elles témoignent de l’activité agricole.
Témoignages de tiers Faible à moyenne Ils doivent être corroborés par des écrits.

Résiliation et congé : les pièges qui annulent la procédure

Le propriétaire qui souhaite récupérer ses terres doit observer un formalisme rigoureux. Le congé doit mentionner expressément le motif invoqué. En cas de congé pour reprise, il doit indiquer les nom, prénom, âge, domicile et profession du bénéficiaire. Il doit être signifié par acte d’huissier ou par lettre recommandée avec avis de réception. Le délai de préavis est de douze mois pour le congé donné à l’expiration du bail et de vingt-quatre mois pour le congé donné en cours de bail. La Cour de cassation a précisé que le preneur qui conteste le congé n’est tenu de mettre en cause que le bailleur qui l’a délivré. Dans un arrêt du 13 mars 2025, la Haute juridiction a précisé la règle.

(Cass. 3e civ., 13 mars 2025, n° 23-20.161, décision), motifs : « le preneur à bail rural, agissant en contestation du congé aux fins de reprise pour exploiter délivré par le bailleur, n’est tenu de mettre en cause à l’instance que la partie qui a manifesté son intention de rompre le bail ». Une erreur sur la personne du congédonataire ou sur le délai de signification entraîne la nullité du congé.

Opposabilité du bail verbal : le risque pour l’acquéreur en 2026

L’actualité jurisprudentielle de 2026 a porté un coup de projecteur sur l’opposabilité du bail rural verbal. Dans l’affaire jugée le 29 janvier 2026, la Cour de cassation a cassé l’arrêt de la cour d’appel de Riom qui avait ordonné l’expulsion d’un fermier. > L’article 1743 du code civil dispose que « si le bailleur vend la chose louée, l’acquéreur ne peut expulser le fermier, le métayer ou le locataire qui a un bail authentique ou dont la date est certaine » (texte officiel). La Haute juridiction a transposé ce texte à l’hypothèse d’une donation entre indivisaires. Elle a estimé que le bail rural verbal était opposable au donataire « si celui-ci avait connaissance, au plus tard au jour de la donation, de l’existence de ce bail ». (Cass. 3e civ., 29 janvier 2026, n° 24-20.852, décision), motifs : « en se déterminant ainsi, sans rechercher si [la donataire] avait eu connaissance, au plus tard au jour de la donation qu’elle avait reçue, de l’existence de baux ruraux verbaux consentis antérieurement à la donation ». Cet arrêt rappelle que l’acquéreur d’un bien rural doit impérativement s’informer de l’existence de baux verbaux avant de signer. Le notaire doit veiller à cette recherche lors de la rédaction de l’acte authentique.

Mise en garde : l’acquéreur qui ignore l’existence d’un bail rural verbal au jour de l’acquisition risque de se voir opposer un bail de neuf ans dont il n’avait pas connaissance. La prudence commande de solliciter une attestation du vendeur et de consulter les déclarations fiscales du preneur.

Tribunal paritaire des baux ruraux et délais de prescription

Le tribunal paritaire des baux ruraux est compétent pour connaître de tous les litiges relatifs aux baux ruraux. Il est composé de juges élus parmi les propriétaires et les preneurs. La procédure est orale et relativement simplifiée. Le délai de prescription des actions en paiement de fermage est de cinq ans. Le délai pour contester un congé est de deux mois à compter de sa signification. Ce délai est un délai de forclusion. Son non-respect entraîne l’irrecevabilité de la demande. Le preneur qui souhaite contester la validité d’un congé doit donc agir avec une célérité absolue. Le bailleur, de son côté, doit veiller à ce que le congé respecte toutes les mentions légales sous peine de nullité.

Paris et Île-de-France : particularités locales

En Île-de-France, la pression foncière renforce les tensions autour des baux ruraux. Les parcelles agricoles des départements de petite couronne sont régulièrement convoitées pour des projets d’aménagement. Le tribunal paritaire des baux ruraux de la cour d’appel de Paris connaît d’importants contentieux opposant propriétaires souhaitant vendre et preneurs défendant leur droit au renouvellement. La proximité avec la capitale expose également les baux ruraux à des requalifications en baux commerciaux ou en locations saisonnières. Le propriétaire francilien qui cède ses terres à un maraîcher ou à un éleveur doit veiller à la rédaction d’un bail écrit conforme au statut. Il doit aussi anticiper l’éventualité d’un changement de zonage urbanistique qui pourrait modifier la destination du bien. Notre cabinet assiste régulièrement des propriétaires et des exploitants agricoles en Île-de-France dans la négociation, la rédaction et la résiliation des baux ruraux.

Questions fréquentes sur le bail rural verbal

Un bail rural verbal a-t-il une valeur juridique ?

Oui. Le bail rural verbal est valable et produit les effets du statut du fermage. Il est réputé conclu pour neuf ans aux clauses du contrat-type départemental.

Comment prouver l’existence d’un bail rural verbal ?

La preuve peut être rapportée par tous moyens. Les virements de fermage, les déclarations fiscales, les factures d’exploitation et les témoignages concordants sont admis.

Peut-on résilier un bail rural verbal avant neuf ans ?

Non, sauf à respecter le formalisme du congé pour reprise ou pour utilisation personnelle. Le congé doit être motivé, signifié dans les délais et mentionner les informations légales.

Un acquéreur de terres agricoles est-il lié par un bail verbal antérieur ?

Oui, s’il avait connaissance de l’existence du bail au jour de l’acquisition. L’article 1743 du code civil et la jurisprudence récente de 2026 protègent le preneur en place.

Quel est le délai pour contester un congé ?

Le preneur dispose d’un délai de deux mois à compter de la signification du congé pour saisir le tribunal paritaire des baux ruraux. Ce délai est impératif.

Le tribunal paritaire des baux ruraux exige-t-il la représentation par un avocat ?

Non, la représentation n’est pas obligatoire devant le tribunal paritaire. Elle reste cependant vivement conseillée en raison de la complexité du statut du fermage.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier ?

Un litige sur un bail rural verbal peut bloquer la vente d’un foncier agricole ou menacer la pérennité d’une exploitation. Notre cabinet accompagne les propriétaires et les fermiers dans la rédaction des baux, la contestation des congés et la défense devant le tribunal paritaire des baux ruraux. Nous répondons sous 48 heures aux demandes d’avis écrites.

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Pour approfondir, découvrez notre analyse du droit de préemption SAFER et des contentieux fonciers agricoles ou notre guide sur la sortie d’indivision d’un bien rural.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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