Tribunal judiciaire de commerce de Bordeaux, le 22 septembre 2025, n°2024F01677

Le Tribunal judiciaire, statuant en premier ressort, a rendu un jugement le [date non précisée dans l’extrait]. Il tranche un litige entre une société de coordination de chantier et une société d’ingénierie suite à l’exécution partielle d’une mission OPC. La juridiction a dû déterminer les effets d’un simple devis et les conséquences d’une inexécution contractuelle. Elle a condamné le maître d’œuvre au paiement d’honoraires minorés et l’OPC à fournir des documents sous astreinte.

La force obligatoire du devis en l’absence de contrat formalisé

La qualification juridique du document fondateur. Le tribunal constate l’absence de contrat signé entre les parties, seul un devis ayant été échangé. Il relève cependant que ce document prévoyait un forfait pour une mission complète jusqu’à réception. « Au regard des multiples échanges intervenus entre les parties après l’envoi de ce devis, le tribunal considère ledit devis opposable aux parties. » (Motifs) Le devis est ainsi érigé en référentiel contractuel malgré son informalité, sa force obligatoire découlant des comportements postérieurs des cocontractants.

La portée de cette solution est significative en pratique. Elle rappelle que l’écrit contractuel peut revêtir des formes simplifiées. La volonté des parties peut s’exprimer par un comportement non équivoque, comme le rappelle une jurisprudence. « L’article 1133 du code civil, dans sa version applicable au litige, dispose que le contrat est formé par la rencontre d’une offre et d’une acceptation par lesquelles les parties manifestent leur volonté de s’engager et que cette volonté peut résulter d’une déclaration ou d’un comportement non équivoque de son auteur. » (Cour d’appel de Lyon, le 11 décembre 2025, n°21/07880) L’échange de prestations et de factures a ici validé le cadre du devis.

Les conséquences de l’inexécution partielle des obligations

La sanction de l’inexécution et la compensation des préjudices. La société coordinatrice ayant cessé son intervention avant l’achèvement du chantier, le tribunal retient une faute contractuelle. Il ne remet pas en cause le principe du paiement mais opère une compensation. Les frais justifiés engagés par le maître d’œuvre pour pallier cette défaillance sont déduits du forfait initialement convenu. Le tribunal écarte en revanche les frais non justifiés et rejette la demande de dommages-intérêts pour résistance abusive.

La mise en œuvre d’astreintes pour l’exécution en nature. Le tribunal ordonne la production de tableaux justificatifs, obligation découlant du contrat. Il condamne la société coordinatrice « à produire les tableaux recensant l’ensemble des retards et leur imputabilité » sous astreinte financière (Motifs). Cette mesure assure l’effectivité de la prestation due, même après la résolution partielle du litige pécuniaire. Elle souligne que certaines obligations accessoires survivent au différend sur la rémunération principale.

Ce jugement illustre l’approche pragmatique du juge face à des relations commerciales incomplètement formalisées. Il valide la force obligatoire d’un devis par le comportement des parties et sanctionne son inexécution par une compensation monétaire. La décision assure également l’exécution en nature d’obligations persistantes par le recours à l’astreinte.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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