Tribunal judiciaire de commerce d’Aix-en-Provence, le 17 juin 2025, n°2025009997

Le tribunal judiciaire, statuant par jugement réputé contradictoire le 17 juin 2025, a examiné une demande en paiement de factures impayées entre deux sociétés. Après avoir constaté la régularité de l’assignation malgré l’absence du défendeur, le juge a accueilli la demande principale. Il a également précisé le régime des pénalités de retard et rejeté une demande en réparation pour résistance abusive, tout en allouant une indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.

La qualification juridique des pénalités commerciales
Le tribunal opère une distinction essentielle entre clause pénale et pénalités légales. Il rappelle le caractère supplétif des dispositions de l’article 441-10 II du Code de commerce. Ces pénalités de retard sont ainsi exigibles de plein droit sans mise en demeure préalable. Leur création automatique à l’échéance les soustrait au contrôle judiciaire des clauses abusives. « Ces dispositions sont des dispositions légales supplétives, ce dont il résulte que les pénalités dues par application de ce texte ne constituent pas une clause pénale » (Motifs). Cette analyse consolide la sécurité juridique des créanciers professionnels. Elle écarte l’application de l’article 1231-5 du Code civil sur la réduction des peines excessives.

Le calcul forfaitaire des frais de recouvrement
La décision applique strictement le régime de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement. Le montant est fixé par la loi à quarante euros par facture payée en retard. Le juge constate son caractère obligatoire et dû de plein droit au créancier professionnel. « Tout client professionnel payant une facture en retard doit verser au fournisseur une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé à 40 € » (Motifs). Cette application mécanique limite le pouvoir d’appréciation du juge sur ce poste. Elle garantit une réparation minimale et prévisible des frais engagés par le fournisseur.

La définition restrictive de la résistance abusive
Le rejet de la demande en dommages-intérêts pour résistance abusive mérite attention. Le tribunal pose un principe fort sur l’exercice des droits de la défense. Il estime que la simple opposition à une action ne suffit pas à caractériser un abus. « La résistance à une action en justice constitue un droit et ne dégénère en abus pouvant donner lieu à réparation que s’il constitue un acte de malice ou de mauvaise foi » (Motifs). Cette formulation exige une preuve positive de mauvaise foi ou de malice. Elle protège ainsi le droit fondamental d’agir en justice ou de se défendre sans crainte de sanction.

L’articulation entre condamnation aux dépens et indemnité distincte
La décision illustre la complémentarité entre la condamnation aux dépens et l’article 700 du code de procédure civile. Le tribunal alloue une somme distincte pour les frais irrépétibles non compris dans les dépens. Il justifie cette allocation par des considérations d’équité face à la procédure engagée. « Il serait inéquitable de laisser à la charge de la société [Localité 1] les frais irrépétibles qu’elle a engagés » (Motifs). Cette double condammation permet une indemnisation plus complète des frais réels. Elle sert aussi d’instrument de modulation pour le juge en fonction des circonstances de l’espèce.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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