Tribunal de commerce de Nancy, le 30 septembre 2025, n°2025003296

Le tribunal des activités économiques de Nancy, le 30 septembre 2025, statue sur une requête en constat d’impécuniosité. Une société en liquidation judiciaire depuis 2022 voit sa procédure clôturée pour insuffisance d’actif. Le liquidateur judiciaire sollicite alors une indemnité spécifique. Le tribunal doit déterminer si les conditions légales de l’impécuniosité sont réunies. Il accueille la demande et fixe l’indemnité à mille cinq cents euros.

La reconnaissance légale de l’impécuniosité procédurale

Les conditions d’ouverture du droit à indemnisation

Le tribunal vérifie d’abord le respect des critères légaux posés par le code de commerce. L’examen du compte rendu de fin de mission du liquidateur est déterminant. Il constate que le produit de la réalisation des actifs est insuffisant. Cette situation empêche la rémunération normale du mandataire judiciaire. « lorsque le produit de la réalisation des actifs de l’entreprise ne permet pas au liquidateur d’obtenir au titre de la rémunération qui lui est due une somme au moins égale à 1.500 euros, (non soumise à TVA), le dossier est déclaré impécunieux par le tribunal sur proposition du juge-commissaire » (Motifs). Le tribunal fonde ainsi sa décision sur un constat objectif et chiffré.

La portée de ce contrôle préalable est essentielle. Elle garantit le principe de l’indemnisation exceptionnelle des procédures déficitaires. Le juge s’assure que l’insuffisance d’actif est avérée et non temporaire. Cette analyse protège les ressources du fonds d’indemnisation. Elle aligne la décision sur une jurisprudence constante en la matière. « la consistance de l’actif n’ayant pas permis la rémunération normale du liquidateur judiciaire. En conséquence, conformément aux dispositions de l’article L.663-3 du code de commerce et du décret 2004-518 du 10 juin 2004, il y a lieu de constater l’impécuniosité de la procédure de liquidation judiciaire » (Tribunal judiciaire de Versailles, le 29 septembre 2025, n°25/00021). Le raisonnement est identique et sécurise la pratique.

Les effets juridiques du constat d’impécuniosité

La fixation du montant de l’indemnité forfaitaire

La déclaration d’impécuniosité entraîne des conséquences financières précises. Le tribunal fixe le montant de l’indemnité due au liquidateur. Il applique strictement le plancher légal de mille cinq cents euros hors taxe. Ce forfait est insusceptible de modulation par le juge du fond. Son attribution est une condition de la clôture régulière de la procédure. Elle compense le défaut de rémunération sur les actifs de la société.

La valeur de cette fixation est impérative et d’ordre public. Elle assure une égalité de traitement entre tous les mandataires judiciaires. Le versement est assuré par un prélèvement sur un fonds dédié. Ce mécanisme préserve l’indépendance et la continuité de la mission. Il évite que la faillite d’un débiteur ne paralyse l’administration de la liquidation. La décision rappelle enfin le caractère exécutoire de plein droit du jugement.

Les garanties procédurales entourant le dispositif

Le rôle central du juge-commissaire dans la proposition

La procédure de constat d’impécuniosité est encadrée pour éviter les abus. Le tribunal statue sur requête du liquidateur mais après avis du juge-commissaire. Le jugement mentionne expressément le rapport de ce magistrat. Ce contrôle interne à la procédure collective renforce la légitimité de la demande. Il offre une première vérification de la réalité de l’insuffisance d’actif.

La portée de cette collégialité est une garantie de sérieux. Elle permet un dialogue entre les acteurs de la procédure avant sa saisine. Le tribunal n’est pas lié par la proposition du juge-commissaire. Il exerce néanmoins son pouvoir souverain en toute connaissance de cause. Cette étape est une condition de régularité de la décision rendue.

Les voies de notification et de publicité de la décision

Le jugement produit des effets à l’égard de plusieurs destinataires. Le greffier doit le notifier au liquidateur et au ministère public. Cette communication assure la transparence et le contradictoire de la mesure. Le procureur de la République peut ainsi exercer un contrôle a posteriori. Cette publicité est essentielle pour la gestion du fonds d’indemnisation.

La valeur de ces formalités est à la fois pratique et symbolique. Elles ancrent la décision dans le principe de publicité des débats. Elles informent aussi la Caisse des Dépôts et Consignations de sa créance. Le rappel que les dépens sont des frais privilégiés sécurise enfin les actes de procédure. L’ensemble constitue un dispositif cohérent de protection des intérêts en présence.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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