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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Tribunal de commerce de Lille-Métropole, le 29 septembre 2025, n°2025012512

Le tribunal de commerce de Lille-Métropole, par jugement du 29 septembre 2025, ouvre une liquidation judiciaire. La procédure, initiée par le ministère public, suit une enquête révélant l’absence de documents comptables et un passif important. Le tribunal constate l’état de cessation des paiements et l’impossibilité manifeste de redressement, prononçant ainsi la liquidation.

La caractérisation de l’état de cessation des paiements

Le tribunal fonde sa décision sur l’impossibilité de faire face au passif exigible. Il relève l’absence de coopération du dirigeant et de tout élément d’actif identifiable. Le passif social échu excède deux cent trente-trois mille euros, sans actif disponible pour y répondre. Cette situation objective permet de constater l’état de cessation des paiements de manière certaine.

La date de cessation des paiements est fixée rétroactivement au 30 mars 2024. Cette fixation s’appuie sur l’ensemble des éléments financiers et comportementaux recueillis durant l’enquête. Elle démontre une insolvabilité durable et non conjoncturelle de l’entreprise. Cette constatation est une condition préalable nécessaire à l’ouverture de toute procédure collective.

L’appréciation de l’impossibilité manifeste de redressement

Le juge retient l’impossibilité manifeste de redressement pour convertir en liquidation. Il s’appuie sur la carence totale du dirigeant et l’absence d’actif. « L’impossibilité manifeste du débiteur à se redresser s’apprécie in concreto au cas par cas au regard de sa situation matérielle et financière globale et de son activité. » (Cour d’appel, le 20 mars 2025, n°24/04109) Cette appréciation concrète justifie le passage direct à la liquidation.

Cette solution est conforme à la jurisprudence qui admet cette conversion sans autre formalité. « que la conversion de celle-ci en une procédure de liquidation en application de l’article L. 631-15, II, du code de commerce, dans sa rédaction issue de l’ordonnance du 18 décembre 2008 applicable en la cause, n’impose pas la constatation de l’état de la cessation des paiements, seule l’impossibilité manifeste du redressement devant être caractérisée » (Cass. Chambre commerciale financière et économique, le 28 février 2018, n°16-19.422) Le tribunal applique strictement ce principe pour une décision rapide.

La portée de cette décision est de valider une approche pragmatique du redressement. Elle confirme que l’absence totale de perspectives suffit à caractériser l’impossibilité. Cette jurisprudence renforce les pouvoirs du juge face à des situations de carence manifeste. Elle permet une liquidation rapide pour des entreprises sans aucune viabilité future.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».