Tribunal de commerce de Toulouse, le 2 octobre 2025, n°2024J00630

Le tribunal de commerce de Toulouse, par jugement du 2 octobre 2025, statue sur une opposition à une injonction de payer. Une société réclamait le paiement d’une facture correspondant à un abonnement annuel à une plateforme SaaS. La société débitrice opposait à cette demande un bordereau interne de bon à payer. Le tribunal devait déterminer la force probante de ce document quant à la libération de l’obligation. Il confirme l’injonction de payer et condamne la société débitrice.

La preuve du paiement incombe au seul débiteur

Le tribunal rappelle les principes régissant la charge de la preuve en matière d’obligation pécuniaire. Le créancier doit d’abord établir l’existence de sa créance, ce qui est fait par la production du bon de commande et de la facture correspondante. Le tribunal constate d’ailleurs un accord sur la légitimité de cette facture. Dès lors, la charge de la preuve se renverse. Il appartient au débiteur de démontrer qu’il s’est libéré par un paiement effectif. Cette solution s’inscrit dans la ligne d’une jurisprudence constante. « Ainsi, s’il appartient au créancier de prouver l’engagement d’où résulte sa créance, il revient au débiteur de prouver qu’il a effectivement payé » (Cour d’appel de Paris, le 4 avril 2024, n°21/07704). La portée de ce point est essentielle pour le déroulement du procès. Elle place la charge de la preuve du paiement sur la partie qui est en mesure d’en apporter les éléments concrets.

Le document interne ne constitue pas une preuve de paiement

Le tribunal écarte la preuve apportée par la société débitrice, un simple bordereau de bon à payer. Il juge que ce document, interne à l’entreprise, est un document préparatoire à l’opération de paiement. Il ne constitue pas une preuve du paiement effectif au profit du créancier. La solution aurait été différente avec un relevé bancaire attestant du débit. La valeur de cette analyse est de préciser la nature des éléments probants requis. Seuls les documents émanant d’un tiers, comme une banque, ont une force probante suffisante pour établir un transfert de fonds. Un document interne reste insuffisant car il ne prouve pas l’exécution réelle de l’ordre de paiement.

La facture acceptée constitue un titre obligatoire valable

Le tribunal valide la facture émise comme preuve de l’obligation de payer. Cette validation intervient malgré l’absence de signature expresse sur le document. La jurisprudence rappelle qu’une facture isolée peut être insuffisante. « En revanche, une unique facture ne peut suffir à établir l’existence d’une obligation de paiement, en l’absence d’acceptation ou d’éléments corroborants » (Cour d’appel, le 11 septembre 2025, n°23/01470). En l’espèce, la facture est corroborée par le bon de commande préalable. Le sens de cette décision est de reconnaître la force probante d’une facture dans un contexte contractuel établi. Elle évite un formalisme excessif tout en protégeant contre les créances non consenties.

La sanction de l’absence de preuve est la condamnation au paiement

Faute pour le débiteur d’apporter une preuve valable de son paiement, le tribunal confirme l’injonction de payer. Il condamne également la société débitrice aux frais irrépétibles et aux dépens. La portée de cette solution est pratique et incitative. Elle rappelle que l’allégation d’un paiement doit être étayée par des preuves solides et extérieures. Elle sanctionne l’insuffisance probatoire par le rejet des prétentions de la partie défaillante. Cette décision sécurise ainsi les relations commerciales en exigeant une gestion probatoire rigoureuse des règlements.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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