Tribunal de commerce de Lyon, le 7 octobre 2025, n°2025F05128

Le Tribunal des activités économiques de Lyon, le sept octobre deux mille vingt-cinq, est saisi par l’administration fiscale. Celle-ci sollicite l’ouverture d’une liquidation judiciaire d’une société débitrice, en raison de dettes impayées et de multiples saisies infructueuses. La société ne comparaît pas à l’audience. Le tribunal constate l’état de cessation des paiements et l’impossibilité manifeste de redressement. Il prononce donc la liquidation judiciaire et y applique d’office la procédure simplifiée, tout en fixant rétroactivement la date de cessation des paiements.

La caractérisation de l’état de cessation des paiements

La démonstration de l’impossibilité de faire face au passif exigible.

Le juge relève l’absence de règlement et les tentatives d’exécution infructueuses. Il en déduit que le débiteur n’est pas en mesure de faire face à son passif exigible. « Attendu que, en l’absence de règlement et compte tenu des tentatives infructueuses d’exécution, il est démontré que le débiteur n’est pas en mesure de faire face à son passif exigible au moyen de l’actif dont il dispose » (Motifs). Cette appréciation in concreto s’appuie sur la réalité des poursuites engagées, notamment trente-trois saisies. Elle confirme que l’exigibilité du passif et l’insuffisance de l’actif disponible sont des critères cumulatifs. La décision rappelle ainsi la nécessité d’une démonstration positive de la cessation des paiements.

La constatation de l’impossibilité manifeste de redressement.

Le tribunal procède à un examen du dossier pour apprécier les perspectives de l’entreprise. Il estime que le redressement est manifestement impossible. « Attendu que l’examen du dossier démontre que le redressement de l’entreprise est manifestement impossible » (Motifs). Cette mention, bien que succincte, est essentielle pour justifier le prononcé direct de la liquidation. Elle montre que le juge vérifie toujours cette condition, même en l’absence de contradiction du débiteur. Cette appréciation souveraine évite ainsi l’ouverture d’une procédure de redressement vouée à l’échec.

L’application d’office de la liquidation judiciaire simplifiée

Les conditions légales pour le recours à la procédure simplifiée.

Le tribunal applique de plein droit la liquidation simplifiée en se fondant sur les articles légaux. « Attendu qu’au vu des éléments du dossier, le Tribunal fait application de la procédure de liquidation judiciaire simplifiée prévue aux articles L.641-2 et D.641-10 du Code de Commerce » (Motifs). Cette application est conditionnée par le respect de seuils définis par décret, concernant l’actif et le chiffre d’affaires. Comme le précise une jurisprudence, cette procédure s’ouvre lorsque « l’actif du débiteur ne contient aucun bien immobilier, que le nombre de salariés… et que son chiffre d’affaires hors taxe, sont égaux ou inférieurs aux seuils fixés par décret » (Tribunal de commerce de commerce de Rennes, le 13 octobre 2025, n°2025P00386). La décision illustre le contrôle a priori du juge sur ces critères objectifs.

Le caractère provisoire de cette qualification et son contrôle.

La décision intègre une clause de révision au profit du liquidateur désigné. Elle prévoit un rapport ultérieur si les critères n’étaient pas réunis. « Attendu que dans l’hypothèse où les critères d’application de cette procédure ne seraient pas réunis, il appartiendra au liquidateur de faire rapport au Tribunal » (Motifs). Cette mesure garantit l’adaptation de la procédure à la réalité patrimoniale découverte. Elle rejoint la logique d’une autre jurisprudence où « le tribunal a fait application de la liquidation judiciaire simplifiée visée aux articles L.644-1 à L.644- 6 du code de commerce » suite au rapport du liquidateur (Tribunal de commerce de commerce de Grenoble, le 11 février 2025, n°2024F02155). Le juge conserve ainsi un pouvoir de requalification pour assurer l’efficacité de la liquidation.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture