Tribunal de commerce de Créteil, le 8 octobre 2025, n°2025L02546

Le tribunal de commerce de Créteil, statuant le 8 octobre 2025, a examiné une offre de reprise dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire. Après une audience en chambre du conseil et le recueil des avis des parties, le tribunal a ordonné la cession du fonds de commerce. La décision retient l’offre unique présentée, considérant qu’elle satisfait aux critères légaux de recevabilité et d’appréciation.

La validation procédurale de l’offre

La vérification du respect des conditions légales constitue un préalable essentiel. Le tribunal constate d’abord que l’offre est recevable au regard de l’article L. 642-2 du code de commerce. Le candidat a en effet fourni les prévisions d’exploitation requises et a levé les conditions suspensives. La régularité de la convocation de toutes les parties en chambre du conseil est également soulignée, garantissant le contradictoire. Cette étape formelle est fondamentale pour assurer la sécurité juridique de la procédure collective et des droits des parties.

L’exigence d’une justification financière effective est rigoureusement contrôlée. L’administrateur judiciaire avait initialement signalé un virement émis mais non encaissé. Le tribunal a donc différé sa décision pour obtenir une confirmation. « Par une note en date du 4 octobre 2025, l’administrateur judiciaire a confirmé avoir parfaitement encaissé le prix de cession de 60 000 €. » Cette preuve matérielle du financement fut déterminante. Cette rigueur rejoint la position d’une cour d’appel pour qui le défaut de levée d’une condition suspensive financière est rédhibitoire. « Au regard de ce qui précède, l’offre déposée par la société LES MADELEINES DE [Localité 18] ne pourra être retenue par le Tribunal, faute d’avoir levée l’ensemble des condition suspensives, notamment s’agissant du financement. » (Cour d’appel de Bordeaux, le 15 avril 2025, n°24/04508). La portée de ce contrôle est de prévenir les risques d’inexécution.

L’appréciation substantielle au regard des objectifs légaux

Le tribunal procède à une analyse concrète des garanties de pérennité et d’exécution. Il relève que le repreneur a justifié de sa connaissance du secteur et de sa capacité financière. Le projet prévoit une diversification de l’activité vers la mécanique, promettant une exploitation autonome. Le prix de cession, jugé satisfaisant compte tenu de l’inactivité prolongée du fonds, participe également de ces garanties. Cette appréciation globale vise à sélectionner l’offre présentant les meilleures perspectives de succès, conformément à l’esprit du texte.

La balance des intérêts entre emploi, créanciers et maintien d’activité est au cœur de la décision. En l’espèce, le maintien de l’emploi est déclaré sans objet car aucun salarié n’était attaché au fonds. L’objectif d’apurement du passif est servi par le prix de cession, destiné à alimenter la masse. Le transfert judiciaire du bail, bien que non souhaité par le bailleur, est ordonné car jugé nécessaire à l’activité. La décision illustre ainsi la recherche d’un équilibre pragmatique entre les impératifs parfois contradictoires de la cession. Sa valeur réside dans l’application pondérée des critères de l’article L. 642-5, privilégiant la solution qui préserve l’outil économique.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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