Tribunal de commerce de Bastia, le 7 octobre 2025, n°2025F00528

Le tribunal de commerce de Bastia, statuant en premier ressort, a prononcé une interdiction de gérer de cinq ans à l’encontre d’un dirigeant. La décision fait suite à une procédure de liquidation judiciaire et à une action en responsabilité pour insuffisance d’actif. Le juge retient plusieurs griefs fondant une faute de gestion au sens de l’article L. 653-8 du code de commerce. Il condamne le dirigeant et ordonne l’exécution provisoire de la mesure d’interdiction.

La caractérisation cumulative des fautes de gestion

Le tribunal retient un faisceau de manquements graves imputables au dirigeant. Ces manquements sont appréciés de manière cumulative pour justifier la sanction.

L’abstention délibérée de déclarer la cessation des paiements

Le premier grief retenu concerne le défaut de déclaration de la cessation des paiements. Le tribunal estime que cette abstention était sciemment commise par le dirigeant concerné. Il relève que ce défaut de déclaration a permis l’aggravation du passif de la société. Cette analyse rejoint une jurisprudence constante sur la gravité de ce manquement. « C’est donc bien sciemment que Monsieur [V] [C] s’est abstenu de déclarer son état de cessation de paiement dans le délai légal de 45 jours » (Tribunal de commerce de commerce de Lille Métropole, le 8 avril 2025, n°2024006167). La décision souligne ainsi le caractère intentionnel nécessaire à la faute.

Le défaut de tenue et de communication de la comptabilité

Le second grief consiste en l’absence de tenue d’une comptabilité régulière. Le dirigeant n’a pas tenu de comptabilité conformément aux obligations légales. Il est également reproché au défendeur de ne pas avoir coopéré avec le liquidateur judiciaire. Malgré les demandes du liquidateur aucun élément comptable ne lui a été remis qu’il s’est donc volontairement abstenu de coopérer. Ce double manquement prive la procédure collective d’éléments essentiels à son bon déroulement. Il constitue une entrave caractérisée à l’administration de la preuve et à la reconstitution du patrimoine.

Les effets pratiques de la condamnation prononcée

La décision produit des effets immédiats et durables. Elle illustre la rigueur des sanctions encourues en cas de faute de gestion avérée.

La prononciation d’une interdiction de gérer avec exécution provisoire

Le tribunal fait droit à la demande et prononce une interdiction de diriger pour cinq ans. Il use de la faculté que lui laisse l’article L.653-11 alinéa 1 du Code de commerce. Il assortit la présente décision de l’exécution provisoire. Cette mesure permet une application immédiate de la sanction sans attendre un éventuel appel. Elle protège ainsi sans délai le tissu économique contre un dirigeant fautif. La durée de cinq ans se situe dans la fourchette basse des peines possibles mais reste significative.

L’obligation d’inscription au fichier national des interdits

La décision rappelle les conséquences annexes de la condamnation. Les condamnations prononcées sur le fondement du livre VI du code de commerce doivent faire l’objet d’une inscription au Fichier national des interdits de gérer. Cette inscription assure la publicité et l’effectivité de la mesure sur l’ensemble du territoire. Elle empêche toute tentative de contournement par la création ou la reprise d’une autre structure. La tenue de ce fichier est assurée par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce. Cette publicité renforce considérablement la portée dissuasive et préventive de la sanction prononcée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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